Pancartes à la main
16 septembre 2008

Pancartes à la main, étudiants et employés de l’université ont manifesté sur le campus la semaine dernière. Différentes organisations étudiantes ou syndicales ont regroupé leurs requêtes en un mouvement, la coalition Reclaim your Campus. Celle-ci est soutenue par l’Association des étudiantes et étudiants de l’Université McGill (AÉUM), tout en restant indépendante. Reclaim your Campus est constitué de travailleurs-étudiants de McGill, de l’Association des étudiants diplômés employés de McGill (AGSEM), de l’Association accréditée du personnel non enseignant de l’Université McGill (MUNACA) et de bien d’autres groupes.

Malgré leurs demandes variées, ces associations ont des revendications communes. Se basant sur une liste de cinq demandes, les membres de Reclaim your Campus revendiquent entre autres une entente collective pour MUNACA et la résolution des conflits en suspens avec l’AGSEM depuis le printemps passé. Plus spécifiquement, ils demandent que le Conseil des gouverneurs soit élu et révocable. À cela s’ajoute la demande d’un meilleur accès au campus et le respect des décisions démocratiques tels que les plébiscites.

Rencontré au local de l’AÉUM, Devin Alfaro, vice-président aux Affaires externes de l’AÉUM,  explique que plusieurs organisations du campus n’étaient pas satisfaites de leur relation avec l’administration. Il mentionne leurs griefs communs en prenant l’exemple des  «questions d’espace ou de décisions prises par l’université après consultation démocratique.» Au sujet de l’espace, la perte de locaux pour l’Association des étudiants musulmans et pour le Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle de McGill (SACOMSS)  est un irritant particulièrement important. La question de la concession du café d’architecture à une entreprise privée démontre également, selon monsieur Alfaro, la diminution de l’espace géré par les étudiants. Quant à la question des pratiques démocratiques, les résultats des consultations tenues à l’échelle des organismes n’ont pas été respectés par l’administration. Au printemps dernier,  la radio CKUT et le Groupe de recherche sur des domaines d’intérêt public du Québec (QPIRG) avaient consulté leurs membres au sujet du système de opt-out en ligne (pour ceux qui veulent se retirer du système). Cela n’a nullement empêché  l’université de prendre une décision unilatérale, sans tenir compte des suffrages. C’est pourquoi avoir des consultations dont le résultat aurait force d’obligation pour l’administration est une requête des plus importantes.

Les manifestants en sont venus à croire que les groupes étudiants sont davantage perçus comme une «nuisance que comme une partie intégrante de la communauté de McGill.» Le vice-président aux Affaires externes  de l’AÉUM souligne que «McGill n’est pas assez financée.» «Il semble, poursuit-il,  que l’administration tente de sauver le moindre dollar possible en déléguant le fardeau de la décision aussi bas possible dans l’échelle.» Monsieur Alfaro prend le temps de préciser qu’il «ne pense pas que ces décisions soient prises pour nuire intentionnellement aux étudiants.» Il préfère analyser la situation sous l’angle de l’ignorance de l’administration de la réalité étudiante. «Elle ne prend pas suffisamment de temps pour faire les choses et ses priorités sont ailleurs», conclut-il.

Si plusieurs organisations étudiantes sont frustrées, certains employés de McGill ont eux aussi dénoncé les difficultés qu’ils ont à se faire entendre. MUNACA négocie depuis décembre 2007 la convention collective de ses membres avec l’université. Après le rejet de la dernière offre de l’employeur lors de la plus récente assemblée générale, Maria Ruocco, présidente de MUNACA, dit vouloir une réponse. «Nous voulons une entente collective qui soit juste. Nous voulons simplement du respect», déclare-t-elle au Délit. La présidente a affirmé au cours de la même conversation soutenir la quête de démocratie et de respect des étudiants.

Les membres de MUNACA ne sont pas les seuls employés de l’université à faire partie de cette nouvelle coalition. Accusant l’administration d’avoir congédié plusieurs étudiants des second et troisième cycles lors de la grève de l’AGSEM du printemps passé, l’Association des auxiliaires de recherche s’est jointe à Reclaim your Campus. L’AGSEM reproche quant à elle à l’université sa façon de traiter les étudiants. Durant la manifestation, un représentant de l’AGSEM expliquait au Délit que des membres de l’AGSEM se sont fait renvoyer de leur fonction d’auxiliaires de recherche durant le conflit de travail.

Également présents à la manifestation étaient d’autres travailleurs-étudiants. Ils ne sont pas encore diplômés. Ils sont, entre autres, assistants de recherche ou font partie du personnel de la librairie de McGill, et ils ne sont actuellement membres d’aucun syndicat du campus. Ils tentent d’obtenir une accréditation syndicale sous le nom d’AMUSE. Max Silverman, ancien vice-président aux Affaires externes de l’AÉUM, a dénoncé les conditions d’emploi de ces étudiants : «Ils ont un statut précaire, ils sont sans contrat et leur salaire est négociable.» Max Silverman affirme que des étudiants employés d’un département lui auraient confié «se faire rappeler fréquemment leur statut et la possibilité de perdre leurs emplois dans l’éventualité où ils ne feraient plus l’affaire.»

Ces étudiants travailleurs aimeraient former leur propre association.  «Nous sommes seuls face au système bureaucratique lorsque surviennent les conflits», évoque un de ces étudiants, David Schecter, assistant de recherche. Il témoigne de la réalité des relations employé-employeur: «Pour ce qui est de la recherche, nous négocions tout ce qui a trait au poste avec le professeur, mais techniquement, c’est l’université, notre employeur. Souvent, le professeur avec lequel nous effectuons les recherche est aussi la personne qui nous donnera des références pour la poursuite de nos études.»

En ce qui concerne la négociation, il n’y a pas ni structure, ni règles établies, ni barème. «Les professeurs ne sont pas là pour essayer de nous exploiter, mais ils ne sont pas tous habilités à la négociation», précise monsieur Schecter. Cette façon de faire occasionnerait une grande variation des salaires.

Max Silverman souligne le fait que ces employés  n’ont pas légalement droit au travail et que, seuls devant la bureaucratie, «ils n’ont aucun moyen de se plaindre.» Il explique que l’idée de créer AMUSE est née du fait que « l’AÉUM ne pouvait pas toucher aux travailleurs en raison des prédispositions de la loi sur les associations étudiantes (loi 31).»

Ainsi, il est fort à parier que nous verrons ces travailleurs-étudiants  tenter de vendre des cartes de membre durant les prochains mois sur le campus. De plus, Reclaim your Campus prévoit de se réunir dans le courant de la semaine afin de discuter d’autres actions à prendre. Le but? Se faire voir et entendre.

La réunion est prévue le mercredi 17 septembre, à midi, dans la salle de bal du bâtiment de l’Association étudiante.

 
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