Parallèlement
3 février 2015 - Image par Archives McGill
Éditorial.

Une pièce de Molière, mise en scène avec l’esprit de celui-ci, qui affiche complet tous les soirs; un colloque de littérature sur les voies et les voix de l’expérience; un débat politique sur la place de la langue française, une soirée Céline Dion chez Gertrude (Gerts); des cercles de conversations; un voyage à Québec; la liste est charmante. Que demande le peuple?

Depuis une semaine, et pour une semaine encore, l’entière — et je pèse mes maigres mots —, l’entière communauté mcgilloise vit au rythme de la Francofête. Qu’es aquo? Le rendez-vous annuel de la Commission des affaires francophones. C’est-à-dire? «Le pôle de la vie intellectuelle et culturelle des francophones et francophiles de l’Université McGill», selon leur page internet. Mais encore? L’affaire de quelques-uns, et pas des moindres.

Depuis des éternités, la vie étudiante du campus de McGill a toujours été animée par un certain nombre de sociétés. Parmi celles-ci, la tradition voulait qu’il y ait toujours une société française, une sorte de club pour étudiants décadents désireux de l’Europe aux anciens parapets et de la douce France. Tenez, en 1913, les étudiantes francophiles de McGill possédaient leur «Société française», haut lieu de conversations guindées et de manières apprêtées, tandis que les hommes leur récitaient des vers depuis les bancs de leur «Cercle français». Il est tout à fait naturel que l’on ressente la nostalgie de ce qui était l’Empire, comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi? Les temps ont changé, les fleurs ont fané et le temps d’avant, c’était le temps d’avant.

En 2015, la bulle franco-mcgilloise dans la McGill Bubble continue d’être et d’intriguer. Avec son léger vingt pour cent d’étudiants francophones et son administration presque entièrement bilingue, McGill semble toujours soucieuse de sa minorité francophone. Et pourquoi ne le serait-elle pas? Le discours officiel semble toujours de bonne foi. S’il y a un problème concernant le fait francophone sur ce campus, il ne réside pas tant dans l’attitude de l’administration, elle progresse sur ce point. La question est étudiante. Et comme souvent, la solution est dans l’initiative.

En organisant la première Francofête digne de ce nom depuis 2011, l’AÉUM, via sa Commission des affaires francophones, se redore joliment le blason. Quelques étudiants se réunissent. Un représentant étudiant se trouve dans la possibilité d’ajouter 2600 dollars de plus au budget traditionnel de 400 dollars de la Commission. Les réunions s’enchaînent, les ponts se construisent, et un autre vent souffle sur la vie intellectuelle du campus. Ce n’est pas grand chose, seulement un autre espace linguistique, qui amène son lot de réalités, de voix singulières: tantôt la voix du pays de Québec, tantôt celle des Français de France, parfois la Belgique, d’autres fois le Vietnam, les possibilités sont nombreuses.