Le cas de la Casa
10 mars 2009
Il y a de l’action dans le Mile End: les spectacles sont suspendus à la Casa del Popolo.

Chaque fois que je pense au boulevard St-Laurent en termes de nightlife, l’image d’un Popsicle multicolore ou d’un paquet de Life Savers me vient toujours en tête. La raison en est fort simple: à chaque deux ou trois coins de rue, entre les rues Ontario et Saint-Viateur, la Main arbore des allures contradictoires et souvent surréelles. On ne soulignera pas l’absurdité du mélange hétéroclite de vieux Portugais et de jeunes filles qui, dans des sweatpants à l’effigie de l’université qu’elles fréquentent, trimbalent leur fatigue, assommées par les Sex on the Beach de la veille. Ce qu’il est désolant de constater, c’est à quel point tout ce qui n’est pas fréquenté par de futurs diplômés du HEC ou de jeunes professionnels œuvrant dans des boîtes de communication est en voie de disparition.

Alors que les commerces à orientation  «superflue» –magasins d’huile d’olive à tendance progressiste ou néo-bakouniniste et autres tanières de Christian Bégin– prennent finalement la poudre d’escampette en raison de la crise économique, les salles de spectacle décentes pouvant accueillir des foules modérées connaissent malheureusement un sort semblable. Le seul problème, c’est que la situation actuelle n’est pas due uniquement à la conjoncture économique. Si on gratte un peu, on réalise que ce qui a mis fin aux activités de salles comme le Blackdot, le Main Hall, le Green Room et maintenant la Casa Del Popolo, c’est la chasse aux sorcières que la ville de Montréal leur a littéralement ouverte depuis quelques années. Ajoutez évidemment à cela une poignée de  «gros bonnets» qui déménagent dans le Mile End et font pression sur la Ville pour qu’elle ferme ces repères de païens mal accoutrés, car les activités de ces derniers empêchent lesdits «gros bonnets» de profiter pleinement de la qualité de l’image HD de leur nouveau cinéma maison.

La Casa Del Popolo, propriété de Kiva et Mauro Pezzente, a donc récemment dû suspendre tous ses concerts, en raison d’un problème lié à leur permis de présentation de spectacle «payants». Tout cela vient alourdir les démêlés qu’ils avaient déjà avec la Régie des Alcools, des Courses et des Jeux (RACJ). Il est aussi pertinent de mentionner qu’un permis comme celui pour lequel la Casa se bat ne peut être obtenu une seconde fois, advenant la perte de ce dernier. Vous devinerez qu’un grand nombre de «gros bonnets» seraient prêts à payer pour qu’un inspecteur ferme l’endroit, et ainsi racheter le permis, une démarche qui n’est pas sans précédent.

Que se passe-t-il avec tous les événements prévus? Pour l’instant, les spectacles payants «amplifiés» (terme technique de la RACJ pour parler de ce qu’on appelle communément des shows) sont suspendus, mais la Casa continue de servir nourriture et alcool, en compensant pour les spectacles par un plus grand nombre de «soirées DJ». Si vous vous demandez comment vous pouvez aider, dites-vous que c’est bien simple: déplacez-vous pour les «soirées DJ»! D’excellents musiciens, dont quelques membres de la formation Pas Chic Chic, feront tourner le nec plus ultra de leurs collections durant tout le mois de mars.

 
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