Le Blues du lecteur
17 novembre 2009
Nirvana Blues, le deuxième ouvrage de Frédéric Gagnon, est une fiction témoignant de la vie intérieure tourmentée et violente des êtres, reflet de nos propres tourments amoureux, spirituels et politiques.

L’histoire commence dans le présent intemporel et indéfini de Gabriel, un jeune artiste incapable d’affronter les fantômes de son passé. Afin de comprendre sa propre histoire et de s’en exorciser, Gabriel décide d’écrire ses «mémoires libérateurs». Ainsi, il revisite l’érotisme et la spiritualité qui ont teinté sa relation avec Monique, une femme tellement belle qu’elle en trouble jusqu’au lecteur. Celle-ci incarne non seulement le nirvana mais aussi le blues de Gabriel, son déchirement entre la vérité, inaccessible, et le mensonge, inévitable. Parce que Monique l’a aimé, lui a menti, l’a trompé et l’a quitté, Gabriel ne peut l’oublier. Le désespoir qui l’habite, malgré le temps qui passe –un temps ponctué par les retours de Monique–, le pousse à revisiter son histoire, celle d’un homme laissé seul face à sa soif d’idéal et d’absolu, l’histoire d’un homme qui n’a pas tué l’amant de sa femme, et qui n’est pas le père de leur enfant.

Cette histoire est aussi celle de Joyce, l’enfant de Monique, dont Gabriel s’occupe pendant de longs mois avant de découvrir sa véritable paternité. Joyce, à travers l’histoire de la princesse Mérime inventée par Gabriel, apporte un peu de magie, de douceur et de rêve dans ce monde brutal et hypocrite. Et le lecteur est pris d’envie pour cette petite fille innocente et naïve, loin de la violence et de l’érotisme du quotidien des autres personnages.

Le personnage de Joyce et la possible transfiguration finale de Gabriel ne réussissent pourtant pas à alléger le ton du roman qui, dans sa volonté de toucher à la profondeur de l’humain dans ses recoins les plus obscurs, semble aussi explorer les recoins les plus obscurs de la littérature. Malgré le rythme fluide de la narration, les passages concernant la quête métaphysique et spirituelle de Gabriel sont confus et apparaissent comme des parenthèses inutiles au récit. Seule la fin du roman, qui entremêle l’histoire de Mérime à celle de Gabriel, sort le lecteur de l’ennui des deux cents pages précédentes. Ainsi, si Frédéric Gagnon réussit en effet à nous faire connaître «la vie réelle», il échoue par contre à nous faire rêver.

Nirvana Blues
Par Frederic Gagnon
La Grenouille Bleue
22,95 $

 
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