Le spectacle d’un passé qui se répète
15 mars 2011
Icíar Bollmaín réexplore l’histoire de la colonisation dans Même la pluie.

Cochabamba, Bolivie, l’an 2000. C’est au début de la «guerre de l’eau», une période de révoltes violentes en réaction à la privatisation de l’eau, que le réalisateur espagnol Sebastián (interprété par Gael García Bernal) entreprend de tourner un film portant sur les premières conquêtes de Christophe Colomb sur le sol sud-américain. Aux prises avec un budget serré et interpellé par l’un de ses extras, un ouvrier aux origines indigènes, Sébastián voit le déroulement de son tournage chamboulé par une histoire qui ressemble étrangement à son propre scénario.

Gracieuseté de AXN

Des montagnes boliviennes en noir et blanc aux rues agitées de Cochabamba, entre des scènes d’exécutions publiques et des discours évangélistes, sont intercalés par des images de soulèvements populaires où l’on réclame le droit universel à l’eau, et des scènes d’arrestations arbitraires. Dans Même la pluie (También la lluvia), le passé et le présent se font face, et entament un dialogue qui est loin d’être terminé. Le parallèle est troublant: entre les exploitations du passé et les injustices du présent, il ne reste que le temps.

Dans cette atmosphère politique tendue et inquiétante, alors que le réalisateur rêve aux bégaiements de lois internationales, une histoire plus actuelle, plus troublante de par sa nouveauté, se déroule devant les yeux de tous. Et c’est autour d’une table, servie par des personnes d’origine indigènes, que l’équipe de tournage espagnole parle d’un temps dominé par une atrocité innommable.

Les restants de la domination européenne se lisent sur les regards, se sentent dans les angoisses des personnages –incluant le réalisateur Sebastián et l’acteur Anton (Karra Elejalde)– et, surtout, donnent à l’Histoire et au présent une part d’humanité.

«La vérité a beaucoup d’ennemis; le mensonge a beaucoup d’amis.» Le film de Bollaín illustre, mais ne prend pas position, et c’est peut-être là que réside sa force. D’un côté, les scènes très dures, les horreurs inexprimables, et les misères sont portées à l’écran, sans retenue (et pourtant sans exagération); et de l’autre, les angoisses perpétuelles, la difficulté de se détacher des a priori. Montrer est assez; la réflexion suivra.

Malgré quelques scènes calquées des films américains à grand public, l’originalité du scénario, la mise en abyme bien orchestrée et les prises de vue parfois spectaculaires ne peuvent que ramener à la vie une histoire connue de tous qui vaut la peine d’être repensée.

 
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