Autopsie d’une société
23 novembre 2010
L’expression «La pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre», prend tout son sens dans la pièce Le Dieu du carnage présentée au Théâtre du Nouveau Monde.

Yasmina Reza est particulièrement connue pour sa pièce Art qui reste un incontestable succès. Femme de lettres, elle a endossé le  rôle d’actrice notamment dans À demain de Didier Martiny et Loin d’André Téchiné. Ses productions, généralement très humoristiques malgré leur touche de pessimisme, mettent en scène des personnages contemporains poussés à la dérision qui reflètent les défauts de notre société. Chamailleries d’enfants qui deviennent querelles de parents, plus ça change, plus c’est pareil. Le Dieu du carnage présenté au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 11 décembre ne fait pas exception. La pièce prend forme sous la direction de Lorraine Pintal et est interprétée par l’inséparable duo Anne-Marie Cadieux et James Hyndman, ainsi que Guy Nadon et Christiane Pasquier.

Yves Renaud

Une bataille entre deux enfants dans une cour d’école dégénère lorsque l’un des gamins se retrouve avec deux dents cassées. Les parents, soucieux de régler le conflit de la façon la plus juste possible, décident de se rencontrer. Tranquillement, la courtoisie et les bonnes intentions font place aux attaques personnelles. Les quatre adultes ne sont plus que des fanatiques du dieu du carnage. L’auteur souligne ici une question très amusante: la violence du parent se retrouve-t-elle dans le comportement de l’enfant ou est-ce le contraire?

Le texte fait preuve d’un humour dévastateur et, malgré un décor statique, est très rythmé et énergique, ponctué de répliques courtes et mordantes. Essoufflés par cette joute verbale, l’excès de leur personnage et la nécessité de mettre le tout à la mesure du texte, les comédiens excellent. Au-delà de ce texte poignant, on découvre une critique sociale percutante. Une société narcissique composée d’hommes et de femmes qui camouflent leurs pulsions sous de faux airs polis. Le Dieu du carnage n’est pas une pièce «cérébrale» au sens péjoratif du terme. Bel exercice oratoire entre les personnages, elle est plutôt légère et humoristique.

Il est impossible d’échapper à la critique virulente du narcissisme que propose Yasmina Réza. D’un point de vue philosophique, c’est une pièce très riche en analyse; la vision de Sartre comme celle de Rousseau est représentée. La metteuse en scène ne cache pas qu’elle a beaucoup été influencée par la pensée de Jean-Jacques Rousseau lorsqu’elle a cherché à aborder la pièce sous un angle nouveau. En effet, elle repose de façon drôle et intéressante la fameuse question: les enfants sont-ils réellement des êtres purs que la société corrompt?

 
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