Incendies: de l’étincelle à l’explosion
21 septembre 2010
Après Maelstrom et Polytechnique, le réalisateur québécois Denis Villeneuve revient en force avec Incendies, l’adaptation cinématographique de la pièce de Wajdi Mouawad.

Dans Incendies, on assiste à la renaissance d’une famille à travers l’histoire d’une femme, Nawal Marwan (Lubna Azabal), originaire du Moyen-Orient. Lorsqu’elle meurt, à Montréal, le notaire chez qui elle travaillait depuis dix-huit ans lit son testament à ses deux enfants, les jumeaux Jeanne et Simon (Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxime Gaudette).

À la lecture du testament, les orphelins découvrent, choqués, l’existence d’un père qu’ils croyaient mort et d’un frère qu’ils doivent retrouver selon les dernières volontés de leur mère. Les jumeaux se rendent alors compte qu’ils ne connaissaient pas réellement leur mère. Et voilà qu’elle leur demande de reconstruire leur vie à partir des cendres de sa propre existence. Commence alors un long périple qui promet d’être difficile. Jeanne et Simon trouveront-ils la paix? Seront-ils les mêmes après ce voyage aux allures de pèlerinage? C’est ce qu’on cherche à savoir. On se demande même si c’est possible avec tout ce qui finit par se révéler au grand jour.

En parallèle, Villeneuve trace le portrait de Nawal Marwan, exposant sa jeunesse, ses erreurs et ses déchirements. Tout commence lorsque son amant musulman, réfugié dans son village, est tué par son frère qui l’accuse d’avoir sali l’honneur de leur famille chrétienne. Nawal est enceinte et se voit obligée de donner son fils en adoption. Pour pouvoir le retrouver un jour, la grand-mère de Nawal tatoue à l’enfant trois petits points sur le talon droit. Une nouvelle histoire commence, celle de Nawal qui décide de retrouver son fils avant que la guerre ne les emporte tous. On sait d’ores et déjà que la suite sera mouvementée et douloureuse.

Afin d’arriver à rendre justice à la pièce de Mouawad, il fallait toute l’ingéniosité de Denis Villeneuve. C’est avec ardeur que chaque scène est filmée, et les moments les plus dramatiquement forts sont ceux où on laisse toute la place à l’image et où l’on tait les dialogues. C’est vrai, une image vaut mille mots. Villeneuve est parvenu à transmettre au téléspectateur la notion de douleur et la charge émotive véhiculée dans le film est essouflante, voire perturbante. Que ce soit la douleur physique, représentée par des scènes de tortures, ou encore celle de l’âme, celle qui ne s’efface pas et qui caractérise la sempiternelle perdition.

Le spectateur est confronté aux malheurs d’une famille atypique. Leur histoire est comme un volcan en éruption prêt à tout faire sauter. Le feu est d’ailleurs l’élément qui dicte la direction du film. Il y fait terriblement chaud, c’est la canicule, physique comme émotionnelle. La violence de certaines scènes évoque la guerre civile libanaise, dans un pays qui est à feu et à sang tout comme l’a été la vie de Nawal. L’histoire de cette femme semble concorder avec celle d’un pays meurtri par les aléas de la guerre. Incendies, c’est dire que la famille est une prison. C’est une sentence à perpétuité qui rappelle sans cesse que le passé dicte l’avenir, mais qu’on ne saura jamais si le futur sera paisible. Il aura suffit d’une étincelle, la mort de Nawal, pour déclencher un voyage épique.x

 
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