Harper, roi malgré lui
1 mars 2011
Certains remettent en question la légitimité de la monarchie au Canada, alors que ceci n’empêche pas Stephen Harper de régner en monarque.

Dimanche soir, lors d’une conférence de presse, Stephen Harper a appelé le Colonel Kadhafi à «renoncer sur-le-champ à ses pouvoirs» et à «mettre fin au bain de sang» en Libye. En conformité avec la résolution adoptée samedi par le conseil de sécurité de l’ONU, le gouvernement canadien a décidé d’appliquer un embargo sur la vente ou l’exportation d’armes ou de fournitures d’armes, d’ordonner l’inspection de toute marchandise à destination de la Libye, de geler les avoirs de Kadhafi et de sa famille en plus de les interdire de voyager au Canada. De plus, Ottawa compte aller un peu plus loin en interdisant toute transaction financière avec la Libye et ses institutions bancaires.

Les Conservateurs se présentent encore comme les défenseurs de la sécurité publique, après avoir concentré près de 40% de leur agenda législatif et des milliards de dollars sur la législation sur la criminalité. Le gouvernement continue de financer les infrastructures carcérales (le Service correctionel Canada), alors que le Canada fait face au plus grand déficit budgétaire de son histoire, et que d’autres départements voient leur budget coupé ou gelé.

Les prisonniers sont peu vus par des professionnels de la santé, bien qu’on estime qu’au moins un quart des nouveaux internés souffrent d’un forme quelconque de maladie mentale. Les prisons sont devenues des oubliettes et ceux qui y souffrent s’y trouvent se feront en effet vite oublier si on en croit le manque d’aide qui leur est accordée. Alors que le gouvernement Harper gonfle les prisons canadiennes, il élimine le registre des armes à feux.

La méthode radicale de Harper consiste à préférer l’échafaud plutôt que la résilience. Il pense qu’il faut garder à l’écart les criminels. Le hic c’est que certains d’entre eux ont besoin plus que des barreaux pour se réhabiliter. L’isolation ne fait que ghettoïser nos communautés, alors que cette vision manichéenne ne tient pas compte des circonstances telles la pauvreté, les abus de drogues et la santé mentale.

Stephen Harper ne s’en prend pas seulement aux criminels, mais aussi aux artistes.

Il y a un mois, les Conservateurs célébraient leur cinquième année au pouvoir. Dans cette période, le gouvernement Harper a démontré un grand irrespect et mépris pour le développement des arts au Canada. En 2007, les Tories avaient augmenté le budget du Conseil des Arts du Canada de trente millions, pour une somme de 183 millions de dollars. Le gouvernement Harper a cependant coupé drastiquement jusqu’à quarante-cinq millions de dollars dans le financement des arts et de la culture, et surtout dans le budget alloué aux voyages et aux expositions hors pays (le programme Promotion des Arts a quant à lui été complètement annulé). L’art canadien se trouve ainsi dans une position précaire. Au temps des rois, on pouvait compter sur les mécènes, de nos jours, l’artiste est plus vulnérable aux lois du marché et à des contraintes politiques, et il a alors besoin du soutien du gouvernement.

Anne Howland, la directrice des communications des Affaires étrangères, avait expliqué que le financement était coupé pour des groupes ou des artistes dits «radicaux» ou «marginaux», car ils ne représenteraient pas bien le Canada à l’international. Les coupures inexpliquées et inattendues du gouvernement Harper ne projettent-elles pas, elles-mêmes, cette image de radicalisme? Les Conservateurs ont démontré un profond manque de respect dans leur dialogue avec la communauté artistique, insufflant cent millions de dollars à des événements culturels déjà largement financés par des corporations, comme le Festival international de film de Toronto. De surcroît, le budget a été distribué par lndustrie Canada, plutôt que par le Conseil des Arts du Canada.

Au Québec, les quinze millions de coupures ont semé la rogne et donné lieu à plusieurs manifestations à Montréal. Alors que l’influence de la culture américaine se fait grandissante, l’art canadien et de surcroît québécois est en voie d’extinction. Pour rivaliser avec les productions américaines exportées ici, nos œuvres et artistes ont besoin de l’aide du gouvernement, qui malheureusement a fermé ses fenêtres aux cris du peuple. Le Québec et le Canada forment peut-être bien des lieux démocratiques, ceci ne semble pas empêcher Stephen Harper d’agir comme bon lui semble, comme un roi.

Alors que tout le monde s’attend à de prochaines élections au mois de mai, et que Stephen Harper se félicite de son bon travail, les décisions prises unilatéralement et sans consultation laissent à désirer. Rappelons-nous que nous vivons dans un pays démocratique, et présentons-nous devant les urnes.

 
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