De la discipline en musique
4 novembre 2008

Vous êtes encore allés trop loin, chers lecteurs. Ne me demandez pas comment je le sais; je le sais, c’est tout. En vous indiquant le lien entre la belle musique et le plaisir des sens, je voulais simplement vous faire voir la musique sous un nouvel angle, une nouvelle perspective, afin que vous puissiez mieux en profiter. Franchement, faire de si vilaines choses –des choses telles qu’elles feraient rougir même les Jenna Jameson et Ron Jeremy de ce monde– en écoutant Mozart? Un peu de respect tout de même. Question de calmer vos ardeurs, lascifs lecteurs, la chronique d’aujourd’hui portera sur un autre sujet qui m’est cher et dont vous avez vraisemblablement besoin par les temps qui courent: la discipline.

Musique et discipline? Ce sont deux sujets diamétralement opposés, me direz-vous; les musiciens sont des bohèmes, c’est bien connu. Si, au moins, je m’étais inscrit à la Faculté de musique, je pourrais moi aussi passer mes journées à me prélasser en écoutant des mélodies et en jouant de mon instrument! Cette image qu’on associe traditionnellement aux musiciens est fausse, bien que teintée de vérité. Quoique beaucoup de grands compositeurs aient vécu de façon extravagante et aient souvent péché par l’excès, on retrouve néanmoins chez eux une omniprésente rigueur dans le travail. Comme dans n’importe quel domaine, les meilleurs musiciens sont ceux qui réussissent à s’imposer une discipline au travail. Comment expliquer autrement que des musiciens tels que Johann Sebastian Bach ou même Frank Zappa –j’ai pensé à vous, néophytes de la musique classique– aient composé de façon aussi prolifique tout en gardant le niveau de qualité qu’on leur connaît?

Mon expérience de choriste le confirme, la discipline est une composante essentielle de toute réalisation musicale qui se respecte. J’ai eu la chance de faire partie d’une chorale où, dès notre entrée à l’âge de neuf ans, on nous faisait trimer dur et on n’hésitait pas à rappeler à l’ordre quiconque n’était pas concentré sur son travail. Apprendre à chanter la Passion selon Saint-Jean de Bach à des garçons de douze ans requiert une poigne de fer de la part du directeur musical. Non seulement cela va-t-il à l’encontre de l’attitude que l’on adopte de nos jours face aux enfants, mais également de celle qu’adopte la masse face à la musique, du moins au Québec. J’ai eu l’occasion à maintes reprises de chanter avec d’autres chœurs amateurs, et je tire de cette expérience une triste conclusion: au Québec, on participe trop souvent à une chorale pour l’aspect social de l’activité plutôt que pour faire de la belle musique. Notre directeur musical nous a fait la remarque suivante à ce propos: alors qu’ici les gens vont se demander ce que le chœur peut leur apporter, en Angleterre, par exemple, on se demande ce qu’on peut apporter au chœur. Et il faut mentionner que ce pays, hôte des meilleures chorales au monde, s’est doté des moyens nécessaires à son succès. Dans la majorité des cas, un enfant qui se retourne pour parler à un collègue pendant une répétition est immédiatement renvoyé.

J’ai par ailleurs été surpris d’apprendre, l’autre jour, que tous les membres de la Cambridge University Chamber Choir devaient passer des auditions année après année pour avoir le privilège d’y participer. Pas étonnant, alors, que les choristes prennent leur rôle au sérieux. Comme quoi, en musique comme ailleurs, on récolte ce qu’on sème.

 
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