Tout doit apparaître
24 novembre 2009
Nouveau professeur au Département de langue et littérature françaises, Alain Farah discute de sa vision de l’écriture.

Alain Farah est ce genre d’homme à qui tout réussit. À peine la trentaine, il compte déjà deux livres à son actif et occupe un poste de professeur depuis septembre dernier. Et pourtant, il ne s’arrête pas là, au contraire. À peine arrivé au Département de langue et littérature françaises, il se voit attribuer la tâche de redynamiser le volet «création littéraire» du département, qui avait connu une baisse de ses activités à la suite du départ du professeur Yvon Rivard, il y a deux ans.

Pour Alain Farah, la nuance entre ce qu’on appelle «création littéraire» en français et «creative writing» en anglais est importante: «Pour moi, création, c’est la Genèse, c’est la Bible. Il y a quelque chose de trop grandiloquent dans «création», comme si ça se faisait ex nihilo. En contrepartie, «creative writing» me semble un syntagme plus axé sur la dimension pratique de l’écriture. C’est donc surtout le «writing» que je trouve important, car c’est sur l’acte d’écrire, sur le geste, sa performativité qu’il faut insister.»

La conformité en littérature? Pas trop pour Farah, qui préfère nettement défaire les a priori dont on affuble les écrivains: «Je veux mettre en place les conditions pour que des chocs adviennent, qu’ils soient esthétiques et/ou politiques. L’idée n’est pas de chercher à être original, mais de “réagencer” son rapport à la tradition.» Il s’agit de lire Matamore no 29, son roman publié en 2008, pour comprendre ce qu’Alain Farah insinue. Son premier livre, Quelque chose se détache du port, publié au Quartanier en 2004, vient d’être réédité dans une nouvelle collection de poche nommée Ovni. Pour lui, la ligne entre la poésie et le roman était trop mince, et c’est en quelque sorte ce qui explique qu’il ait délaissé la forme poétique, trop conventionnelle pour son travail: “J’étais pris avec ce problème: d’un côté, des lectures de poésie où les poètes répètent «je suis terriblement seul et c’est terrible et le monde est si difficile avec moi je suis dans la forêt boréale” et de l’autre, la lecture de Flaubert ou de Duras, dont les livres sont très précisément poétiques. Il y avait confusion dans les termes. C’est pour ça que j’ai préféré prendre congé de la poésie.»

Afin de remédier à l’absence de cours de création littéraire au semestre d’automne, Alain Farah a créé avec Robert Lalonde, auteur en résidence au Département de langue et littérature françaises, un séminaire informel de création littéraire intitulé «Tout doit apparaître», dont les rencontres ont lieu à chaque deux semaines. Partage et échange sur des textes, rencontres avec des acteurs du milieu artistique et discussions sur le processus créatif sont au rendez-vous. Le projet d’une revue littéraire et d’un groupe de lecture plane également dans l’air. «Mon idée, c’est de rassembler les gens qui ont le désir d’écrire, de donner la possibilité que quelque chose de nouveau apparaisse.» Grâce à cette démarche, Alain Farah espère fournir aux étudiants une plateforme pour les aider à écrire et, pourquoi pas, à changer le monde: «Ezra Pound disait: Make it new! Je cherche une façon de faire sonner ça aussi bien en français. C’est dur, comme ça, en temps réel:…” Invente, chose!” Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que personne ne le fera à ta place.»

A Late Fall Reading

Novembre est un mois bien ingrat pour les étudiants, ce qui est une raison bien suffisante pour ne pas rater la soirée de poésie A Late Fall Reading. L’événement qui aura lieu le 26 novembre de 20h à 22h au Thompson House, auront lieu des lectures de poésie par Simon Lewsen, Holly Luhning et Thomas Heise entrecoupées par la musique de Ian Whittington. Pour l’occasion, Alain Farah, seul participant francophone, lira un extrait de son roman Matamore no 29, une lecture qu’il promet curieuse.

Dans le cadre de la série littéraire Métropolis Bleu, Alain Farah s’adonnera à une lecture de ses textes
Où: Librairie Port de tête 262, avenue Mont-Royal Est
Quand: Le 10 décembre à 17h

Dans le cadre de Tout doit apparaître
Table ronde avec René-Daniel Dubois
Où: Arts W-20
Quand: Le 25 novembre à 16h

Rencontre avec Dominique Fortier et Antoine Tanguay
Où: Arts 230
Quand: Le 9 décembre à 16h