À la défense d’Éric-Emmanuel Schmitt
23 septembre 2008

Il a commencé par écrire du théâtre et la critique l’a encensé. Le Visiteur, Petits crimes conjugaux, Variations énigmatiques.… Il est l’auteur de pas moins d’une quinzaine de pièces qui l’ont positionné comme étant l’un des dramaturges les plus importants porté au rang  des plus importants de la France actuelle. Il osait, on aimait. Et puis, l’écriture dramatique est un choix noble, empreint de prestige, qui flattait la critique dans le sens du poil. Mais il a fini par se tourner vers le roman, et l’opinion de la presse a changé.

Dans l’univers un peu élitiste de la littérature, on en est arrivé à se méfier du succès. Un auteur qui publie beaucoup, qui a un important succès commercial, c’est louche. Plus le lectorat est important, plus «l’élite» intellectuelle et littéraire se désintéresse. Cette méfiance a bien sûr un fondement, que je ne conteste pas. Il ne faut pas se le cacher, depuis quelques années la littérature est d’abord et avant tout une industrie. Et exactement comme dans celle de la musique, l’industrie littéraire a, d’un côté, sa scène underground et, de l’autre, ses succès commerciaux. C’est ainsi que, un peu comme Claude Rajotte détruirait un album de Britney Spears à grands coups de marteau, la critique lève souvent le nez sur les auteurs qu’elle juge trop commerciaux.

Je dois avouer être plutôt d’accord sur le fondement: on retrouve bien peu de grands auteurs sur la scène littéraire actuelle, et j’ai parfois l’impression qu’il se publie un peu n’importe quoi. Toutefois, je ne comprends pas qu’on puisse bouder quelqu’un comme Éric-Emmanuel Schmitt, simplement parce qu’il a connu un succès international important. Après avoir pleuré à chaudes larmes en terminant la lecture de Oscar et la dame rose, je me suis demandé si tout cela n’était pas carrément du snobisme.

À mon sens, chacun des romans d’Éric-Emmanuel Schmitt part d’une idée à la fois forte et originale. On pense entre autres à L’Évangile selon Pilate, dans lequel il revisite la Bible, ou encore à son exploration des vies parallèles d’Adolf Hitler dans La Part de l’autre. À tous les coups, Schmitt parvient à trouver un filon jusque-là inexploité. Même lorsqu’est venu le temps d’écrire son autobiographie, il est complètement sorti des sentiers battus en nous la présentant sous forme de dialogues avec Mozart, son compositeur favori. Si le succès est rapidement venu frapper à sa porte, ne serait-ce pas parce que, tout en demeurant accessible, il a pu offrir au public quelque chose de fondamentalement différent?

Schmitt est devenu un auteur-vedette, c’est vrai. Je ne nierai pas que, en visitant son site Internet – car il en a un‑, j’ai eu un petit sourire en coin. Gros plan sur l’auteur, avec sa «belle tête de vainqueur» (pour les amateurs de Francis Veber). Ça frise le ridicule. Je ne prétendrai pas non plus que l’adaptation cinématographique de sa pièce Odette Toulemonde m’a enchantée. J’admets volontiers que le vedettariat et le goût du succès ont gagné Monsieur Schmitt. Mais malgré tout, il reste que, quand il fait du populaire, il le fait bien. Et ça, on ne peut pas le lui enlever. C’est déjà bien plus que beaucoup de pseudo-auteurs, publiés ici et ailleurs, qui maîtrisent à merveille l’autofiction, mais qui ne sont pas foutus d’avoir une seule idée originale.

Je fais donc mon coming out. Je suis une littéraire, j’aime Rimbaud, Flaubert et Zola, et j’aime aussi Éric-Emmanuel Schmitt.

Voilà, c’est dit.

 
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