En attendant le monde
15 mars 2011
Bienvenue à Los Pereyra offre une incursion poétique dans un village argentin isolé de tout.

À Los Pereyra, un village reclus d’Argentine sans téléphone ni électricité, toute une jeune génération d’habitants semble vivre dans l’attente. Celle d’un avenir campé dans un milieu moins isolé, porté par des ambitions qui transcendent souvent les frontières de la petite bourgade, surtout lorsque viennent les «marraines», qui chamboulent toute la communauté, cinq jours par an. Voilà l’événement que le jeune réalisateur montréalais d’origine argentine, Andres Livov-Macklin, raconte dans son documentaire Bienvenue à Los Pereyra.

Gracieuseté des films du Chapeau

Perdu au coeur d’El Impenetrable, deuxième plus grande région forestière d’Amérique du Sud, le village rappelle un microcosme où auraient été préservés l’esprit et le mode de vie d’une époque révolue, en marge du reste du pays. On y vit presque en autarcie, en pratiquant l’agriculture et l’élevage sans l’aide de la technologie. Les enfants se rendent à l’école, située à quelques kilomètres, où deux instituteurs dispensent un enseignement primaire dans des locaux exigüs, sommant à l’occasion les parents de ne pas contraindre leur marmaille à travailler la terre pendant les jours de classe. La vie suit paisiblement son cours, dictée par le lever et le coucher du soleil. Les gens de Los Pereyra semblent satisfaits, si l’on en croit l’incursion que le documentaire nous offre dans le quotidien de quelques familles.

Dès le début, cependant, le spectateur est frappé par l’importance que les habitants du village accordent à celles qu’ils nomment les «marraines», soulignant leurs dons à la communauté, et préparant leur arrivée avec zèle et empressement. La surprise est grande lorsqu’on constate que celles sur qui la communauté fonde bien des espoirs sont en fait des adolescentes de Buenos Aires, étudiantes au secondaire.

Contemplatif et simple, Bienvenue à Los Pereyras témoigne de cette rencontre entre deux groupes que tout sépare sans toutefois la situer, l’expliquer. Le spectateur épie les conversations des jeunes filles, celles des villageois et des enseignants, assiste aux activités organisées par les «marraines» et à celles qui leur sont destinées. Pourtant, l’approche passive du cinéaste laisse celui-ci dans l’ombre. Difficile parfois de comprendre l’impact que les «marraines» peuvent avoir sur la communauté en observant seulement ces quelques scènes que l’on pourrait surprendre dans d’autres contextes. Quelques plans suffisent à évoquer le choc des cultures, ce contraste entre l’environnement d’origine des étudiantes et celui dans lequel elles se retrouvent, bien que cet aspect de leur rencontre ne soit pas approfondi.

Fable réaliste sur l’attente et l’espoir, le documentaire offre néanmoins une incursion fascinante dans un environnement coupé du monde, qui ne retrouve son lien avec celui-ci qu’en l’espace des quelques jours que dure la visite des citadines. Les plans longs, situant les personnages dans une nature luxuriante, évitant toute surcharge de mots comme d’images, font le charme du documentaire, rappelant un peu l’atmosphère de La Vie moderne du cinéaste français Raymond Depardon. Si son propos se perd quelque peu dans la liberté qu’il laisse au spectateur, Bienvenue à los Pereyra reste une œuvre à la fois enlevante et sans prétention, suggérant avec force quelle fut la réaction des villageois lorsque, quelques années après le tournage, les «marraines» ne revinrent pas.

 
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