Gideon Levy à McGill
28 septembre 2010
Le célèbre journaliste était de passage à Montréal pour présenter son livre The Punishment of Gaza.

Une  foule considérable s’était donné rendez-vous le 20 septembre dernier pour assister à la conférence organisée par Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPME). Gideon Levy n’a pas mâché ses mots à l’endroit des médias, de la société et du gouvernement de l’État hébreux: «Les agences (de presse, NDLR) en Israël nous enseignent que les Palestiniens ne sont pas des êtres humains comme nous. Et puisque c’est le cas, on peut ignorer les problèmes de droits de l’homme, tant en Cisjordanie qu’à Gaza, puisqu’ils sont différents.» Il a cité en exemple la couverture médiatique de l’Opération Plomb Durci il y a un an et demi. «Deux chiens ont été tués pendant l’offensive. Et ce sont eux qui ont fait les manchettes.» Il raconte qu’on retrouvait des photos de ces chiens, des entrevues avec leurs anciens propriétaires dans les journaux. Certes, y rapportait-on la mort de dizaines de Palestiniens, mais seulement aux pages 16 ou 17, et ce, très brièvement, sans descriptions, sans noms.

L’éditorialiste du Haaretz, quotidien israélien libéral, a par ailleurs critiqué avec véhémence la société israélienne «qui vit dans le coma, en totale indifférence, en complète apathie. Leur cécité morale est difficile à décrire et à comprendre, mais ce sont les agences qui leur permettent de vivre dans cette cécité et de se sentir fiers d’eux-mêmes.» Il ajoutera plus tard qu’il ne se rappelait pas une seule fois «qu’un oppresseur se sentait si heureux qu’il se prenait autant pour victime. Pourtant, le plus grand drame de notre histoire se passe dans notre sombre arrière cour».

Il a de plus constaté que même si Israël était de plus en plus isolé sur la scène internationale, le pays bénéficie néanmoins de support inconditionnel de certains alliés tels que les États-Unis et le Canada. «Mais être un ami d’Israël aujourd’hui signifie hausser sa voix contre l’occupation. On ne peut pas supporter un ami aveuglément. C’est comme avec un junkie, on peut lui donner de l’argent ou l’envoyer dans un centre de réhabilitation. Eh bien Israël a une dépendance à l’occupation.»

Une période Q&R mouvementée

Parmi les questions qui ont suscité le plus d’émoi, un jeune homme du nom de Michael a demandé au journaliste comment Israël pourrait se retirer des territoires occupés sans que sa parenté soit tuée sur le champ. «Qu’ai-je dit à propos de l’oppresseur étant la victime?», a-t-il répondu calmement. «Si je vole ta voiture, je ne suis pas dans une position d’imposer des conditions pour te la rendre.»

Zach Paikin, quant à lui, voulait savoir ce qu’était le plus important entre «un monsieur dans la cinquantaine qui faisait des travaux de construction et un régime islamique fondamentaliste qui se vouait à l’extermination d’un peuple entier avec des armes nucléaires». Levy a simplement répliqué que ce n’était pas l’un ou l’autre, mais bien les deux. «Le monde entier sait que l’Iran est un danger imminent, mais bombarder ses installations nucléaires ne ferait que nous précipiter vers un terrible bain de sang. Nous devons ainsi neutraliser ses armes en faisant la paix avec nos voisins arabes et nous retirer des territoires occupés.»