Terrorisme écologique, chasse, secte et bacchanales
18 octobre 2010
Avec Comment appeler et chasser l’orignal publié aux éditions Coups de Tête, Sylvain Houde signe un polar à saveur masculine dans un décor typiquement québécois.

La plume précise de Sylvain Houde fait mentir la réputation des polars souvent écrits d’une main paresseuse. Le récit se déroule principalement à Shawinigan, une petite ville industrielle de la Mauricie adjacente à un parc national: le domaine des orignaux. L’orignal sert de trame de fond omniprésente au livre. Que ce soit à travers un groupe de personnes nommé ORIGNAL, un documentaire à la télévision ou un camp de chasse, le lecteur fait constamment face au roi des forêts.

Simon Brisebois, le protagoniste, est journaliste pour une firme dénommée Polar Police. Il enquête sur un regroupement, l’ORIGNAL (L’Organisation révolutionnaire d’intervention guerrière de nuisance anticapitaliste libertaire). Ce groupe écolo-terroriste fait sauter des véhicules utilitaires sport énergivores comme coups d’éclats. Il se révèle cependant plus proche d’une secte de reclus de la société qui vivent selon certains principes, dont plusieurs ancestraux, et appliquent leur propre vision du monde à l’ensemble de la société,

Comment appeler et chasser l’orignal s’apparente ainsi au fameux récit Le Maître des illusions de Donna Tartt dans lequel un groupe restreint d’individus rassemblés autour d’un grand maître effectue des rituels primitifs, le tout sur fond de bacchanale. Dans le roman de Sylvain Houde, l’aspect primitif de l’orignal, lié notamment à la sexualité, est présent à travers les rites de ses adorateurs. L’érotisme bestial est peut-être ici trop mis en l’avant, ce qui crée une certaine rupture au sein de l’intrigue. Malgré tout, l’activisme écologique du groupe l’ORIGNAL soulève une question intéressante sur les limites des actions accomplies pour faire changer une situation, telle que celle de la conscience écologique. En outre, les diverses incursions dans l’étymologie de certains mots tels que «triskaidékaphobie» ou «curcubitacée» sont autant de pauses didactiques littéralement savoureuses. Les didascalies créent enfin un mélange des genres différent et novateur. Par ailleurs, l’expérience de l’auteur en tant que DJ aux Foufounes électriques se reflète dans son roman, puisque de nombreuses scènes se déroulent dans une boîte de nuit. Le lecteur découvre ainsi le monde de la nuit sous un angle original voire expert.

Comment appeler et chasser l’orignal, qui mériterait une seconde lecture, afin de saisir dans son intégralité la complexité et les enjeux du récit, est donc un polar dans lequel se mélangent regroupements écologistes et sectaires sur fond de sexualité débridée centrée sur l’imaginaire masculin.

 
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