Dans mes petits souliers
3 mars 2009
Hérisson mollasson

Si mon boulot se déroule la plupart du temps dans de petites, et souvent minuscules, écoles campagnardes, il m’arrive parfois de visiter des écoles moins isolées de la ville. L’une d’entre elles cultive une réputation de terreur. Il faut dire qu’avec près de 700 étudiants, cet établissement a une ambiance pour le moins animée.

Lors de mon dernier passage, j’ai eu l’occasion de rencontrer l’un des fameux «délinquants» de cette école. Ses cheveux dressés en une série de pics orangés d’une hauteur respectable, tel un pseudo-mohawk, lui donnaient un air de hérisson fluorescent. Difficile à manquer. Il traînait dans la salle des professeurs lorsqu’il m’a aperçu et est venu s’installer en face de moi, assis de revers sur une chaise, les bras appuyés sur le dossier. Déclarant noblement «vouloir devenir bilingue», il a commencé à me poser des questions… en japonais.

Étant donné son désir d’apprendre, je lui répétais ses questions en anglais. Lorsque je répondais à ses questions, il traduisait à son tour vers le japonais pour confirmer sa compréhension auprès d’un professeur qui s’était improvisé interprète. Au-delà de son apparence de cancre, l’élève avait certainement la tête bien sur les épaules. La séance de questions-réponses prenait des apparences de jeu qui semblait bien le divertir.

Passé l’interrogatoire traditionnel:  «Tu viens d’où? T’as quel âge? T’es marié?», les questions ont dérivé vers ses centres d’intérêts. «Est-ce que tu fumes? Moi, ça fait un an que je fume un paquet par jour.» Je lui ai suggéré qu’à quinze ans, c’était peut-être un peu jeune pour fumer comme une cheminée. «Qu’est-ce que tu bois comme alcool? Es-tu capable de boire du shochu?» Avec l’aide du professeur, je lui ai expliqué que le niveau d’imposition en vigueur, les Québécois devaient choisir leurs vices avec circonspection.

Pendant ce temps, le professeur/interprète essayait gentiment de convaincre mon interlocuteur de prendre le chemin de la salle de classe.

«Qu’est-ce que tu as comme horaire aujourd’hui?»

«Sais pas, je suis fatigué.»

«Allons, pourquoi ne pas y faire un petit tour?», roucoulait le professeur. Réfléchissant un brin, le délinquant a déclaré fièrement qu’il n’était pas entré dans une salle de classe des dix derniers mois. Ce qui ne l’empêchait pas pour autant de se pointer à l’école, de vagabonder ici et là et de réclamer sa pitance à l’heure du repas.

Quand je lui ai demandé pourquoi il n’assistait pas aux cours, il m’a répondu: «J’ai pas envie. C’est ennuyant et il y a trop de règles.» Bref, le problème le plus commun du  milieu scolaire, ce n’est pas la consommation de drogue, la longueur des jupettes ou le vandalisme. Le problème, c’est une épidémie d’apathie générale, de plus en plus manifeste avec l’âge. Mes collègues décrivent cela comme un problème de discipline (en général, inculquer les règles de bienséance est une tâche plus scolaire que parentale), mais je ne suis pas certain que resserrer l’étau soit la solution…

 
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