La suffisance de l’être
18 janvier 2011
Et si la société de demain se libérait de l’économie de masse pour revenir au petit format?

L’exposition Small is Beautiful, présentée à la Galerie [SAS] et née d’un projet conçu il y a deux ans et demi, invitent plusieurs artistes à reconsidérer leur démarche de travail pour rentrer dans le petit format. La logique initiale des artistes est transformée, leur usage des matériaux, leurs techniques ou leur environnement de travail, modifiés. Cela les amène à se recentrer sur une production plus économique et mieux pensée.

L’objectif est d’amener le visiteur à remettre la société en question. L’artiste reconsidère son processus de production, et le visiteur, son mode de vie. Tout est mis à petite échelle: il s’agit d’une micro production, adaptée aux besoins de chacun et utilisant des ressources locales. Le message évoque peut-être les contingences d’une société autarcique, mais sa portée économique est grande. Le petit format invite à un travail de précision, où la qualité prime sur la quantité et où la minutie crée une promiscuité avec l’œuvre.

Gracieuseté Ariane Thézé
Comme le souligne Frédéric Loury, directeur de la galerie, cet esprit à contre-courant des tendances actuelles n’est pas sans rappeler l’exemple de l’Islande qui possède le taux d’œuvres par habitants le plus élevé au monde. Ce petit pays –sans rentrer dans un protectionnisme mal placé– a su promouvoir sa production artistique et préserver sa culture en favorisant la vente d’art local. Un monde où règne une approche plus réfléchie de la production ouvre forcément des portes et donne envie d’explorer de nouvelles techniques. Un artiste qui a su accéder à de nouvelles dimensions est certainement Serge Marchetta. À l’aide de fils, il construit des formes géométriques, et joue avec les ombres afin de décupler la dimension de l’œuvre.

Une vidéo proposée à l’entrée de l’exposition invite le visiteur à écouter les artistes expliquer en quelques phrases ce qu’est le petit format, selon eux. Leurs commentaires illustrent bien la démarche personnelle de chaque artiste, qui évoquent à chaque fois un aspect différent: une économie d’espace, de dépense, de temps ou même un rapprochement par rapport à l’œuvre.

Pour reprendre les mots d’Ariane Thézé, «cela devient un petit format à partir du moment où le spectateur doit se rapprocher de l’œuvre et a une place privilégiée, un point de vue unique. On ne peut pas être deux, c’est une question de regard». Cette artiste, qui travaille essentiellement sur l’autoreprésentation du corps et du visage à l’écran, nous offre une vision aussi alarmante que fascinante de la mutation de l’image corporelle que notre société subit dans sa recherche de perfectionnement esthétique, alors que l’individu oscille entre être humain et mannequin façonné.

Dans une même optique de travail de l’image, Fred Laforge explore les corps atypiques: trisomiques, obèses, poilus… les rejetés de la société. Ils sont transformés par l’artiste qui, à travers la pixellisation de l’image, joue sur la mémoire et fait oublier au spectateur les formes du visage, qui s’effacent jusqu’à en devenir abstraites.

La galerie [SAS] a su, une fois de plus, se démarquer par la pertinence de son exposition et la qualité des artistes choisis. Elle sera la seule galerie canadienne présente à la foire internationale d’art contemporain PULSE New York 2011, où elle exposera l’artiste multidisciplinaire Catherine Bolduc. Alors que la galerie [SAS] fait rayonner le potentiel des artistes québécois, ceux-ci partagent élégamment avec nous leurs questionnements sur la place que nous occupons dans la société et sur notre rapport à celle-ci.

 
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