L’indépendance avant tout
11 mars 2008

Bien que Le Délit soulignait dans sa dernière édition l’importance de préserver le journalisme francophone à McGill, le référendum en cours (qui décidera de la survie du Délit!) n’est pas, comme l’on pourrait le croire, le résultat d’une «gué-guerre» linguistique. En effet, même si le vote sur les cotisations étudiantes accordées à la Société des publications du Daily (SPD) pourrait mettre fin à l’existence du seul journal francophone sur le campus, il ne représente pas une attaque directe d’anglophones qui chercheraient à éliminer le fait français dans les médias de McGill. Ce vote menace plutôt, de façon généralisée, la presse indépendante sur le campus.

Je le précise parce qu’en accordant une entrevue, à propos du référendum, à un journal montréalais la semaine dernière, Le Délit a appris que la presse montréalaise s’intéressait à l’événement seulement parce qu’ils voulaient croire qu’il s’agissait d’une attaque «des Anglais contre les Français». En apprenant que ce n’est pas uniquement le sort du Délit qui est en jeu, mais également celui de son confrère anglophone, le McGill Daily, le journal s’est montré soudainement beaucoup moins intéressé à se saisir de l’histoire. La survie de la presse indépendante dans les universités québécoises n’intéresse pas, paraît-il. À sa mort probable manque malheureusement le punch des chicanes entre groupes linguistiques.

Une indépendance cruciale
Et pourtant, en français comme en anglais, l’indépendance journalistique reste un dossier chaud et ô combien courant dans les médias. Nous pensons qu’il est important d’offrir –et surtout au niveau universitaire– un hebdomadaire qui est capable d’informer d’un point de vue honnête et critique. Un journal indépendant n’est pas nécessairement critique ou de qualité, mais il est certain qu’un journal dépendant d’instances gouvernementales ou syndicales, par exemple, ne peut pas l’être.

Malheureusement -ce genre de commentaire peut paraître cliché-, il y a des gens qui meurent pour la liberté de la presse dans le monde. Ici, on se fait dire par un «grand journal montréalais» que l’indépendance médiatique, ça n’intéresse pas les lecteurs. C’est sûr que dans un pays industrialisé et démocratique comme le nôtre, on pourrait croire que l’indépendance médiatique est un acquis. Et pourtant, avez-vous déjà lu une seule remarque négative à propos des politiques de la principale Heather Munroe-Blum dans le McGill Reporter? Bien sûr que non, puisqu’il s’agit du journal écrit par l’administration de l’université. Tout ce que la principale fait y est glorifié, alors qu’elle tient régulièrement des propos que beaucoup d’étudiants souhaiteraient censurer.

Un référendum injuste
Le référendum en cours est illégitime. Du point de vue de l’université, qui en a forcé la tenue, si les étudiants soutiennent leurs journaux indépendants, «ils voteront “oui” sans hésitation». Il serait donc exact d’avouer que ce n’est pas l’administration qui décide du sort du Délit et du McGill Daily. Un instant. Ce que l’on oublie de mentionner, c’est que le vote même ne devrait pas avoir lieu.

Manque de considération administratif
La SPD est indépendante de l’administration et de l’association étudiante et il existe, au sein de sa constitution, des instances démocratiques permettant aux membres insatisfaits d’exprimer leur mécontentement. Le conseil d’administration et les assemblées générales offrent aux étudiants une occasion de demander des modifications et apporter leur aide.

La «bonne volonté» de l’administration dans cette affaire témoigne plutôt d’un aveuglement dangereux. Selon Morton Mendelson, premier vice-principal adjoint (études et vie étudiante) et négociateur du côté de l’administration, la SPD ne risque rien si les étudiants veulent de leur presse indépendante.

Mais le référendum est plus qu’un risque: il représente une attaque à la santé des administrateurs, des éditeurs et des collaborateurs du Daily et du Délit. Il restreint un budget déjà comprimé. Un référendum sur l’existence d’un journal n’est pas une mince affaire. Puisque la conséquence de le perdre est démesurément grave, on doit le gagner. La période de campagne est une épreuve difficile parce qu’il n’est pas possible d’interrompre la publication du journal pour elle.

Le danger réside principalement chez les étudiants désintéressés, qui n’ont jamais eu la curiosité de nous lire. Ne sachant pas de quoi il retourne, ils voteront au hasard. Mais leur «non» innocent pourrait mettre fin, sans le savoir, à une des richesses de leur campus.

D’autant plus que ce référendum imposé, grande première dans l’histoire de McGill, pourrait devenir courante: l’administration veut répéter l’expérience au minimum tous les cinq ans. Il faut qu’elle change d’avis. Nos ressources de temps et d’argent sont limitées, et devraient être employées à produire le meilleur journal possible.

Enfin, justifié ou non, le référendum a tout de même lieu. Il ne vous reste que jusqu’à vendredi pour voter en ligne à electionsmcgill.ca. Hâtez-vous!

 
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