Le bilinguisme canadien a du plomb dans l’aile
2 février 2010
Vendredi dernier, dans le cadre de la Francofête, une table ronde réunissait Josée Legault, Joseph-Yvon Thériault et Justin Trudeau autour de la question de l’avenir du français au Canada.

Événement fort attendu dans le cadre de la Francofête, la table ronde réunissant trois intervenants d’envergure a ouvert le débat sur la question du français au Canada. «Les Québécois se sont désintéressés de la question linguistique canadienne», affirme le sociologue Joseph-Yvon Thériault. Selon l’expert, ceci résulterait de deux faux postulats: qu’il n’y a plus de francophonie hors du Québec et que le français est une affaire strictement québécoise. Sur ce, la politologue Josée Legault ajoute que si désintéressement il y a, c’est surtout depuis que le premier ministre Lucien Bouchard a reculé devant le renforcement de la loi 101 en 1996.

Peu importe la cause de ce désintéressement, une chose semble certaine pour ces spécialistes réunis autour de la table ronde: le Québec recule de plus en plus devant la question de la langue française.

Les trois invités s’accordent sur l’idée que le français doit être la langue, pour reprendre les termes de la loi 101 de 1977, «normale et habituelle» au Québec. Et pour préserver et développer une langue, il faut créer «des institutions, un imaginaire, une littérature, un récit national», explique M. Thériault. Il faut «faire société». «Ce n’est pas naturellement que les langues coexistent, poursuit-il. C’est par une mobilisation politique.»

M. Thériault remarque que la législation québécoise de promotion du français, qui passe par une politique d’aménagement (loi sur l’affichage, intégration des immigrants, francisation des entreprises), fonctionne mieux que celle qui protège les francophones minoritaires du Canada, qui est de nature juridique et qui se limite à la protection des droits linguistiques. L’esprit de la Loi 101 s’oppose donc à celui du bilinguisme canadien, car, dans un contexte bilingue, le français n’est pas reconnu comme langue minoritaire, et la lutte pour sa préservation ne se fait dès lors plus.

Comment donc aider à préserver et à promouvoir la langue française hors Québec? Justin Trudeau, député fédéral dans la circonscription de Papineau, déclare qu’il faut que le Canada parvienne à se créer une identité aussi forte que celle du Québec. La province possède une fierté par rapport à sa culture et à ses créations que le pays n’a pas. Pour «vivre dans une langue, ditil, il faut la consommer» (par la télévision, les films, les programmes d’échange comme Katimavik, etc). En d’autres mots, il faut aller au-delà des commissions scolaires. La survie du français résiderait selon Monsieur Trudeau dans «un Québec fort, avec une langue française forte au Québec et qui veut s’épanouir hors du Québec».

Les discordances entre les trois orateurs consistent pour l’essence en les moyens pour parvenir à garder ce statut de «normalité » du français au Québec. Madame Legault explique que ce n’est qu’au Québec que «la langue de la majorité est placée en situation de concurrence directe avec la langue minoritaire» qui est majoritaire au pays et sur le continent. Cette «guérilla linguistique» n’existe pas dans le reste du Canada.

La survie du français ne résiderait- elle pas plus dans la francophonie internationale, demande alors Lucas Roux, un étudiant en sciences politiques? Les trois invités s’exclament qu’il existe bel et bien une francophonie forte et qu’il faudrait davantage s’y sensibiliser, sans plus développer, faute de temps.

Enfin, sur la question du rôle qu’ont les universités anglophones montréalaises dans la promotion de l’utilisation du français, M. Thériault soutient que les celles-ci possèdent un «mandat particulier et une grande responsabilité», et qu’elles «devraient ainsi avoir la décence de s’intéresser à la société dans laquelle [elles] sont. [Celle] qui les finance», rajoute le sociologue.

 
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