TOP 5 improvisé
3 avril 2012
Alors qu’approche à grands pas la fin de la session d’hiver, le temps du grand ménage de printemps s’en vient.

C’est ainsi que je redécouvre quelques nouveaux albums dont je n’ai pas encore eu le temps de vous parler. Ce petit top 5 improvisé pourrait bien occuper votre été, si le cœur vous en disait.

Retour à août 2005: A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge
L’histoire commence à la Nouvelle Orléans le 22 août 2005 et se termine aux environs du 24 février 2008. Quelques jours avant le passage meurtrier de l’ouragan Katrina, plusieurs personnages mènent une vie normale dans la chaleur d’une ville qui ne se doute pas de ce qui la guette. À l’annonce de la tempête, chacun réagit différemment: précautions, découragement, défi, peur, incrédulité, refus. Alors que les vents se lèvent et que les heures passent, les décisions de chacun seront cruciales et marqueront à jamais leur histoire. C’est avec beaucoup d’émotion que l’on se plonge dans cet album touchant et bien ficelé, signé Josh Neufeld. Les destins qui se croisent offrent une variété de perspectives touchantes, habilement dessinées et mises en couleur dans des tons bichromes bien choisis. La découpe des planches est dynamique et ne permet pas au récit de se perdre dans des considérations inutiles ou clichées. On file à l’essentiel, ancré dans une réalité dont on ne sort pas indemne, qui secoue, qui marque, qui dérange. A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge (La Boîte à bulles) est un livre profondément humain, à classer sur l’étagère des chefs-d’œuvre puisqu’il raconte des faits réels sans les romancer dans un rythme soutenu, intéressant et bien documenté.

Une quête d’identité sans pareille: La page blanche

Si vous suivez quotidiennement les blogs de Boulet et de Pénélope Bagieu, vous ne serez pas déçus par leur album commun: La page blanche (Delcourt/Mirages). L’histoire est simple mais terriblement réussie: une jeune fille, seule sur un banc, ne se souvient plus d’où elle vient, qui elle est, ce qu’elle fait là. Son passé a tout simplement disparu. C’est ainsi qu’abandonnée par sa mémoire au beau milieu de Paris, cette sympathique Éloïse Pinson commence une longue quête pour retrouver son identité perdue. Petit à petit, elle reconquiert sa vie, non sans élaborer des scénarios abracadabrants sur l’origine de son amnésie (depuis une mission d’agent secret jusqu’à un enlèvement par des extra-terrestres), ni sans passer par de nombreuses phases de doutes et d’incompréhension. Impossible de ne pas suivre avec passion et sourires cette histoire d’une grande sensibilité, racontée et dessinée avec drôlerie par des auteurs talentueux dont le travail en duo est une charmante réussite. Le dessin d’une grande simplicité et les jeux de couleurs donnent envie de se perdre dans les rues de la capitale française et servent habilement un scénario d’une originalité remarquable.

Clichés meurtriers dans Shutterburg Follies
Bee, l’héroïne créée par Jason Little, que nous avions rencontrée il y a peu dans Motel Art Improvement Service (voir Le Délit du 18 octobre 2011), est de retour dans Shutterburg Follies, une aventure piquante. La jeune fille travaille dans un magasin de développement de photos où, curieuse, elle regarde attentivement ce que ses clients décident d’immortaliser sur papier. Un jour, elle découvre que l’un d’eux prend des clichés plutôt morbides, se prétendant photographe de scènes de crimes. Et si cet étranger à l’accent russe n’était en fait autre que l’auteur des crimes? C’est ce que va tenter de découvrir Bee dans un récit palpitant, rempli de rebondissements et de personnages attachants et mystérieux. Vous serez sans aucun doute ravis de retrouver cette héroïne sympathique dans un album orginal et drôle, où les dessins sont, une fois de plus, d’une grande qualité.

Carmen: Une adaptation sans éclat
Frédéric Brémaud (scénario), Denis Goulet (dessin) et Valérie Vernay (couleur) se sont lancés dans une adaptation de la célèbre histoire de Prosper Mérimée, Carmen, dans un album du même nom. Certes, on a plaisir à retrouver des personnages familiers et une histoire plaisante, ainsi qu’à découvrir ou à redécouvrir un mythe. Tout est plus ou moins réussi dans cet album, que ce soit les couleurs ou le dessin, le scénario ou l’ambiance recréée depuis l’original, mais rien ne séduit réellement. Difficile de ressentir un véritable coup de foudre pour ce Carmen (Delcourt Ex Libris) qui manque simplement d’une petite dose d’originalité.

Gracieuseté des Éditions Delcourt

À la recherche de leur histoire: Zahra’s Paradise
Téhéran, le 15 juin 2009. Cette journée-là, près de trois millions de personnes protestent dans les rues contre des élections truquées par les Conservateurs au pouvoir. La nuit suivante laisse place à une répression aveugle, à des arrestations arbitraires et à des disparitions par centaines. Parmi eux, Mehdi, un jeune étudiant sur le point de passer ses examens. Son frère et sa mère partent à sa recherche dans le dédale administratif effrayant du pouvoir, entre les prisons, la morgue, les hôpitaux et les cimetières. Leur quête les plonge dans les rouages du régime iranien. L’absence totale de censure dans le dessin fait froid dans le dos: pendaisons par des grues, viols dans les prisons, refus d’informer les gens… Basé sur des témoignages authentiques, Zahra’s Paradise, écrit par deux auteurs qui ont souhaité rester anonymes –Amir (scénario) et Khalil (dessin)– est bien plus qu’un récit sur la violence du régime iranien et d’une famille en quête d’un parent disparu. En plus de tout cela, cette fiction aborde le rôle d’Internet dans le combat des citoyens pour une liberté à conquérir dans le sang. Le trait, classique, combiné avec une mise en page inventive, permet à Khalil de livrer une excellente composition de la mainmise du pouvoir. Le scénario est particulièrement bien pensé, alternant avec justesse les épisodes tragiques et violents avec des passages un peu plus légers et absurdes. Zahra’s Paradise est un moment de lecture instructif et intense qui plaira aux amateurs d’investigations politico-journalistiques.

 
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