Fusion musicale
25 septembre 2012 - Image par Lindsay Cameron
Le festival POP Montréal est toujours à la hauteur de ses ambitions

Pour qui ne le connaît pas, le festival POP Montréal peut s’avérer surprenant. Depuis 2002, l’événement, qui se considère comme un festival culturel au sens large, s’est agrandi pour inclure des représentants des scènes musicales locale et internationale, des expositions et ventes d’œuvres d’art, des projections de films et bien plus. Cette année, plus de 600 artistes de divers genres ont performé dans plus de cinquante lieux, pour la plupart près du Plateau. Ce festival mélange tous genres et styles de performance: d’artistes locaux à des groupes internationaux, des activités pour enfants à des spectacles pour adultes, tout en gardant un air distinctement montréalais.

Le festival proposait deux événements à l’image de la ville dans les soirées «Let Artists Meat»: six groupes, de la bière et de la viande fumée (courtoisie de Schwartz’s). La première soirée, mercredi le 19, était bercée par la voix apaisante de Mélanie Boulay, la musique animée de Keith Kouna et le rythme hypnotique de VioleTT Pi. La prochaine soirée nous invitait aux sons doux et sexy de MAK, la musique légère et exaltante de Fm Hi-Low et les rythmes de fusion de Coyote Bill. Vendredi soir, après le travail, il était possible de tomber sur les spectacles «Audio Blood in the Park» en rentrant chez soi. Vendredi et samedi, dans un petit parc a côté de l’UQAM, plus d’une douzaine de formations musicales exposaient leurs talents. De Halifax à Montréal, «Audio Blood» a présenté une grande variété d’artistes, comme Isle of Pine et Adrian Hill, des étudiants de McGill. Il y avait notamment des activités interactives sur le trottoir, qui donnaient à l’événement un air amusant. Un poète à l’esprit créatif, Ryan Ashley, était assis sur un tabouret avec une machine à écrire et une pancarte qui disait «poèmes à vendre». Il écrivait des poèmes sur le sujet de votre choix.

Le mélange des genres de POP Montréal s’exprime aussi dans des concerts classiques. Dans une seule soirée, il était possible d’assister à plusieurs types de performances. Par exemple, la série gratuite «Converse» se retrouvait dans le petit sous-sol de l’église Mission Santa Cruz. Mercredi soir, les synths de Yacht Club étaient suivis par deux actes hip-hop, et finalement le maestro du new funk Dam-Funk. Le rappeur Mr. Muthafuckin’ eXquire était peut-être celui qui utilisait le mieux l’espace, grâce à des paroles abjectes et des beats intenses. Malgré les difficultés techniques au début de son set, Dam-Funk a transformé le lieu en quelque chose de complètement différent — une piste de danse des années 80, complétée par les solos de keytar.

Vendredi soir, le rappeur Lil B a fait impression au Club Soda avec son style based. Pendant près de deux heures, le MC Californien, célèbre pour ses centaines de chansons composées de slogans répétitifs («swag» et «woo» étant les plus populaires) et couplets absurdes, a interprété ses classiques. Ses réflexions entre les chansons étaient même plus mémorables que la musique; il s’est même excusé pour ses paroles vulgaires. Complètement seul sur scène, Lil B est arrivé sans instructions pour les lumières et sans DJ. Même si le spectacle n’était pas un modèle de professionnalisme, le based god a interagi avec le public, et a pris plusieurs photos avec les spectateurs après sa dernière chanson.

Le soir suivant, au Club Soda à nouveau, Big K.R.I.T. a montré pourquoi il est souvent considéré comme la nouvelle étoile du southern rap. Un set hip-hop bien plus traditionnel que le soir précédent: à peu près une heure de hits, interrompue par un mini-concert de DJ. K.R.I.T. Il y avait aussi une grande présence d‘artistes électroniques au festival. Avec sa voix éthérée et son beat puissant et électronique, Austra a capté l’attention de tout le monde avant même que le spectacle ait commencé. Originaire de Toronto, la jeune artiste a attiré une file d’attente de plus de cent mètres, presque jusqu’au coin de la rue. Un des plus grands spectacles du festival, Grimes, était complet une semaine avant l’événement. La foule énergique dansait comme à un concert punk, même si sa musique est plutôt ambiante.

Enfin, un des concerts les plus attendus du festival, Grizzly Bear, a impressionné le public du Théâtre l’Olympia, captivé par des sons fuyants et complexes. Le groupe, qui a fait une pause avant d’enregistrer son nouvel album, Shields, a efficacement combiné ses chansons plus brumeuses avec les nouvelles chansons plus directes. Parfois il était difficile d’entendre tous les éléments de la musique, car il y avait plusieurs sons à la fois. Multi-instrumentiste, Chris Taylor en particulier semblait être toujours en train d’alterner entre la flûte, la clarinette et la basse. Leur grand succès «Two Weeks» et le plus vieux «Knife» étaient les titres préférés de la foule. L’éclairage de la scène par des lumières qui semblaient être des méduses ou des balises flottantes, accentuait l’atmosphère des compositions. La première partie, Unknown Mortal Orchesta, était excellente aussi, mais leur style plus simple de pop alternative était un peu incongru.

En tout cas, cette édition de POP Montréal était une bonne combinaison de performances locales et internationales. On sent que les organisateurs ont bien réfléchi à la façon dont on peut mélanger des styles musicaux différents. Il est impossible de découvrir plus qu’une petite partie des nombreux spectacles et installations, mais même en en voyant un ou deux, on peut découvrir une grande variété de styles. Il est important de noter que même si le festival est fini pour cette année, il y a des événements de POP toute l’année.