Retour sur 1970
11 janvier 2011
Sylvain Lemay et André St-Georges explorent les illusions et désillusions d’un groupe d’amis face à leurs idéaux de jeunesse dans Pour en finir avec novembre.

Jean, Luc, Mathieu et Marc sont quatre amis emballés par les événements d’octobre 1970, des événements tellement marquants qu’indéniablement trop grands pour eux et leur sensibilité à fleur de peau. Poussés par un besoin de s’inscrire dans l’Histoire, ils décident de monter une cellule d’action terroriste, la cellule Montferrand. Alors qu’ils prévoient leur première action, un enlèvement, rien ne se déroule comme prévu et leur acte politique échoue en une erreur meurtrière.

Gracieuseté des éditions 400 coups
Les années passent et les amis se retrouvent à diverses reprises, sans jamais réellement parler de cette mystérieuse nuit de leur jeunesse –ce qui laisse le lecteur sur sa faim pendant un certain temps. Lorsque Jean décède, Mathieu et Luc découvrent qu’il a laissé derrière lui le manuscrit d’un roman levant le voile sur les faits de cette fameuse nuit de novembre. Mathieu veut empêcher la publication de ce récit qui leur serait fatale. L’histoire pourrait s’arrêter là si l’ordinateur de Jean ne disparaissait pas aux mains d’un cambrioleur. Le voleur s’avère en effet être un maître chanteur qui envoie des passages du manuscrit, menaçant ainsi les deux hommes paniqués. Qui est ce vengeur inconnu et, surtout, que s’est-il réellement passé cette nuit-là?

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Il n’est pas question de prétendre que Pour en finir avec Novembre fait preuve d’une grande originalité quant aux fils de l’intrigue ni même dans le traitement de celle-ci. Toutefois, une chronologie décousue permet de donner un certain dynamisme à cette histoire qui aurait pu tomber rapidement dans le banal. Les auteurs ont en effet  choisi d’opérer plusieurs allers-retours entre octobre 1970 et novembre 2008 afin d’insister sur l’évolution de chaque personnage. Ils s’attardent particulièrement sur les compromis auxquels chacun fait face, avec l’âge et les responsabilités grandissantes.

Le dessin, sobre et élémentaire, parfois à l’extrême, ne sera pas nécessairement l’élément susceptible de vous séduire au premier abord, même si l’on se fait petit à petit à la simplicité du trait d’André St-Georges. Toutefois, cette même sobriété, qui occasionnellement dérange, permet de mettre en valeur les personnages, terriblement humains et réalistes ainsi que le découpage du récit.

Ce que l’on aime ainsi sans aucun doute, c’est le choix des auteurs de montrer des personnages emportés par des idéaux qu’une vingtaine d’années suffit à effacer. La remise en question des idéaux politiques ainsi que l’ébauche de réflexion proposée sur le fait que tout acte est, ou n’est pas, un acte politique (écouter les Beatles, boire de la Molson, travailler pour le gouvernement, etc.) rendent cet album pour le moins intéressant.

Sans être la bande dessinée de l’année, Pour en finir avec Novembre, publiée aux éditions Les 400 coups, est donc tout de même un bon moment d’évasion.

 
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