Voir l’histoire par derrière
24 janvier 2012
La sodomie chez les Grecs anciens

On n’a pas toujours parlé d’homosexualité. Ce terme moderne n’était pas utilisé en Grèce antique, où l’ont célébrait plutôt l’amour viril entre hommes sans toutefois y attacher un concept d’identité sexuelle.

L’historienne Anna Clark soutient qu’à l’époque de la Grèce antique, rien n’était plus dégradant pour un homme mûr que d’être comparé à une femme. Par exemple, recevoir le sperme était réservé aux jeunes hommes, aux esclaves, aux prostitué(e)s et aux femmes. Ainsi, il est important de nuancer les différents aspects de l’homosexualité telle qu’on la conçoit aujourd’hui avant d’avancer que les institutions de la Grèce antique l’autorisaient librement.

De ce fait, Anna Clark suggère que les Grecs anciens exprimaient simplement leur désir pour les jeunes, garçons ou filles. Alors que les filles les plus attirantes, celles considérées comme l’élite, étaient cloisonnées dans leurs maisons, les garçons allaient à l’école et se montraient nus au gymnase. Les jeunes hommes, sans poils, avec la peau douce et le pénis délicat, avaient toutes les caractéristiques requises pour être considérés érotiques par les hommes adultes. Ils suscitaient le désir, mais cela entrainait-il nécessairement la pratique de la sodomie?

Gracieuseté de Wikicommons

Pour Georges Devereux, un ethnopsychiatre, les garçons voyaient en leur amant un suppléant de leur père. Les historiens s’entendent d’ailleurs presque tous pour dire que les pratiques homosexuelles grecques avaient une fin éducative et que l’homme plus âgé devenait le modèle de son jeune amant en le prenant sous son aile. Selon Anna Clark, les jeunes étaient couverts de cadeaux et adulés par leurs aînés, sans toutefois que ce type d’échange soit considéré comme de la prostitution.

Afin de garder leur honneur sauf, les jeunes garçons ne devaient jamais s’adonner au sexe anal, une honte pour tout homme qui se respecte. Certains artéfacts archéologiques montrent des hommes d’âge mur s’adonnant au sexe en insérant leur pénis entre les cuisses des jeunes garçons. Toutefois, souligne Pierre-Luc Landry, les pratiques sexuelles n’étaient qu’une partie de ce qui était partagé entre les hommes: le maître enseignait ce qu’un citoyen doit savoir, notamment au sujet du comportement qu’il devra tenir.

Lorsque que les jeunes atteignaient la puberté, ils devenaient beaucoup moins attirants et nombre d’entre eux partaient à la recherche de leur propre jeune amant.

La destruction précède la création, c’est pourquoi sexe rime avec dominance et pénétration dans la Rome antique.

La notion de «sodomite» est, quant à elle, apparue au Moyen-Âge, alors que le concept d’homosexualité n’était certes pas le même que celui connu aujourd’hui, mais où la pénétration anale entre adultes consentants était vue comme une perversion. Le concept d’identité sexuelle nait d’une compréhension individualiste de la personne et ce n’est que plus tard, à l’époque des Lumières, que l’individu se définira en tant qu’entité à part entière, lors de l’élaboration du concept des droits individuels et de la propriété individuelle.