Macédoine suédoise
19 février 2008

Chers vous,
Depuis ma dernière correspondance, je mijote une nouvelle macédoine d’infos, potins et autres révélations sur la vie étudiante suédoise. C’est donc dans l’esprit d’une bonne macédoine de légumes –un mélange de tout et n’importe quoi pour vous remplir la panse– que je vous ai concocté un concentré d’épisodes blonds et moins blonds sur la vie à Uppsala, le tout dans une harmonie des plus décousues…

En parlant de mélange, l’épisode ultra-blond qui suit est un bel exemple de mixité des sexes. Les Suédois –ou du moins le peuple de la nuit étudiante-fêtarde d’Uppsala– ont résolu la question des interminables files d’attente devant les toilettes des dames lors de soirées arrosées. Chers collègues mcgillois, vous seriez agréablement surpris de croiser un tas de jeunes femmes agglutinées au miroir pendant que vous répondez à des «appels de la nature» dans la «pissoire» d’à côté. Rien d’officiel par contre, les enseignes Dam (Dames) et Herr (Messieurs) sont affichées en évidence. Avoir su, je n’aurais jamais refermé la porte en me confondant en excuses, provoquant l’hilarité d’une myriade de blondes à l’allure elfique face à mon air surpris de m’être trompé de toilettes il y a quelques cuites de cela…

Face à une telle démonstration de promiscuité des sexes, pas étonnant qu’autant d’étudiants étrangers redoublent d’efforts pour apprendre le dialecte local et augmenter leur faculté d’adaptation. Dans mon cours de langue suédoise, nous sommes une quarantaine d’étudiants de plus d’une dizaine d’origines différentes à chanter des «A, E, I, O, U, Y; ce sont les voyelles, mademoiselle…». Le tout en svenska, bien sûr, et pour plusieurs uniquement dans l’espoir de pouvoir impressionner une autochtone entre le miroir et la «pissoire»…

Malgré tout, je dois admettre qu’un peu de baragouinage en blond nous aiderait également à profiter au maximum de notre expérience. Par exemple, j’ai pris part ces dernières semaines à deux grands dîners au protocole assez strict –du moins jusqu’au quatrième verre de punch– donnés en l’honneur des freshmen d’Uppsala. Les discours et les chants traditionnels (entre deux toasts) sont évidemment en suédois, et ce, malgré un effort évident de la part de nos hôtes pour nous intégrer, notamment à travers une chanson de bienvenue chantonnée en anglais sur les airs de Barbie Girl. Parler suédois aurait également augmenté mes chances de pouvoir séduire la princesse de Suède, qui a fait une brève apparition lors des cérémonies d’introduction. Dire que seule une bête barrière de langue a anéanti tous mes espoirs d’accession au trône suédois…

Mais au-delà de notre incapacité à évoluer en suédois, tous les étudiants internationaux que nous sommes ont été éblouis par la beauté des traditionnels reccegasques (une sorte de grand banquet). Dans un cadre digne des banquets des Harry Potter, nous avons dîné dans de la vaisselle magnifique aux couleurs de notre nation d’accueil et porté d’innombrables toasts à notre association, au maître chansonnier, à nous, au sixième verre de cidre…

J’aimerais pouvoir ajouter quelques épisodes à ma macédoine suédoise, mais je ne voudrais surtout pas la surcharger –et encore moins dépasser la sainte limite de mots que je me dois de respecter. Je conclus donc en vous souhaitant d’avoir réussi haut la main vos derniers midterms et vous envoie mes salutations en direct du pays d’Ingmar Bergman, de Peter Försberg et de la belle blonde de votre dépliant IKEA.

Skål! (Santé!)

 
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