La fleur au fusil
3 mars 2009
Suisse et Ô Bama

On est tellement bien au Délit que j’ai choisi d’y faire mon coming out: je suis Suisse. Voilà c’est dit, ouf ! (Presque) plus de secrets entre nous.
D’après vous, qui a dit: «Dans une dispute avec les Américains, peu importe qui a tort ou raison – nous perdons»? Marcel Rohner, ancien patron de l’Union des Banques Suisses (UBS), contraint à la démission le 26 février après avoir reconnu les pratiques illégales de son groupe aux États-Unis? Ou encore Hans-Rudolph Merz, président de la Confédération, qui s’est «couché» aux pieds d’Ô Bama en révélant les noms de 300 clients d’UBS alors même que le sacro-saint «secret bancaire» le lui interdisait? Ben non, désolé de vous décevoir: ce n’était «que» Stephen Harper, au cours d’un rare moment de lucidité (et accessoirement, dans une entrevue accordée au réseau CBC peu après la visite de Mister Congeniality). Mais revenons-en à nos moutons.

Appâtée par le gain, UBS n’a pas hésité, entre 2000 et 2007, à créer plus de 900 sociétés-écrans et à dépêcher plusieurs dizaines de conseillers chaque année aux États-Unis dans le seul but d’aider ses clients à contourner le fisc: normal qu’elle se prenne aujourd’hui une gamelle, non? Ce qui l’est moins, c’est l’attitude peureuse des autorités politiques helvétiques, qui n’ont pas réfléchi avant de se détrousser sous la menace du «canon» américain. Qui a dit que les Suisses étaient longs à la détente? De vrais bâtards, voilà tout. En bonne compagnie dans leurs paradis.

Si l’on en croit un autre Stephen canadien, un certain Jarislowsky, 83 ans et milliardaire: «On a vécu comme des chiens qui pouvaient manger autant qu’ils le voulaient. Un chien va manger tout ce qui est devant lui, même si ça le rend malade. On a fait exactement la même chose». Interrogé par La Presse du 21 février sur la crise financière (qu’il fut un des seuls à voir venir dès 2002), notre papi flingueur a également confié: «La nature humaine carbure à la peur et à l’appât du gain. Et c’est l’alternance de ces deux émotions qui explique les cycles économiques.» Avant d’ajouter, malicieux: «Ça m’étonne qu’on n’enseigne pas la nature humaine dans les écoles. Si elle ne change pas, ça serait pourtant facile.»

Finalement, vous serez heureux d’apprendre qu’au Québec, il est de bon ton d’attendre plus de 48 heures sur une civière avant de se voir offrir un lit. C’est ainsi: on ne rigole pas avec les us (un petit Suisse vous parle) et coutumes. À propos de la médecine de corridor, le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, manie d’ailleurs une drôle de langue: «On ne prend aucun engagement. Et c’est peut-être la solution. Tous ceux qui ont pris des engagements ont été incapables de les tenir.» Sa philosophie? «Ne jamais se frustrer, ne jamais se fâcher et ne jamais chercher de coupable». Ça me démange: si le Docteur n’avait pas fait ses preuves en désengorgement AVANT de faire le saut en politique, je l’aurais volontiers épinglé…