Le bâton: Dos-Raie-Nez-Foie
6 octobre 2009
Ça aurait pu être plus fort que ça: retour sur It Might Get Loud.

Je me suis rendu mercredi dernier au Cinéma du Parc –celui situé dans le centre commercial où vieux messieurs et hommes d’affaires aiment s’adonner à des parties de touche-pipi sous le regard de quiconque a le plaisir de passer par les salles de bain– dans le but d’assister à la première du film It Might Get Loud, mettant en vedette Jimmy Page, Jack White et le gars de U2 qui cache sa calvitie sous une tuque de designer lui couvrant la tête géométriquement jusqu’au milieu des oreilles.

D’entrée de jeu, je n’aime pas 90% des «guitar heroes» parce qu’ils sont tellement centrés sur leur jeu et parce que je ne peux pas ressentir d’empathie pour un mâle blanc pratiquant les plaisirs d’Onan devant moi. Autrement dit, ces personnages mythiques à la dégaine macho qui se présentent comme étant rémunérés au nombre de notes qu’ils savent jouer à la seconde ne peuvent m’ensorceler et me forcer à lever mon t-shirt.

D’une certaine façon, je suis réellement content d’avoir assisté à cette projection –qui semblait ne jamais vouloir débuter, dû au discours de monsieur du Parc (c’est le nom du monsieur en charge de ce cinéma…non?) par rapport au regretté Pierre «Peter» Falardeau. Dans la mesure où l’on peut se baser sur un documentaire qui suit une mise en scène un peu trop évidente et confirmée par la chansonnette acoustique qui clôt le film, It Might Get Loud a confirmé certains de mes jugements a priori.

Jimmy Page est un monstre sacré pour plusieurs et une source de satire un peu trop facile à viser pour d’autres. À mon avis, il est les deux à la fois. Le documentaire nous le présente comme un premier de classe qui, après avoir trempé dans le alley folk, s’est fait de la corne sur les doigts en tant que musicien de studio, avant de rejoindre les légendaires Yardbirds…et par la suite, vous savez qui. Cela dit, les séquences sur Page sont très bien documentées, mais Jimmy, avec sa tronche de docteur Caligari, renforce son image de dinosaure du rock avec son manoir, ses centaines de guitares, sa limousine et surtout, son technicien qui semble le suivre jusqu’aux toilettes. Était-ce nécessaire d’avoir un salarié pour lui enfiler sa Gibson? J’en doute.

Jack White, d’un autre côté, constitue le cas le plus fascinant, honnête et érudit de It Might Get Loud. Que ce soit par la première scène du film où il construit une slide guitar à l’aide de deux planches, une corde, une bouteille de Coca-Cola, un vieux pick-up et où il déclare: «Who said you need to buy guitars», ou bien lorsqu’il nous rappelle ses racines en référant au duo blues punk The Flat Duo Jets, White emplit le documentaire d’un positivisme qui dépeint l’avenir de manière moins noire et moins empruntée à la corrélation plus de technologie = meilleure musique.

The Edge (insérez ici une longue pause pour vous permettre de reprendre votre souffle après vous être disloqué la mâchoire d’un rire hagard pendant une heure)… Que dire sur l’architecte, le technicien, le blablabla? Certes, il joue dans U2. Ça devrait s’arrêter là, mais le problème est que le film parle de grands guitaristes, pas de gars ayant un budget illimité pour se bâtir un arsenal technologique plus gros que les ordinateurs de la Deuxième Guerre mondiale. The Edge confirme son rôle métonymique par rapport à une génération qui devait grandir dans l’absence de Le bé (le tout confirmé par son seul bon moment dans le film, c’est-à-dire ses références aux Clash et à The Jam).

 
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