Ionesco revient en force
23 septembre 2008

Il y a dix ans, Frédéric Dubois créait la compagnie du Théâtre des Fonds de Tiroirs. Les comédiens, à l’époque fraîchement sortis du conservatoire, avaient choisi de jouer deux textes écrits par nul autre qu’Eugène Ionesco, soit La Cantatrice chauve, anti-pièce qui a établi les prémisses du genre absurde et qui demeure encore aujourd’hui la référence en la matière, et La Leçon, qualifiée par l’auteur de «drame comique». Du 9 au 27 septembre, la troupe, originaire de Québec, est en tournée à Montréal. Pour fêter ses dix ans d’existence, elle reprend son premier projet avec une décennie d’expérience derrière elle et un regard neuf.

La Leçon est une pièce qui met en scène un maître d’école, sa bonne et une étudiante. On y voit, présentée de manière humoristique, une critique du système scolaire révélant le visage superficiel des relations élève-professeur. L’orgueil, l’agressivité et l’abus de pouvoir, dépeints avec dérision, explorent les limites du comportement humain.

La Cantatrice chauve, quant à elle, propose un gros plan sur la vie monotone de deux couples d’Anglais : les Smith et les Martin. Le metteur en scène Frédéric Dubois trouve les mots justes pour décrire cette pièce, «qui parle d’angoisse, de solitude, de non-écoute, de difficulté à communiquer». La critique sociale qu’elle présente interroge le langage en le réduisant à sa plus simple expression à travers les conversations quotidiennes les plus banales. Le tout révèle le manque de profondeur des relations humaines avec lucidité et humour. Les associations d’idées incongrues, les répétitions incessantes et l’exagération décapante provoquent à coup sûr le rire, mais également une prise de conscience.

Le jeu de Monelle Guertin, Jonathan Gagnon, Christian Michaud, Catherine Larochelle, Sylvio-Manuel Arriola et Ansie St-Martin est impressionnant et mérite d’être souligné. Non seulement leurs intonations enrichissent-elles le texte de Ionesco mais, de surcroît, la justesse de leur diction jumelée à leur incroyable capacité d’élocution rendent on ne peut plus justice au texte. Leur polyvalence est également mise en valeur pendant La Leçon, lorsqu’ils demandent au public de tirer au sort le nom des comédiens qui interpréteront les rôles, démontrant ainsi l’organisation et le talent indiscutable des membres de la troupe.

Bien que le jeu verbal soit franchement remarquable, les acteurs se surpassent encore davantage à travers le jeu corporel. Misant sur l’exagération calculée, chaque mouvement est juste. Lorsqu’ils doivent interagir entre eux, les comédiens laissent entrevoir une chimie qui témoigne de leurs nombreuses années de travail collectif.

Sur la scène, un musicien accompagne les acteurs. Il offre une trame sonore subtile mais adéquate qui ponctue les répliques et les gestes clés des protagonistes. Le tout donne une couleur encore plus vive à la pièce et accentue l’humour autant que le drame. La simplicité des décors et de l’éclairage révèle l’absurdité philosophique des textes mis en scène. Elle permet également aux spectateurs d’entièrement focaliser sur le texte ainsi que sur les jeux verbal, facial et corporel des acteurs.

Le Théâtre des Fonds de Tiroir rend donc un hommage à la hauteur du célèbre Ionesco et peut être fier de cette production, preuve indiscutable du talent de ses membres et de la qualité de leur travail.

 
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