Le sourire qui tue
18 novembre 2010
Citation du jour: «Je recèle sur le campus des réactions largement positives!» – Heather Munroe-Blum
Ali Mackellart

Une salle pleine en haut de la montagne. Tout pour plaire à la principale de l’Université McGill. L’effort publicitaire n’ayant pas été négligé, on aurait pu s’attendre à une version soft qui selon les dires, caractérisait le Town Hall des années précédentes.

À son arrivée, Heather Munroe Blum s’est efforcée de reproduire au détail près la photographie corporative qui accompagnait son invitation à «une occasion spéciale pour discuter de questions d’intérêt pour la communauté de McGill»: une poignée de main et son plus beau sourire.

Il ne serait pas magnanime de dire qu’effectivement, toutes les questions d’intérêt et d’actualité ont été à l’ordre du jour. S’il n’était pas friand de logistique ni d’informatique, l’auditeur aura pu apprécier un débat plutôt complet sur le manque de ressources qui commence à se faire ressentir auprès des étudiants de deuxième cycle, sur la hausse des frais de scolarité ou encore sur la position controversée de la rectrice quant à ses relations avec le gouvernement québécois. Enfin, on ne saurait omettre les réactions à l’interdiction des vélos sur le campus ainsi qu’une critique qui tombait à point, soit la façon dont l’administration «consulte» les étudiants.

Pour ceux qui l’on manqué, cet événement mémorable est disponible en baladodiffusion sur BcoolTV. Ne prétendant pas être une sphère d’échange ni d’impact décisionnel, le Town Hall était néanmoins un bon effort de relation publique. Si vous aussi vous souhaitez organiser votre Town Hall, dans votre faculté, votre patelin, en famille ou entre amis, ne manquez pas le site internet «Dix conseils pour une assemblée générale fructueuse». Premier petit truc: «racontez une anecdote personnelle». Ainsi, sur la question de la mobilité de vélos aux heures passantes, HMB relate: «Chacun vit sa propre expérience, moi, j’ai failli me faire frapper!». Et le très classique «bien sûr, quand j’étais étudiante, je n’étais pas en faveur des hausses de frais!». Forcément…

Ne souhaitant pas laisser la forme prendre le précédent sur le fond, il convient à présent de rendre justice aux revendications étudiantes. Une des premières revendications claires et concises était d’ouvrir le Conseil d’Administration à plus que trois représentants du corps étudiant. À retenir: HMB affirme que le processus est en cours et une promesse de faire un effort en ce sens. Et, à la même intervention de Guy Mark Lipschitz, une réaction plutôt douteuse: «Nous [l’administration] avons été plutôt surpris de savoir que le point de vue général était que la gestion du dossier de l’Architecture Café avait été prise sous le secret.» Quant à la position que HMB a présentée au nom de l’université à la dernière rencontre des partenaires universitaires, Adrian Katz à employé en bonne et due forme la méthode socratique pour démontrer que, faute d’endossement de la part des associations étudiantes, l’instance suprême n’avait pu être «mandatée» à adhérer à la décision du gouvernement.

Un autre fidèle de la cohorte Mobilization McGill, Jeremy Bunyaner, a ramené la discussion autour de la mission des services de restauration de McGill qui, pour lui était en contradiction avec la fermeture des points de ravitaillement étudiants. Sur ce, la réponse de Mendelson dans le rôle du parfait sidekick, que la gente étudiante nomme désormais «Voldemort», réitérant le parcours historique des Food and Dining depuis les années 1990, présenté dans son mémo sur la fermeture du Arch.

Tout compte fait, le bilan est positif, et un coup d’œil à une des photos prise, il faut le dire, «clandestinement» –le caméraman officiel ayant reçu l’exclusivité pour la couverture visuelle de l’événement– en témoigne: la salle paraissait à moitié vide, parce que tous ses occupants étaient en ligne derrière le micro. Les points faibles? Sur vingt questions posées, la principale a avoué (ou feint) à trois reprises ne pas savoir de quoi il s’agissait. Et surtout le commentaire ciblé à la presse étudiante, qu’elle a cependant chaleureusement reçu le lendemain matin (voir article en p. 4): les médias essaieraient de créer «l’humeur exécrable» qu’elle, perçoit comme «largement positive».

 
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