Le retour de Champion
8 septembre 2009
Après une absence de cinq ans, Champion sortira le 15 septembre son second opus, Resistance. Entrevue avec un artiste qui n’a pas peur de sortir des sentiers battus, quitte à disparaître de la carte.

L’homme qui se cache derrière DJ Champion a œuvré dans l’électro une dizaine d’années avant de se forger un style mêlant rock et électro dont le succès s’est confirmé en 2004 avec Chill’em all et la tournée qui a suivi. Champion et les G-Strings présenteront Resistance le 19 novembre au Métropolis. En attendant le spectacle, Le Délit a rencontré Champion pour discuter de son nouvel album.

Le Délit (LD) : Chill’em all est sorti en 2004, suivi en 2006 d’un disque de remixes. Qu’as-tu fait tout ce temps?

Champion (C) : En fait, quand j’ai fait Chill’em all, j’étais juste un DJ tout seul. Après, on a fait le show avec les G-Strings, et là, tranquillement, c’est devenu un concert puis c’est devenu une tournée. Les choses sont très longues dans ce temps-là parce que normalement tu sors le disque, et la tournée est déjà en préparation. Là, c’était même pas un band! Donc, ça s’est éternisé un peu. Il y a eu énormément de tournées et après, j’ai arrêté complètement un an et demi, deux ans pour composer l’album… Quand je fais un album, il faut que j’arrête tout, que j’arrête d’être dans cette atmosphère musicale-là, dans l’énergie d’un show.

Quand tu fais des tournées, tu deviens un homme différent: il faut être extraverti, il faut highlighter les émotions… Alors que pour créer il faut davantage se mettre en situation de déséquilibre, c’est un travail d’introspection, et le spectacle c’est le contraire de l’introspection…

LD : Resistance est un disque moins dansant, moins joyeux… Es-tu curieux de voir la réaction des gens qui ont adoré Chill’em all?

C : Quand tu fais un disque, il faut que tu t’en foutes, sinon tu vas rien faire. J’espère que ces gens-là vont apprécier, mais déjà avec Chill’em all, y’a une partie de la crowd techno qui n’embarquait pas parce qu’il y avait trop de guitare; j’ai été obligé de faire une coupure… Mais c’est intéressant de faire une coupure, d’arriver et de dire «Ben regardez, ça c’est moi, tusseul de ma gang!». Au début tout le monde disait «Y’a trop de guitare, les drum machines sont pas assez pervertis»… Tout le monde avait sa petite opinion, mais ça a quand même créé un engouement assez large! Quand est venu le temps de sortir Resistance, je me suis dit: «Je vais peut-être perdre le public des premières heures, mais le public qui est arrivé plus tard et qui a découvert le projet par le show devrait embarquer beaucoup plus.» Ça a été le leitmotiv pour cet album, quand j’étais en tournée: le prochain disque devait être plus représentatif du show, donc plus rock, avec plus de guitare.

LD : Tu as écrit les paroles pour Resistance. Qu’est-ce que ça représente dans ton parcours?

C : À l’époque où j’ai composé Chill’em all, je sortais de dix ans de musique électro, sans paroles. D’avoir trois tounes avec des paroles, c’était déjà énorme! Avec Resistance, le ratio de tounes avec des paroles est quasiment à l’inverse. Parce que j’aime ça, c’est l’fun avec des paroles! Le but c’est pas de faire une musique pour six personnes bien averties. J’aime faire de la musique qui est reçue, j’aime être compris quand je fais quelque chose. J’aime que les gens soient capables de se reconnaître. Écrire les paroles, ça a été un peu particulier parce que je suis pas un parolier du tout, j’invente pas d’histoires, je suis pas bon pour faire ça, je suis pas un homme de lettres! Mais je suis en vie par exemple, ça je le sais, je suis ben vivant! Alors je me suis dit, ce que j’aime, c’est les worksongs, qui sont des paroles écrites par des esclaves du sud des États-Unis qui racontent leur quotidien. C’est naïf et émouvant en même temps, parce que c’est absolument dramatique et riche en émotions, et c’est raconté avec des mots simples. Au début je me disais : «Je peux pas écrire des paroles d’esclave, je suis pas un esclave. Ça marche pas!». Par contre, j’ai un quotidien que je suis capable d’apprécier, de rendre grand, de rendre beau… pas en faisant des choses extravagantes, mais en prenant une marche, en humant la vie qui se propose à toi, en faisant une ride de vélo, en étant juste un peu plus présent à ce qui s’offre à toi. «Alive Again» [le premier simple de Resistance], dans le fond, c’est une promenade de bécik, c’est juste ça! J’étais tellement enivré pas la musique que j’entendais, par le beau soleil, par le vent, la brise, les arbres, tout ça… Crisse, c’est beau! C’est rien que ça.

LD : À part les worksongs, quelles ont été tes influences?

C : J.J. Cale. Mon père écoutait ça quand j’étais petit. C’est sorti en 71, 72… Les paroles sont simples, c’est vraiment … de la musique de matin!

LD : Dans Resistance il y a une variété de styles. Dans «Plastiques et métaux», par exemple, c’est plus sombre…

C : Oui, mais il y a comme une délivrance à la fin de «Plastiques et métaux»: regarde, ça a été tough, mais il y a une petite mélodie qui dit : «On va te flatter et tu vas pouvoir t’endormir après avoir pleuré».

LD : Maintenant que vous êtes seulement des gars sur scène, crois-tu que ça va changer les spectacles?

C : Forcément, ça va être différent, mais je crois que j’ai toujours eu un côté féminin, et j’attribue beaucoup le succès de Chill’em all à ce côté-là, qui est le plaisir, la danse… tsé des trucs pas intellectuels…

LD : Comme se mettre du vernis à ongles sur les orteils?

C : (Rires) Oui, ça sert à rien, mais c’est drôle!

 
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