Pot-pourri du cinéma asiatique
8 mars 2011
La deuxième édition du festival Amérasia a été lancée le 3 mars dernier par l’institut cinématographique Ciné-Asie.

La programmation de vingt-deux films, répartie entre la salle J.A. de Sève de Concordia et la Cinémathèque québécoise, comprend un choix éclectique de productions asiatiques et canadiennes de toutes les époques.

D’anciens films en noir et blanc à des productions asiatiques actuelles, en passant par des films d’animation étudiants, le jeune festival sait prendre des risques avec une programmation unique, pour ne pas dire décousue.

Heureusement, la qualité de la sélection vaut le déplacement, malgré les bourrasques de neige et de pluie: parmi les nombreuses productions, Le Délit en retient trois.

Gracieuseté Festival Amérasia

Séoul revisité

Barking Dogs Never Bite, du célèbre réalisateur coréen Bong Joon-ho, rappelle étrangement la post-Nouvelle Vague française. Sur fond de musique classique, il nous dévoile un Séoul délicat, des quartiers vivants, une vie sociale sans rien d’impersonnel ni d’étouffant. C’est avec pitié et amusement que l’on suit l’anti-héros, un gradué en sciences humaines légèrement dépressif, convoitant un poste de professeur à l’université. Déchiré entre son amour envers la nature, ses dettes et sa femme qui consomme une quantité impressionnante de noix, l’intellectuel développe une irritation compulsive envers les aboiements de chiens dans son immeuble. À travers des péripéties inutiles, il rencontre des personnages attachants (notamment, une jeune secrétaire dans un bureau de comptabilité) avec qui il parcourt un Séoul dont les grandeurs ne sont plus un obstacle pour les relations humaines, où les arbres continuent à peupler les rues et où les chiens deviennent le troisième membre des jeunes couples. Une comédie originale et attachante, aux plans parfois spectaculaires, dans laquelle Séoul séduit et fait sourire.

Gracieuseté Festival Amérasia

Une vie toute neuve

«Tu ne sauras jamais combien je t’ai aimé, et tu le regretteras plus tard, mais il sera trop tard», chante doucement une petite fille coréenne âgée d’environ 9 ans, accrochée au dos de son papa qui parcourt une ville coréenne à vélo. C’est dans ces souvenirs limpides que commence l’autobiographie d’Ounie Lecomte, intitulée A Brand New Life. Ces souvenirs si furtifs vaudront à cette petite fille de nombreuses années de frustrations et de questionnements.

Dans l’orphelinat campagnard où son père l’abandonne, la petite Jinhee refuse de faire face à l’abandon, repense la vie, apprend que les promesses peuvent être brisées. Dans des séquences lentes et grises déferlent l’absurdité des arrivées et des départs, la répugnance et la fascination de l’inconnu, et la vie quotidienne dans l’orphelinat: une vie d’attente, de solitude et d’espoirs brisés. Puis, après toutes ces crises, tous ces efforts pour donner raison à l’amour et à l’espoir, des voitures peuplées d’étrangers arrivent, et l’espoir renaît, certes, mais il n’est plus imprégné de la candeur d’autrefois.

L’histoire de Jinhee est d’un réalisme troublant, à la fois dans le jeu très juste des enfants et des sœurs de l’orphelinat, mais également dans la description de cette poignée d’angoisses, de déceptions et d’attente que les jeunes enfants retiennent de leur expérience, bien après leur entrée dans une nouvelle vie.

Gracieuseté Festival Amérasia

Amantes de la mer

Seashore Village compte parmi les 109 films réalisés par le maître du cinéma coréen Kim Soo-yong. L’action se déroule dans un village indéterminé situé en bord de mer, où les vagues et les tempêtes tumultueuses décident du destin des gens. Celui de Hae-Sun est tragique: dix jours après son mariage, la tempête emporte son mari, et avec lui toute joie, tout espoir. L’aide que lui apportent les femmes du village, dont plusieurs sont veuves ou vieilles filles, n’est pas suffisante: un remariage s’impose et permet à Hae-Sun d’oublier sa peine dans des contrées lointaines, aux côtés de son nouvel époux.

Toutefois, les bains dans l’eau agitée, les potins entre femmes du village, le son incessant des vagues, les tempêtes, et toutes les tragédies et les pertes qu’ils ont causées, rattrapent Hae-Sun au dernier moment: la mer lui revient, en songe, puis en réalité, tel un amour dont elle ne peut se séparer. Et c’est dans une mélancolie heureuse qu’elle se joint aux veuves qui, malgré la perte de leurs maris, continuent à aimer la mer, leur amant par excellence, celui qui les écoute, leur parle et les garde près de lui.

Malgré un scénario apocalyptique au possible (frôlant parfois le ridicule), le film demeure un classique du cinéma coréen, et souligne à juste titre la période des «films littéraires» des années 60 que Soo-Young a admirablement maîtrisés au cours de sa carrière.

Jusqu’au 13 mars à la salle J.A. de Sève de Concordia et à la Cinémathèque québécoise.

 
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