L’Université Laval en deuil
7 février 2017 - Image par Mahaut Engérant
La communauté étudiante reste consternée suite à l’attaque terroriste de Sainte-Foy.

L’article suivant a été publié dans l’Impact Campus, journal étudiant de l’Université Laval. Puisque l’auteur présumé des attentats de Québec était étudiant dans cette institution, Le Délit a décidé de leur laisser la parole.


Le principal suspect dans cette affaire est Alexandre Bissonnette, un étudiant de la Faculté des sciences sociales de l’UL. Il fait face à 11 chefs d’accusation. «Il est immédiatement exclu de toute activités d’études ou de recherche au sein de notre établissement, conformément à nos procédures dans ces situations, et ce, jusqu’à la fin du processus judiciaire en cours», a précisé l’institution par voie de communiqué de presse.

Tôt lundi matin, le recteur Denis Brière et le vice-recteur Éric Bauce ont pris la parole lors d’un point de presse au pavillon Alphonse-Desjardins afin d’exprimer leurs sympathies aux proches des victimes et leur solidarité à la communauté musulmane de Québec.

«Je suis sans mots devant ces événements cruels, ces actes odieux, inhumains et terroristes, a déclaré le recteur Denis Brière en lever de rideau du point de presse. Toutes nos ressources d’aide et de soutien sont à l’écoute. Si vous sentez le besoin de vous exprimer, de vous confier, nous sommes là pour vous.»

«Je me joins à tous les témoignages au cours des dernières heures de ces terribles événements vécus [dimanche] à Québec. On ne peut pas dire d’autres mots qu’épouvantable, sanguinaire, intolérable», a ajouté Éric Bauce.

Désormais, le bilan des victimes se chiffre à six morts. Le professeur de l’Université Laval du département des sols et de génie agroalimentaire, Khaled Belkacem, figure parmi eux. On dénombrait également 18 blessés, dont cinq dans un état critique.

Sécurité sur le campus

Deux lieux de culte pour l’exercice de la prière se trouvent sur le campus. Le premier est situé au pavillon Alphonse-Parent et le second au pavillon Ernest-Lemieux. Ceux-ci font l’objet d’une protection permanente depuis l’attentat.

En entrevue avec Impact Campus, Éric Bauce indique que l’institution d’enseignement a déjà effectué des simulations d’actes similaires dans le passé sur le campus. «On est très bien préparé pour ça, martèle-t-il. On a augmenté le nombre d’agents, les patrouilles, sécurisé l’ensemble des lieux, particulièrement les résidences et les lieux cultes sur le campus.»

«Une université, c’est un lieu de diversité culturelle. C’est le point d’entrée de beaucoup d’immigration également. Il y a beaucoup d’étudiants de partout à travers le monde. C’est clair qu’on est profondément touchés par ça», ajoute le vice-recteur exécutif.

La scène politique réagit

En fin d’avant-midi lundi à l’Hôtel de Ville de Québec, le maire Régis Labeaume s’est adressé aux médias en compagnie de plusieurs dignitaires dont le premier ministre du Québec Philippe Couillard et le ministre fédéral de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos. Plusieurs membres du CCIQ étaient également sur place pour réagir.

«Ça nous frappe comme un train. Comment se fait-il que ça arrive à Québec? Quand on connaît qui on est et comment on vit, c’est quand même étonnant, a lancé M. Labeaume. On a rencontré les représentants de la communauté. Le premier message, c’est que nous sommes à votre service.»

L’un des membres fondateurs du CCIQ, Boufeldja Benabdallah, demeure quant à lui positif face à l’avenir de la vieille capitale. «Nous sommes très fiers d’être Québécois. Nous sommes très fiers d’être Canadiens. Très fiers d’appartenir à cette plus belle ville au monde qu’est Québec. Je le dis fièrement, je l’ai toujours dit, c’est l’une des plus belles villes au monde.»

En soirée, la communauté musulmane s’est réunie pour faire le point. Des représentants étaient présents pour faire le lien avec la Ville de Québec.

Vigile de solidarité

Une vaste vigile de solidarité a été organisée lundi soir en soutien à la communauté musulmane de Québec, devant l’Église Notre-Dame de Foy. Des milliers de personnes avaient confirmé leur présence à l’événement.

Éric Bauce estime que ce genre de rassemblements pourrait apparaître sur le campus au cours des prochains jours. «Mon impression, personnellement, c’est que la communauté de notre université va se mobiliser. S’il y a des vigies, moi, je vais y aller.»

Abordée sur l’heure du midi, la première étudiante à commenter se dénomme Dominique. Elle étudie au baccalauréat en traduction. La jeune femme estime qu’actuellement, l’origine du suspect ne devrait pas faire partie du débat.

«Tout ce que je trouve triste, c’est que ce soit l’action d’un extrémiste, explique-t-elle. Je ne pense pas que ça vaut la peine de regarder d’où il vient. Qu’il soit d’Espagne, du Japon ou de la Jamaïque, ça aurait été la même chose: un extrémiste qui a attaqué des gens innocents.»

Plusieurs autres abondent en ce sens, comme Mathieu, un étudiant en géographie. Celui-ci condamne l’incident de dimanche, mais demeure calme dans les circonstances. «Malgré la proximité, ça ne m’inquiète pas trop, assure-t-il. Je me dis que c’est un événement isolé, et que ça peut arriver partout. Ça reste que c’est regrettable.»

De son côté, Angelina est sur le campus pour une seule session, dans le cadre d’un échange universitaire. L’étudiante en philosophie a eu l’occasion de voyager ailleurs en Europe, là où des attentats ont également frappé les populations locales.

«J’ai été en Belgique par exemple, et il y en a eu aussi, lance-t-elle. Ce n’est pas nouveau pour moi, mais c’est déjà tellement plus proche maintenant. Au niveau sécurité, oui, ça m’inquiète. Je suis choquée, mais je n’arrive pas vraiment à réfléchir.»

Spotted UL s’anime

La populaire page Spotted: Université Laval sur Facebook offre la possibilité aux étudiants de s’exprimer de manière anonyme sur leur quotidien au sein du campus. Le lien web était notamment devenu, il y a quelques mois, un lieu de rassemblement et de solidarité virtuel par excellence à la suite des agressions aux résidences du pavillon Alphonse-Marie-Parent.

Lundi, la page est de nouveau devenue la plateforme d’expression de plusieurs témoignages d’empathie et de solidarité envers les victimes de l’attentat de Sainte-Foy.

«Ce soir, mon coeur a mal. Il a mal de reconnaître cette même douleur que cause la perte d’un être cher dans de telles circonstances… Toutefois, cette expérience m’a appris une chose: l’amour est plus fort que la haine, et malgré l’adversité, seul l’amour peut panser les plaies, est-il écrit dans une publication anonyme. Soyons ouverts, serrons-nous les coudes et aimons-nous les uns et les autres; c’est ainsi que nous vaincrons cette maladie qu’est l’intolérance. C’est ensemble qu’on se relèvera plus fort et dans la tolérance.» 

 
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