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	<title>Archives des Réflexion - Le Délit</title>
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	<link>https://www.delitfrancais.com/category/artsculture/reflexion/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Mar 2026 00:59:34 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
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	<item>
		<title>Révélation de l’identité de Banksy</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/revelation-de-lidentite-de-banksy/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Juliette Aviat]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[graffiti]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60658</guid>

					<description><![CDATA[<p>Sa sortie de l’anonymat soulève des questions sur l'art du tag.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/revelation-de-lidentite-de-banksy/" data-wpel-link="internal">Révélation de l’identité de Banksy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L ’identité de Banksy, également connu sous les surnoms de « l’homme au pochoir », de « l’entité artistique légendaire » ou encore de « justicier graffeur », a finalement été dévoilée par des journalistes de <a href="https://www.reuters.com/investigates/special-report/global-art-banksy/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Reuters</a>. L’artiste de rue britannique, que la presse n’a pas fini de surnommer avec force de fantaisie, possède un pouvoir culturel certain et un rôle dans le débat public aujourd’hui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Si ce sont des graffiteurs, c’est du vandalisme ; si c’est Banksy, c’est de l’art »</p>
</blockquote>



<p>Il a effectivement été nommé parmi les 100 personnes les plus influentes par le Time Magazine en 2010. Derrière le pseudonyme de « Banksy » se cache Robin Gunningham, né à Bristol en 1973, et qui se fait appeler David Jones depuis quelques années. Cependant, cette révélation de l’identité de Banksy m’a interpellé sur la question du mérite d’une œuvre d’art. </p>



<p>Pourquoi certaines œuvres de Banksy sont-elles protégées par un panneau en plexiglass, ou déplacées dans des musées pour empêcher leur dégradation, alors que les auteurs de graffitis risquent parallèlement de lourdes amendes? En restant anonyme, Banksy ne craignait pas les sanctions liées aux graffitis sauvages, s’attendant souvent à ce que ses œuvres soient effacées. </p>



<p>Nous pouvons alors comprendre la colère des graffiteurs populaires qui dégradent certaines œuvres de Banksy. « Le Phare », à Marseille, apparu le 30 mai, a été vandalisé par l’ajout de testicules en peinture violette dès la première nuit. À ses côtés, un « Moi aussi ils vont me protéger? » signé « Banski » était inscrit. Pourquoi, alors qu’il était autrefois considéré comme un contestataire, l’artiste bénéficierait-il aujourd’hui d’un traitement de faveur de la part des autorités? Si ce sont des graffiteurs, c’est du vandalisme ; si c’est Banksy, c’est de l’art. </p>



<p>Pourtant, lui-même le dénonce, cité dans le LA Weekly en 2010 : « Je ne cherche pas tant à convaincre les gens du monde de l’art que ce que je fais est de “l’art”. Je tiens davantage à convaincre les membres de la communauté du graffiti que ce que je fais, c’est bel et bien du vandalisme (tdlr). » Il ne veut pas être perçu comme le favori parmi les graffiteurs populaires.</p>



<p>Ce qui est d’autant plus paradoxal, c’est l’exposition de graffitis dans des galeries et leur vente aux enchères pour des sommes considérables. En déplaçant ces œuvres, pourtant associées à leur « mur », dans des musées ou des expositions, on en change le sens. En effet, les graffitis, <a href="https://street-art-galerie.com/blogs/blog-street-art/lhistoire-du-tag-et-son-evolution-artistique?srsltid=AfmBOopPztliKALr3H1VXUyzLFOjUhg0dCQg_bY4D7-U58EUFiWeGg72" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">apparus dans les années 1960</a> à Philadelphie aux États-Unis, étaient une forme d’expression des jeunes désocialisés de la classe ouvrière, qui ont commencé à écrire leurs noms ou surnoms sur les murs de la ville pour laisser une trace, marquer leur passage sur cette Terre. Aujourd’hui, le graffiti a évolué pour devenir une véritable forme d’expression artistique. Symbole de résistance et de contre-culture, il peut faire passer des messages politiques, et surtout permet à tous, même aux voix marginalisées, de s’exprimer librement. C’est un art populaire, accessible à tous, et la sacralisation qu’en fait l’élite artistique en s’en emparant vient perturber cette dynamique communautaire. Un art de rue ne devrait pas être transféré dans des institutions.</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/revelation-de-lidentite-de-banksy/" data-wpel-link="internal">Révélation de l’identité de Banksy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Changement]]></category>
		<category><![CDATA[Écriture inclusive]]></category>
		<category><![CDATA[langue française]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60655</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur l’usage de l’écriture inclusive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">En septembre 2025, le ministre Jean-François Roberge <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/modifications-a-la-politique-linguistique-de-letat-quebec-met-fin-a-la-confusion-linguistique-dans-les-communications-de-letat-66000" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a interdit les nouvelles méthodes</a> d’écriture inclusive dans les communications de l’État : on parle ici de points médians, de doublets abrégés et de néologismes. En somme, tout langage inclusif qui n’est pas déjà établi dans nos habitudes linguistiques n’a pas sa place dans le langage officiel de l’État. M. Roberge dit prôner la clarté : l’écriture inclusive serait un cafouillis apportant davantage de confusion que d’inclusion – en bref, une tactique d’écriture inutile jusque dans ses fondements. </p>



<p>Il est vrai que l’écriture inclusive demande certaines acrobaties de langage, mais elles ne sont pas impossibles. La preuve : le premier paragraphe de cet article est écrit de façon neutre. Vos yeux saignent-ils? Le problème de l’écriture inclusive n’est pas la clarté. Il est pourtant bien trop facile pour les réfractaires de se justifier par cet argument. </p>



<p><strong>L’écriture inclusive : qu’est-ce que c’est? </strong></p>



<p>L’écriture inclusive est un ensemble de techniques d’écriture qui permettent l’inclusivité, particulièrement sur le plan du genre. Parmi les techniques les plus populaires, on compte le point médian (traducteur·ice), les doublets abrégés (réviseur[-euse]), les termes épicènes (personnel infirmier) et, parfois, des néologismes comme « iel ». L’usage de ces astuces d’écriture permet de visibiliser certains groupes marginalisés ou de neutraliser le genre pour souligner l’existence d’un spectre. La binarité n’est plus de mise et, n’en déplaise à ses adeptes, le masculin générique ne suffit plus. L’écriture inclusive reflète une réalité sociale. </p>



<p><strong>Changer la langue : une question de volonté </strong></p>



<p>Dans les années 70, une vague de féminisme pousse la société québécoise à féminiser plusieurs termes, notamment les titres de fonctions. Dans un monde où les femmes accèdent enfin à des emplois qui leur étaient précédemment hors d’atteinte, il devient impossible de conserver une langue axée sur le masculin des professions. Madame le directeur, madame l’écrivain, madame le docteur… Cette façon de parler est insensée et dépassée : maintes féministes ont revendiqué une féminisation des titres qui correspondait à la nouvelle réalité du Québec. Plusieurs tentatives, certaines plus fantaisistes que d’autres, ont contribué à rendre acceptable ce nouveau langage. De nos jours, pas même Mathieu Bock-Côté ne songerait à utiliser le titre masculin pour désigner une femme dans son poste de travail. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations? »</p>



<p><sub>Catherine Leclerc, professeure agrégée à l’Université McGill et sociolinguiste</sub></p>
</blockquote>



<p>Mais ce changement ne s’est pas opéré de façon universelle. Pensons notamment à la France où cette féminisation des titres s’est opérée beaucoup plus tardivement : l’Académie française <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1155773/academie-francaise-feminisation-noms-metiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’accepte enfin en 2019,</a> ce qui confirme que son usage est plus répandu. Les titres féminisés n’étaient pas assez courants et donnaient l’impression aux femmes occupant des postes convoités et traditionnellement masculins que leur existence dans cette sphère de travail était moindre. Tout est donc une question de normalisation. </p>



<p>Le principe est le même pour l’écriture inclusive. Il s’agit d’une révolution de la langue qui nous semble inhabituelle, perturbante. Mais étrange ne veut pas dire mauvais : tout comme la féminisation des titres a pu sembler anarchique à ses débuts avant de s’assagir, il est possible d’utiliser l’écriture inclusive sans pour autant faire scandale.  Un apprentissage du fonctionnement de la langue inclusive est vital. Les réfractaires, pour se convaincre que cette écriture est signe d’une apocalypse latente, prennent toujours en exemple les textes qui font un usage abusif des méthodes inclusives. Personne ne veut lire un texte picoté de points médians ou raturé de barres obliques confuses. Mais il faut savoir que ces textes sont écrits par des gens qui ne maîtrisent pas l’écriture inclusive. </p>



<p><strong>Une rédaction qui complique la vie </strong></p>



<p>Bien qu’elle ne soit pas impossible à utiliser, l’écriture inclusive peut poser quelques défis. Arnaud Bernadet, professeur agrégé à l’Université McGill et auteur du livre <em>L’Utopie de l’écriture inclusive</em>, souligne que ces techniques inclusives « peuvent présenter un enjeu de compréhension pour un public qui ne les connaît pas. C’est alors une question de la faisabilité de la pratique ». Il faut admettre que l’écriture inclusive peut être difficile à comprendre pour ceux qui n’y sont pas souvent exposés : les tactiques demandent une certaine connaissance de la langue et quelques habiletés rédactionnelles. M. Bernadet ajoute que, bien que la pratique prenne ses origines dans la communauté queer, elle est devenue un sujet de choix chez les universitaires : « Il y a un angle mort sociologique dans cette affaire. Ceux qui pratiquent le plus cette rédaction sont l’élite, on assiste donc au développement d’une pratique élitaire. » Mais au-delà de ces considérations sociologiques, il y a la faisabilité du projet par rapport à la langue : « L’écriture inclusive, c’est une série d’expérimentations et de pratiques, mais sont-elles faisables, réalisables? Plusieurs questions d’accords morphologiques sont inévitables : quelle forme leur donner? » Le professeur déplore que la langue ait été oubliée dans le débat entourant l’écriture inclusive. « On glisse très vite sur des considérations de genre en oubliant la langue. Il faut éviter de discriminer ou d’invisibiliser les personnes non binaires ; on ne nie pas leur existence, mais, dans la langue, certaines choses ne sont pas réalisables. Il faut remettre les choses dans l’axe de la langue », souligne-t-il. </p>



<p>Est-il vraiment possible de penser l’écriture inclusive en termes purement linguistiques? Après tout, la question d’inclusivité surgit parce qu’elle s’applique à des personnes. Une langue qui tend à invisibiliser, voire à nier, l’existence d’une portion de la société n’est pas une langue représentative des sociétés qui l’utilisent. </p>



<p><strong>Parler pour exister </strong></p>



<p>Lorsque nous parlons, nous exprimons notre réalité. Sans les mots justes, nous ne pouvons pas communiquer efficacement notre expérience du monde. Catherine Leclerc, professeure agrégée à McGill et sociolinguiste, admet que la question de l’écriture inclusive est complexe : « La langue inclusive est contagieuse, mais elle est déstabilisatrice. Du point de vue grammatical, ce n’est pas une si bonne affaire, mais du point de vue humain, il y a de bons côtés. » Elle explique que, même s’il y a un fort relais de la question par le milieu universitaire, la plupart des personnes non binaires ne font pas partie de cette élite face à la langue: ces deux réalités cohabitent. Mme Leclerc ajoute qu’on ne peut pas faire de pronostics face à la langue: « La morphologie dicte certains choix et la syntaxe est difficile à changer. Mais les humains font ce qu’ils veulent et, s’ils sont assez nombreux à faire quelque chose qui ne se fait pas, ça restera. » </p>



<p>Pour ceux qui perçoivent la forme inclusive comme une erreur de langue, Mme Leclerc clarifie : « On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. On a, par exemple, beaucoup plus de difficulté à intégrer et accepter les néologismes. Il y a énormément de guides de rédaction inclusive qui existent, illustrant un véritable besoin de définir et encadrer la pratique. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations? »</p>



<p><strong>Une langue complexe pour célébrer la complexité de l’humain </strong></p>



<p>Bien que plusieurs personnes débattent de la légitimité de l’écriture inclusive, des auteur·es usent déjà de ces méthodes pour créer des œuvres littéraires complexes. Au Québec, le milieu littéraire commence peu à peu à intégrer cette écriture à des publications. </p>



<p>Et puis, contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas toujours de présenter des personnages non binaires, mais aussi de proposer une expérience de lecture englobant tout le lectorat. Chaque personne qui lit, peu importe son identité, peut se sentir incluse dans le récit. </p>



<p><em>Tricératopcanon</em>, de Marc-André Lévesque, utilise couramment des points médians. <em>Fouolles</em> de Si Poirier suit la même logique pour parler de la réalité des personnes trans. Valérie Bah, use de tactiques inclusives plus visibles dans son roman <em>Les enragé·e·s</em> : le titre sur la couverture présente une graphie qui permet de mettre de l’avant ces choix inclusifs. L’écriture inclusive serait, en général, <a href="https://www.ledevoir.com/lire/806234/langue-ecriture-inclusive-entre-fiction-quebecoise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un souhait des auteurs</a> respecté par leurs maisons d’édition. Onze maisons d’édition sur dix-neuf interrogées par <em>Le Devoir</em> auraient déjà publié des ouvrages en langue inclusive. La traduction n’est pas en reste : les éditions Béances mettent de l’avant des textes en langage inclusif dans leur langue d’origine, souvent l’anglais. La traduction permet de <a href="https://www.beanceseditions.com/qui" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver ces textes dans leur contexte d’origine</a>, ces derniers étant souvent l’œuvre de personnes de la communauté LGBTQ+. </p>



<p>Si le débat sur la légitimité du langage inclusif fait encore rage, les techniques inclusives permettent à des gens et des artistes de s’exprimer librement et de se sentir bien dans leur identité. Le langage est la clé de l’existence, une clé qui permet à chacun de verbaliser sa réalité. Il est important que la langue se façonne par elle-même, et non par les directives d’institutions comme l’OQLF (Office québécois de la langue française) ou l’Académie française : ces institutions ne servent qu’à constater et cimenter les pratiques linguistiques en usage, pas à prescrire une façon de s’exprimer. La langue évolue au fil de la société et ne pourra jamais être cantonnée aux recommandations d’une vitrine linguistique.</p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es-2/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/22/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Mar 2026 20:13:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60566</guid>

					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur l’usage de l’écriture inclusive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/22/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">En septembre 2025, le ministre Jean-François Roberge a <a href="https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/modifications-a-la-politique-linguistique-de-letat-quebec-met-fin-a-la-confusion-linguistique-dans-les-communications-de-letat-66000" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">interdit les nouvelles méthodes</a> d’écriture inclusive dans les communications de l’État : on parle ici de points médians, de doublets abrégés et de néologismes. En somme, tout langage inclusif qui n’est pas déjà établi dans nos habitudes linguistiques n’a pas sa place dans le langage officiel de l’État. M. Roberge dit prôner la clarté : l’écriture inclusive serait un cafouillis apportant davantage de confusion que d’inclusion – en bref, une tactique d’écriture inutile jusque dans ses fondements.&nbsp;</p>



<p>Il est vrai que l’écriture inclusive demande certaines acrobaties de langage, mais elles ne sont pas impossibles. La preuve : le premier paragraphe de cet article est écrit de façon neutre. Vos yeux saignent-ils? Le problème de l’écriture inclusive n’est pas la clarté. Il est pourtant bien trop facile pour les réfractaires de se justifier par cet argument.&nbsp;</p>



<p><strong>L’écriture inclusive : qu’est-ce que c’est?</strong></p>



<p>L’écriture inclusive est un ensemble de techniques d’écriture qui permettent l’inclusivité, particulièrement sur le plan du genre. Parmi les techniques les plus populaires, on compte le point médian (traducteur·ice), les doublets abrégés (réviseur[-euse]), les termes épicènes (personnel infirmier) et, parfois, des néologismes comme «&nbsp;iel&nbsp;». L’usage de ces astuces d’écriture permet de visibiliser certains groupes marginalisés ou de neutraliser le genre pour souligner l’existence d’un spectre. La binarité n’est plus de mise et, n’en déplaise à ses adeptes, le masculin générique ne suffit plus. L’écriture inclusive reflète une réalité sociale.&nbsp;</p>



<p><strong>Changer la langue : une question de volonté</strong></p>



<p>Dans les années 70, une vague de féminisme pousse la société québécoise à féminiser plusieurs termes, notamment les titres de fonctions. Dans un monde où les femmes accèdent enfin à des emplois qui leur étaient précédemment hors d’atteinte, il devient impossible de conserver une langue axée sur le masculin des professions. Madame le directeur, madame l’écrivain, madame le docteur… Cette façon de parler est insensée et dépassée : maintes féministes ont revendiqué une féminisation des titres qui correspondait à la nouvelle réalité du Québec. Plusieurs tentatives, certaines plus fantaisistes que d’autres, ont contribué à rendre acceptable ce nouveau langage. De nos jours, pas même Mathieu Bock-Côté ne songerait à utiliser le titre masculin pour désigner une femme dans son poste de travail.&nbsp;</p>



<p>Mais ce changement ne s’est pas opéré de façon universelle. Pensons notamment à la France où cette féminisation des titres s’est opérée beaucoup plus tardivement&nbsp;: l’Académie française <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1155773/academie-francaise-feminisation-noms-metiers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’accepte enfin en 2019</a>, ce qui confirme que son usage est plus répandu. Les titres féminisés n’étaient pas assez courants et donnaient l’impression aux femmes occupant des postes convoités et traditionnellement masculins que leur existence dans cette sphère de travail était moindre. Tout est donc une question de normalisation.&nbsp;</p>



<p>Le principe est le même pour l’écriture inclusive. Il s’agit d’une révolution de la langue qui nous semble inhabituelle, perturbante. Mais étrange ne veut pas dire mauvais : tout comme la féminisation des titres a pu sembler anarchique à ses débuts avant de s’assagir, il est possible d’utiliser l’écriture inclusive sans pour autant faire scandale.&nbsp;</p>



<p>Un apprentissage du fonctionnement de la langue inclusive est vital. Les réfractaires, pour se convaincre que cette écriture est signe d’une apocalypse latente, prennent toujours en exemple les textes qui font un usage abusif des méthodes inclusives. Personne ne veut lire un texte picoté de points médians ou raturé de barres obliques confuses. Mais il faut savoir que ces textes sont écrits par des gens qui ne maîtrisent pas l’écriture inclusive.&nbsp;</p>



<p><strong>Une rédaction qui complique la vie&nbsp;</strong></p>



<p>Bien qu’elle ne soit pas impossible à utiliser, l’écriture inclusive peut poser quelques défis. Arnaud Bernadet, professeur agrégé à l’Université McGill et auteur du livre <em>L’Utopie de l’écriture inclusive</em>, souligne que ces techniques inclusives «&nbsp;peuvent présenter un enjeu de compréhension pour un public qui ne les connaît pas. C’est alors une question de la faisabilité de la pratique&nbsp;». Il faut admettre que l’écriture inclusive peut être difficile à comprendre pour ceux qui n’y sont pas souvent exposés : les tactiques demandent une certaine connaissance de la langue et quelques habiletés rédactionnelles. M. Bernadet ajoute que, bien que la pratique prenne ses origines dans la communauté queer, elle est devenue un sujet de choix chez les universitaires : «&nbsp;Il y a un angle mort sociologique dans cette affaire. Ceux qui pratiquent le plus cette rédaction sont l’élite, on assiste donc au développement d’une pratique élitaire.&nbsp;» Mais au-delà de ces considérations sociologiques, il y a la faisabilité du projet par rapport à la langue : «&nbsp;L’écriture inclusive, c’est une série d’expérimentations et de pratiques, mais sont-elles faisables, réalisables? Plusieurs questions d’accords morphologiques sont inévitables : quelle forme leur donner?&nbsp;» Le professeur déplore que la langue ait été oubliée dans le débat entourant l’écriture inclusive. «&nbsp;On glisse très vite sur des considérations de genre en oubliant la langue. Il faut éviter de discriminer ou d’invisibiliser les personnes non binaires ; on ne nie pas leur existence, mais, dans la langue, certaines choses ne sont pas réalisables. Il faut remettre les choses dans l’axe de la langue&nbsp;», souligne-t-il.</p>



<p>Est-il vraiment possible de penser l’écriture inclusive en termes purement linguistiques? Après tout, la question d’inclusivité surgit parce qu’elle s’applique à des personnes. Une langue qui tend à invisibiliser, voire à nier, l’existence d’une portion de la société n’est pas une langue représentative des sociétés qui l’utilisent.&nbsp;</p>



<p><strong>Parler pour exister</strong></p>



<p>Lorsque nous parlons, nous exprimons notre réalité. Sans les mots justes, nous ne pouvons pas communiquer efficacement notre expérience du monde. Catherine Leclerc, professeure agrégée à l’Université McGill et sociolinguiste, admet que la question de l’écriture inclusive est complexe : «&nbsp;La langue inclusive est contagieuse, mais elle est déstabilisatrice. Du point de vue grammatical, ce n’est pas une si bonne affaire, mais du point de vue humain, il y a de bons côtés.&nbsp;» Elle explique que, même s’il y a un fort relais de la question par le milieu universitaire, la plupart des personnes non binaires ne font pas partie de cette élite face à la langue: ces deux réalités cohabitent. Mme Leclerc ajoute qu’on ne peut pas faire de pronostics face à la langue : «&nbsp;La morphologie dicte certains choix et la syntaxe est difficile à changer. Mais les humains font ce qu’ils veulent et, s’ils sont assez nombreux à faire quelque chose qui ne se fait pas, ça restera.&nbsp;»</p>



<p>Pour ceux qui perçoivent la forme inclusive comme une erreur de langue, Mme Leclerc clarifie&nbsp;: «&nbsp;On a tendance à penser, en français, que tout ce qui diverge de la norme est une faute. On a, par exemple, beaucoup plus de difficulté à intégrer et accepter les néologismes. Il y a énormément de guides de rédaction inclusive qui existent, illustrant un véritable besoin de définir et encadrer la pratique. Le fondement même d’une langue est son évolution. Pourquoi ne pas célébrer ses variations?&nbsp;»</p>



<p><strong>Une langue complexe pour célébrer la complexité de l’humain&nbsp;</strong></p>



<p>Bien que plusieurs personnes débattent de la légitimité de l’écriture inclusive, des auteur·es usent déjà de ces méthodes pour créer des œuvres littéraires complexes. Au Québec, le milieu littéraire commence peu à peu à intégrer cette écriture à des publications.&nbsp;</p>



<p>Et puis, contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas toujours de présenter des personnages non binaires, mais aussi de proposer une expérience de lecture englobant tout le lectorat. Chaque personne qui lit, peu importe son identité, peut se sentir incluse dans le récit.&nbsp;</p>



<p><em>Tricératopcanon</em>, de Marc-André Lévesque, utilise couramment des points médians. <em>Fouolles</em> de Si Poirier suit la même logique pour parler de la réalité des personnes trans. Valérie Bah, elle, use de tactiques inclusives plus visibles dans son roman <em>Les enragé·e·s</em> : le titre sur la couverture présente une graphie intéressante qui permet de mettre de l’avant ces choix inclusifs. L’écriture inclusive serait, en général, un <a href="https://www.ledevoir.com/lire/806234/langue-ecriture-inclusive-entre-fiction-quebecoise" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">souhait des auteurs</a> respecté par leurs maisons d’édition. Onze maisons d’édition sur dix-neuf interrogées par <em>Le Devoir</em> auraient déjà publié des ouvrages en langue inclusive. La traduction n’est pas en reste : les éditions Béances mettent de l’avant des textes en langage inclusif dans leur langue d’origine, souvent l’anglais. La traduction permet de <a href="https://www.beanceseditions.com/qui" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">conserver ces textes dans leur contexte d’origine</a>, ces derniers étant souvent l’œuvre de personnes de la communauté LGBTQ+.&nbsp;</p>



<p>Si le débat sur la légitimité du langage inclusif fait encore rage, il permet à des gens et des artistes de s’exprimer librement et de se sentir bien dans leur identité. Le langage est la clé de l’existence, une clé qui permet à chacun de verbaliser sa réalité. Il est important que la langue se façonne par elle-même, et non par les directives d’institutions comme l’OQLF (Office québécois de la langue française) ou l’Académie française : ces institutions ne servent qu’à constater et cimenter les pratiques linguistiques en usage, pas à prescrire une façon de s’exprimer. La langue évolue au fil de la société et ne pourra jamais être cantonnée aux recommandations d’une vitrine linguistique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/22/dis-moi-comment-ecrire-je-te-dirai-qui-tu-es/" data-wpel-link="internal">Dis-moi comment écrire, je te dirai qui tu es</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Sois belle et tais-toi</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/sois-belle-et-tais-toi-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[inclusion]]></category>
		<category><![CDATA[intersectionnalité]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Petit guide pratique pour écarter les femmes du canon littéraire. </p>
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<p class="has-drop-cap">Un complexe de supériorité. C’est tout ce qu’il a fallu pour qu’un beau jour, l’homme devienne le sexe fort. Ce sexe fort auquel il faut obéir, devant lequel il faut baisser la tête. Le pouvoir masculin, en plus d’être considéré comme l’autorité suprême aux yeux de Dieu (mais quel misogyne, celui-là), se voit octroyer le droit exclusif d’écrire des chefs‑d’œuvre. La prose, les récits, les personnages de Balzac, Hugo, Tolstoï et Shakespeare ont bâti la littérature d’aujourd’hui. Nous sommes des nains perchés sur les épaules de géants, pour reprendre la métaphore de Bernard de Chartres. Heureusement pour nous, du haut de notre perchoir, nous pouvons corriger les erreurs de nos prédécesseurs.</p>



<p>Ne nous voilons pas la face, lorsqu’on songe aux grands noms de la culture avec une perspective eurocentrée, tout particulièrement en littérature ; ce sont des hommes et ils sont blancs. Et si notre esprit s’égare à tout hasard vers les femmes? Après Simone de Beauvoir, Mary Shelley et Virginia Woolf, bien des esprits sont vides. L’exercice est compliqué. Encore davantage si on s’attarde à tout ce qui précède le 19e siècle.</p>



<p>C’est la sécheresse totale dans le cerveau de bien des gens. Le vôtre, peut-être. Mais ne craignez rien, ce n’est pas de votre faute. Cette absence de figures féminines dans le canon littéraire tient à une multitude de facteurs qui se résument à l’oubli. Un oubli collectif. Un oubli volontaire.</p>



<p><strong>Un oubli qui remonte à l’Antiquité</strong></p>



<p>Les autrices féminines ont péniblement gagné leurs lettres de noblesse. Leurs œuvres ont quant à elles été rayées des cursus académiques depuis les écoles palatines de Charlemagne. Le problème ne tient pas à un manque d’autrices. En 1678, <em>La Princesse de Clèves</em> est publié anonymement par Madame de Lafayette. En 1807, Germaine de Staël publie Corinne ou l’Italie. Bien avant elles, vers l’an 120, Ban Zhao, la première historienne et écrivaine féminine chinoise, laisse sa trace. Et aux 7e et 6e siècles avant Jésus-Christ, Sappho de Mytilène, poétesse pionnière, est à l’origine du &nbsp;<a href="https://www.historia.fr/personnages-historiques/biographies/qui-etait-sappho-figure-de-lantiquite-et-pionniere-de-la-poesie-2078363" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">lyrisme</a>. L’imaginaire collectif a l’audace de se souvenir d’elle seulement pour ses préférences amoureuses ô si scandaleuses. Réflexe du sexe barbare : placer la sexualité d’une femme avant l’intellect de ses écrits. Depuis des millénaires, des femmes écrivent, mais la mémoire collective les invisibilise. Si elles ont longtemps été exclues du cursus scolaire, leur travail a aussi été découragé. L’Histoire – lire ici les hommes blancs au pouvoir et l’Église – voudrait bien nous faire croire qu’aucune femme de la Renaissance n’était capable d’écrire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« L’Histoire – lire ici les hommes blancs au pouvoir et l’Église – voudrait bien nous faire croire qu’aucune femme de la Renaissance n’était capable d’écrire »</p>
</blockquote>



<p>Bien sûr, limiter l’éducation des femmes et décourager leur intérêt envers les sphères soi-disant « masculines » a considérablement contribué à priver la société d’aujourd’hui des plus grands esprits de l’époque. Malgré ces obstacles, il est nécessaire de préciser que les écrivaines prenaient quand même la plume et revendiquaient leur existence, faisant fi des volontés répugnantes de leurs comparses. Elles n’ont jamais été silencieuses. Louise Labé, Marguerite de Navarre et Pernette du Guillet ont bel et bien existé, tout autant que Christine de Pizan, Hélisenne de Crenne, Marie de France, Marie de Gournay ou Riccoboni. Sans compter celles poussées dans l’oubli, effacées et inatteignables, même pour les esprits les mieux intentionnés.</p>



<p>La société continue de voir d’un mauvais œil les publications féminines après la Renaissance. Ce n’est pas sans raison que certaines se cachent, comme Aurore Dupin, connue sous le nom George Sand, qui adopte un pseudonyme masculin. Être un homme n’est pas qu’un net avantage lors de la publication d’ouvrages, c’est la clé de la pérennisation d’une quelconque œuvre littéraire.</p>



<p><strong>Dans l’ombre des projecteurs</strong></p>



<p>Le proverbe « derrière chaque grand homme se cache une grande femme » est plus littéral qu’on aurait pu le croire. Sa formulation pourrait toutefois être améliorée : derrière chaque grand homme est cachée une femme. L’intelligence n’étant pas une qualité existant seulement chez les hommes, les femmes ont elles aussi produit des chefs-d’œuvre… sans toujours en récolter le crédit. Les femmes ne se cachaient pas toutes volontairement derrière le « talent » de leur mari sans broncher. Et c’est tant mieux.</p>



<p>Certaines femmes n’ont pas traversé l’enfer, mais ont tout de même été pénalisées. C’est le cas de Vera Nabokov, née Slonim, qui <a href="https://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2014/04/the-legend-of-vera-nabokov-why-writers-pine-for-a-do-it-all-spouse/359747/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a abandonné sa propre carrière d’écrivaine</a> pour faire fleurir celle de son mari, Vladimir Nabokov. Bien que ce dernier l’ait remerciée avec maintes effusions de tendresse dans ses écrits, le monde a été privé de la prose de Vera Nabokov. Un sacrifice fait par maintes femmes, que l’Histoire continue de plonger dans le gouffre de l’anonymat. Gatsby le magnifique, ce classique racontant les années folles, est rédigé par F. Scott Fitzgerald. Ou plutôt, en collaboration avec Zelda Sayre Fitzgerald. Le roman serait fortement inspiré de lettres écrites par Zelda Sayre, que son mari <a href="https://theconversation.com/thanksfortyping-the-women-behind-famous-male-writers-75770" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">aurait plagiées</a>. De la même façon, William Wordsworth <a href="https://www.ripleys.com/stories/women-behind-male-writers" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a volé des descriptions</a> et des bribes de journaux intimes à sa sœur, Dorothy Wordsworth, et sa femme, Mary Wordsworth. Henry Gauthier-Villars, dit Willy, lui, usait d’une tactique plus directe : il <a href="https://archive.nytimes.com/www.nytimes.com/books/99/02/14/reviews/990214.14martint.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">enfermait sa femme</a>, Sidonie-Gabrielle Colette, jusqu’à ce qu’elle produise une quantité de prose qu’il jugeait suffisante. Colette est l’une des rares à obtenir une fin heureuse : elle laissera son mari, publiera sous son propre nom de famille et connaîtra enfin la renommée qu’elle mérite.</p>



<p><strong>L’intersectionnalité : le double désavantage</strong></p>



<p>Quelques noms féminins ont été retenus par le canon littéraire : Beauvoir, Woolf, Plath et Shelley entre autres. Mais il y a encore discrimination, effacement, silence. Ces femmes entrées dans le canon littéraire sont presque exclusivement blanches. Si la place faite aux femmes dans les « classiques » est mince, celle faite aux femmes d’une minorité visible est encore plus fine… presque risible.</p>



<p>L’imaginaire collectif se plaît à imaginer que, si de telles œuvres ne sont pas immensément connues, c’est qu’elles n’existent pas ou qu’elles ne le méritent pas. Nous tombons dans le piège classique de l’invisibilisation de la femme et du principe du mérite. Le rêve américain de la littérature, cette innocence et cette volonté de croire que tous sont égaux dans la quête de l’immortalité littéraire. L’heure des désillusions a sonné : dans le canon, les hommes, blancs, nagent dans le privilège. Dans la Bibliothèque de la Pléiade, collection prestigieuse des éditions Gallimard qui recèle une certaine autorité littéraire, <a href="https://biscuitsdefortune.com/2015/09/05/la-place-des-femmes-dans-la-pleiade/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">21 ouvrages</a> sont publiés par des femmes sur un total de 546. Les femmes constituent donc seuls 3,8 % de cette collection adulée. Mais dans cette grande course à la postérité, les femmes blanches suivent les hommes de près.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Il ne devrait pas y avoir un canon littéraire inclusif. </p>



<p class="has-text-align-center">Il devrait seulement y avoir un canon littéraire »</p>
</blockquote>



<p>À la croisée du sexisme et du racisme, les femmes de minorités visibles sont tirées vers le néant. Alice Walker, une Afro-Américaine qui a reçu le prix Pulitzer pour son ouvrage La couleur pourpre en 1983 devrait entrer sans plus de questions dans le canon. Toni Morrison, une femme afro-américaine, est la première femme racisée à gagner le prix Nobel de littérature. Le prix lui est décerné en 1993, il y a à peine 33 ans. An Antane Kapesh, avec son roman Je suis une maudite Sauvagesse, fonde la littérature autochtone au Canada. Les mentions de son œuvre marquante sont maigres. Même chose pour Ann Petry : elle est la première femme noire à vendre plus d’un million de copies avec son roman La rue. Mais bien sûr, ce n’est jamais Walker, Morrison, Kapesh ou Petry que nous avons sur le bout de la langue quand il est temps de parler de grands auteurs. Le canon littéraire a longtemps exclu et continue d’exclure les femmes des minorités visibles en admettant leurs œuvres de peine et de misère.</p>



<p><strong>Un double canon</strong></p>



<p>L’autorité des prix et récompenses littéraires a beau être biaisée et comporter plusieurs défauts, elle a finalement reconnu le talent d’écrivaines de minorités visibles. Pourquoi la société ne le reconnaît-elle pas, elle aussi? Il semble y avoir un double canon : un canon blanc, « traditionnel » – j’insiste sur ces guillemets – et un canon moderne, « inclusif ».</p>



<p>Il ne devrait pas y avoir un canon littéraire inclusif. Il devrait seulement y avoir un canon littéraire. Point.</p>



<p>Bien sûr, il faut acclamer les efforts de diversification des listes de lecture, qu’elles soient personnelles ou scolaires. Il faut encourager les défis littéraires qui poussent le lectorat à découvrir des œuvres asiatiques, africaines, autochtones. Célébrer la décentralisation de l’Occident dans le canon littéraire est essentiel, mais cela ne devrait pas être considéré comme un effort surhumain méritant nos louanges.</p>



<p>En 2026, diversifier ses lectures et ouvrir ses perspectives devrait être un acquis. L’intégration des femmes, de toutes les femmes méritantes, dans le canon littéraire devrait aller de soi. Et pourtant, un vent de masculinisme souffle sur notre société, s’acharnant vainement à nous faire croire que l’excellence humaine se trouve chez ce mythique mâle alpha.</p>
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		<title>L’art « misandre » existe-t-il vraiment?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lart-misandre-existe-t-il-vraiment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[Misandrie]]></category>
		<category><![CDATA[représentation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le mot « misandre » décrit-il un contenu ou un inconfort ?</p>
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<p class="has-drop-cap">Dans <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt0266697/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Kill Bill</em></a></em>, une femme massacre des dizaines d’hommes au katana. Personne n’a parlé de misandrie. Ses victimes sont des yakuzas, des figures du mal dont personne ne se sent proche. Dans <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt9620292/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Promising Young Woman</em></a></em>, l’héroïne ne tue personne. Elle fait semblant d’être ivre dans des bars. Quand des hommes la ramènent chez eux en pensant profiter de son état, elle révèle qu’elle est sobre et les force à faire face à ce qu’ils s’apprêtaient à faire. Ces hommes ne sont pas des monstres de cinéma. Ce sont des étudiants, des collègues, des « nice guys ». Le film a été qualifié de misandre dès sa sortie. D’un côté, une violence spectaculaire qui ne dérange personne. De l’autre, un malaise ordinaire mis en scène, et l’accusation tombe.</p>



<p><strong>Un mot qui dérange</strong></p>



<p>La <a href="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/misandre/51743" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">misandrie</a> désigne, selon le <em>Larousse</em>, la haine ou le mépris des hommes. C’est le miroir étymologique de la <a href="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/misogyne/51773" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">misogynie</a>. Le parallèle semble logique. Plusieurs chercheurs le contestent.</p>



<p>La philosophe <a href="https://www.katemanne.net/down-girl.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Kate Manne</a>, de l’Université Cornell, a consacré un ouvrage entier à redéfinir la misogynie. Dans <em>Down Girl : The Logic of Misogyny</em> (2018), elle montre que ce n’est pas un simple sentiment de haine envers les femmes, mais un système : un ensemble de mécanismes sociaux qui punit les femmes qui dévient de la norme. Marc Ouellette, dans <em>l’<a href="https://www.taylorfrancis.com/books/mono/10.4324/9780203413067/international-encyclopedia-men-masculinities-michael-flood-judith-kegan-gardiner-bob-pease-keith-pringle" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>International Encyclopedia of Men and Masculinities</em></a></em>, pose alors la question qui s’impose : si la misogynie est structurelle, la misandrie l’est-elle aussi? Sa réponse est non. Selon lui, « <em><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Misandry" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’antipathie systémique, institutionnalisée et légiférée</a> </em>(<em>tdlr</em>) » de la misogynie manque à la misandrie. La misogynie s’appuie sur des siècles de lois et de structures sociales. La misandrie n’a pas d’équivalent. Les deux mots se ressemblent, mais ne pèsent pas le même poids.</p>



<p>Et le mot « misandrie » a une histoire particulière. <a href="https://xyonline.net/sites/xyonline.net/files/2019-12/Marwick,%20Drinking%20male%20tears%202018.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Dès les années 1890</a>, des journaux américains et britanniques qualifiaient les premières militantes féministes de « <em>man haters</em> ». Le mot disparaît ensuite pendant près d’un siècle avant de réapparaître dans la littérature masculiniste des années 1980, puis d’exploser en ligne dans les forums de « droits des hommes ». Plus d’un siècle plus tard, le mécanisme reste le même. <a href="https://actualites.uqam.ca/2016/en-classe-lantifeminisme-decortique-par-francis-dupuis-deri/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Francis Dupuis-Déri</a>, professeur de science politique à l’UQAM et auteur de <em><a href="https://journals.openedition.org/lectures/31663" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace</em></a> </em>(2018), documente l’usage du mot comme outil central du discours masculiniste contemporain : il sert à dépeindre les hommes en victimes et à inverser le rapport de pouvoir. En février 2026, il affirme <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-02-26/prevention-des-violences-sexuelles/il-faut-deconstruire-le-discours-masculiniste.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">observer</a> une hausse de ces discours dans les écoles québécoises. Quand le même mot est ensuite appliqué à un film ou à un essai, il arrive chargé de cette histoire.</p>



<p>Trop radical? Pas assez?</p>



<p>Le réflexe n’est pas nouveau : <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thelma_et_Louise#cite_note-vaevictis-51" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Thelma &amp; Louise</em></a></em> en 1991, le livre <em>King Kong Théorie</em> de Virginie Despentes en 2006, l’essai <em>Moi les hommes, je les déteste</em> de Pauline Harmange en 2020. À chaque génération, une femme exprime sa colère dans une œuvre et le mot ressurgit.</p>



<p>En 2020, Ralph Zurmély, conseiller au ministère de l’Égalité femmes-hommes français, <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/310820/un-livre-feministe-provoque-un-desir-de-censure-au-ministere-de-l-egalite-femmes-hommes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">menace</a> les éditeurs de « poursuites pénales » si l’ouvrage de Harmange n’est pas retiré de la vente. L’objet du scandale : un essai de 80 pages dont le titre ne laisse aucune ambiguïté. Le titre est provocateur, et Harmange <a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2020-11-06/essai/pourquoi-pauline-harmange-deteste-les-hommes.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le revendique</a> : elle dit l’avoir choisi pour « se réapproprier l’accusation de misandrie qu’on lance toujours aux féministes ». Le livre, lui, raconte autre chose. Le site du collectif féministe <em><a href="https://la-part-des-femmes.com/2020/10/les-ressorts-de-la-misandrie/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La Part des Femmes</em></a></em> le décrit comme un texte « simple et sans aigreur », dont le vrai sujet n’est pas la haine des hommes, mais la solidarité entre femmes : « Consacrons notre temps à la moitié de l’humanité qui nous réjouit. » Le livre connaîtra un succès massif et sera traduit en 18 langues. Quatorze ans plus tôt, Despentes publiait <em>King Kong Théorie</em>, accueilli par <em>Le Figaro</em> Littéraire comme un essai « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/King_Kong_Th%C3%A9orie#cite_note-12" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plein de gros mots</a> ». La critique s’est arrêtée au ton. Le <a href="https://cefres.hypotheses.org/2184" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">CEFRES</a>, le Centre français de recherche en sciences sociales, a quant à lui regardé le fond : il note que Despentes s’adresse aussi aux hommes qui rejettent la virilité imposée. Sa phrase finale invite à « une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres ». Des œuvres qu’on réduit à de la haine, mais dont le contenu dit autre chose.</p>



<p>La réception de <em>Promising Young Woman</em> illustre quelque chose de plus subtil encore. La revue académique <em><a href="https://aestheticsforbirds.com/2021/08/27/what-promising-young-woman-gets-right-about-misogyny-and-male-violence/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Aesthetics for Birds</em></a></em> relève qu’Emerald Fennell refuse délibérément la scène de vengeance cathartique que le genre du rape-revenge promet habituellement. Son choix de distribution, des acteurs associés à des rôles de « <em>nice guys</em> », vise, selon la revue, à montrer que le problème n’est pas le monstre évident, mais le système qui protège l’homme ordinaire. C’est une illustration directe de ce que Manne appelle la « <em><a href="https://www.katemanne.net/down-girl.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">himpathy</a></em> » : cette sympathie disproportionnée envers les agresseurs qui, écrit-elle, « exonère les hommes privilégiés qui dominent, menacent et réduisent les femmes au silence ». D’un côté, le hashtag #NotAllMen et l’accusation d’être anti-hommes. De l’autre, des critiques féministes tout aussi sévères. La revue <em><a href="https://www.anothergaze.com/yes-girls-love-corpses-emerald-fennells-promising-young-woman/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Another Gaze</em></a></em> juge le féminisme de Fennell superficiel. Mary Beth McAndrews, survivante de violences sexuelles, écrit que Cassie s’approprie le trauma de son amie plutôt que de le respecter. Le film la laisse, dit-elle, « <em><a href="https://www.rogerebert.com/features/on-the-disempowerment-of-promising-young-woman" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vide</a></em> ».</p>



<p>Le même film est donc simultanément trop radical et pas assez. Quand un détracteur dit « ce film déteste les hommes », il demande que l’œuvre n’existe pas. Quand une critique féministe dit « ce film ne va pas assez loin », elle demande qu’elle soit meilleure. Ce n’est pas le même reproche, mais le mot « misandrie » écrase les deux positions, et le débat disparaît.</p>



<p><strong>Une sélectivité qui interroge</strong></p>



<p>Le paradoxe posé en ouverture n’est pas un cas isolé. <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt1392190/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Mad Max: Fury Road</em></a></em>, dénoncé comme « <a href="https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/pourquoi-mad-max-fury-road-enerve-les-anti-feministes_908481.html#:~:text=Mad%20Max%20%3A%20Fury%20Road%20%2C%20presque,Road%20%22%20(en%20anglais)." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">propagande féministe</a> » par des militants masculinistes, est signé George Miller, 70 ans. Quand un homme filme une femme en colère, la critique parle de « personnage complexe ». Le traitement n’est pas tout à fait le même quand l’œuvre est signée par une femme. Le constat vaut aussi en littérature. Lorsque Michelle Houellebecq écrit avec rage, la critique &nbsp;<a href="https://slate.com/culture/2015/10/submission-by-michel-houellebecq-reviewed.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mentionne sa misogynie en passant</a>, puis s’attarde sur son style, sa lucidité, sa capacité à « prédire » le monde. Virginie Despentes <a href="https://liverpool.universitypressscholarship.com/view/10.5949/liverpool/9781846318610.001.0001/upso-9781846318610-chapter-2" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a pointé du doigt ce décalage</a> : si une femme avait écrit l’équivalent de ses romans, on aurait surtout parlé de son physique et de sa vie sexuelle. La colère masculine passe pour du style. La colère féminine passe pour un problème.</p>



<p>Les données empiriques vont dans le même sens. <a href="https://www.researchgate.net/publication/375424142" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Hopkins-Doyle, Peterson et Leach</a> ont mené six études auprès de près de 10 000 participants dans neuf pays. Leur question était simple : les féministes sont-elles réellement plus hostiles aux hommes que le reste de la population? Résultat : non. Leurs attitudes envers les hommes ne sont pas plus négatives que celles des non-féministes, ni même que celles des hommes envers eux-mêmes. Autrement dit, si l’étiquette « misandre » devait s’appliquer aux féministes, elle devrait tout aussi bien s’appliquer aux hommes. Les chercheurs en concluent que le stéréotype n’a aucune valeur descriptive. Ils appellent ça « <a href="https://www.psychologytoday.com/us/blog/compassionate-feminism/202403/debunking-the-myth-of-the-man-hating-feminist" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le mythe de la misandrie</a> ».</p>



<p>Ce que ces œuvres partagent n’est peut-être pas la haine, mais le refus de rassurer leur public. On peut les trouver réussies ou ratées. Les critiques féministes elles-mêmes ne s’accordent pas. Réduire ce débat à un seul mot, c’est peut-être passer à côté de ce qu’il révèle : non pas que ces œuvres détestent les hommes, mais qu’elles posent des questions auxquelles le mot « misandre » évite de répondre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lart-misandre-existe-t-il-vraiment/" data-wpel-link="internal">L’art « misandre » existe-t-il vraiment?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>L’appel des objets</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/lappel-des-objets/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julia Couture]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le retour aux médias physiques.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Les années 2000 ont été marquées par un virage vers le numérique. Auparavant, la culture devait obligatoirement être consommée par l’intermédiaire d’un objet physique. Elle est aujourd’hui accessible en ligne, donc partout, tout le temps, et au bout de nos doigts. CD, magazines, DVD, livres, vinyles : tout est désormais disponible dans un seul et même objet ; notre téléphone. Pourtant, il semble qu’une nouvelle tendance se dessine. Les jeunes désirent à nouveau collectionner les médias physiques et consommer leur culture comme cela se faisait auparavant. Comme un retour de balancier, la culture retourne à sa matérialité d’origine.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Les médias physiques nous permettent de continuer à consommer ce que l’on aime, sans être constamment sur notre téléphone »</p>
</blockquote>



<p>La génération Z souffre d’une certaine fatigue de la technologie. Les réseaux sociaux s’homogénéisent, véritable amalgame de la prolifération de contenus produits par l’intelligence artificielle et du contrôle des plateformes par une poignée d’hommes d’affaires aux allégeances politiques plus que douteuses (Amazon, entre autres). </p>



<p>En résulte un désir croissant de s’en détacher. Née avec Internet entre les mains, la génération Z est la première à devoir réfléchir à l’impact des téléphones et des plateformes numériques dans sa vie. Le calcul se fait vite : quatre heures par jour sur les réseaux sociaux, multipliées par 365 jours, donnent 1460 heures par année, ce qui correspond à 60 jours complets. Ce chiffre glace le sang. Ce sont des heures impossibles à récupérer, et l’impact négatif des réseaux sociaux sur la qualité de vie est largement documenté.</p>



<p>Les jeunes tournent leur surutilisation des médias sociaux à la blague, parlant de « <em>brainrot</em> » et de disparition de leur capacité d’attention.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Avec ce retour aux objets physiques, il est important de se rappeler de consommer consciencieusement »</p>
</blockquote>



<p>Cependant, ce langage souligne tout de même une prise de conscience accrue. Les médias physiques nous permettent de continuer à consommer ce que l’on aime, sans être constamment sur notre téléphone. De plus, les caméras numériques et les CD, qui étaient à la fine pointe de la technologie dans les années 1990–2000, reprennent une place centrale dans la consommation de la culture. Cette tendance a beaucoup de points positifs. Acheter des médias physiques rémunère souvent plus directement les créateurs. Elle rend aussi la consommation de culture plus active. Faire jouer un CD demande davantage d’efforts que d’ouvrir Spotify, et réclame donc davantage notre attention, ce qui est nécessairement plus enrichissant.</p>



<p>Ce tournant culturel n’est toutefois pas sans risque. Les médias physiques ne sont pas imperméables à notre tendance à romantiser tout ce que nous faisons ; posséder des vinyles fait vintage, posséder une collection de livres donne un air académique, etc. Souvent sans conséquence, cette esthétisation peut aussi devenir « performative ».</p>



<p>Acheter des objets culturels dans le seul but de se créer une esthétique conduit rapidement à la surconsommation. Ne consommer que du matériel neuf et acheter à une fréquence élevée de nouveaux produits pour une collection complète contribuent à un cycle de consommation effréné, et surtout inutile. Avec ce retour aux objets physiques, il est important de se rappeler de consommer consciencieusement et de favoriser les prêts et les achats de seconde main. Les bibliothèques, les friperies et les prêts entre proches constituent une bonne façon de satisfaire ce désir de jeter son téléphone dans l’océan, tout en étant au fait de ce qui se crée culturellement.</p>
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		<title>Souhaiter le bonheur qui arrive</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/souhaiter-le-bonheur-qui-arrive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[calligraphie chinoise]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvel An chinois]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60323</guid>

					<description><![CDATA[<p>Accueillir le Nouvel An par la calligraphie.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lundi dernier, à l’occasion du Nouvel An lunaire – aussi connu sous le nom du Festival du printemps – le 18 février, le <em>McGill Student Chinese Brush Art Club</em> (MSCBAC) a mis différents éléments de calligraphie à disposition des McGillois. Dans le couloir reliant la bibliothèque McLennan au bâtiment Redpath, on apercevait une table sur laquelle les membres ont étalé des <em>chūn lián</em> (couplets du printemps) – bandes calligraphiées traditionnellement suspendues pour le Nouvel An – et des <em>fú</em> (qui signifie le bonheur).</p>



<p><strong>En quoi consiste cette pratique ?</strong></p>



<p>« <em>Dans les fracas de pétards s’achève l’année ; Le vent du printemps verse sa tiédeur au vin. À mille familles luit l’aube d’un jour levant ; On ôte l’ancien aux portes, on y suspend le neuf </em>» (<em>tdlr</em>).</p>



<p>Ces vers viennent du poète chinois du 11<em>e</em> siècle Wang Anshi et décrivent deux pratiques centrales du Nouvel An : l’allumage de pétards et le remplacement des inscriptions protectrices sur des amulettes de bois accrochées aux portes. Au fil du temps, les amulettes se sont transformées en couplets calligraphiés sur du papier rouge, que l’on appelle aujourd’hui des « couplets du printemps ». Or, à Montréal, comme en Chine, tout déploiement de pièces pyrotechniques, comme les feux d’artifice ou les pétards, est interdit sans autorisation de la sécurité incendie. Les couplets occupent ainsi une plus grande importance pour ceux qui souhaitent conserver l’essence de la fête.</p>



<p>L’histoire de cette pratique remonte à la période pré-Qin, à la dynastie Zhou (1046 à 256 av. J.-C.). À l’époque, les Chinois vénéraient les dieux des portes, intégrant leur culte au système rituel national et le célébrant chaque année en automne. Un peu plus d’un millénaire plus tard, le prototype des couplets modernes apparaît sous le règne de l’empereur du Shu postérieur, Meng Chang. C’est alors que ce dernier officialise le premier couplet : « <em>Que la nouvelle année réjouisse abondamment / Que les festivités durent éternellement</em>. » Ce n’est qu’à l’époque de Hongwu (1368 à 1398), sous la dynastie Ming, que l’empereur Zhu Yuanzhang décrète officiellement aux fonctionnaires et au peuple le collage de distiques de papier rouge pendant le Festival du printemps. Aux couplets s’ajoute le <em>fú</em>, qui est traditionnellement collé à l’envers sur la porte. Pourquoi à l’envers? En fait, le terme « à l’envers » et le verbe « arriver » ont la même prononciation en mandarin (<em>dào</em>). L’idée est répandue que, en le plaçant d’une telle manière, on souhaite « le bonheur qui arrive ».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« L’idée est répandue que, en le plaçant d’une telle manière, on souhaite «&nbsp;le bonheur qui arrive&nbsp;»  »</p>
</blockquote>



<p><strong>Dans l’esprit contemporain </strong></p>



<p>Si cette pratique a traversé près de trois millénaires d’histoire, elle connaît aujourd’hui un renouveau marqué, se déployant sous des formes multiples et adaptées aux contextes culturels contemporains. Sur la table du MSCBAC, plusieurs <em>fú </em>incorporent des chevaux représentant des personnages – tels que Pinkie Pie et Brian Winddancer – pour accueillir l’année du cheval. Certains pourraient se demander si ces déclinaisons modernes briment le côté traditionnel de cette pratique. Pour Sihan Qin, le président de la MSCBAC, « <em>il n’y a pas de conflit entre la culture populaire et traditionnelle. Cette juxtaposition permet, au contraire, de faire fleurir la tradition, car elle prend en considération les intérêts d’une plus grande population </em>». Il explique que cet ajout permet également d’atteindre plus d’étudiants, notamment ceux qui ne comprennent pas le chinois. « <em>En tant qu’association étudiante, nous voulons promouvoir la culture, pas limiter les gens par la culture</em> », continue-t-il. «<em> Il y a parfois des étudiants qui viennent à nos activités de calligraphie sans connaître un seul mot de chinois, mais rien n’empêche qu’ils aient du plaisir avec nous.</em> »</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/souhaiter-le-bonheur-qui-arrive/" data-wpel-link="internal">Souhaiter le bonheur qui arrive</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Vers l’infini et plus loin encore</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/vers-linfini-et-plus-loin-encore/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[technologie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60134</guid>

					<description><![CDATA[<p>Intelligence artificielle et art : quels bénéfices?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/vers-linfini-et-plus-loin-encore/" data-wpel-link="internal">Vers l’infini et plus loin encore</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Notre humanité a été enterrée à la naissance de l’intelligence artificielle. Elle était peut-être déjà morte, quelque part entre les multiples tueries et génocides, mais c’est avec l’arrivée de ChatGPT et de ses copains que nous nous sommes joyeusement saisis d’une pelle. Depuis, nous ne cessons de creuser notre tombe. Le trou s’approfondit et nous gardons les deux pieds dedans, tout sourire, au nom d’une productivité. </p>



<p><strong>L’utilisation de l’IA : une pratique de plus en plus répandue </strong></p>



<p>Plusieurs domaines utilisent l’IA pour améliorer leur productivité. Par exemple, certains médecins l’utilisent pour enregistrer leurs commentaires sur des visites de patients, ce qui permet d’alléger leur charge bureaucratique. Le professionnel de la santé peut donc passer plus de temps à traiter ses patients sans que la tenue des dossiers soit affectée. Dans ce cas, l’utilisation de l’intelligence artificielle est bénéfique et permet une véritable optimisation de la charge de travail : un monde idéal. </p>



<p><strong>Et dans le domaine des arts? </strong></p>



<p>Augmenter son efficacité est toujours perçu comme quelque chose de souhaitable. Alors, si l’intelligence artificielle le permet, pourquoi ne le ferions-nous pas</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Alors, si l’intelligence artificielle le permet, pourquoi ne le ferions-nous pas dans le domaine des arts? »</p>
</blockquote>



<p>dans le domaine des arts? Répondre à cette question nécessite de prendre en considération différents aspects de la chose, comme l’éthique de l’IA et le but de l’art. </p>



<p>Utiliser l’intelligence artificielle pour créer limite nécessairement le travail de véritables artistes et professionnels. Des artistes visuels, des traducteurs, des auteurs, des acteurs, des doubleurs perdent leur importance dans le milieu au profit de machines qui peuvent effectuer leur travail plus rapidement, sans nécessairement être meilleures. </p>



<p>Et puis, n’oublions pas que l’intelligence artificielle est aussi idéale pour économiser : pourquoi payer des professionnels pour faire un travail de qualité alors que l’IA peut cracher un résultat satisfaisant gratuitement ou à faible coût? Les logiciels produisent non seulement un produit de qualité plus faible que les experts, mais volent aussi des opportunités d’emploi à des humains qui peuvent véritablement créer avec un but artistique. </p>



<p>En tant qu’humains, créons-nous dans le but de produire une quantité toujours plus grande de dessins, de films, de livres, de chansons? Ou créons-nous pour exprimer des émotions, partager une part de notre humanité? </p>



<p><strong>Une question d’efficacité </strong></p>



<p>Tout usage d’intelligence artificielle nécessite la réalisation de ce qu’elle est : une intelligence, une source de savoir, artificielle. Si l’IA peut produire des textes en moins de temps qu’il n’en faut pour ouvrir un document Word, le produit final ne reflète pourtant pas l’expérience humaine. Avec des améliorations et de l’entraînement constant, les logiciels produiront sans aucun doute des œuvres époustouflantes capables de berner l’humain. Pourtant, en tant que consommateurs, préférons-nous vraiment la perfection à l’humanité?</p>



<p> <strong>L’intelligence artificielle dans l’édition </strong></p>



<p>Malgré tout, l’intelligence artificielle a réussi à se faufiler dans l’industrie de l’édition. Cette dernière peut effectivement bénéficier de l’IA pour créer des pages de couverture, des résumés attirants pour les quatrièmes de couverture et… des livres. </p>



<p>Depuis l’avènement de logiciels d’IA, les livres partiellement ou entièrement rédigés par ces robots conversationnels affluent. Les stratégies ne sont pas toutes les mêmes : si Coral Hart se targue d’avoir utilisé l’IA pour générer plus de 200 livres l’an dernier, Lena McDonald l’utilisait en douce et s’est fait pincer par une requête à l’IA (prompt) oubliée dans un de ses romans. </p>



<p>Les acteurs de l’industrie de l’édition, auteurs comme éditeurs, sont assez divisés sur la question : certains condamnent l’utilisation de l’IA, d’autres l’encensent et d’autres encore s’en servent dans le plus grand secret. </p>



<p><strong>Les prête-plume</strong></p>



<p>Utiliser l’intelligence artificielle pour rédiger en partie ou en totalité un livre a beau être choquant, ce n’est pas un concept révolutionnaire. Depuis longtemps, des gens obtiennent le crédit d’avoir écrit un livre sans en être l’auteur : c’est le concept des « prête-plumes » (ghostwriters). Les prête-plume sont des auteurs qui écrivent pour qu’une autre personne puisse publier le produit final sous son propre nom. Le terme original, ghostwriter, a été inventé par Christy Walsh dans les années 1920 : la pratique est donc bien loin d’être nouvelle. </p>



<p>Pourtant, si le recours aux prête-plumes est assez commun dans l’industrie littéraire, c’est une pratique cachée, et rares sont les auteurs qui admettent avoir travaillé en collaboration avec un prête-plume. Et si l’intelligence artificielle n’était qu’un autre prête-plume? </p>



<p><strong>Quelle différence entre l’IA et les prête-plume? </strong></p>



<p>Si, depuis belle lurette, certains auteurs ne rédigent pas réellement leurs livres, pourquoi l’utilisation de l’IA serait-elle controversée? Il se trouve que le recours à des prête-plumes n’a jamais été ouvertement accepté. Bien que cette pratique soit connue dans le monde littéraire, elle l’est moins du public. Il est possible de débattre de l’éthique des prête-plumes, mais ce sont tout de même des humains. Même si un auteur fait passer le travail de quelqu’un d’autre pour le sien, le lecteur obtient tout de même une perspective et un travail humain.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Une machine ne pourra jamais avoir la même compréhension de la vie et des expériences humaines qu’une vraie personne »</p>
</blockquote>



<p>Une machine ne pourra jamais avoir la même compréhension de la vie et des expériences humaines qu’une vraie personne. La véracité et l’authenticité de l’écriture sont donc remises en cause et le lectorat a l’impression d’avoir été floué en lisant les propos d’un robot qui se présente comme pouvant être sensible à la réalité. Le processus d’écriture est souvent chargé émotionnellement et vient de l’expérience personnelle de l’auteur. Les sujets les plus lourds sont rarement mis de l’avant pour cocher une case sur une liste, mais plutôt par la volonté de l’auteur d’aborder des sujets qui le touchent profondément. </p>



<p>Pour renchérir, les logiciels d’intelligence artificielle sont entraînés avec du matériel préexistant et, dans le domaine littéraire, cela signifie des livres. Nombreux sont les auteurs qui découvrent que leurs œuvres ont été utilisées, sans leur accord, pour entraîner des logiciels d’IA. Ces logiciels qui utilisent les œuvres humaines pour remplacer le travail de vraies personnes sont rarement éthiques. </p>



<p>Ce n’est pas parce que nous pouvons maintenant créer à un rythme fou que nous devons forcément le faire. L’intelligence artificielle dépend entièrement de nous pour s’améliorer et nous surpasser : il ne reste plus qu’à décider si nous souhaitons lui laisser ce pouvoir ou si nous tenons à consommer une culture humaine et authentique.</p>



<p></p>
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		<title>Seul·e·s et ensemble</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/seul%c2%b7e%c2%b7s-et-ensemble/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catvy Tran]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[communauté]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[letterboxd]]></category>
		<category><![CDATA[spotify]]></category>
		<category><![CDATA[strava]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59920</guid>

					<description><![CDATA[<p>Plateformes discursives pour l’édification d’un imaginaire collectif.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/seul%c2%b7e%c2%b7s-et-ensemble/" data-wpel-link="internal">Seul·e·s et ensemble</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’imaginaire collectif des générations passées reposait sur l’existence d’un canon culturel partagé au sein d’une communauté. Entre les sorties au cinéma et les rassemblements dans les lieux de culte, la fréquentation de lieux physiques de rencontre favorisait une expérience commune du monde. Ce vécu épistémologique partagé, fondé sur des repères culturels reconnaissables par tous, nourrissait un sentiment d’appartenance à la communauté et renforçait ce que le politologue Robert Putnam désigne comme le « capital social ». </p>



<p>Aujourd’hui, la surabondance de choix semble avoir érodé cette expérience collective. La prolifération de contenus numériques et d’œuvres culturelles a vraisemblablement enrayé le sentiment d’appartenance communautaire qui animait les générations précédentes. Les logiques hégémoniques du capitalisme encouragent désormais une construction identitaire fondée sur des choix de consommation individualisés, où la singularité prime sur la collectivité. </p>



<p>Pourtant, la popularité d’applications telles que Letterboxd, Goodreads, Strava, Spotify et Duolingo témoigne d’une appétence persistante de raviver une forme de mémoire partagée. Sur Letterboxd et Goodreads, les internautes sont invités à attribuer une cote et à formuler des commentaires critiques sur des films et des ouvrages. Quant à Strava et à Duolingo, ces plateformes encouragent le partage d’activités sportives et de progrès linguistiques, notamment grâce à des systèmes de séries, qui récompensent l’engagement quotidien. Spotify se distingue par son instantanéité sociale : l’application permet à ses utilisateurs de suivre les listes de lecture d’autrui, ainsi que d’observer leurs pratiques d’écoute en temps réel. Cesapplications deviennent alors des espaces numériques d’échange, où les internautes s’engagent de manière critique autour de passions communes, qu’il s’agisse du cinéma, de la littérature, du sport, de la musique ou des langues. Plutôt que de reléguer ces pratiques culturelles à la sphère privée, ces espaces discursifs offrent l’opportunité de les réinscrire dans la sphère publique.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Partager une réflexion humoristique ou analytique des films, c’est entrer en dialogue avec une communauté »</p>
</blockquote>



<p>Contrairement aux réseaux sociaux traditionnels, fondés sur une performance idéalisée de soi, ces applications proposent une tout autre logique. Il ne s’agit plus d’exposer qui l’on prétend être, mais de révéler les pratiques sociales et culturelles qui nourrissent notre intériorité. Partager sa liste de films ou ses progrès linguistiques revient à répudier son ego et à tourner son regard vers un espace discursif collectif. Sur Letterboxd, par exemple, partager une réflexion humoristique ou analytique des films, c’est entrer en dialogue avec une communauté et s’ouvrir à une expérience commune de l’art cinématographique. Duolingo, de son côté, transforme l’apprentissage souvent laborieux et individualisé d’une langue en un processus interactif, où l’encouragement des autres utilisateurs fait de cet apprentissage une activité collective et solidaire. Malgré ces bienfaits, il reste à considérer le potentiel performatif de ces plateformes, qui privilégient la performance et le rendement au-delà de l’expérience vécue.</p>



<p>La pléthore de choix caractérisant l’époque actuelle n’a ainsi pas à mener à l’impossibilité d’entrer dans un dialogue culturel partagé. Elle peut plutôt alimenter de nouvelles formes d’appartenance où la consommation individuelle d’objets culturels et la pratique de passe-temps divers permettent de faire émerger un espace discursif commun.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/seul%c2%b7e%c2%b7s-et-ensemble/" data-wpel-link="internal">Seul·e·s et ensemble</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Commencer par la fin</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/commencer-par-la-fin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[début]]></category>
		<category><![CDATA[divulgâcher]]></category>
		<category><![CDATA[fin]]></category>
		<category><![CDATA[remords]]></category>
		<category><![CDATA[temporalité]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59930</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quand divulgâcher devient une manière d’apprivoiser le temps.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/04/commencer-par-la-fin/" data-wpel-link="internal">Commencer par la fin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Mercredi dernier, alors que j’attendais impatiemment le REM en balayant distraitement mon fil Instagram, un titre a attiré mon attention: « <em>Unpopular opinion : je commence toujours par la fin.</em> » Dans sa vidéo, la créatrice de contenu Mathilde (@lasymphoniedespages) partage son habitude de toujours commencer un roman par ses dernières pages. Dans la section des commentaires, certains se réjouissent d’avoir finalement trouvé leur clan, tandis que bon nombre de gens se montrent plutôt curieux face à cette pratique. </p>



<p><strong>Pourquoi choisir le divulgâchage? </strong></p>



<p>« En me filmant, même moi je me rends compte à quel point c’est absurde », confie Mathilde devant la caméra. Mais si elle le fait inconsciemment, par habitude, derrière cette pratique se cache l’angoisse fondamentale de l’être humain face à l’incertitude et au vide. Ce geste porte cependant aussi un nom connu de tous. Divulgâcher : divulguer un élément clé de l’intrigue et gâcher irréversiblement son effet de surprise. Est-ce donc néfaste à notre expérience de lecture? Certains lecteurs expliquent qu’il s’agit d’une manière de juger si un livre vaut la peine d’être lu pour éviter le coût irrécupérable que représente le temps investi dans sa lecture. D’autres croient plutôt que connaître la fin d’avance les libère de la tension du suspense, leur permettant ainsi de mieux apprécier l’histoire telle qu’on apprécie le paysage sur le chemin vers une destination déjà connue.</p>



<p><strong>Briser la chronologie </strong></p>



<p>Certes, il est commun de penser que connaître la fin trop tôt risque de faire perdre de l’intérêt, mais, dans ce cas, comment expliquer la présence perpétuelle des tragédies classiques dans nos bibliothèques? C’est pourtant une même destination tragique – celle d’un amour impossible menant jusqu’à la mort – que l’on reconnaît d’une œuvre à l’autre, même si chaque récit emprunte un chemin différent pour y conduire.</p>



<p>En avril 2023, j’ai eu la chance d’assister à une interprétation de l’opéra <em>La Bohème</em> de Giacomo Puccini sous la direction de Yuval Sharon à l’Opéra de Philadelphie. La version de Puccini dépeint l’histoire d’amour passionnée, mais tragique, entre le poète Rodolfo et la couturière Mimì, qui meurt de la tuberculose dans les bras de ce dernier. Une histoire des plus typiques.</p>



<p>Or dans le réarrangement de Sharon, les chanteurs frappent le public dès l’ouverture de la représentation en annonçant la mort de Mimì. Dans sa version, les quatre actes sont joués dans l’ordre inversé, invitant les spectateurs à quitter la salle en gardant en mémoire la dernière scène : où les regards de Rodolfo et Mimì se croisaient pour la première fois, et où la joie et l’espoir régnaient encore. On apprend en perdant les choses qui nous sont chères. Cette règle s’applique particulièrement bien à la tragédie : connaissant l’inévitabilité d’une fin funeste, on apprend à chérir ce qui la précède – dans ce cas, l’amour.</p>



<p>Là où la vie nous condamne à avancer sans retour, les récits nous offrent, eux, la possibilité de rebrousser chemin. Le renversement de la temporalité ne se limite toutefois pas à la fiction ; il s’agit d’un désir partagé face aux nombreux obstacles imposés par la vie. Face à l’échec d’un examen, ne souhaitons-nous pas avoir révisé davantage? Face aux nombreuses responsabilités de la vie adulte, n’aspirons-nous pas, parfois, à avoir profité de notre enfance plus pleinement? Face aux catastrophes du monde d’aujourd’hui, ne regrettons- nous pas de ne pas avoir agi hier? </p>



<p>Si seulement je savais que mon REM n’arriverait jamais ce matin-là, je serais simplement restée chez moi.</p>
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		<title>« Nous existons, nous résistons »</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/28/nous-existons-nous-resistons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[communautés autochtones]]></category>
		<category><![CDATA[culture autochtone]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[MBAM]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59799</guid>

					<description><![CDATA[<p>Futurités autochtones : dépasser les solitudes des mondes franco-américains.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">À la suite de près de deux ans de travail, le projet de collabo ration entre le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et le Groupe de recherche et de réflexion CIÉCO, <em>Entre nos archipels : Dialogues autochtones en contextes francophones</em>, se concrétise finalement. Les 22 et 23 janvier derniers, le public s’est réuni dans l’auditorium Maxwell-Cummings et en ligne pour assister aux discussions avec douze personnalités autochtones du monde de la culture, sur leurs pratiques et sur les enjeux liés à leurs identités.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Nous pensons, donc nous sommes, mais certaines personnes oublient que nous avons toujours existé » </p>



<p class="has-text-align-center"><sub>Jeffery Darensbourg, écrivain et interprète (Atakapa-Ishak)</sub></p>
</blockquote>



<p>Vendredi 23 janvier, 13 h, le comité organisateur ouvre la seconde journée de l’événement en compagnie de l’animateur·rice Camille Larivée (Innu·e, Montréal) et des trois panélistes : Jeffery Darensbourg (Atakapa-Ishak, Bulbancha), Keywa Henri (Kali’na Tɨlewuyu, Paris/ Cayenne) et Marie-Anne Redhead (Nêhiyaw, Winnipeg).</p>



<p><strong>Le nom, porteur de pouvoir</strong></p>



<p>Visages graves, quatre personnes autochtones se figent devant le soleil couchant à l’horizon, de l’autre côté de la rivière déjà condamnée. C’est ce qu’illustre le tableau <em>The Dakota Boat</em> (1875) du peintre W. Frank Lynn. Marie-Anne Redhead, conservatrice adjointe de l’art autochtone et contemporain à la Galerie d’art de Winnipeg (WAG), aime débuter ses présentations avec cette toile, car elle révèle des réalités concernant les peuples autochtones en Amérique : un étouffement des voix, une tendance à disparaître. Comme Jeffery Darensbourg le souligne : « Nous pensons, donc nous sommes, mais certaines personnes oublient que nous avons toujours existé. » Selon Marie-Anne Redhead, il faut agir et renforcer la solidarité entre les peuples pour contrer cette disparition. Dès son premier projet après son entrée en fonction, elle est chargée de vérifier les titres des œuvres de la collection. Le nom est profondément lié à l’identité, car, pour plusieurs nations autochtones, il s’agit d’un porteur de pouvoir qui les relie au monde des esprits. Celui-ci permet de fournir un contexte à l’œuvre ; or parmi sa collection, Redhead a identifié 57 titres erronés ou à connotation raciste. Elle a alors consulté des aîné·e·s autochtones pour en trouver de nouveaux. Cette action mène les travaux à l’extérieur des murs de la galerie et forge un lien avec le reste de la communauté.</p>



<p>Dans le même ordre d’idée, l’artiste Keywa Henri s’explique : « M’identifier en tant que Kali’na Tɨlewuyu aujourd’hui, c’est un acte de résistance en soi. » Issu·e d’un père Kali’na Tɨlewuyu et d’une mère brésilienne, dont le père est autochtone, iel a grandi avec de nombreux questionnements identitaires. D’une part, le père de l’artiste, bien que vivant en Guyane – où le système français réprime complètement la présence des peuples autochtones – lui a toujours appris à s’exprimer, à crier pour la nation avec dignité. D’autre part, son grand-père a vécu sous la dictature militaire au Brésil et a fait vœu de silence. Plus jeune, iel préférait ne pas attirer l’attention sur son identité ethnique par peur de se « folkloriser » et d’alimenter l’image stéréotypée de l’autochtone, celle qui est soit invisible, soit fossilisée.</p>



<p>Aujourd’hui, Keywa Henri embrasse ce même trait qu’iel a longuement voulu cacher et le transforme en outil de résistance. «Je sais que même si je crie, ça sera du silence », confie-t-iel, « mais pouvoir crier en fait qu’une seule envie ». Et ce mot de fin résume d’innombrables voix de la communauté autochtone : « Nous existons, nous résistons. »</p>



<p></p>
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		<title>Une résurgence culturelle chez les jeunes québécois?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/une-resurgence-culturelle-chez-les-jeunes-quebecois/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabrielle Joli-Cœur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[consommation]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[culture québécoise]]></category>
		<category><![CDATA[indépendance]]></category>
		<category><![CDATA[jeunes]]></category>
		<category><![CDATA[pluralité]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59634</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’évolution des modes de consommation de la culture québécoise.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">S’agit-il des jeunes qui ne s’intéressent plus à la culture québécoise, ou de la culture québécoise qui ne s’intéresse pas aux jeunes? Il n’est pas inhabituel de lire dans les journaux que les moins de 30 ans n’ont pas d’intérêt pour l’industrie culturelle du Québec : ils n’écoutent pas la radio québécoise, regardent de moins en moins la télévision d’ici et surtout, ne chérissent plus la langue française comme on le faisait avant. Pourtant, ces jeunes sont aussi ceux chez qui le mouvement souverainiste prend aujourd’hui le plus d’ampleur. <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2184416/federaliste-souverainete-independance-jeunes-sondages" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">56 % des Québécois entre 18 et 34 ans</a> se disent en faveur de l’indépendance du Québec. Or, il n’est pas surprenant que ce résultat fasse sourciller certains, compte tenu des reproches formulés à l’égard des jeunes quant à leur rapport à la culture québécoise. </p>



<p>Comme l’a demandé Guy A. Lepage lors du passage à <a href="https://youtu.be/DlSzy6x48dw?si=LtplYHBYd4cYnzSw" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Tout le monde en parle</a> de Lou-Adriane Cassidy, Kinji00 et Maire de Laval : « Comment on peut être souverainiste et [ne] pas s’intéresser à sa propre culture? » </p>



<p>Il devient alors essentiel de décortiquer cette interrogation. En prenant du recul, on réalise que le phénomène n’a rien de récent. Partout dans le monde et à travers les époques, l’être humain éprouve un certain malaise à l’idée de se départir de la tradition. Je suivais, à l’automne dernier, un cours portant sur la littérature française d’avant 1800. Figurez-vous que nous assistons présentement à des dilemmes similaires à ceux de la Renaissance. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« 56 % des Québécois entre 18 et 34 ans se disent en faveur de l’indépendance du Québec »</p>
</blockquote>



<p>Cette période, marquée par une dispute portant le nom évocateur de la « querelle des Anciens et des Modernes », a divisé l’univers culturel en deux camps. D’un côté se positionnaient les « Anciens » qui présentaient l’Antiquité comme le summum de la culture ; de l’autre se trouvaient les « Modernes », qui acclamaient les réussites antiques, certes, mais accordaient également une grande importance aux succès de leur époque. </p>



<p>À mon sens, nous sommes aujourd’hui confrontés au même enjeu. Lorsque Lepage s’inquiète de voir la jeunesse « délaisser » la culture québécoise, c’est peut-être car sa définition de cette dernière n’est pas la bonne. Et s’il était temps de reconnaître que le franglais fait bel et bien partie des pluralités du langage québécois qui évolue, au même titre que les mots créoles ou arabes? Que la place accordée aux chanteurs émergents, aussi avant-gardistes soient-ils, n’est pas nécessairement futile et anodine? Que les canaux de diffusion, tels qu’Instagram et TikTok, enregistrent bel et bien une montée des publications souverainistes et ce, même si on ne parle que d’un simple « <em>fit check</em> » à l’emblème de la fleur de lys ou d’un mème souverainiste? </p>



<p>Les jeunes accordent certes moins d’attention que les générations antérieures à ce que leur proposent la radio ou la télévision. Toutefois, ces données sont-elles réellement révélatrices de la consommation culturelle des jeunes, ou témoignent-elles simplement de l’évolution des modes de consommation de la culture? </p>



<p>Bien qu’ils n’en n’aient pas encore analysé l’ascension exacte, plusieurs membres du OUI Québec disent avoir remarqué une forte augmentation du nombre de personnes présentes à leurs événements. Autrement dit, loin de se désintéresser du Québec, les jeunes semblent plutôt redéfinir les formes par lesquelles ils s’engagent culturellement et politiquement.</p>
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		<title>Mon français, vrai français</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/21/mon-francais-vrai-francais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[accent]]></category>
		<category><![CDATA[Langage]]></category>
		<category><![CDATA[langue]]></category>
		<category><![CDATA[linguistique]]></category>
		<category><![CDATA[québécois]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La suprématie des accents.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Tout le monde a un accent. La manière dont nous prononçons les mots, les expressions que nous employons, sont des héritages de notre milieu. Notre façon de parler est une marque de notre appartenance à un groupe, un signe de notre identité. L’humain est un être social qui adore se retrouver parmi ses pairs. Pensez‑y : quel Québécois ne sourirait pas en entendant un « enweille » en vacances en Floride? C’est comme se retrouver chez soi.</p>



<p><strong>Un choix subconscient</strong></p>



<p>Catherine Leclerc, sociolinguiste et professeure agrégée au Département de langue et littérature françaises à McGill, explique que l’on ne décide pas de notre accent, mais qu’il s’agit plutôt du résultat du milieu dans lequel nous évoluons. « Le pouvoir de décision n’est pas si grand. Les gens peuvent essayer “d’attraper” un accent, pour avoir accès à des ressources sociales, par exemple, mais globalement, l’accent se trouve en-deçà du processus décisionnel », précise-t-elle. La façon dont nous parlons est donc un reflet direct du milieu dans lequel nous avons appris la langue.</p>



<p><strong>Nettoyer son accent</strong></p>



<p>Qui dit accent, dit aussi jugement esthétique : certaines prononciationser peuventsemblerétranges aux oreilles d’une personne qui n’y est pas habituée. En français, cette perception se traduit souvent par une hiérarchisation des accents. Un parler québécois traditionnel ou encore acadien est souvent jugé moins distingué qu’un accent français. « On a tendance en français, parce qu’on est issus d’une langue écrite, à noter les écarts à la norme dans un accent. Mais en vérité, les langues ne sont pas prononcées comme elles sont écrites. On parle la langue qu’on entend, » ajoute la professeure Leclerc.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><strong>« </strong>Ce que l’accent nous apprend, c’est le fonctionnement des langues par-delà la standardisation »<br><sup>Catherine Leclerc, sociolinguiste et professeure agrégée à McGill</sup></p>
</blockquote>



<p>En général, la francophonie s’entend pour dire que les Français ont la « meilleure » façon de parler et les instances médiatiques ne le nient pas : rares sont les doublages en québécois! Ces derniers sont faits en français dit « international », donc, ni avec un accent québécois, ni avec un accent parisien, mais force est d’admettre que cet accent considéré « neutre » est beaucoup plus près de la France. Il en va de même pour tout le contenu international présenté en français : on n’entendra pratiquement jamais un accent franco-ontarien pour ces diffusions.</p>



<p>Même au sein de notre belle province, les accents se classent selon une échelle d’élégance : les nouvelles sont lues dans un registre de langue plus élevé où les accents typiquement québécois sont méticuleusement nettoyés, car qui prendrait au sérieux la journaliste qui prononce ses « a » presque comme des « o »? Selon la professeure Leclerc, l’accent est porteur d’un « fardeau social. Il y a des traits distinctifs de l’accent québécois qui sont évidents et que nous pouvons atténuer, effacer, lorsque nous parlons avec des personnes européennes, par exemple ».</p>



<p><strong>L’accent parfait</strong></p>



<p>Et si l’on parlait exactement comme on écrit? Si chaque lettre, chaque son, était prononcé conformément à l’orthographe, sans syncope de la pénultième atone, sans diphtongues jugées fautives afin d’atteindre un français sans erreurs, sans accent, un français parfait? « On peut avoir des préférences esthétiques, mais ça n’a rien à voir avec ce qui est juste ou pas, clarifie la professeure Leclerc. Ce que l’accent nous apprend, c’est le fonctionnement des langues par-delà la standardisation.» Il n’y a donc pas de« meilleures » façons de parler ni d’accent plus « correct » qu’un autre.</p>



<p>«Par contre, les différences dans les façons de parler sont connotées socialement, ajoute la sociolinguiste. Le processus d’instruction fait aussi qu’on évolue dans notre façon de parler quand on gagne en éducation. En général, plus on est instruits, plus on a accès à des positions élevées dans l’échelle sociale, mais on parle différemment, alors l’instruction “s’entend”. » Mme Leclerc reconnaît que des façons de parler plus normatives sont généralement associées à plus de compétences, voire plus d’intelligence. « Ce n’est pas vrai dans l’absolu, mais vrai en pratique, dans la mesure où, lorsqu’on maîtrise le code, on a accès à différentes ressources que l’on n’a pas en ne maîtrisant pas le code. Il faut donc, en quelque sorte, parler le “bon” accent pour accéder à certains lieux. »</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center"><strong>« </strong>La façon dont nous parlons est donc un reflet direct du milieu dans lequel nous avons appris la langue »</p>
</blockquote>



<p>Aux accents s’ajoute un autre phénomène : le <em>code switching</em>, ou l’alternance codique. Il s’agit d’un processus où nous adaptons notre langue au milieu où nous sommes. Personne ne parle à ses parents de la même façon qu’il parle à ses amis ou dans le cadre du milieu professionnel. La sociolinguiste explique que l’alternance codique est parfois perçue « comme un écart par rapport à des normes, mais, en vérité, il y a autant de langues que de groupes d’amis. Dans chaque situation sociale, nous allons puiser dans les ressources que nous jugeons être les plus appropriées. » Lorsque nous ne sentons pas que nous avons un langage approprié pour une situation, nous vivons ce que les linguistes appellent de « l’insécurité linguistique ».</p>



<p><strong>Montréal, les médias et le multiculturalisme</strong></p>



<p>Un matin, je suis tombée sur une vidéo Instagram de Scot with one T (@scot.with.one.t), un créateur de contenu montréalais. « Un de mes plus gros problèmes avec la télévision québécoise, c’est le manque de représentation des accents montréalais, dit Scot pour amorcer sa vidéo. Je veux voir des Italiens, des Grecs, des Algériens parler comme ils parlent d’habitude. Je sais que beaucoup d’entre vous considérez pas [sic] mon accent comme un accent québécois, mais mon accent existe seulement au Québec. »</p>



<p>Ses propos frappent dans le mille. En effet, les accents montréalais obtiennent très peu de représentation dans les séries télévisées ou les films québécois. En entrevue, il me confie que le problème n’est pas dans la mise en scène de personnages issus de la diversité culturelle: il est dans la façon dont ils parlent. « L’accent devrait avoir du sens. Si un personnage noir qui vient de Montréal-Nord parle en joual, ça ne fonctionne pas : il y a pratiquement personne qui parle comme ça dans ce coin-là de la ville. »</p>



<p>Cet enjeu passe autant par la production des médias que par la façon dont on envisage les accents au sein de la société québécoise. Il n’est pas toujours nécessaire qu’un personnage parle avec un accent québécois « de souche » : les acteurs pourraient simplement parler avec leur accent de tous les jours pour améliorer la représentation. « Je suppose que beaucoup d’acteurs sentent le besoin de changer leur accent pour passer à la télévision québécoise et je crois que c’est le problème : je ne pense pas que dans tous les cas tu devrais forcer un accent qui n’est pas le tien. Je pense qu’il pourrait y avoir un effort de la part des acteurs, mais aussi de l’équipe de <em>casting</em>, parce que si tu as un accent qui sort du lot, je comprends pourquoi tu voudrais forcer un certain accent. »</p>



<p>Mais si on incorpore des accents différents, le contenu sera-t-il plus difficile à comprendre? Certains le prétendent. Pourtant, ce n’est pas plus dérangeant que les acteurs britanniques qui conservent leur accent dans les productions américaines : si les différences de prononciation décoiffent d’abord, nous finissions par nous y habituer. « On revient à cette question : qu’est-ce qu’on veut faire avec la télé québécoise? » demande Scot. La question se pose. Est-il plus important que notre divertissement et, plus largement, nos médias, en général, soient faciles à comprendre? Ou souhaitons-nous les rendre représentatifs de la société dans laquelle nous vivons?</p>
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		<title>La chute de l’empire culturel</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/la-chute-de-lempire-culturel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[désintérêt]]></category>
		<category><![CDATA[générations]]></category>
		<category><![CDATA[Internet]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=59538</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’apparent désintérêt des jeunes pour la culture.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Chaque année, la scène culturelle voit naître de nouvelles œuvres qui battent des records de popularité. Certaines ont un tel succès qu’elles perdurent à travers le temps et se taillent une place parmi les classiques. Films, séries télévisées, livres et pièces de théâtre connaissent une incroyable popularité, tout comme leurs créateurs et leurs interprètes. Le rayonnement de la culture est parfois si fort qu’il devient un phénomène international. Il suffit de penser à la popularité fulgurante de la K‑pop ou, en termes d’icônes québécoises, à Céline Dion. </p>



<p>La culture est donc d’une universalité apparente, ce qui crée des référents communs pour plusieurs groupes. Pourtant, il n’est pas rare d’entendre les générations précédentes s’exclamer que les jeunes d’aujourd’hui ne s’intéressent pas à celle-ci. Mais l’intérêt pour la culture est-il réellement en déclin? </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Les générations consommant moins ce type de musique et de média n’ont pas ces références, et le fossé culturel se creuse entre les générations »</p>
</blockquote>



<p><strong>Des référents différents </strong></p>



<p>Si certaines icônes sont intemporelles, d’autres laissent place à de nouveaux noms avec le temps. Les baby-boomers n’ont pas exactement les mêmes référents culturels que les millénariaux, et encore moins que la génération Z. Chaque génération voit naître son étoile montante, le nouveau nom incontournable de la scène culturelle. Si Guylaine Tremblay et Ginette Reno ont marqué les esprits des petits et des grands au Québec, elles ne sont pas les premiers noms qui viennent en tête aux générations plus jeunes, qui pensent plutôt à Marc Dupré, Sarah-Jeanne Labrosse, Cœur de pirate ou à Karl Tremblay, par exemple.</p>



<p>Certains médias sont aussi davantage consommés par certains groupes. Le rap, par exemple, est un style dont l’auditoire a majoritairement entre <a href="https://headphonesaddict.com/rap-and-hip-hop-statistics/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 et 24 ans</a>. Cette préférence musicale largement partagée par une même tranche d’âge crée des référents culturels. Il n’y a qu’à songer à la querelle entre Drake et Kendrick Lamar ou encore à des rappeurs populaires comme Travis Scott, Cardi B, Central Cee et Damso. Les générations consommant moins ce type de musique et de média n’ont pas ces références, et le fossé culturel se creuse entre les générations. </p>



<p><strong>Internet : une source de culture infinie </strong></p>



<p>L’accès à l’Internet et aux réseaux sociaux transforme le paysage culturel. Ce dernier n’est plus limité aux formes traditionnelles, comme le théâtre, la littérature, la musique et la télévision : il contient maintenant une foule de contenus multimédias impressionnants. Les <em>memes</em> créent une culture à eux seuls. En ouvrant les commentaires d’une vidéo Tik Tok, impossible de tout comprendre sans connaître les références de certains <em>memes</em>, qui deviennent des façons de réagir au contenu présenté.</p>



<p>À cela s’ajoute la variété de contenu à laquelle sont exposés les utilisateurs. Des œuvres comme des livres ou des films et séries télévisées deviennent virales, peu importe leur provenance. Il suffit de songer à <em>Heated Rivalry</em>, la série record de l’heure au Canada. Il s’agit de la série la plus regardée de l’histoire de <a href="https://variety.com/2025/tv/news/heated-rivalry-hbo-biggest-tv-show-surprise-hit-1236614905/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Crave</a>, la plateforme d’origine. Du contenu dérivé de la série déferle sur Internet, ce qui encourage les utilisateurs à la visionner. Toutefois, sans les réseaux sociaux ou un abonnement à Crave, elle peut passer sous le radar de certains téléspectateurs. Le contenu viral sur Internet est également très international grâce aux utilisateurs venant du monde entier.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="2000" height="1450" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-2000x1450.jpeg" alt class="wp-image-59541" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-2000x1450.jpeg 2000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-650x471.jpeg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-150x109.jpeg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-768x557.jpeg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-1536x1113.jpeg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2026/01/culture14V2-2048x1485.jpeg 2048w" sizes="(max-width: 2000px) 100vw, 2000px"><figcaption><span class="media-credit">Félix Fournier</span></figcaption></figure>



<p><strong>Un problème de représentation </strong></p>



<p>Entouré par des influences anglophones, le Québec tient à son identité distincte. La scène culturelle est un excellent moyen d’encourager l’identité locale en consommant des médias locaux. Or, la génération Z et celles qui la suivent montrent un intérêt diminué pour la culture québécoise. Ce désintérêt est-il la conséquence d’une identification plus difficile aux médias présentés? <em>Le Délit</em> a sondé ses lecteurs sur son compte Instagram en leur demandant s’ils se sentaient représentés par la culture québécoise. Les résultats sont sans équivoque : c’est un non. Seulement 26% des gens ayant participé au sondage ont répondu par l’affirmative, alors que 74% ont répondu par la négative. Toutefois, <em>Le Délit</em> regroupe des lecteurs intéressés par l’actualité et la culture, ce qui peut influencer les résultats.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Il est facile de blâmer les générations plus jeunes pour leur manque d’intérêt envers la culture sans chercher à comprendre cet apparent désintérêt »</p>
</blockquote>



<p>Cela dit, il est vrai que le canon culturel québécois a souvent manqué de diversité. Le Québec d’aujourd’hui étant plus diversifié qu’avant, il est possible que certaines personnes ne se sentent ni représentées ni comprises par les médias. Si les spectateurs ne peuvent pas s’identifier aux personnages qu’ils voient à l’écran, ils n’auront pas nécessairement envie de les regarder. Les œuvres culturelles se doivent de représenter la société telle qu’elle est, en présentant des problématiques réelles et des personnages auxquels les spectateurs peuvent s’identifier. Or, certains sujets sont mal dépeints ou tout simplement mis aux oubliettes. </p>



<p><em>Le Délit</em> a demandé à certaines personnes ayant répondu au sondage des précisions sur leur réponse à la négative. Il s’avère que la représentation de l’appartenance ethnique, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et la santé mentale est lacunaire dans les médias. Ces éléments empêchent les individus de s’identifier pleinement aux personnages, qui vivent une réalité tout autre que la leur. Si les œuvres culturelles du Québec intègrent davantage de représentation multiculturelle, il est rare que le quotidien de personnages immigrants en pleine intégration soit représenté, avec tous les défis que l’arrivée dans un nouveau pays suppose. La représentation est également parfois stéréotypée ou dramatisée pour les besoins de l’intrigue. Par exemple, du côté de la santé mentale, l’émission STAT met en scène un médecin bipolaire victime d’une psychose le menant à tuer l’un de ses collègues. Bien qu’il s’agisse d’une situation possible, la plupart des personnes ayant un trouble bipolaire ne commettent pas de crimes violents. La violence, chez les personnes bipolaires, est souvent l’œuvre de comorbidités, comme l’<a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20819987/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">abus de substances</a>. Toutefois, cette distinction n’est pas précisée dans l’émission et peut contribuer à véhiculer certaines croyances néfastes pour les personnes souffrant d’enjeux de santé mentale.</p>



<p>Il est facile de blâmer les générations plus jeunes pour leur manque d’intérêt envers la culture sans chercher à comprendre cet apparent désintérêt. Les moyens de transmission de la culture sont différents de génération en génération et chacun forge un répertoire culturel à son image. La société évolue et ce changement se doit d’être reflété dans la scène culturelle. Sans cela, le déclin de la culture est assuré : chacun mérite de se sentir représenté et compris par les œuvres qui l’entourent.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/01/14/la-chute-de-lempire-culturel/" data-wpel-link="internal">La chute de l’empire culturel</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Un océan de balados</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/12/un-ocean-de-balados/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julia Couture]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[podcast]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment expliquer leur popularité grandissante?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Il me semble que chaque semaine, je vois passer une nouvelle annonce de balado (<em>podcast</em>) sur l’alimentation, l’astrologie, le <em>dating</em>, le jardinage. Faits par des associations étudiantes, des humoristes ou encore des ex-candidats de téléréalité, ils deviennent une forme de travail universitaire, voilà ce qui est nouveau. Les plateformes audio en sont inondées ; il s’agit d’un véritable raz-de-marrée de discussions. Pourquoi ce format de contenu est-il aussi populaire? Pourquoi ai-je l’impression de me faire assaillir de conversations enregistrées?</p>



<p>D’abord, les balados sont une forme de contenu assez passif. Ils ne demandent pas de s’arrêter pour les consommer ; on peut facilement les écouter en accomplissant d’autres tâches, souvent un peu désagréables, comme le ménage, le lavage ou le voyage en transports en commun. Nous vivons dans une ère où le silence se fait rare – je dirais même qu’il nous paraît collectivement inconfortable. Il y a un besoin, du moins dans la génération Z, de toujours avoir quelque chose pour s’occuper l’esprit. Peut-être est-ce lié au fait que le monde dans lequel nous vivons nous semble de plus en plus désagréable, alors mieux vaut ne pas y penser. Ou encore peut-être parce que nous sommes si habitués à être exposés à du contenu qu’avoir une distraction injectée dans nos oreilles est presque comme une deuxième nature.</p>



<p>Dans la même veine d’idée, les silences sont souvent liés à des moments de solitude. Les podcasts ont ce pouvoir de nous faire sentir moins seuls, comme si nous étions entre amis. Nous vivons une épidémie de solitude ; les podcasts donnent l’impression d’accompagner notre quotidien.</p>



<p>Ce qui est intéressant dans les podcasts, c’est qu’ils combattent le phénomène TikTok du contenu de courte  durée. Ils durent souvent de 30 minutes à deux heures. Au milieu du tourbillon de contenu instantané d’une <em>For You Page</em>, les balados bougent en sens contraire, en prônant le long format, bien qu’il s’agisse encore de contenu, donc pas nécessairement d’une pause de consommation médiatique. Leur montée en popularité traduit une fatigue face au contenu de courte durée.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« les algorithmes encouragent la polarisation en popularisant les publications provocantes »</p>
</blockquote>



<p>Jordan Theresa, une créatrice de vidéos de type « essai » sur la culture populaire et les réseaux sociaux (@jordanatheresa sur Instagram), explique souvent que les réseaux sociaux sont l’endroit où la nuance s’en va mourir. Le sensationnalisme et les extrêmes y ont le plus de succès, et les algorithmes encouragent la polarisation en popularisant les publications provocantes, puisqu’elles suscitent le plus de clics. Les balados, qui opèrent le plus souvent sous la forme d’une discussion, permettent à leur créateur d’organiser ses pensées de façon plus cohérente et nuancée, surtout s’il est face à un interlocuteur qui alimente son discours. Bien évidemment, ce ne sont pas non plus des paradis de la nuance et du discours sensé ; les balados animés par des masculinistes aux propos dégradants envers les femmes à la Andrew Tate ou Lucide Podcast sont un bon cas de figure d’absence de raisonnement logique. Puis, les extraits les plus réactifs des balados se retrouvent souvent sous forme de clip sur TikTok, enlevant tout contexte autour de ce qui est dit… La frontière entre contenu de courte durée et balado n’est pas infranchissable ; les deux s’alimentent l’un et l’autre, que ce soit de façon positive ou négative. Tout de même, il faut noter que les balados peuvent être un repos agréable face aux dialogues de sourds mis en scène sur les réseaux sociaux.</p>



<p>J’explique donc ce phénomène sous quatre axes : le besoin de stimulation constante, la fatigue de l’instantané, la solitude grimpante et la crise de la nuance. Nous avons la fâcheuse habitude d’abuser de ce qui est à la mode. Je me demande donc si, dans cette course à la création de discussions enregistrées, nous perdrons de vue le côté organique de la conversation, au profit d’enregistrements rapides, vides de sens, et superficiellement gratifiants.</p>
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		<title>La littérature érotique chez les jeunes lectrices</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/la-litterature-erotique-chez-les-jeunes-lectrices/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rose Langlois]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[dark romance]]></category>
		<category><![CDATA[littérature érotique]]></category>
		<category><![CDATA[smut]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réflexion sur les impacts du <em>smut</em> et de la <em>dark romance</em>.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">La littérature jeunesse connaît une <a href="https://www.ledevoir.com/lire/827878/litterature-jeunesse-est-plus-populaire-jamais-quebec?" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">croissance fulgurante</a> depuis 2016. En librairie, on trouve de plus en plus d’histoires pour les jeunes, tant les enfants que les adolescents. Avec une offre si large, chacun peut trouver le style qui lui plaît et plonger dans le bonheur de la lecture. Toutefois, tous les livres ne sont pas adaptés pour de jeunes lecteurs et, face à une offre abondante, les parents ne sont pas toujours en mesure de vérifier toutes les lectures de leurs enfants. C’est particulièrement le cas pour les adolescents, jugés aptes à choisir ce qui leur plait. Certaines tactiques commerciales des éditeurs sont parfois trompeuses, et exposent de trop jeunes lecteurs à des récits inappropriés pour leur âge. </p>



<p><strong>La popularisation de la lecture par les réseaux sociaux </strong></p>



<p>Bien qu’on pourrait penser le contraire, les réseaux sociaux ne sont pas complètement opposés à la lecture. Dans les communautés <em>Bookstagram</em> sur Instagram et <em>Booktok</em> sur TikTok, de nombreux influenceurs font des recommandations de lecture à leurs abonnés. Via l’algorithme de ces plateformes, plus un utilisateur interagit avec un certain type de contenu, plus il y sera exposé : la même logique s’applique aux suggestions de lecture. L’utilisateur qui aime les romans policiers, la <em>fantasy</em> ou la romance, et interagit avec du contenu qui y est relié en verra davantage. À travers ces algorithmes, certains livres, parfois publiés des années auparavant, jouissent d’une popularité énorme, faisant la une dans les librairies. Or, les créateurs de contenu qui font la promotion des livres sur les réseaux sociaux sont souvent plus âgés que le public qu’ils touchent. Leurs goûts de lecture sont donc façonnés par des expériences de vie et une certaine maturité que les jeunes lecteurs n’ont pas toujours. </p>



<p><strong>La montée en popularité du <em>smut</em> </strong></p>



<p>Si la communauté <em>Booktok</em> propose des recommandations de lecture diversifiées, elle met davantage en avant certains genres plus que d’autres. C’est le cas de la littérature érotique, couramment appelée « <em>smut</em> », qui est actuellement l’un des genres les plus représentés : le mot-clic est associé à <a href="https://www.7sur7.be/lire/les-lectrices-raffolent-de-ce-genre-litteraire-elles-preferent-ces-livres-a-du-porno~ae9c4a8c/?referrer=https://www.google.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">1,1 milliard de vidéos</a> sur TikTok. La montée en popularité du genre littéraire n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Comme la romance, dont la littérature érotique est un sous-genre, a un public majoritairement féminin, elle permet aux femmes de lire des histoires qui se concentrent sur leur plaisir et leurs fantasmes contribuant à briser certains des tabous entourant la sexualité. Les histoires sont rédigées selon différents clichés, ce qui permet aux lectrices de choisir ce qu’elles préfèrent : romances avec des joueurs de hockey, personnages qui passent d’amis à amants ou même d’ennemis à amants. Chacune y trouve son compte. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« <em>La lecture du fameux </em>smut<em> peut contribuer à créer des attentes relationnelles et sexuelles irréalistes</em> »</p>
</blockquote>



<p><strong>L’accessibilité de la littérature érotique </strong></p>



<p>Les utilisateurs de TikTok sont, en majorité, de la génération Z : près de 70 % des utilisateurs de la plateforme aux États-Unis <a href="https://scholar.utc.edu/cgi/viewcontent.cgi?params=/context/honors-theses/article/1480/&amp;path_info=BookTok__The_Cultural_Phenomenon_Introducing_a_Stagnated_Industry_to_a_New_Generation__Daley_Culberson.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ont moins de 18 ans</a>. Cet auditoire très jeune est exposé à des recommandations de lecture qui sont donc parfois inappropriées pour leur âge. De plus, la mise en marché de ces livres est souvent très innocente : des couleurs vives ou pastel, des illustrations présentant les deux personnages principaux, un résumé assez conservateur de l’histoire… Les livres érotiques ne sont en apparence pas très différents des livres de romance classiques. Un lecteur qui ne connaît pas les titres érotiques populaires pourrait très bien en choisir un en croyant sélectionner une romance banale. Bien sûr, la plupart des librairies séparent leurs livres par genre, mais comme les deux genres se recoupent, les rangées sont souvent à proximité l’une de l’autre. </p>



<p><strong>Les dangers du <em>smut</em> </strong></p>



<p>La littérature érotique n’est pas adaptée à tous les âges. Bien sûr, chez des lectrices plus âgées, ce genre d’histoire peut présenter une bonne forme de divertissement et un espace d’exploration du désir. Toutefois, ce genre de lecture chez des adolescentes, et même parfois des préadolescentes, qui n’ont pas de connaissances sur la sexualité, peut être problématique. La littérature érotique, bien qu’elle dépeigne la plupart du temps des scénarios vraisemblables, reste de la fiction. Si les adultes peuvent différencier réalité et fiction, ce défi peut être de plus grande taille chez les jeunes, qui sont plus influençables et naïfs. </p>



<p>La lecture du fameux <em>smut</em> peut contribuer à créer des attentes relationnelles et sexuelles irréalistes. De plus, de telles histoires présentent souvent des protagonistes dans la vingtaine, si ce n’est dans la trentaine. Alors que la protagoniste est une femme, la lectrice est encore une fille. Des adolescentes peuvent désirer une histoire romantique comme celles qu’elles lisent et ensuite imiter les comportements d’une protagoniste dans la vingtaine, ce qui peut rapidement devenir inapproprié ou dangereux. </p>



<p><strong>La <em>dark romance</em> : là où les choses se corsent </strong></p>



<p>Un genre littéraire similaire gagne en popularité : la « <em>dark romance</em> » (« romance sombre »). Il s’agit de romans où l’histoire d’amour est moralement ambiguë ou malsaine, voire immorale ou illégale. Parmi les clichés les plus populaires, on retrouve la relation avec un chef de la mafia, l’enlèvement et la captivité. La plupart des romans de <em>dark romance</em> ont en commun un protagoniste masculin dominant auquel la protagoniste féminine doit se soumettre. Ce genre met directement en valeur des relations de pouvoir, parfois violentes, en restant strictement fictif. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Si les adultes peuvent différencier réalité et fiction, ce défi peut être de plus grande taille chez les jeunes, qui sont plus influençables et naïfs »</p>
</blockquote>



<p>Si les sujets peuvent être jugés problématiques, un élément l’est encore davantage : le manque de consentement. Si les personnages ne manifestent pas leur désaccord par rapport aux actes sexuels qui ont lieu, il est aussi bien rare que les femmes donnent leur accord de façon claire. Cette omission, déjà source de préoccupation pour tout lectorat, l’est d’autant plus lorsque les lectrices sont de jeunes adolescentes. Ces dernières pourraient idéaliser les relations décrites dans ces histoires et croire que ces dynamiques de pouvoir et ces relations malsaines sont tout à fait normales. Une telle perception des relations amoureuses et sexuelles est dangereuse, car elle peut forger une norme chez ces jeunes lectrices, qui pourraient rapidement chercher à faire « comme les grands ». </p>



<p>La normalisation des comportements manipulateurs et violents est un véritable enjeu qui mérite d’être pris au sérieux dans un monde où déjà <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-10-10/violence-conjugale/dix-jours-pour-changer-la-trajectoire-de-sa-vie.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">quinze féminicides</a> ont eu lieu au Québec depuis le début de l’année 2025, dont neuf dans un contexte de violence conjugale. La <em>dark romance</em>, bien qu’elle soit un genre divertissant, mérite d’obtenir une surveillance accrue afin d’éviter que le jeune lectorat, tant féminin que masculin, ne normalise des comportements abusifs. Le <em>smut</em>, de son côté, pourrait contribuer à une sexualisation précoce des jeunes filles et créer des attentes relationnelles irréalistes.</p>
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		<title>Davantage compréhensible… même pour les enfants</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/11/05/davantage-comprehensible-meme-pour-les-enfants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jiayuan Cao]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[accessibilité]]></category>
		<category><![CDATA[compréhension]]></category>
		<category><![CDATA[enfant]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment la barrière de la langue exclut la jeunesse.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Les élections municipales québécoises ont finalement pris fin après des mois de campagne. Qui dit élections dit forcément droit de vote. Ce dernier, au Québec, est réservé aux citoyens de plus de 18 ans. Et si les enfants avaient un mot à dire? Dans son essai intitulé <em>Pour le droit de vote dès la naissance</em>, paru en septembre 2024, l’autrice et chercheuse Clémentine Beauvais nous invite à reconsidérer notre conception de l’enfance à travers un plaidoyer pour le droit de vote des enfants.</p>



<p><strong>Dé-hiérarchiser la langue</strong></p>



<p>L’un des arguments érigés contre l’inclusion des enfants dans la vie politique est la barrière de la compréhension. La langue y joue un rôle indéniable. Pour Clémentine Beauvais, ce n’est toutefois pas un obstacle incontournable : elle propose alors une simplification des communiqués. Elle mentionne le facile à lire et à comprendre (FALC), une traduction conçue pour un public vivant avec une déficience intellectuelle, ou encore les personnes en processus d’apprentissage de la langue, notamment les enfants. « Il faudrait apprendre à voir la simplicité comme une valeur, et non un échec de la pensée », écrit-elle. « Si trop de gens ne comprennent pas […], il faut faire différemment ».</p>



<p>En 2022, <a href="https://fondationalphabetisation.org/wp-content/uploads/2025/03/PEICA-Canada-2022-Analyse-des-nouvelles-donnees-pour-le-Quebec.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">22 %</a> de la population québécoise présentait un niveau de littératie entre ‑1 et 1 (sur une échelle allant jusqu’à 5, où –1 correspond à la lecture de textes très simples et 5 à la compréhension de textes complexes et argumentatifs). Ainsi, une telle traduction alternative s’avère nécessaire pour éviter d’exclure ces personnes non seulement de la vie politique, mais aussi de la vie culturelle. En Europe, c’est l’association <a href="https://www.inclusion-europe.eu/easy-to-read/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Inclusion Europe</a> qui assure la diffusion de l’outil, tandis qu’au Canada, <a href="https://accessibilite.canada.ca/elaboration-normes-accessibilite/can-asc-312025-langage-clair" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une norme</a> semblable – dite du « langage clair » – a été publiée en octobre dernier par Normes d’accessibilité Canada (NAC) sur le site officiel du gouvernement canadien. Même si ce système de traduction cible les personnes en situation de handicap, sa mise en œuvre bénéficie à tout le monde, y compris les enfants, grâce à sa simplicité.</p>



<p>Clara, étudiante en linguistique à McGill, y voit un potentiel pour l’enrichissement de la société. Plurilingue, elle est d’accord que « <em>l’exercice consistant à décomposer des textes complexes est essentiel dans le processus d’apprentissage et dans le développement de l’esprit critique et des capacités d’analyse et</em> <em>de compréhension </em>(<em>tdlr</em>)<em> </em>». Certes, sur le plan littéraire, certaines formulations risquent de perdre en partie leur richesse artistique dans cette simplification. Clara croit ainsi qu’il convient de « promouvoir l’équilibre et de présenter à la fois la version originale et simplifiée du texte ». Toutefois, l’implantation du FALC n’a pas pour but de remplacer le français (ou d’autres langues) standard, mais vise plutôt à encourager l’inclusion d’un plus grand public au sein de la société.</p>



<p><strong>Culture : droit ou privilège?</strong></p>



<p>La question du langage dépasse cependant largement celle de la compréhension : elle touche également à la légitimité. Clémentine Beauvais aborde une « exclusion universelle » des enfants dans la sphère politique par le langage. Cette exclusion, par ailleurs, ne touche pas uniquement les enfants. En tant qu’immigrante de première génération, je l’ai concrètement vécue dès mon arrivée à Montréal. Si la langue détermine qui peut comprendre un discours politique, elle détermine aussi qui peut accéder à une chanson, un poème ou une pièce de théâtre.</p>



<p>On dit souvent qu’une image vaut mille mots. Bien que certaines formes d’art ne nécessitent pas la langue pour passer leur message, cette dernière reste souvent l’intermédiaire entre une œuvre et son public. Je me souviens avoir regardé, avec mes parents, notre premier film de Noël. Les scènes étaient belles, mais l’intrigue tout à fait inintéressante. Nous avons passé 30 minutes devant la télévision sans comprendre ni les dialogues ni les sous-titres, à l’exception de quelques « bonjour » et « merci ». Ce moment m’a appris que la culture n’est pas universelle par essence ; elle le devient seulement quand tout le monde peut y accéder et comprendre ses codes.</p>



<p>En bref, l’idée d’accorder le droit de vote aux enfants n’est pas à prendre au pied de la lettre. C’est une expérience de pensée nous permettant de forger une meilleure démocratie. Si tel devenait la norme, nous serions poussés à rendre le langage – et, par extension, la culture – plus accessibles. Beauvais conclut qu’avec « le droit de vote dès la naissance, nous ne pourrions plus ignorer [les inégalités causées par l’incompréhension, <em>ndlr</em>] ». Après tout, être ici, « c’est déjà une forme d’expertise sur le monde ». Comprendre, c’est déjà participer.</p>
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		<title>La culture à l’ère des écrans</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2025/09/24/la-culture-a-lere-des-ecrans/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bogdan A. Sava]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Sep 2025 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[classiques]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=58609</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une culture fragmentée peut-elle encore nous rassembler?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Qu’est-ce que la culture? C’est ce trésor commun dans lequel tous puisent et auquel chacun peut contribuer. C’est ce <em>chemin de désir</em> qui se trace sous les doigts des lecteurs, qui élisent les classiques en tournant les pages. Une lecture – un visionnement – est à bien des égards un vote dans cette instance démocratique que l’on appelle la culture. </p>



<p>La culture a ses jalons que nous appelons des référents ; ces référents, qui étaient jadis des histoires contées, chantées, écrites, se retrouvent aujourd’hui propagés et déterminés par l’intermédiaire des écrans. Une histoire qui aurait mis des semaines à faire le tour du village peut en quelques jours faire le tour du monde.</p>



<p>La promesse d’Internet était celle d’une grande démocratisation ; à l’ère des géants du Web, nous savons aujourd’hui qu’il n’en sera rien.</p>



<p><strong>Le commerce de l’attention </strong></p>



<p>Depuis longtemps, le lectorat renie les succès dits « commerciaux », qu’il oppose à un succès plus franc, plus profond, et de plus longue durée. Si la critique et l’édition peuvent se tromper sur le court terme, un lectorat plus large finit souvent par corriger leurs erreurs de jugement.</p>



<p>La technologie avance ; la société augmente sa production de toutes choses, y compris de culture. Le tronc commun de la culture se divise, les référents se multiplient. Une culture qui se fragmente peut-elle encore nous rassembler? </p>



<p>L’algorithme de recommandation des plateformes numériques maximise le temps d’écran en se faisant la plus précise idée de nos goûts personnels. Ces algorithmes deviennent des conseillers omniprésents, dirigeant notre attention vers telle ou telle information qui risque de piquer notre intérêt. </p>



<p>Ce faisant, ils réunissent au même endroit les internautes, au-delà des frontières, en fonction de leurs goûts, de leurs opinions et préférences. L’ère du numérique est cependant aussi celle d’un présent continu, d’une amnésie collective, de la relativité culturelle. Puisque pour l’algorithme, tout contenu se vaut, pourquoi les plateformes feraient-elles la promotion de contenu qui fait réfléchir? Promouvoir un livre où un artiste pousse les internautes hors de la portée toujours grandissante des plateformes. Pour Meta, bannir les médias d’information au Canada était tout autant une affaire de responsabilité fiscale que d’attention. Bien que les contenus médiatiques vérifiés ne soient plus disponibles sur les plateformes, peu sont ceux qui ont fait le saut entre leur fil d’actualité et la presse numérique.</p>



<p><strong>Pourquoi lire les classiques? </strong></p>



<p>Lire est un acte tout autant culturel que politique. Choisir de donner son attention à une œuvre particulière, c’est la pousser un peu plus près du panthéon de la culture commune. </p>



<p><em>Pourquoi lire les classiques?</em> Dans son recueil d’essais éponyme, Italo Calvino nous laisse cet indice : « Principe numéro 13) Est classique ce qui tend à reléguer l’actualité au rang de rumeur de fond, sans pour autant prétendre éteindre cette rumeur. » Je rajoute à ceux de Calvino un 15<em>e</em> principe : les classiques forment ce tronc commun qui nous arrache au présent pour nous rappeler que nous ne sommes, comme dirait Joyce, « ni premier ni dernier ni seul ni unique dans une série ayant son origine dans l’infinité et se répétant à l’infini » (<em>Ulysse</em>, p.1 120). </p>



<p>Ce qui se produit aujourd’hui sera un jour classique, cela ne fait aucun doute. Il faudra cependant accorder à ces œuvres contemporaines un délai de maturation, le temps que les idées cheminent dans l’inconscient collectif. Il faut laisser au présent le temps d’acquérir son caractère nostalgique. </p>



<p>Ces futurs classiques sont, à beaucoup d’égards, à la merci de notre attention collective.</p>
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		<title>Pourquoi choisissons-nous de revisiter le passé?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2024/10/30/pourquoi-choisissons-nous-de-revisiter-le-passe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Harantxa Jean]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Oct 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=56389</guid>

					<description><![CDATA[<p>Découvrons l'héritage de deux opéras de chambre mythiques et de Beethoven.</p>
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<p class="has-drop-cap"><em>La servante et la clairvoyante</em>, une soirée d’opéra présentée à la Salle Pierre-Mercure, et le&nbsp;<em>Marathon Beethoven&nbsp;</em>à la Maison symphonique de Montréal, m’ont immergée dans des expériences captivantes, oscillant entre manipulation et destin. Ces deux événements, par leur exploration de pièces aussi anciennes que&nbsp;<em>La serva Padrona&nbsp;</em>(1733) de Pergolesi et&nbsp;<em>The Medium&nbsp;</em>(1946) de Menotti, ainsi que les symphonies intemporelles de Beethoven, m’ont confrontée à un choix : voyager dans le passé pour y puiser des vérités qui résonnent encore aujourd’hui ou laisser ces œuvres tomber dans l’oubli.</p>



<p>Cela peut sembler un devoir ambitieux, mais ce choix reflète une entreprise commune qui se manifeste au quotidien. Que ce soit par la reprise de films cultes comme&nbsp;<em>American Psycho&nbsp;</em>(2000), qui sera adapté l’an prochain par Luca Guadagnino, ou par le Musée Métropolitain d’Art de New York, préparant l’exposition associée au prochain MET Gala sur l’héritage du dandysme afro-descendant, ce choix n’est pas réservé aux arts de la scène. Même en cette fin du mois d’octobre, la fête d’Halloween, suscitant le revêtement de costumes ancrés dans l’imaginaire collectif, relève cette tendance. Mais choisir de revenir vers des créations du passé, de les adapter et les réinventer, n’est pas uniquement une question de nostalgie. Ici, à Montréal, la scène culturelle semble nous rappeler que revisiter le passé est non seulement naturel, mais nécessaire.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« À Montréal, la scène culturelle semble nous rappeler que revisiter le passé est non seulement naturel, mais nécessaire »</p>
</blockquote>



<p><strong><em>La servante et la clairvoyante&nbsp;</em></strong><strong>: un reflet de la société</strong></p>



<p>Lors de la soirée du 8 octobre dernier,&nbsp;<em>La servante et la clair- voyante&nbsp;</em>nous proposait deux pièces distinctes :&nbsp;<em>La serva Padrona</em>, une comédie enjouée, et&nbsp;<em>The Medium</em>, un drame sombre.&nbsp;<em>La serva Padrona</em>, écrite en 1733 par Giovanni Battista Pergolesi, se présente comme une comédie vivace où le personnage principal, Serpina, incarne l’audace et l’insoumission. Servante de la maison, elle se doit d’obéir à Uberto, son maître vieillissant et impatient. Cependant, elle défie les attentes de son supérieur en utilisant son intelligence et son charme pour<br>le manipuler, osant même lui interdire de quitter la maison et orchestrer un subterfuge pour qu’il consente à l’épouser.</p>



<p>Pour une œuvre créée il y a près de trois siècles,&nbsp;<em>La serva Padrona&nbsp;</em>est étonnamment actuelle dans sa critique sociale. La représentation d’une femme forte, qui refuse de se plier aux demandes et qui parvient à renverser l’ordre établi, rappelle les revendications féministes actuelles. Dans la version contemporaine de cette pièce, la jeunesse du comédien jouant Uberto efface la dynamique traditionnelle d’un vieil homme manipulé par une jeune servante rusée. Ici, Serpina et Uberto apparaissent comme des égaux, et cette inversion de rapport souligne un message moderne : Serpina refuse de se soumettre aux injonctions qui lui dictent quoi faire de sa vie et de son corps. Pour les spectateurs, un Uberto jeune vient renforcer l’idée qu’au-delà d’une hiérarchie de classe, c’est la dynamique de genre qui est interrogée. Celle-ci nous montre que le contrôle et l’autonomie sont des thèmes intemporels, et qu’une femme peut revendiquer son pouvoir par la simple affirmation de sa volonté.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center">« Revisiter des récits fait partie intégrante d’une démarche visant à com- prendre des dilemmes sociaux actuels »</p>
</blockquote>



<p>En contraste avec ce message porteur d’espoir,&nbsp;<em>The Medium&nbsp;</em>de Gian Carlo Menotti, écrit en 1946, nous plonge dans un univers d’angoisse et de tragédie. Madame Flora, une clairvoyante déchue, utilise des séances de spiritisme truquées pour extorquer de l’argent à ses clients désespérés, manipulant leur douleur pour son propre gain. Son univers bascule lors d’une séance où elle ressent soudainement une main invisible autour de sa gorge, un phénomène qu’elle ne peut expliquer et qui la hante. La pièce explore les ravages de la culpabilité et de la peur qui se transforment en paranoïa. Flora, incapable d’assumer sa propre responsabilité, finit par accuser son serviteur muet, Toby, d’être à l’origine de ces manifestations paranormales. La tension monte jusqu’à un climax dévastateur, où Flora, consumée par la terreur et la folie, abat Toby, croyant qu’il est le fantôme qui la tourmente.</p>



<p><em>The Medium&nbsp;</em>émet une résonance troublante dans la société actuelle, où la cupidité, les faux-semblants et l’obsession du contrôle causent des souffrances inimaginables. Aveugle face aux conséquences de ses actes, Flora préfère rejeter le blâme sur Toby – une allégorie des conflits modernes où la violence est dirigée vers les plus vulnérables et non vers ceux qui les engendrent. En outre, la mise en scène de François Racine, enrichie par la direction du maestro Simon Rivard et des étoiles montantes de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, nous démontre que revisiter des récits fait partie intégrante d’une démarche visant à comprendre des dilemmes sociaux actuels.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1200" height="800" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-1200x800.jpg" alt class="wp-image-56390" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-1200x800.jpg 1200w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-650x433.jpg 650w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-150x100.jpg 150w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-768x512.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-1536x1024.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-2048x1365.jpg 2048w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2024/10/20241017-19h48m04sC-930x620.jpg 930w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px"><figcaption><span class="media-credit">TamPhotography</span></figcaption></figure>



<p><strong><em>Marathon Beethoven&nbsp;</em></strong><strong>: l’éternel retour du destin</strong></p>



<p>Quelques semaines plus tard, le 20 octobre, je me retrouve au spectacle « Beethoven et le destin » du&nbsp;<em>Marathon Beethoven</em>, où Yannick Nézet-Séguin dirige l’Orchestre Métropolitain (OM) dans une interprétation magistrale des symphonies du maître de la musique classique. Un événement d’une rare intensité où la musique vient elle aussi transcender les époques pour captiver les esprits modernes. Mais qu’apporte l’héritage de Beethoven comme message utile à notre société moderne?</p>



<p>Ce n’est pas la première fois que l’Orchestre Métropolitain organise un Marathon Beethoven : 20 ans plus tôt, un événement similaire avait été célébré pour marquer le 25<em>e&nbsp;</em>anniversaire de l’orchestre. Cette fois, une nouveauté est ajoutée : l’accent est mis sur l’héritage de Beethoven. Pour valoriser l’influence du compositeur sur les générations lui ayant succédé, l’OM a lancé le concours « Héritage Beethoven », destiné aux compositeurs de moins de 35 ans. Les participants devaient créer une composition inspirée d’une des symphonies de Beethoven ; les compositions des quatre lauréats seraient interprétées lors du Marathon. J’ai ainsi eu la chance d’écouter <em>Ré_Silience&nbsp;</em>de Cristina Garcia Islas, écrite en hommage au compositeur révolutionnaire. Cette œuvre montre combien le génie de Beethoven guide encore de jeunes créateurs, qui y trouvent un élan d’inspiration pour exprimer des émotions actuelles.</p>



<p>Alors pourquoi choisissons-nous de revisiter le passé? Certaines créations résistent tout simplement à l’épreuve du temps. Ce choix nous permet de reconnaître que, malgré nos avancées, des défis demeurent, tout comme la virtuosité d’autres continue de rayonner.</p>



<p>La servante et la clairvoyante&nbsp;<em>a eu lieu à la Salle Pierre-Mercure le mardi 8 octobre 2024 et le&nbsp;</em>Marathon Beethoven&nbsp;<em>s’est tenu du 17 au 20 octobre 2024 à la Maison symphonique de Montréal.</em></p>
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		<title>Le son peut-il changer le monde?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2022/11/30/le-son-peut-il-changer-le-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sophie Ji]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Nov 2022 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[acoustémologie]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[son]]></category>
		<category><![CDATA[Steve Feld]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=50187</guid>

					<description><![CDATA[<p>Apprenons à écouter activement nos environs.</p>
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<p></p>



<p class="has-drop-cap">Que peuvent nous apprendre les sons? Arrêtez-vous un instant, et portez attention à l’atmosphère sonore autour de vous. Qu’entendez-vous? Quels sons avez-vous l’habitude d’effacer de votre attention? Un grésillement de frigo? Les moteurs de voitures? Un tic tac d’horloge?</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-blanc-color">.</mark></p>



<p>L’acoustémologie, terme joignant «acoustique» et «épistémologie», est une théorie visant à analyser les savoirs produits par les sons et par l’écoute active, développée par l’ethnomusicologue Steven Feld en 1992. Cette approche épistémologique s’intéresse à la connaissance et au savoir en tant que produits relationnels et contextualisés, et non pas en tant qu’entités inertes existant hors des cadres spatio-temporels et sensoriels. L’acoustémologie propose donc une vision du monde dans laquelle êtres, matières et technologies se forment à travers les interactions qu’il·elle·s ont les unes avec les autres, notamment à travers l’écoute et les sons.</p>



<p>Revenons à notre question de départ ; que peuvent nous apprendre les sons? Tentons l’expérience. Si vous avez un appareil pouvant enregistrer des sons à votre disposition, sortez-le et lancez l’enregistreur pendant une minute. Ensuite, écoutez le produit final. Y a‑t-il des sons ambiants que vous n’aviez pas remarqués durant l’enregistrement, mais que vous entendez maintenant que vous réécoutez ce que votre microphone a capté? Ou encore, y a‑t-il des sons qui vous semblent maintenant différents de ceux que vous avez entendus «en direct», une fois que ceux-ci ont été enregistrés, puis réécoutés à travers la médiation d’une technologie?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Changer notre relation avec les sons peut potentiellement modifier notre perception du monde »</p></blockquote>



<p>En suivant l’approche acoustémologique, l’expérience quotidienne pour les personnes entendantes de privilégier certains sons au profit d’autres – et même de parfois tenter de s’isoler dans de nouvelles atmosphères sonores à travers la suppression du bruit offerte par un casque d’écoute ou des écouteurs – peut être vue comme un riche réservoir de savoirs concernant la manière dont nous interagissons avec le monde et dont nous nous construisons en tant qu’individus par le même processus. Ainsi, changer notre relation avec les sons peut potentiellement modifier notre perception du monde. Et si nous tentions de davantage porter attention aux sons ambiants? Qu’est-ce qu’une écoute active du son des voitures plutôt qu’une marche passive d’un endroit à l’autre pourrait révéler par rapport à nos relations avec les véhicules? Que se passerait-il si un bruit complètement différent de ceux que nous associons aux moteurs émergeait d’une voiture? La voiture resterait- elle une voiture? Qu’est-ce qui définit la voiture en tant que «voiture»?</p>



<p>La compositrice Pauline Oliveros s’est notamment demandé pourquoi, en plus des télescopes captant des images de l’espace, nous ne tenterions pas aussi d’enregistrer les sons des galaxies, et à l’opposé, de capter aussi les sons entourant le «micro-monde» visuellement accessible à travers les microscopes. En effet, pourquoi privilégier l’apprentissage à travers la vision plutôt que par l’écoute? D’où nous vient ce désir, cette impulsion de tout voir? «Je dois le voir pour le croire» ; pourquoi ne pas plutôt chercher à «entendre pour croire»? Pourquoi nos croyances sont-elles souvent basées sur la vision? Pensons‑y une minute, le temps d’écouter activement nos environs.</p>
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