Prenez vos responsabilités
15 novembre 2011
Plus habitué aux articles d’actualités qu’aux tribunes d’opinion, j’ai pour la première fois, étant données les circonstances, décidé de partager mon analyse personnelle.

Escouade anti-émeute

L’administration est responsable des blessures causées par le Service de police de la Ville Montréal.

La présence de policiers sur le campus de McGill est certes rare mais n’est pas pour autant inédite.

Ce qui est nouveau, c’est la venue sur le campus de l’escouade anti-émeute avec casques, armures, boucliers, et surtout matraques. Ce qui change la donne, c’est l’utilisation de gaz lacrymogènes et de gaz poivré et, surtout, la douloureuse et traumatique répression physique.

«Nous n’avons pas appelé la Police anti-émeute, ça je peux l’affirmer clairement» s’enorgueillit Morton Mendelson comme s’il s’agissait là d’héroïsme. Mais comme nous le rappelle cyniquement Heather Munroe-Bloom dans son courriel, le SPVM a dispersé les manifestants «par ses méthodes habituelles». Ces mêmes méthodes qui ont été critiquées par le comité des droits de l’Homme de l’ONU: arrestations arbitraires, utilisation abusive d’armes non létales…

Emily Yee Clare, vice-présidente de l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) déléguée aux affaires universitaires, citait fort à propos l’article 8 de la Charte des droits de l’étudiant. «L’Université a l’obligation de veiller à ce que l’on prenne des mesures adéquates pour protéger la sécurité personnelle des étudiants sur la propriété de l’Université.»

En demandant la venue de la police, une force connue pour sa violence et sa brutalité lors des manifestations politiques, afin de gérer un rassemblement que l’ensemble des personnes présentes s’accordent à dire qu’il était pacifique, l’administration a non seulement failli à son obligation de protéger l’intégrité physique de ses étudiants, mais elle porte la responsabilité directe de leurs blessures, de leurs brûlures et de leur traumatisme psychologique.

«Working with you, for a safe community»

D’après le récit des quatorze occupants, les services de sécurité de l’université ont eu un comportement extrêmement violent. Certains étudiants décrivent, de façon très détaillée, avoir été jetés à terre, avoir reçu des coups de genoux ou encore avoir été traînés au sol.

Susan Aberman, chef de cabinet de la principale, explique avoir eu peur, un sentiment que l’on peut comprendre. Mais selon les occupants, la violence est venue, bien entendu, non des secrétaires mais de la sécurité, arrivée sur les lieux par la suite, alors que les occupants étaient installés, qu’ils s’étaient identifiés comme étudiants et que l’effet de surprise était passé. Dès lors le prétexte de l’intervention dans un climat de confusion et de peur ne tient plus.

L’occupation pacifique de bureaux ne relève pas de l’activisme extrême. Il s’agit tout de même d’un cran au-dessus de la simple manifestation. Certains comportements des occupants ont même peut-être attisé la tension auprès des agents de la sécurité. S’asseoir dans le fauteuil de la principale, par exemple, est un symbole fort; mais cela ne justifie en aucun cas l’utilisation de la force physique.

La présence non autorisée d’étudiants dans le bureau de la principale ne donne aucunement le droit aux cadres du service de sécurité de McGill de se comporter en shérifs. La sécurité n’est pas une police privée. Comme son slogan l’indique, elle est là pour travailler pour la communauté. Le fait que selon les récits recoupés des occupants sous les objectifs de multiples téléphones et caméras vidéo, les agents se soient directement attaqués à des étudiants, les individus au cœur de la communauté, est un signal fort et symptomatique. Symptomatique d’abord d’un sentiment d’impunité. Ce sentiment a été depuis renforcé par l’absence de toute mesure conservatoire de la part de l’université. Personne n’a été sanctionné, personne n’a été suspendu.

Pas vu, pas pris

Face à la presse, Morton Mendelson et Heather Munroe-Blum se contentent d’expliquer qu’ils n’étaient pas dans la pièce et que donc ils ne peuvent savoir ce qu’il s’est passé, d’où l’impossibilité de prendre toute mesure. La logique est implacable, l’enquête est lancée, nous verrons bien dans un mois.

Soyons sérieux. Des employés de l’université sont accusés d’avoir agressé des étudiants et on vient nous dire qu’il faut patienter pour les résultats d’une enquête qui, au passage, n’a aucun mandat pour établir des responsabilités individuelles? Madame Munroe-Blum jure ne rien savoir de ce qui s’est passé dans son bureau et c’est bien ce qui est inquiétant.

Quand on lui pose la question, les employés accusés par d’autres membres de la communauté d’avoir été violents ont-ils au moins été entendus par leurs supérieurs? Ont-ils, à tout le moins, eu l’opportunité de nier ces accusations? Embarras, pas de réponse, enquête indépendante, 15 décembre.

Remarquons au passage la façon dont l’administration sélectionne les questions. À la suggestion qu’elle ait pu appeler la police anti-émeute: cris d’orfraie, jamais au grand jamais. Des étudiants ont-ils été agressés par la sécurité? Dur à dire, je n’étais pas là, les étudiants concernés n’ont produit aucune preuve. En tant que principale de cette université, je ne vais tout de même pas demander à ma chef de cabinet qui était présente du début à la fin. Je ne vais pas non plus déranger les principaux concernés, les responsables de la sécurité. Après tout, je n’ai aucune preuve alors qui suis-je, moi principale, pour poser des questions?

Écoutez l’entrevue de Heather Munroe-Bloom par Mike Finnerty au daybreak de CBC.
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