De la difficulté d’écrire une chronique
9 septembre 2008

Tu t’installes devant ton ordinateur, pleine de bonne volonté. Tu te dis que tu vas écrire, mais tu fixes la page blanche, le petit curseur qui clignote obstinément, et rien ne vient. L’angoisse de la page blanche: un classique. Une première chronique, et tu ne sais vraiment pas quoi écrire.

Mais dans quoi donc t’es-tu embarquée? Le Délit dit: «Veux-tu faire une chronique?» Et toi, puisqu’on te le demande, tu acceptes. Tu te dis que le mois de septembre est encore loin, de toute façon, et que tu auras bien le temps de penser à quelque chose. Mais l’été passe, tu travailles, tu prends du temps pour toi, tu vis ta vie. Finalement, tu te rends compte que le premier numéro du ô combien fabuleux Délit paraîtra la semaine suivante et qu’il faudrait bien que tu trouves quelque chose. Soudain, tu doutes un peu de ton potentiel créatif.

Tu, c’est moi, vous vous en doutez bien. Une moi pleine de doutes à la veille d’inaugurer une nouvelle chronique. Mais qu’à cela ne tienne, il faudra bien se lancer!

Alors, comment chronique-t-on? Ou plutôt, comment chronique-t-on intelligemment? Parce qu’il ne faut pas non plus écrire n’importe quoi. Avec tout le respect que je lui dois— et je ne lui en dois pas tant que ça!— je n’ai vraiment pas envie de faire une chronique à la Nelly Arcan, de vous parler de mes conquêtes et de mes lendemains de veille, ou du nouveau chum de ma meilleure amie. Non, ce n’est pas moi, ça, et je ne veux pas que ça le devienne. D’un autre côté, je ne voudrais pas non plus ennuyer mes potentiels lecteurs en adoptant le jargon parfois si hermétique propre au milieu littéraire. Avouons-le, il peut s’avérer hautement soporifique si vous n’avez pas le même déséquilibre chimique que moi, un drôle de trouble qui vous fait tripper lorsque vous entendez parler de Roland Barthes.

Pourtant, soyons réalistes, je ne pourrai sûrement pas m’empêcher de vous causer littérature. Au moins un peu, question de satisfaire le rat de bibliothèque en moi.   Pourtant, je n’affublerai pas cette tribune de l’étiquette de «chronique littéraire», puisque cela m’empêcherait, si l’envie m’en prenait, de digresser vers la musique, le théâtre, le cinéma et une foule d’autres sujets culturally correct tous plus palpitants les uns que les autres.

Voyez-vous, j’ai un problème par rapport à la culture que beaucoup ont dans leurs relations de couple: j’ai peur de l’engagement. La monogamie culturelle, ça ne m’intéresse pas. Pire, ça m’irrite, ça m’étouffe! La littérature, l’art, la musique, la photo sont tant de modes d’expression qui, à mon sens, forment un tout. Comment, donc, accepter de ne me consacrer qu’à l’un d’entre eux? Ce serait faire taire un dialogue qui, à mon humble avis, constitue toute la beauté du monde culturel. Et, au fond, qu’est-ce que la culture sinon une affaire de beauté?

Avec tout ça, et je m’en excuse, je n’ai toujours pas mis le doigt sur ce que serait cette chronique. Pas de thème ni de ligne directrice.  Misère! Chroniquer n’est pas un art facile! Par contre, l’air de rien, j’aurai tout de même gagné du temps en chroniquant sur la difficulté de chroniquer.… Vous ne l’aviez pas vu venir, hein?

 
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