Rodéo naïf
18 novembre 2008

Une Suédoise qui fait du rodéo sur un taureau mécanique! Si ce n’est pas le pain et le beurre du peuple, mais que demande-t-il, nom de nom? C’est ce qu’une de mes voix intérieures me hurle lorsque Jennie me raconte un morceau savoureux d’une de ses chaudes soirées montréalaises. Puis, juste histoire d’en rajouter un peu, ma charmante interlocutrice – une jolie blonde suédoise aux yeux clairs et à la voix de cristal – ajoute dans la foulée que le gentil barman l’avait encouragée à faire un deuxième tour, accompagnée d’une copine cette fois-ci. Deux Suédoises qui hurlent des «hii» et des «yaa» sur un taureau mécanique. Voilà ce que le peuple réclame de plus.

En fait, cette histoire de rodéo débute par une discussion suédoise il y a quelques mois de cela. Un camarade étudiant de Jennie lui déconseille fortement d’aller pratiquer son français dans l’Hexagone. «L’université y est beaucoup trop désorganisée. Il manque une chaise un jour, un prof le lendemain…» Dans un pays comme la Suède où l’on prend un numéro dans tout ce qui s’apparente de près ou de très loin à une file d’attente, la désorganisation à la française, ça s’appelle pousser le bouchon trop loin. Le compromis entre la rigueur scandinave et le joyeux bordel latin se trouve donc dans la délicieuse culture anglo-saxonne-latine de Montréal, une alternative qui a conquis le cœur de notre petite Suédoise. «Du hockey, du bilinguisme, de l’Amérique du Nord en concentré, s’exclame-t-elle, je suis tombée amoureuse!»

-Parlant de bilinguisme, ton français s’améliore-t-il?

Of coouuurse! me répond-elle dans un anglais, ma foi parfait.

-Dis-moi alors ta phrase préférée en français.

Jennie s’étouffe dans son rire suédois. «Je ne peux pas faire ça, parce que c’est cochon!» Je lui rappelle rapidement toute l’importance de la véracité journalistique, ainsi que mon attachement indéfectible à certaines notions de professionnalisme ancrées au plus profond de mon être. Je réussis finalement à arracher un grand classique, agrémenté d’un nouvel éclat de rire: «Voulez-vous couchez avec moi?» En professionnel, je passe à la question suivante.

Côté chaleur humaine, «les gens ici sont définitivement plus chaleureux! On a une carte dans la rue, dix personnes arrivent et vous proposent leur aide!» Parachutée dans la conversation alors qu’elle passait par là, Zia, ex-étudiante en échange suédois et «princesse de Lund, une université suédoise» de son surnom, se moque gentiment de la pureté naïve de sa copine. «Et le facteur “belle blonde”, ça joue tu crois?» Si l’on se fie à la réaction que Jennie qualifie «d’immanquable» du «Ah, tu es suédoise? Ohh, coool!», c’est fort possible.

Puis, Jennie met son visage au niveau de la table, ouvre ses yeux tout ronds et chuchote: «J’amènerai mes amis suédois Chez Serge sur Saint-Laurent… ils ont un taureau mécanique et tu peux le monter autant de fois que tu le veux, et GRATUITEMENT!» Parlant de pureté naïve, Zia explose de rire. «C’est tellement suédois, non seulement elle divertit tout le bar en étant belle et blonde sur un taureau mécanique, mais en plus elle est heureuse car elle ne paie RIEN!» Comme si ce n’était pas assez, le patron du bar a donné le «privilège», à Jennie et une copine, de monter sur le taureau en même temps! Zia n’en peut plus de rigoler… Sentant la discussion dépasser tranquillement les frontières de mon professionnalisme, je coupe court à la conversation et arrache un dernier commentaire à mon sujet de la semaine: «Montréalais, venez en Suède! La Suède sera tellement mieux avec vous là-bas!» Avis aux intéressés.

 
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