Premières nations: dernières financées
5 octobre 2010

Excellente nouvelle: le nombre d’autochtones désirant entreprendre des études postsecondaires est plus élevé que jamais. La mauvaise: ils n’en ont absolument pas les moyens.

Plusieurs s’insurgent face à la situation. Les sommes d’argent consenties par le fédéral ne suffisent pas à assurer à tous ceux ayant l’âge et le talent, la possibilité d’étudier. La situation était d’ailleurs dénoncée en grande pompe par les ministres provinciaux et territoriaux de l’Éducation (à lire l’article de Devon Willis en page 5), mais rien ne bouge.

Allez voir : sur la page d’accueil du site web de l’Université canadienne des Premières Nations, on trouve une courte vidéo dans laquelle la présidente du bureau des gouverneurs et la présidente par intérim appellent les étudiants au calme en les référant aux conseillers pédagogiques de l’Université. Il ne faut pas s’inquiéter, disent-elles l’une après l’autre, on ne fermera pas leur campus, comme certaines rumeurs le veulent. Pourtant, annoncent-elles, on devra montrer la porte à une poignée de professeurs, et à encore plus d’assistants administratifs. Comble des tribulations, elles expliquent que l’université a dû vendre son seul et dernier avoir, la propriété du campus Saskatoon. En bref, elles doivent faire avec 3 millions de moins que l’an dernier.

Ping-pong

En octobre 2008, le gouvernement de la Saskatchewan donnait 1,6 million de dollar à l’université. En février 2009, il en reprenait deux cent mille. Juin 2009, le gouvernement fédéral réclame 2.4 millions, alors qu’en février 2010, Saskatoon gèle sa contribution annuelle. À la fin du mois, Ottawa annonce officiellement qu’il ne donnera plus un denier, alors que, le mois suivant, la province lui en redonnait. En juin 2010, Ottawa versait 4 millions à l’université, cette fois à travers la gouvernement saskatchewannais.

On justifie cette (ridicule) politique de ping-pong par un manque de reddition de comptes, par des maux administratifs de la part des officiels de l’université, et des problèmes de coopération de la part gouvernementale. Or, comment pourrait-il être possible pour des gestionnaires universitaires de convenablement planifier la santé financière d’une université alors que le caractère des créanciers est si imprévisible?

A-t-on vraiment besoin de rechanter les vertus de l’éducation? On le sait –mais puisqu’on a besoin de se le faire rappeler– les autochtones détenant un diplôme universitaire gagnent de meilleurs salaires, sont en meilleure santé, traversent moins de période de chômage. Selon les données publiées cette semaine par l’Association des Collèges et Universités du Canada, l’éducation a un pouvoir «transformateur» sur toutes les populations, et la nécessité d’investir en ce sens est scandaleusement criante.

Historique justification

Personne ne pourrait s’exprimer mieux qu’un des professeurs de l’Université canadienne des Premières Nations lorsqu’elle articulait : «Le gouvernement fédéral doit reconnaître qu’il ne peut pas, d’un côté, s’excuser pour les séquelles laissées par les pensionnats indiens [qui voulaient soustraire les autochtones aux influences dites «dégradantes» de leur milieu pour transformer l’identité des enfants et l’apparenter à celle des Blancs], et de l’autre, détruire la seule Université des Premières Nations au pays, obligeant ainsi les étudiants autochtones à s’assimiler aux étudiants des établissements d’enseignement réguliers.»

Pourquoi ne pas assurer à l’Université canadienne des Premières Nations un financement adéquat et stable? En majorant l’aide financière aux établissements d’études postsecondaires, les autochtones et les autres (puisqu’ils sont accueillis à bras ouverts par cette Université) peuvent recevoir un genre d’enseignement qui tient compte de leur histoire et de leur culture, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. x

 
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