Mon auberge suédoise
8 avril 2008

«On en a d’la chance, hein?»

Il n’y a pas bien longtemps, j’étais avec deux Belges et une Française. Nous étions tout écrasés et entassés comme des köttebullars (boulettes suédoises) sur mon lit IKEA à regarder L’Auberge espagnole. En fiers représentants de la francophonie, mais surtout en bons étudiants en échange, nous avions évidemment tous déjà apprécié l’histoire de cette auberge barcelonaise complètement sautée et de sa salade internationale savoureusement hétérogène. Nous en avions tous rêvé, de cette auberge, à la veille de notre trimestre à l’étranger.

Mais bon, vous vous en fichez certainement de nos accès de nostalgie. Par contre, si je vous dis que notre expérience est en train de dépasser toutes nos attentes, que notre réalité est encore plus extraordinaire qu’un film, ça, c’est différent. Parce qu’en général, on aime les histoires de films qui se passent vraiment. C’est le phénomène de l’«hollywoodisation».

Déjà, tout le monde sait qu’un échange n’a d’«académique» que le nom. Au niveau du baccalauréat, personne ne se soucie de ses résultats scolaires en terre étrangère. On part en échange pour voyager. On part pour faire une tonne de rencontres, pour tisser d’innombrables liens. On part pour se sentir grand dans sa tête, plus grand dans ses souliers. Ici, à Uppsala, nous avons pris la définition de l’étudiant en échange à bras le corps. Et Uppsala a fait le reste.

Nous sommes 400 étudiants étrangers arrivés en janvier. Une grande majorité d’entre nous sommes parqués dans un ghetto étudiant de douze immeubles, mélangés à une majorité de Suédois. Nous vivons dans un monde parallèle où l’on court d’étage en étage pour prévenir les autres de la prochaine «soirée-couloir», où le trafic de matelas, d’ustensiles de cuisine ou encore de produits alcoolisés anime le marché noir.

Dans notre auberge suédoise à nous, on discute, hurle, chante et danse autour d’une table ou dans une boîte de nuit dans toutes les langues possibles. Par respect pour le multiculturalisme, nous passons des heures à trinquer: «Skål, Prosst, Kippiss, Cheers…». Dans nos cours (plutôt rares), nos bases de comparaisons sont infinies. L’expérience est unique du fait que tous les étrangers sont concentrés dans les cours donnés en anglais; ça nous donne accès à un maximum de perspectives culturelles.

Pour rendre notre expérience encore plus extraordinaire, il y aussi le formidable facteur Europe, si précieux aux yeux des étudiants hors Union européenne. Au Canada, on peut faire 500 km et ne traverser que des champs de maïs. Ici, je vais traverser la Suède d’est en ouest ce week-end pour une ballade en voiture de cinq heures. Dans deux semaines, je prends l’avion pour 4$ et deux petites heures de vol pour aller visiter Berlin. De là, nous louerons une voiture et avalerons en un clin d’œil les 300 kilomètres qui nous sépareront de Prague. Tout ça en cinq petits jours coincés entre deux cours.

Aujourd’hui, j’ai peur. J’ai peur de la fin de mon échange. J’ai peur de retourner à Montréal –une ville que j’adore pourtant. Je ne veux pas sortir de ce monde si délicieux… Mais au final, toutes ces peurs me forcent à apprécier encore plus chaque moment passé en sol suédois. Mon film arrive bientôt à sa conclusion. Mais je ferai tout pour mettre une suite sur pied.

 
Sur le même sujet:
19 février 2008
5 février 2008
26 janvier 2010