Recommandations appliquées
24 janvier 2012
La question de la responsabilité individuelle toujours en suspens.

Mercredi 18 janvier, le sénat se réunissait pour la première fois depuis la publication du rapport du doyen Jutras sur les événements du 10 novembre.

Un certain nombre de commentaires ont été émis par les sénateurs qui ont unanimement salué le travail du doyen. Heather Munroe-Blum a parlé d’un rapport «minutieux et soigneux» et a d’ores et déjà annoncé que les membres de l’administration «acceptaient les recommandations du doyen et qu’elles seront toutes mises en application».

«Mes recommandations ont été qualifiées de très générales et j’avoue qu’elles le sont» reconnaît Daniel Jutras, doyen de la Faculté de Droit et auteur du rapport. Il explique n’avoir voulu qu’entamer le débat et estime que ses recommandations ne valent pas plus que celles de n’importe quel autre membre de la communauté.

Matthew Crawford, sénateur représentant les étudiants en Arts était un des quatorze étudiants ayant occupé le cinquième étage de l’édifice James. Il est revenu sur les allégations du vice-principal exécutif, Anthony Masi, numéro deux de l’administration. Lors de la réunion du sénat suivant les événements du 10 novembre, il avait qualifié la venue des étudiants d’attaque et avait expliqué que les employés présents avaient été malmenés. En protestation, Matthew Crawford avait alors quitté la réunion. Mercredi dernier, il a voulu «rétablir la vérité». Il s’est appuyé sur le rapport Jutras qui confirme, comme l’avaient toujours clamé les étudiants qu’il n’y a jamais eu de contact direct entre les occupants et les employés de bureau.

Darin Barney, professeur au département d’histoire de l’art et de communication, a renchéri: «S’il y a eu agression, c’était de la part de la sécurité et des employés.» Le rapport confirme en effet l’usage de la force par les services de sécurité mais aussi le geste d’un employé qui a «arraché le chapeau d’un des occupants» en le narguant. Darin Barney estime que les faits sont d’autant plus graves que les occupants ont, dès leur arrivée, annoncé qu’il s’agissait d’une occupation pacifique.

Barney a également fait référence à une lettre envoyée par l’Association canadienne pour les libertés civiles à Heather Munroe-Blum, l’enjoignant de saisir, au nom de l’université, la commission de déontologie de la Police de Montréal. La principale n’a pas précisé si elle donnerait suite à la demande de l’association dirigée par Richard Pound, ancien chancelier de McGill

Plusieurs sénateurs ont une nouvelle fois posé la question de la responsabilité individuelle. Depuis le 10 novembre la principale refuse d’indiquer si des sanctions seront prises à l’encontre d’employés. Se réfugiant d’abord derrière «l’absence de preuves», elle avait, lors de la publication du rapport Jutras, expliqué à la presse locale et nationale qu’elle souhaitait réserver ses commentaires à la communauté mcgilloise. Encore une fois, aucun élément n’a été donné mercredi dernier quant à d’éventuelles mesures disciplinaires.

Enfin, aucun détail n’a été communiqué par la principale sur les modalités de mise en application des six recommandations du rapport Jutras. Heather Munroe-Blum a expliqué vouloir d’abord prendre en considération les commentaires des sénateurs, des «membres de la communauté» mais aussi du Board of Governors. Ce dernier se réunira le 31 janvier et discutera du rapport en session publique.

(Lisez le rapport Jutras annoté par l’équipe du Délit en cliquant ici!)