Le Bâton
20 octobre 2009
Encyclopédine et les amis aux pays du fusil

Mon intention première pour cette semaine était de finalement élaborer une chronique à saveur Histoire 101, mais puisque je suis allé au pays imaginaire qui a vu naître Billy Ray Cyrus et la tarte aux pommes à la mode, j’ai évidemment une bien meilleure histoire (jeux de mots/ jeux de mains, jeux de mains/jeux de vilain) à vous raconter.

La troupe de théâtre cosmico-anarchiste à laquelle j’appartiens de corps et d’esprit a reçu une invitation à présenter l’une de ses oeuvres –qui ne dépasse jamais en terme de longueur l’équivalent du poids d’une bille sur la neuvième lune de Jupiter–, vendredi dernier à Burlington, Vermont. Après avoir remué mer et monde pour être à temps en ce qui concerne la logistique «passeport et délivrance de passeport dans un délai pour le moins déraisonnable », nous avons engorgé de nos corps notre autobus scolaire métamorphosé en véhicule de transport pour cirque ambulant, avant de finalement lever l’ancre pour partir en direction de cette ville collégiale où des milliers de clowns anarchistes fascinés par le café équitable, les oignons et le patchouli ne pouvaient plus contenir leur fièvre du vendredi soir.

Après avoir traversé maints villages peuplés d’habitants dont les sports nationaux sont l’inceste et la politique municipale –j’en entends déjà qui se disent «mais quel ringard avec son attitude de m’as-tuvu je suis montréalais»–, nous arrivâmes enfin à la grande séparation imaginaire (mais physiquement très imposante) entre le Canada et les États-Unis. Juste pour fermer le clapet de ces deux ou trois Thomas qui doivent tout voir pour croire, dites-vous que si un village est accablé par la présence d’un bar dont le patronyme est «Bar Le Minimum», vous êtes dans de beaux draps. Je dirais même plus, vous êtes tellement mal fichu que lorsque vous rêvez, vos draps s’en souviennent.

Le tas de muscles tout frais sorti du moule –à la chevelure semblable à celle de Forest Gump– nous fait signe d’avancer. Avec ses yeux sortis des orbites, ses narines dilatées, prêtes à blairer l’infime menace qui pourrait entrer parasiter son plusse-fortpays- au-monde et son air «je sais que tu m’as vu sortir d’un peep show gay, mais chu pas homo, j’y allais juste pour encore plus les haïr», le parfait aryen, agacé par la vision d’une si abjecte masse d’humanoïdes dont l’existence n’implique pas une paranoïa sur une base quarante heures/semaine, nous crache: «Where ya goin’?»

-Vermont.

Why?

-Parce que simonaque (et là on sort un lance-flamme et on brûle ton pays de la côte Est à la côte Ouest…innocent).

Visiblement peu impressionné par notre stature inférieure à ses 6 pieds 5 pouces, le Caporal Punition nous demande d’ouvrir la portière arrière (pour faire sortir tous les Mexicains).

You in a band?

-Non.

How come you have a guitar?

-C’est de l’art post-moderne gros babouin, tsé, un «ready-made»…

Why don’t you pull over…

C’est alors que le GI Joe sans secondaire 2 décide de nous faire entrer pour jaser avec ses complices, le Capitaine Réglisse et l’Adjudant Proutprout. Après plus d’une heure de fouille anale de notre véhicule, ils en viennent à la conclusion que je fais pitié et que si mes comparses clowns anarchistes veulent me faire visiter l’État le plus immédiatement au sud de ma province, c’est peut-être OK…pour cette fois.

L’étape la plus intéressante maintenant passée, disons que la performance fut brève et que le proprio du bar dût me sermonner: «You know son, when we said you’ve got free beer, we meant one or two».

Peu importe, au retour nous avons déclaré une bouteille d’eau et deux paquets de Malboros.

 
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