Du baume au cœur
27 novembre 2011
Les feuilles sont à peine tombées que Montréal porte déjà son manteau blanc.

L’hiver s’installe et c’est donc les pieds sur le chauffage que j’en viens à parler d’hibernation: pas celle des écureuils (ils l’ont oubliée), mais bien celle des bicyclettes.

Avec les premiers flocons, ce ne sont pas que les jupes qui sont rangées au placard. Pour beaucoup, l’hiver sonne aussi le glas des coups de pédales, et bien des vélos passeront les fêtes au chaud, dans le hall ou au sous-sol.

Face à la neige et au froid, la fidèle monture des jours d’été ne semble plus de taille. Et pourtant, qu’est-ce qu’un peu de neige sinon un gros tas de fun! Certes, ça glisse, mais le sol meringué de neige saura vous envelopper des bonnes grâces de la nature.

La température? Une fois les mains et les oreilles emmitouflées, il n’y a plus que la pilosité nasale qui gèle. Et puis les jambes ne tournent pas pour rien, elles libèrent de l’énergie, de la chaleur. C’est bien fait, le corps humain.

D’accord, il y a le trafic qui menace de ses grosses roues. Mais une bonne lumière suffit à les garder à distance. Le reste, ce n’est qu’un test de patience.

Ah oui, il y a les cris des Rob Ford de ce monde, qui courent les rues dans Montréal la blanche. «On n’est pas en Floride icitte, on n’a pas douze mois l’an pour rouler à bicyclette.» Eh bien si, justement. On a le même calendrier, non?

Pédaler l’hiver, c’est plus délicat que le reste de l’année. Mais conduire l’hiver, c’est bien pareil! Pourtant personne ne s’insurge quand une file de chars patinent et se rentrent dedans.

Un poids, deux mesures, comme cette résolution des Jeunes libéraux qui sous-entend une application plus sévère du Code de la sécurité routière envers les cyclistes. Une question de «justice sociale», qu’ils disent.

Mais chaque jour des millions d’automobilistes font fi des lumières rouges, des arrêts et des limites de vitesse, et en toute impunité. Pas de résolution pour eux.

Tant que les bicyclettes disparaîtront des rues de la ville dès que le temps se gâte, les mauvaises langues pourront toujours parler du vélo comme d’un hobby aux yeux plus gros que le ventre.

Puis Montréal sera pognée dans son approche récréative des infrastructures cyclables. Quinze pistes au bord du fleuve, si scénique, mais une seule qui descend de Laval, et sans lumières synchronisées (quand je parlais de test de patience!).

Sans compter que venu novembre, pouf, il n’y a plus rien, ou si peu.

Alors il faut continuer d’enfourcher la selle, qu’il neige, grêle, ou que sais-je! Quitte, peut-être, à boire un verre avant, ou deux, histoire de se donner un peu de baume au cœur.

Sur ce, cette chronique tire sa révérence pour l’année. Si vous me retrouvez en janvier, ce sera depuis la Suède, où des files de cyclistes bravent déjà la neige en tenue de soirée –l’esprit viking, sans doute.

En tout cas, je vous raconterai ça. D’ici là, à la vôtre!