Citoyens d’abord
10 novembre 2010

Plusieurs conférences et tables rondes étaient données à McGill dans le cadre de la Semaine du journalisme étudiant la semaine dernière. Notamment, Tim McSorley et Craig Silverman sont venus discuter de la place et du rôle des médias citoyens dans le paysage journalistique.

Rédacteur à la revue The Dominion et à Media Co-operative, un réseau de coopératives financées et gérées par ses membres qui vise à fournir une couverture médiatique populaire et démocratique, Tim McSorley dit que le terme «citoyen», qui selon lui est devenu un mot à l’air du temps, n’est peut-être pas le meilleur pour qualifier cette nouvelle sphère dans les médias. «Alternatif» ou «populaire» conviendrait mieux, puisque le terme citoyen, assez vague, ne décrit pas adéquatement ni les rédacteurs, ni le lectorat. De la même façon, il n’aime pas non plus parler de «journalisme professionnel», et préfère des mots plus précis tels que «média de masse» ou «média corporatif». Enfin, essentiellement, qu’essaie-t-on de distinguer?

À l’heure actuelle, l’image de ces médias citoyens est très liée au web (on peut penser à DavisWiki.org ou à WikiLeaks.org), mais ces outils technologiques ne sont pas idéologiques et ne peuvent distinguer les médias alternatifs des médias de masse qui les utilisent également.

Les médias citoyens prennent leur source dans le désir de discussion, de fournir des faits hors des courants principaux, et remontent à beaucoup plus loin que la naissance de la toile cybernétique et des réseaux sociaux. C’est un retour aux racines de la communication; comme lorsque les poètes se promenaient de village en village pour raconter les nouvelles du leur. Les médias citoyens, c’est donc d’abord le désir de partager les nouvelles.

C’est lorsqu’au XVIIe siècle, un code éthique et des journalistes de «formation» apparaissent, que cet échange citoyen prit des allures plus politiques. La voix du peuple obtenait une portée qu’elle n’avait pas connue auparavant. Des sites comme VozMob.net ou OhmyNews.com, qui permettent à des communautés et des réalités gardées dans l’ombre plus de visibilité, ont changé l’univers médiatique.

On s’intéresse aussi de plus en plus à l’exactitude des faits. Craig Silverman, rédacteur en chef à MediaShift de PBS, chroniqueur avec le Columbia Journalism Review et fondateur de RegretTheError.com, un site web qui rapporte les bons et moins bons coups des médias, affirme qu’en tant que citoyens nous devrions demander plus d’informations. Il mentionne notamment l’exemple de The Guardian, qui avait publié les dépenses des députés et avait  laissé ainsi aux citoyens le temps et l’opportunité de fouiller et de trouver si quelque chose clochait, comme un des bénéfices de la croissance de la participation citoyenne dans les médias. Il y voit même une solution à l’apathie politique. «Sunlight is the best disinfectant», disait-il en parlant de la divulgation des faits.

Les lettres ouvertes n’ont jamais été, selon Craig Silverman, un exemple d’une voix démocratique dans les médias. Quand, et si elles sont publiées, elles font souvent l’objet de tant d’édition que leur auteur ne reconnaît souvent plus ses propres mots. Il est vrai que certains médias semblent être de plus en plus participatifs, en demandant aux lecteurs ou auditeurs d’envoyer des informations ou des photos à partir de leur téléphone cellulaire, par exemple; mais leurs voix résonnent-elles vraiment après l’envoi sms? Craig Silverman trouve que cette participation est unilatérale, les médias n’étant pas toujours tenus de créditer ce qu’ils reçoivent.

Le grand défi des médias citoyens est de trouver un système réellement viable financièrement. Un site comme Spot.us qui vit du financement d’individus qui désirent la couverture médiatique de mêmes sujets n’est pas encore parfaitement rentable.

Enfin, alors que l’actualité tend parfois vers des nouvelles de dernières minutes et de grands éclats, et que les quelques judicieux et intéressants «commentaires des abonnés» se perdent souvent dans la masse, et que les réels débats s’essoufflent rapidement, la voix citoyenne ne doit pas, elle, disparaître. Le Délit y tient et c’est pour cela que  vous remarquerez que la section Société s’est dotée d’une troisième page, la 10. Citoyens et étudiants, à vos plumes!

 
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