La confiance en l’inédit
7 septembre 2010
Le Délit s’est entretenu avec Marie-Thérèse Fortin, codirectrice générale et directrice artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, afin de découvrir ce que nous réserve une institution vouée à la diffusion de la création québécoise.

La nouveauté est une habitude au Théâtre d’Aujourd’hui. Alors que peu s’aventurent à diffuser le théâtre régional, l’institution intègre à sa programmation trois œuvres québécoises inédites dès sa première saison en 1969. Voilà les débuts d’un engagement qui perdure et teinte plus que jamais le choix des pièces proposées par le théâtre campé depuis vingt ans sur la rue Saint-Denis.

Succédant notamment à Jean-Claude Germain, Robert Lalonde et René Richard Cyr, Marie-Thérèse Fortin y fait son entrée en 2005 en tant que directrice artistique. Cinq ans plus tard, alors que l’institution entreprend d’importantes rénovations avant d’entamer sa 41e saison,

Le Délit s’est entretenu avec celle que l’on connaît également comme comédienne et metteure en scène afin de découvrir ce qui attend ce lieu de diffusion; devenu incontournable.

Impossible d’ignorer le succès monstre qu’a remporté Les Belles-sœurs «musicales», énième mise en scène de l’œuvre de Tremblay qui était présentée au Théâtre d’Aujourd’hui la saison dernière. Bien que la reprise d’une pièce de répertoire ne soit pas au menu cette année, Marie-Thérèse Fortin ne ferme pas la porte à d’autres entreprises du genre. «Si cela impose sa pertinence, pourquoi pas? Si l’on ressort une pièce du passé, il faut voir ce qu’elle nous dit aujourd’hui. La question de la pertinence est toujours d’actualité. Il est intéressant de faire revivre des œuvres qui ont marqué ou de présenter une pièce qui n’a pas été appréciée à sa juste valeur [la première fois qu’elle a été produite.]»

Que nous réserve donc cette saison écourtée que propose le Théâtre? D’abord Tom à la ferme, une nouveauté signée Michel Marc Bouchard, auteur des Muses Orphelines, mais aussi l’énigmatique [. .] de Wajdi Mouawad, une pièce qui prendra forme au fil des échanges entre le dramaturge et ses comédiens, et dont Marie-Thérèse Fortin ne peut nous révéler que peu de choses: «Je connais les prémices de l’écriture de Wajdi. Je sais quels sont les thèmes qui le hantent, mais je n’oserais pas trop m’avancer. Toutes ses pièces ont été écrites [selon ce processus]. Ciels et Littoral, par exemple. Il retrouve ici des acteurs avec qui il a beaucoup travaillé et qui en ont l’habitude.»

Si cette confiance qu’elle investit dans le travail des artisans de la prochaine saison ne fait aucun doute, les coups de cœur de la directrice artistique sont également la matière première de la programmation du Théâtre d’Aujourd’hui. Les pièces présentées dans la salle principale comme celles de la salle Jean-Claude-Germain, dédiée à la diffusion des œuvres de la relève, devront toutes frapper par leur texte et par leur résonance avec la réalité québécoise. «Il faut que la pièce recèle un élément de nouveauté, un propos par rapport à l’actualité, un écho avec la société québécoise», affirme Marie-Thérèse Fortin. C’est notamment le cas pour Toxique de Greg MacArthur, un jeune dramaturge canadien-anglais qui sera la tête d’affiche de la prochaine saison aux côtés de Michel-Marc Bouchard et de Wajdi Mouawad: «Greg MacArthur est le deuxième auteur anglophone à être produit au Théâtre d’Aujourd’hui. J’ai demandé à lire ses pièces et j’ai été frappée par la force du texte de Toxique. Il y a une effervescence au sein des dramaturges anglophones mais leur présence est moins affirmée.» La production de Greg MacArthur sera également l’occasion pour le comédien Goeffrey Gaquère, qui avait présenté Enquête sur le pire il y a quelques mois à la salle Jean-Claude-Germain, de faire son entrée dans la salle principale.

Une «explosion horizontale»

Dans une entrevue accordée au Devoir en mars 2009, Marie-Thérèse Fortin évoquait une explosion horizontale de la production théâtrale au Québec, constatant la «démultiplication» de l’offre à l’heure où les ressources accordées aux artistes sont bien limitées. Force est de constater que le temps n’a pas arrangé les choses. «J’espère que cela va s’améliorer. Il faut se poser des questions quant au développement de la pratique. Les demandes [de subventions] au CALQ [Conseil des arts et des lettres du Québec] doublent, mais l’argent ne double pas», explique-t-elle, souhaitant que le milieu théâtral puisse réellement donner aux artisans du théâtre les moyens de leurs ambitions.

Le Théâtre d’Aujourd’hui contribue quant à lui chaque année au développement de trois jeunes compagnies qu’il accueille en résidence, celles-ci assurant la production des pièces présentées à la salle Jean-Claude-Germain, espace qui servait également jusqu’à tout dernièrement de salle de répétition.

Marie-Thérèse Fortin affirme que les rénovations en cours au Théâtre d’Aujourd’hui, qui comprennent la construction d’un véritable espace de répétition, permettront d’augmenter le nombre de productions présentées par ces compagnies. Si l’on en croit le souci marqué de la directrice artistique pour la promotion de la relève, les rencontres du public avec l’inédit risquent donc de se multiplier, et ce malgré l’impasse dans laquelle se trouve le milieu théâtral. Le Théâtre d’Aujourd’hui demeure, en ce sens, fidèle à ses traditions.

 
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