Le TNM s’improvise un opéra
5 octobre 2010
S’attaquer à un classique du répertoire théâtral, c’est souvent prendre le risque de perdre quelques plumes. Le Théâtre du Nouveau Monde ne fait pas exception avec l’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht.

En essayant de moderniser et d’épurer L’Opéra de quat’sous, considéré comme l’un des plus célèbres opéras du XXe siècle, Robert Bellefeuille semble avoir échoué à mettre en scène l’atmosphère singulière qui a fait de la pièce du dramaturge allemand Bertolt Brecht un classique du théâtre.

L’Opéra de quat’sous raconte l’histoire de Mac the Knife, un bandit célèbre qui épouse la fille d’un chef de syndicat de mendiants. Le père de la jeune femme convoque le chef de police, un allié de Mac, et le fait chanter pour qu’il procède à l’arrestation du bandit. Entre prostituées, voleurs, mendiants et policiers corrompus, Mac the Knife est finalement, par un coup de théâtre purement brechtien, libéré et gracié par la reine elle-même.

Ce qui fait de l’Opéra de quat’sous un spectacle à ne pas manquer, c’est incontestablement la musique, intimement liée à la mise en scène. En effet, tout au long de la pièce, les comédiens se transforment en musiciens et s’intègrent au petit orchestre qui prend place directement sur scène. Les mélodies du compositeur Kurt Weill sont immenses, sombres et dissonantes, mais toujours justes. Serge Postigo, dans son complet noir à chemise de corps, se confronte au talent brut d’Émilie Bibeau le temps de quelques apparitions. Connue pour son rôle de Rosalie dans Annie et ses hommes, Émilie Bibeau explore une fois de plus des humeurs extrêmes, frôlant parfois l’hystérie et la vulnérabilité dans une même lancée.

Malheureusement, le manque d’unité dans le décor et les costumes, ainsi qu’un éclairage pour le moins maladroit, ruinent tout ce qui a été précédemment bâtit. Dans son désir de moderniser un classique et de l’arranger au goût du jour, le metteur en scène a finit par en perdre l’essence. Le décor moderne dérange le jeu des acteurs au lieu de le compléter et la mise en scène, faute de servir le texte de Brecht, reste statique, exposant avec encore plus de clarté le manque de finition flagrant du cabaret. Malgré toutes ces maladresses, l’Opéra de quat’sous est sauvé par l’intelligence de son texte. Le public, très réceptif, a absorbé avec avidité l’humour noir, cru ou encore subtil de Brecht.

Alors que nous vivons présentement une reprise économique et que le temps est aux dénonciations de pratiques économiques douteuses, la question bien célèbre lancée par Mac The Knife juste avant sa pendaison résume bien l’âme de la pièce: quel est le plus grand crime? Voler une banque, ou en fonder une? x

 
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