Vagina dentata
28 février 2012
La maison d’édition allemande Taschen est reconnue dans le monde entier pour avoir révolutionné le commerce des livres d’art.

Initialement une boutique de bandes dessinées, Taschen  a  été   fondé   en   1980 par Benedikt Taschen alors qu’il n’avait  que  dix-huit ans,  et  est très  rapidement devenue un  des plus  gros  producteurs de  livres d’art abordables au monde (certaines  collections sont  disponibles pour aussi  peu  que  dix dollars).  Outre les arts  visuels,  qui font  figure  de mandat principal, Taschen se spécialise  dans  plusieurs  autres domaines, tels que l’architecture, la  publicité et  le cinéma, ainsi  que  dans  la photographie érotique, qui  constitue  aujourd’hui un  de  ses  produits  se vendant le mieux.

C’est dans  cette  «Collection sexy» que  Dian  Hanson, ancienne éditrice de magazines masculins, a fait paraître en  octobre  dernier le très  étrange Big Book of Pussy.

Dernier d’une série de cinq   gros  livres  sur  les  parties du  corps  (Legs, Breasts, Big Butt, et Big Penis), The Big Book of Pussy est  sans   surprise un   gros  livre de photos sur le sexe féminin conçu comme un  livre  de  table (coffee table book), c’est-à-dire un livre destiné à être laissé sur une table  à café dans  le but  de pouvoir le feuilleter  négligemment.

Un  seul  coup  d’œil  à l’intérieur   du  livre  permet toutefois de  saisir  pourquoi l’achat  d’un tel ouvrage  paraîtrait problématique  à la plupart des maitresses de  maisons, il contient plus  de trois-cent cinquante pages de femmes issues  des  années 1900 à 2010,  jeunes et moins jeunes, exhibant fièrement leur vulve dans  des  positions plus  grotesques   et  ouvertement comiques les unes  que  les autres.

Bien  que  ce genre  d’ouvrage   soit systématiquement classé  dans  la  section érotique des librairies, le livre de Dian Hanson, et  c’est  ce  qui  constitue  tout   son  intérêt, semble   se situer  dans une classe à part, outrepassant de manière flagrante   les  aspects érotiques ou pornographiques du  sexe  féminin  pour s’établir  comme une sorte  de  recensement de  l’anatomie  féminine. La  chatte n’est pas ici un  instrument de séduction, mais plutôt l’objet d’une joyeuse  exhibition  –la  plupart des  femmes arborent  d’ailleurs un sourire si radieux  qu’il en devient  contagieux–  qui   célèbre  tant  la diversité  que  l’aspect souvent démonisé de la vulve au naturel.

Et si ce petit dernier de Dian Hanson se présente essentiellement  comme un  livre de photo, il  contient  également quelques entrevues  de  figures   marquantes  et  marginales de  l’industrie pornographique  américaine, de Vanessa  del  Rio,  actrice   porno au clitoris  immense, à Steve Shubin, inventeur du  populaire Fleshlight, en  plus  d’un  texte  de Hanson qui  propose une  brève histoire   de   l’iconographie   de la  chatte  depuis  la  préhistoire jusqu’à   aujourd’hui, des  textes qui permettent de mettre en perspective notre compréhension  du  sexe féminin.

«J’ai grandi  en pensant que ma  chatte était  à la fois  le plus précieux  des   trésors,  convoité par  tous  les hommes, et un  truc sale  et  honteux»  écrit  Hanson en  introduction, «et   il semblerait  que  les garçons aient  perçu un  message similaire  »

Sans se prendre trop  au sérieux,  le livre de Dian  Hanson se pose  tout  de même  aux  yeux de plusieurs comme un  ouvrage féministe, puisqu’il révèle le paradoxe   fondamental  de  l’identité    sexuelle    féminine,   c’est- à-dire  la lutte  constante entre l’érotique et  le grotesque, entre le  désir   de  séduction  lubrique et  la  honte d’un   sexe  poilu   et visqueux,  lutte   qui   préoccupe la  majorité des  femmes encore aujourd’hui.

 
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