Silence assourdissant
29 septembre 2015 - Image par Ixion Communications
Soudain, le silence suit les tribulations d’un chanteur d’opéra en deuil de sa voix.

Trente ans après son premier long-métrage Medium Blues (1985), l’ancien producteur de télévision québécois Michel Préfontaine revient au cinéma avec Soudain, le silence, long-métrage intimiste en salle depuis le 25 septembre. Mettant en vedette la chanteuse montréalaise Chantal Bellavance et le baryton québécois Etienne Dupuis pour son premier rôle au cinéma, ce film tente de plonger le spectateur dans l’univers peu connu des artistes lyriques.

Robert Gaspard, chanteur d’opéra français de passage à Montréal pour un récital, se réveille désemparé au lendemain de sa première répétition, ayant perdu l’usage de sa voix. Ce père de famille désabusé se résout alors à occuper le temps de sa convalescence par la découverte d’une ville qu’il jugeait jusque-là insignifiante, accompagné de Katie, l’assistante de son producteur. Cette relation professionnelle évolue sans surprise en une aventure amoureuse sans lendemain, lui apportant un semblant de réconfort dans sa solitude mêlée de frustration artistique.

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Si Michel Préfontaine s’applique à retranscrire par l’image la solitude des artistes itinérants en perpétuel transit, son scénario manque de relief. Il peine à relever une intrigue romantique si ponctuée de clichés qu’elle tend vers la platitude. Articulant autour de cette relation sans saveur sa réflexion sur le désespoir d’un artiste face à la perte de son moyen d’expression, Michel Préfontaine parvient difficilement à captiver un spectateur accoutumé à ce style d’épopée amoureuse obéissant à un schéma récurrent. En effet, le scénario peine à construire une véritable tension entre les personnages et manque cruellement de surprises, faisant appel à de nombreux tropes rebattus. Évoquant ce film comme la «réalisation d’un rêve», l’attachement pour le moins original du réalisateur à faire découvrir la vie des chanteurs lyriques est miné par la répétition de scènes similaires, s’étirant dans la longueur et à l’esthétique inégale, donnant une vision des rapports sociaux interculturels sans nuance et versant facilement dans le lieu commun.

L’effort lyrique

Cela dit, Soudain, le silence est louable pour les prestations musicales de ses acteurs, notamment Étienne Dupuis, ancien de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Montréal. Interprétant successivement «Pourquoi me réveiller», air en français tiré du drame lyrique Werther de Jules Massenet, et l’air italien «Di Provenza il mar, il suol», extrait de l’opéra La Traviata de Giuseppe Verdi, ses interprétations étoffent un personnage principal sans surprises. Le film nous permet également de découvrir la voix de l’artiste montréalaise Chantal Bellavance, premier rôle féminin dont le dernier EP, J’attends, est sorti en 2013. La bande originale soignée de ce film au ton léger rattrape une réalisation à l’aspect parfois maladroit et un scénario quelque peu bancal. Ancien producteur d’émissions musicales sur l’opéra et la musique classique, on peut également saluer la volonté du réalisateur de rendre hommage à une vocation artistique méconnue et pourtant digne de susciter l’intérêt, dont l’envers du décor a rarement été évoqué au cinéma.

«Toutes les grandes villes se ressemblent», susurre l’artiste lyrique désenchanté à sa collègue pétillante, aux prémices d’une relation dont le dénouement semble déjà trop évident. Malheureusement –pourrait-on lui répondre– tous les films pseudo-romantiques se ressemblent aussi.

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