Mauvaise foi
13 janvier 2009

Six ans après que Heather Munroe-Blum a pris ses fonctions de rectrice de l’Université McGill, elle demeure un personnage méconnu sur campus dont on ne serait pas surpris d’apprendre qu’une bonne poignée d’étudiants ignorent sans doute jusqu’à son existence. À quatre ans de la fin de son mandat sa stratégie de communication, si l’on formule le généreux postulat qu’il en existe une, est quelque peu avare, pour ne pas dire politicienne, tant ses apparitions publiques et ses propos sont contrôlés. D’elle, nous ne voyons guère plus que ce qu’elle souhaite nous montrer.

Ainsi, avec le temps, nous nous sommes sagement contentés de ses discours officiels soigneusement manucurés, avec pour toute brèche à l’informalité rituelle celle de ses assemblées générales bi-annuelles; assemblées qui n’ont de général que la désertion chronique dont elles font l’objet de la part des étudiants, qui ne s’y présentent qu’en effectifs réduits, au compte-goutte eux aussi. Que l’on mette cela sur le compte d’une publicité maladroite, voire insuffisante, ou sur celui de l’apathie collective, reste que le déficit de communication est problématique entre Munroe-Blum et les étudiants et travailleurs des campus du centre-ville et de MacDonald.

C’est pourquoi, lorsque la rectrice prend la peine (annuelle, s’il vous plaît) de rencontrer la presse mcgilloise, au cours d’une entrevue délivrée dans un décor feutré et chronométrée à la seconde près, eh bien, on ne chipote pas. On n’y va certes pas la fleur au fusil, et sans s’attendre à grand-chose, mais on y va quand même.

C’était le cas la semaine dernière. Munroe-Blum s’est entourée d’un petit échantillon de journalistes, qu’elle a assis dans son bureau et bercé de sa voix grave, en commençant par leur souhaiter la bienvenue, mi-douce mi-amère, afin de mettre les points sur les «i». Se disant toujours heureuse de rencontrer la presse, elle n’a guère omis de mentionner la cause de son «irritation» envers les médias qui, à l’en croire, manquent parfois de «bonne foi» à son égard.

En toute bonne foi, donc, nous admettons que Munroe-Blum a fait l’effort louable de répondre à nos questions, en proposant de donner suite à celles pour lesquelles elle n’avait pas de réponse prête. Reste à voir si nous aurons véritablement le follow-up promis. Lors de cette rencontre, la rectrice s’est montrée particulièrement prompte et à l’aise sur ses sujets de prédilection, ses dadas, à savoir les frais de scolarité, le sous-financement de l’institution, et la campagne de financement. Car si Munroe-Blum est douée pour une chose, c’est bien pour amasser des fonds (ou dénoncer l’absence de fonds).

Elle s’est toutefois montrée moins convaincante là où on aurait pu espérer d’elle qu’elle révise mieux ses «dossiers». En réponse à notre question sur les initiatives de développement durable, la rectrice a démontré une connaissance des enjeux généraux, avec des propos parsemés de mots-clés, comme le «campus sans voiture» ou les certificats dits «LEED». Cela dit, sa connaissance des projets spécifiques et des possibilités d’exécution concrètes était fort limitée, et nous aurions aimé avoir des remarques plus précises. La rectrice a paru plus à son aise sur la question de l’accès des étudiants autochtones aux études à McGill, disant qu’il s’agissait là d’une priorité de la campagne de financement, et affirmant qu’il est question non pas de réviser des plans, mais de passer à l’exécution des projets.  Elle a au contraire balayé de scepticisme notre question sur la baisse de la population francophone à McGill, assurant coûte que coûte et dans un français à peine approximatif, que les besoins des francophones étaient bien pris en compte.

Puisque nous sommes fiers d’avoir tenu au moins l’une de nos résolutions 2009, nous attirons votre attention sur la nouvelle mise en pages de votre journal. La décision de refaire une beauté au Délit s’est progressivement imposée comme une nécessité, tant ce désir de nouveauté des membres de la rédaction était devenu pressant. Non que la précédente présentation fût mauvaise, mais l’être humain étant las et frivole, il lui faut du changement.  Ainsi, vous remarquerez quelques interventions chirurgicales, sur la police de certains titres, sur l’emplacement des numéros de page, ou encore sur le logo du journal en couverture. À ces quelques bricolages, nous avons ajouté certaines modifications structurelles. Les chroniques se sont vues rassemblées dans une même section, «Controverses», aux côtés de l’éditorial et des brèves d’actualité. En espérant que cela vous siéra, nous vous souhaitons une bonne lecture.

 
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