Louise Kronenberger – Le Délit https://www.delitfrancais.com Le seul journal francophone de l'Université McGill Sun, 21 Apr 2019 21:56:31 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.10 Juste une autre brique https://www.delitfrancais.com/2017/03/28/juste-une-autre-brique/ Tue, 28 Mar 2017 13:49:51 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28345 Du 11 au 17 mars, l’Opéra de Montréal a présenté sa création originale Another Brick in The Wall, inspirée de l’album The Wall du célèbre groupe britannique Pink Floyd. Ce projet très ambitieux a été en partie réalisé dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, ce qui explique le budget important qui y a été consacré. Toutes les dates sont presque complètes et les spectateurs sont jeunes comme plus âgés: cela témoigne du succès qu’a eu cette œuvre et l’impatience avec laquelle elle a été attendue.

Il y a t-il quelqu’un là-bas?

Cet opéra se compose de deux actes. L’histoire raconte celle d’un musicien au sommet de sa carrière qui, lors d’un concert, craque. Il est emmené à l’hôpital et c’est le début d’une introspection. Le chanteur, Pink, est plongé dans sa propre histoire. Il repasse à travers son enfance où il revoit son père partant à la guerre, sa mort au front, résultant en une enfance sombre avec une mère surprotectrice et oppressante. À l’école, il est tyrannisé par un professeur réducteur, empêchant tous les enfants de développer leur imagination, renforçant d’autant plus ce mur qu’il est petit à petit en train de se créer autour de lui. Il s’exclue du monde extérieur. On revoit  ensuite sa rencontre avec son ex-femme avec qui les rapports se dégradent au fur et à mesure que sa carrière dans la musique décolle. Il se renferme sur lui-même et compense son échec amoureux avec des groupies ou de la drogue. Petit à petit, Pink construit son mur, formé de ses déceptions, dans lequel il va s’isoler.

Le procès

Pink, l’allégorie de Roger Waters (chanteur du groupe Pink Floyd), est maintenant seul derrière son mur. Il fantasme, devient un dictateur dans son imagination, voulant détruire toute personne du monde extérieur qui cherche à lui nuire. Finalement, il va subir un procès par les personnages imaginaires de sa folie qui vont le condamner à briser son mur, et se réconcilier avec le monde.

L’opéra est en effet très inspiré de l’album mais aussi du film, The Wall. On retrouve le même déroulement, avec souvent même des scènes très inspirées comme celle qui accompagne la chanson Another Brick in the Wall  où l’on voit les élèves se rebeller contre ce professeur despotique. Les décors étaient basés autour d’un grand mur, où des images et vidéos illustrant les scènes étaient projetées. Parfois très utiles et esthétiques, elles manquaient aussi parfois de finesse et en devenaient presque kitsch, avec des couleurs trop flashs donnant un esthétique manga. Ce mur était cependant mis à bon usage à d’autres moments, notamment avec des jeux de lumières et d’ombres.

Un résultat mitigé

Malgré le potentiel que dépeint l’œuvre de Roger Waters, aussi bien l’album que le film du même nom, la force initiale des morceaux aurait pu être mieux exploitée. Certaines chansons comme la très mythique Another Brick in the Wall n’était pas assez puissante sur scène. La beauté de Goodbye Blue Sky n’est pas du tout ressortie, une véritable déception lorsque l’on est un·e grand·e amateur·trice des Pink Floyd. À part les paroles, la musique n’avait presque rien en commun avec les originales, et ce n’est peut-être pas pour le mieux. La seule chanson qui a été bien exploitée a été Bring the Boys Back Home où cette nouvelle facette de l’opéra a pu ajouter une puissance, différente de la chanson originale, mais très plaisante.

Malgré le fait que le metteur en scène, Dominic Champagne, ait reconnu qu’il n’avait pas l’intention de reproduire l’album ou le film, cet opéra n’a rien ajouté de spécial à l’œuvre de Waters. Celui-ci avait déjà mis en scène le spectacle LOVE du Cirque du Soleil et avait fait ressortir la poésie présente dans l’œuvre des Beatles. Ici, malheureusement le résultat n’est pas aussi réussi. Cependant, on applaudit la mise en scène du moment où Pink reçoit son procès, celui-ci étant une scène imaginaire et psychédélique en dessin animé dans le film, ce qui a rendu la tâche délicate. 

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Où ça? Où ça? https://www.delitfrancais.com/2017/03/21/ou-ca-ou-ca-3/ Tue, 21 Mar 2017 13:24:41 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28258 Bibliothèque Mordecai-Richler

Montréal compte plus d’une quarantaine de bibliothèques publiques réparties à travers la ville. Ces dernières s’avèrent bien pratiques lorsque l’on recherche un lieu tranquille pour travailler loin des cafés surpeuplés et des allées encombrées de McLennan. La bibliothèque Mordecai-Richler en fait partie.

Située sur l’avenue du Parc au coin de la rue Saint-Viateur elle a trouvé refuge en 1992 dans les murs de l’ancienne église de l’Ascension. Il y règne donc une ambiance studieuse sous ses boiseries et ses vitraux datant du début du 20ème siècle où des étudiants et des habitants du quartier se partagent l’espace.

Non loin des cafés du Mile End les plus distraits pourront aisément prendre une pause bien méritée et profiter de tout ce dont les alentours ont à offrir tandis que les plus studieux se satisferont de la zone café se trouvant au rez-de-chaussée.

Mais plus qu’un espace d’étude la bibliothèque Mordecai-Richler est aussi un élément clé de la vie communautaire du quartier: au premier étage sa salle polyvalente se transforme régulièrement en un point de rassemblement grâce à l’organisation de conférences et d’activités diverses. Ainsi dans les semaines à venir vous pourrez, par exemple, assister à Mémoires du Mile End, une série de conférence qui revient sur l’histoire mais aussi les enjeux du quartier ou encore au Projet de Ruche d’art, une initiative montréalaise qui vise à créer des endroits où l’art est utilisé comme un moyen d’inclusion selon l’identité des quartiers et leurs communautés.

– Dior Sow


Café Aunja

Si vous souhaitez changer un peu d’air et expérimenter un nouveau café et des nouvelles saveurs, vous devez vous rendre au Café Aunja. Situé sur la rue Sherbrooke, à deux pas du Musée des Beaux Arts des Montréal, cet endroit est idéal tant pour retrouver vos amis que pour aller étudier. C’est un café iranien, où l’ambiance est apaisante et jeune. Le luminaire, avec ses petites guirlandes d’ampoules, disposé sur le plafond fait de l’effet et nous plonge dans une atmosphère chaleureuse.

Le meilleur dans tout ça, c’est que régulièrement le café tient des expositions d’artistes. Cela ajoute à la décoration et orne très joliment l’endroit. Vous pourrez même en acheter si l’une d’entre elles vous tape dans l’œil. Des petits bijoux originaux d’artistes sont également disposés dans le café, qui tentent notre porte-monnaie. Côté boisson, leurs thés sont exceptionnels. Ils sont présentés dans des pots Mason, avec des doses généreuses de pétales des fleurs, de véritables bouts de fruits, des herbes aromatiques et autres en fonction du thé que vous choisissez. Si leur goût ne vous suffit pas, cela vous fera tout de même une très belle photo pour votre Instagram.

Café Aunja propose également une belle sélection de pâtisseries faites maison, avec des changements quotidiens en fonction du gâteau du jour. Le café propose également régulièrement des événements ou des ateliers. Récemment, ils nous invitaient à fêter avec eux le nouvel an perse, ou alors à venir peindre des œufs de Pâques. L’ambiance, le dynamisme et leurs produits vous charmeront à coup sûr.

– Louise Kronenberger


Les Puces St-Michel

On parle souvent des boutiques de vêtements vintage dont Montréal regorge, mais plus rarement de ses marchés aux puces. Le Délit a profité de sa semaine de relâche pour s’aventurer au bout de la ligne bleue du métro, terminus Est, et déambuler au marché aux puces St-Michel. Il s’agit d’un des plus grands de la région, avec plus de cent stands, où l’on se perd facilement dans ce qui est assurément la caverne d’Ali Baba du quartier St-Michel.

Ces stands, pour la majorité tenue par des soixantenaires, offrent bricoles en tout genre. Des simples étalages de bijoux de grand-mères aux stands emplis de jeux vidéos et des game boys de notre enfance, il faut prendre son temps pour découvrir les singularités de chaque étalage. Il y a aussi l’embarras du choix si on désire re-décorer son condo style rétro et décalé. On va également aimer parcourir de vieilles revues — politiques mais pas que… — des années 60. Côté lecture, un kiosque est consacré aux livres, recueils et bibliothèque de la Pléiade et offre un large éventail de choix.

Quand faut-il venir? Le marché est ouvert le vendredi, samedi et dimanche mais l’on vous recommande de venir la fin de semaine car certains stands sont fermés le vendredi. Si vous comptez y aller lors de votre pause procrastination, prévoyez-vous une plage conséquente et chargez-vous de patience pour trouver la perle rare parmi certains étalages un peu sans dessus dessous. Enfin, dernier conseil: n’hésitez pas à marchander! 

– Chloé Mour


La Société Textile

Vous avez sûrement entendu parler du concept d’anti-café, comme celui de Place des Arts, un des premiers à s’être installé à Montréal. Le principe est simple et innovant: on paye à l’heure (en moyenne trois dollars et jamais plus de dix dollars la journée) et bénéficie ainsi d’un espace de travail plus «comfy»  que les cafés réguliers, de wifi illimitée, ainsi que de boissons chaudes et froides, et voir même de petits snacks.

Au coin de l’avenue du Parc et du boulevard St-Joseph, au cœur du quartier du Mile End, trois amies ont décidé de mettre à profit leur passion du tricot pour ouvrir un anti-café dédié à la couture et aux travaux textiles. Les habitué-e-s du quartier ont déjà pu entrevoir les grands plans de travail au travers des larges devantures vitrées du café, nommé «La Société Textile», qui permet également d’achever des ouvrages non nécessairement textiles. L’endroit parfait donc pour les étudiant-e-s lassés des cafés traditionnels.

Sont également à disposition trois machines à coudre pour cinq dollars de l’heure et une autre machine pour les personnes plus expérimentées pour dix dollars de l’heure. Ce café chaleureux se veut un espace de co-travail et de partage, est aussi un magasin où trouver laine, fils, tissus et autre matériel de couture que les gérantes obtiennent de divers artisans engagés. Enfin, des évènements sont organisés régulièrement: ateliers de couture 101, projets de broderie ou encore création de mitaines à partir de vieux chandails de laine (ce mercredi 22 mars)… il y en a pour tous les goûts! 

– Chloé Mour

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Ipek aux platines https://www.delitfrancais.com/2017/03/14/ipek-aux-platines/ Tue, 14 Mar 2017 15:32:43 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=28112 Mardi 7 mars, le Studio XX a accueilli DJ Ipek pour un atelier d’introduction au DJing. Dans une ambiance intime, une dizaine de participantes s’y sont rendues afin d’apprendre les techniques de base. Débutantes et confirmées étaient au rendez-vous, afin de participer à cet échange de connaissances dans une atmosphère de partage.

Ipek İpekçioğlu, alias DJ Ipek, est dans le milieu de la musique électronique depuis environ 25 ans, et a joué dans des festivals importants tels que Glastonbury, Fusion et Sziget. D’origine turque, elle est basée entre Istanbul et Berlin, où elle fait partie des DJs les plus populaires. Elle anime les scènes nocturnes à travers le monde depuis des années. En plus de cela, elle offre régulièrement des ateliers, en général de trois jours, afin d’initier le public aux techniques du mixage et de la musique électronique. Elle possède un genre très éclectique, et a en tête un but précis: faire danser.

Pendant cette séance de trois heures, la DJ a introduit différents outils afin de pouvoir commencer à mixer. On commence dans un premier temps à se présenter mutuellement afin d’en apprendre un peu plus sur l’expérience de chacun. Puis, les participantes sont invitées à manipuler les platines qui leur sont mises à disposition.

Ipek pose les bases, petit à petit. Elle montre tout d’abord les branchements des platines, ainsi que des enceintes. Après cette mise en place, la DJ explique comment utiliser les différentes fonctions de ces platines, tout en étant très à l’écoute des participantes. Finalement, après avoir acquis les bases des bases, Ipek invite les participantes à expérimenter librement d’elles-mêmes les possibilités qu’offrent le matériel. C’est le moment de mettre en pratique ce que l’on a appris lors de la soirée.

Cet atelier était l’occasion d’expérimenter et d’échanger des savoirs entre participantes. Le Studio XX est un espace artistique féministe qui offre la possibilité aux femmes et à tous, d’utiliser cet espace afin d’expérimenter et de pratiquer l’art en général. Cette séance a permis aux participantes de découvrir une pratique et des matériaux qui ne sont pas nécessairement accessibles à tous, encore moins aux femmes, surtout lorsque l’on débute le DJing. On est maintenant parée pour mixer à la prochaine soirée d’anniversaire.

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Créer pour respirer https://www.delitfrancais.com/2017/01/17/creer-pour-respirer/ Tue, 17 Jan 2017 15:10:03 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=27189 Chaque dimanche, le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) offre la possibilité, aux petits et grands, de venir exprimer leur talent lors d’ateliers de création. Ceux-ci sont en lien avec des œuvres disposées au même moment dans le musée, servant de source d’inspiration pour les participants. La Biennale, Le Grand Balcon, se terminant le 15 janvier, était l’occasion de se rendre à l’un de ces ateliers afin de pouvoir profiter une dernière fois de l’exposition et de travailler sur des thèmes qu’évoquent certaines des œuvres y figurant.

Le thème de ce dimanche était principalement  le temps, ainsi que les espaces et les mouvements. L’atelier commence par une visite de trente minutes, où une médiatrice nous met face à sept œuvres différentes, provenant à la fois de la collection permanente et de la Biennale. Elles traitent toutes du temps, que ce soit de manière directe ou par le processus de création. Celle de Roman Opalka impressionne de par sa méticulosité. Pendant 46 ans, il a réalisé une série de tableaux où il peint les chiffres de 1 à l’infini sur des toiles qui forment un dégradé allant du gris au blanc, retraçant à l’aide de la peinture et d’enregistrements audio le temps qui passe.

Les mains à la pâte

De retour dans l’atelier, une médiatrice nous donne les consignes et nous laisse avec de nombreux accessoires afin de créer une installation collective, sur le modèle de l’œuvre de Sarah Sze Measuring Stick (2015), œuvre principale mise en avant par cet atelier. C’est une installation composée de projections vidéo du site internet de la NASA, qui montrent la distance entre la planète Terre et une sonde envoyée dans les années 1960 ainsi que divers fruits et miroirs, évoquant à nouveau cette notion du temps avec une référence au genre de la nature morte.  À l’aide de tiges de plastique, le but est de construire une structure qui sera la base de l’installation. Puis, on tente de reproduire l’œuvre de Betty Goodwin, représentant un ciel avec un tourbillon pouvant rappeler le concept d’entropie. Avec une feuille aux motifs de ciel et une autre transparente, on tente, avec des craies grasses, de décalquer ce tourbillon. Finalement, on assemble le tout, et dispose les œuvres de chacun sur une zone de travail commune, afin de visualiser le résultat. C’est à ce moment-là que tout notre travail prend son sens. On comprend comment l’installation de l’artiste a été réalisée.

On a rarement le temps de faire des choses de ses mains, et cela fait du bien de pouvoir se retrouver avec l’art et soi-même.

Un nouveau concept

Le musée a développé une nouvelle série de projets, Tableau(x) d’une exposition consistant à rassembler une vingtaine d’œuvres de la Collection. Le titre de l’exposition, conceptualisée par Marie-Eve Beaupré, est une citation de Tennessee Williams  Car le temps est la plus longue distance entre deux endroits (1934), et vise à exprimer «notre besoin de définir notre rapport au temps et à l’espace».

Ces ateliers sont une bonne occasion pour s’accorder une vraie pause dans la semaine, et déconnecter vraiment. On prend le temps de se balader dans les collections, ainsi que de se poser afin de créer et partager un moment convivial. Les ateliers de la fin de semaine sont conçus principalement pour les familles, mais le musée organise également des ateliers dédiés aux adultes, avec une série d’activités plus complexes. On a rarement le temps de faire des choses de ses mains, et cela fait du bien de pouvoir se retrouver avec l’art et soi-même. 

Tous les dimanches jusqu’au 19  février

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La nuit au Musée https://www.delitfrancais.com/2016/11/08/la-nuit-au-musee/ Tue, 08 Nov 2016 15:26:39 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26679 Vendredi 4 novembre a eu lieu la Nocturne au Musée d’art contemporain (MAC). Au programme: un atelier de création, des performances, des DJs, et bien sûr de quoi étancher sa soif. Mais c’était surtout l’occasion de découvrir l’édition de la Biennale 2016 de Montréal. Cette soirée nous a permis de flâner dans cette institution au rythme de la musique, parmi les œuvres d’une quarantaine d’artistes venus de 23 pays différents.

On monte les escaliers, et face à nous se tient un mur avec de nombreux dessins. Juste derrière, un DJ et une foule qui danse. L’exposition se tient sur tout le deuxième étage, également l’endroit où se tenait la collection permanente. Le thème de cette édition, Le Grand Balcon, s’inspirant de la pièce de Jean Genet Le Balcon, est une réflexion sur l’hédonisme dans la vie de tous les jours. Les pièces exposées et les techniques utilisées sont très variées. On y trouve aussi bien de la peinture, que des installations, projections, des (magnifiques) tapisseries par Shannon Bool et même une série, Immolation par David Gheron Tretiakoff, présentant des œuvres figuratives sur papier qui sont dessinées grâce des brûlures de cigarettes.

Des œuvres qui frappent

Dans ce parcours, certains travaux se démarquent particulièrement. Quelques œuvres sont politisées et rappellent des enjeux d’actualité, comme une projection de Luke Willis Thompson, Cemetary of Uniforms and Liveries, qui présente des vidéo-portraits de personnes de couleur, descendantes de victimes de brutalités policières. Il reprend une technique qu’avait utilisé Warhol afin de faire le portrait de son entourage underground, une forme de minorité. L’artiste soulève donc des problèmes d’actualités et dénonce cette forme de violence. Les tableaux de Nicole Eisenman, Shooter I, II soulèvent également le même problème, en présentant un tireur et masquant le visage de celui/celle-ci. Qui est le responsable? Qui est la victime? Une autre pièce imposante frappe, Multiple Mourning Room par Hague Yang. Une demi pièce lui est dédiée, délimitée par une construction géométrique, et présente des sculptures faites d’objets préfabriqués, qui offrent une réflexion quant aux effets négatifs du capitalisme sur la vie contemporaine et nos traditions.

Des inédits

Cette édition de la Nocturne comprenait des activités inédites en relation avec la Biennale. Des performances avaient lieu, comme celle de PMA-ART/Jacob Wren, All the Songs I’ve Ever Written. C’est un projet de l’artiste, commencé depuis qu’il était adolescent, qui vise à retracer à travers un karaoké où le public participe toutes les chansons qu’il a écrites. L’artiste accompagne les volontaires à la guitare. C’était une opportunité d’exprimer son talent et surtout de travailler sa capacité à improviser. Certains participants n’hésitent pas à se lâcher, la salle est pleine, c’est un succès. On a également pu tester un jeu de réalité virtuelle présenté par Ubisoft Montréal, une expérience très convaincante.

Cet événement — que le musée réitère plusieurs fois durant l’année — offrait un cadre stimulant et original afin de découvrir cet événement artistique majeur au Québec et même au Canada. La Biennale a été mise en place en 1998, par le Centre international d’art contemporain de Montréal (CIAC). En 2013, la Biennale est devenue un organisme à but non lucratif ayant pour but de promouvoir la scène artistique montréalaise et québécoise, et ainsi la faire rayonner à une plus grande échelle. Cette année, on peut dire que la conceptualisation de cette exposition, réalisée par Philippe Pirotte, est très réussie, toute en finesse et épurée. On a envie d’y retourner, mais cette fois sans la foule afin d’en profiter encore plus.

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Tatoue-moi si tu peux https://www.delitfrancais.com/2016/10/24/tatoue-moi-si-tu-peux/ Tue, 25 Oct 2016 01:37:54 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26337 Lorsque l’on arrive à Montréal pour la première fois, une chose peut nous frapper: c’est le nombre de personnes possédant des tatouages. Selon un sondage Ipsos Reid, près d’une personne sur deux est tatouée au Canada. Des salons de tatouages ne cessent d’apparaître dans notre ville. Cela laisse paraître l’existence d’une véritable culture de cet art, qui n’a connu que très récemment une reconnaissance. C’est en partie dans cet esprit là qu’évolue le collectif Skinjackin. Montréal est un lieu idéal pour que ce regroupement de bodypainters s’épanouisse. Maylee Keo, illustratrice et membre de ce groupe depuis 5 ans, a accepté de témoigner à ce sujet.

Un projet original

Tout d’abord, Skinjackin c’est un projet, créé en 2009 à Bordeaux, d’un collectif regroupant des illustrateurs, des graphistes et des tatoueurs de différents horizons. Le groupe s’est implanté peu après dans plusieurs villes à travers le monde, dont notre chère Montréal, et compte plus d’une quarantaine de «pirates» à travers le monde. Les artistes se retrouvent à différentes occasions, lors d’événements ou juste pour s’amuser, et pratiquent le live paint tattoo.

Maylee est «capitaine» dans cette équipe et s’occupe en partie de la gestion. Ils sont environ une douzaine d’actifs dans ce collectif à Montréal. Ils ont déjà fait des performances pour le Cirque du Soleil ou encore Ubisoft. Pour eux, le body art (l’art corporel, ndlr) est un moyen d’expression artistique. Ils jouent avec les articulations et les formes naturelles du corps, et le transforment en véritable tableau. Ils s’amusent, dans leurs œuvres, non seulement avec des dessins mais aussi avec les mots.Skinjackin réalise également des fresques ou des expositions et des événements, même pour les plus jeunes. Ce qu’ils aiment, c’est l’échange avec les participants et s’amuser à créer.

Une culture acceptée

«Quand j’ai voyagé en Europe, les gens me regardaient de travers, les tatouages ça ne paraît pas aussi commun pour eux. À Montréal, j’ai l’impression que l’on a plus de liberté avec ça» déclare Maylee. Montréal est un melting-pot de cultures, ce qui facilite sûrement l’acceptation de genres différents. Skinjackin est le collectif artistique qui compte le plus de femmes à Montréal, et il regroupe des artistes aux styles très différents. Ce groupe est donc très représentatif de l’ambiance de notre ville, et montre la diversité multiculturelle et l’ouverture d’esprit qui s’y trouvent.

Malgré la propagation et l’acceptation de l’art du tatouage, la jeune femme trouve qu’il y a tout de même un décalage entre la manière dont Montréal est représentée, notamment dans les publicités par exemple, et la véritable culture de la ville. La ville de Montréal est mondialement reconnue pour l’effervescence de ce milieu alternatif et ses tatoueurs de qualité. Même notre premier ministre, Justin Trudeau, en possède un! Il semble cependant qu’il y ait encore du chemin à parcourir avant que l’acceptation des tatouages soit totale. 

Instagram: skinjackin / mayleekeo

Site Web: skinjackin.com

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L’Iguane, cet animal sauvage https://www.delitfrancais.com/2016/10/04/liguane-cet-animal-sauvage/ Tue, 04 Oct 2016 14:13:25 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=26117 Avant même le punk, il y avait Iggy Pop. Ce chanteur américain est une icône du rock et une boule d’énergie aussi bien physique qu’artistique. Lundi 26 septembre, il était présent à Montréal pour une conversation publique au Monument-National: Théâtre Ludger-Duvernay. Carl Wilson, journaliste spécialisé dans la musique, animait la discussion qu’il rythmait d’extraits musicaux d’Iggy Pop. La conférence commence, et on a le droit à une entrée en scène typique du musicien: il saute et bouge partout. Iggy est réputé pour son dynamisme inépuisable, qu’il possède toujours aujourd’hui du haut de ses 69 ans.

Retour sur sa carrière

Au cours de cette conférence, Carl Wilson rappelle la carrière d’Iggy Pop tout en conversant avec ce dernier. De son vrai nom James Newel Osterberg Jr., l’artiste naquit en 1947 à Muskegon, Michigan, puis commença la musique en tant que batteur dans le groupe les Iguanas, d’où il héritera son surnom. En 1967, il fonda The Stooges, groupe de rock au son dur. À partir de 1974, à cause de conflits avec son groupe, il s’adonna à une carrière solo qui s’avéra plutôt chaotique, en partie à cause de son addiction aux drogues dures. David Bowie, qui fut son acolyte, l’aida à plusieurs reprises à se remettre sur pieds. De cette collaboration émergea deux très bons albums solos d’Iggy Pop: The Idiot et  Lust for Life. En 2003, il reforma The Stooges.

Un statut affirmé

Il suffit de voir la salle comble et le public divers présent à la conférence pour mesurer son aura. Iggy Pop possède 17 albums studio à son actif. Il a collaboré avec d’autres artistes de prestige et a influencé des groupes comme Sonic Youth et Nirvana, rien que ça. Plus récemment, il a collaboré avec le fondateur du groupe Queens of the Stone Age, Josh Homme, qui d’après Iggy, est le meilleur auteur-compositeur de rock actuellement. Il a également travaillé avec Matt Helders, batteur des Arctic Monkeys. On sent le charisme de l’artiste se propager dans toute la salle. Plein d’humour, il plaisante avec le journaliste.

«La musique comme refuge»

On a également eu droit à une autre démonstration d’un de ses traits iconiques, son cri. L’artiste est fidèle à lui-même lors de cette conférence: spontané et rock’n’roll. Il ne manquait plus qu’il saute dans la foule pour  slammer, mouvement qu’il a rendu populaire. Iggy Pop nous raconte que pour lui la musique est comme un refuge. Il a expérimenté différentes choses au cours de sa carrière, aussi bien le hardrock, que la  new wave, ou même des reprises de chansons françaises sur son album  Préliminaires en 2009. «Je ne conçois pas la musique comme un publicitaire [le ferait]» raconte-t-il, «J’essaye de trouver la bonne phrase et espère que les gens comprennent ce que je veux dire.»

Cette soirée passée en compagnie de cette superstar du rock s’est déroulée dans une ambiance très conviviale. Les questions posées par le journaliste étaient pertinentes, et l’artiste était à la disposition de la curiosité du public qui a aussi pu poser des questions. Iggy Pop nous a révélé de nombreuses anecdotes sur sa vie et sa carrière lors de ce moment intime. 

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Sous les sunlights d’Éthiopie https://www.delitfrancais.com/2016/09/27/sous-les-sunlights-dethiopie/ Tue, 27 Sep 2016 14:03:10 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=25925 c-aidaYves Renaud

Samedi 17 septembre a eu lieu la première de Aida, un opéra composé par le célèbre Verdi. L’équipe du Délit s’y est rendu, commençant par une visite des coulisses orchestrée par Pierre Dufour, directeur sortant. Le public est venu nombreux assister à la représentation de ce classique, la salle était presque comble. Les lumières s’éteignirent, l’orchestre commença à jouer et le rideau se leva.

Un drame exotique

Au temps de l’Égypte ancienne, Radamès, chef de la garde, souhaite être désigné comme chef des armées égyptiennes afin de lutter contre l’invasion de l’Éthiopie. Celui-ci est épris d’Aida, esclave éthiopienne de la fille du roi. Celle-ci l’aime en retour, mais ce n’est pas si simple que cela, car la fille du roi, Amnéris, est aussi amoureuse du chef guerrier. Radamès est désigné pour le poste qu’il convoitait tant. En récompense de sa victoire, le roi lui offre la main de la princesse. Il accepte à contre-cœur. Entre temps, le père d’Aida, qui est en réalité le roi d’Éthiopie, est retrouvé et fait prisonnier. Radamès demande à ce qu’il soit épargné et que lui et Aida retrouvent leur liberté. Aida tente de pousser Radamès à prendre la fuite avec elle. Celui-ci lui révèle un secret militaire, que le père d’Aida entend, ce qui compromet la tactique et la victoire égyptienne. Radamès se fait prendre: condamné à être enterré vivant pour traîtrise, il accepte son sort alors qu’Aida et son père fuient. Finalement, Aida se glisse dans son tombeau, et les deux amoureux meurent dans les bras l’un de l’autre.

Cet opéra en quatre actes, commande du khédive égyptien, a été crée à l’occasion des fêtes d’inauguration du canal de Suez en 1871, et joué pour la première fois à l’inauguration de l’Opéra du Caire. L’égyptologue Auguste-Édouard Mariette est à l’origine de l’intrigue.

Une réussite

Tout est là pour vous en mettre plein les yeux et les oreilles. Les costumes et décors sont éblouissants, et d’un réalisme surprenant. On se croirait presque dans un temple égyptien. Les décors changent au fil du spectacle. Ils sont aussi bien réalisés les uns que les autres. Chapeau bas à Claude Girard qui en est le créateur. L’opéra est ponctué de passages contenant de courtes chorégraphies, elles aussi très bien pensées. Encore une fois, les costumes participent à rendre ces scènes magiques. Il y a un réel jeu avec la culture visuelle égyptienne. Non seulement les costumes des personnages sont en accord avec les traditions, mais à certains moments les danseurs portent des symboles rappelant les divinités. Les chanteurs, au coffre impressionnant, sont également très bons, et ravissent nos oreilles. Cette première était donc un succès.

L’opéra est l’art scénique le plus cher, ce qui explique le prix des billets. Aida a mobilisé aux alentours de 250 personnes au total. L’Opéra de Montréal participe cependant à la démocratisation de cet art en ayant une programmation qui présente des classiques à des tarifs très avantageux pour les moins de trente ans. Encore plus de bonnes raisons d’aller voir les spectacles suivants. 

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C’était la Belle Époque https://www.delitfrancais.com/2016/09/20/cetait-la-belle-epoque/ Tue, 20 Sep 2016 14:46:50 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=25829 Salons, Moulin Rouge, Montmartre, absinthe… Toulouse-Lautrec a étreint la vie de Bohème. Il a traduit son expérience à travers ses œuvres, lithographies, dessins, et peintures, que le Musée des Beaux Arts de Montréal nous fait redécouvrir. Toulouse-Lautrec affiche la Belle-Époque, exposée jusqu’au 30 octobre, nous fait mettre un pied dans le Paris de la fin du 19e siècle. À travers plus de 90 estampes et affiches, on se balade dans l’univers de l’artiste.

Né en 1864, Henri de Toulouse-Lautrec grandit au sein d’une famille noble. Il souffrait d’une maladie des os due à la consanguinité, cas fréquent à cette époque et dans ce milieu. Cela bloqua sa croissance, et le traumatisa. Il décida de devenir artiste quelques années après la découverte de sa maladie. Son infirmité le força à arrêter l’équitation, discipline qu’il aimait et pratiquait depuis sa jeunesse. On retrouve cette passion à travers ses nombreuses lithographies de courses de chevaux. Sur Les Jockeys (1882), on retrouve le style impressionniste, avec une huile sur toile faite de touches de couleurs.

Toulouse-Lautrec n’est pas particulièrement associé à un mouvement artistique. On retrouve donc dans cette exposition des œuvres aux styles qui peuvent différer. Certaines représentent des personnes aux traits marqués, avec des visages très reconnaissables, comme Miss May Belfort en Cheveux (1895). Au contraire, sur les affiches, les traits sont plus évasifs, moins spécifiques. Lautrec a produit également beaucoup d’affiches pour des théâtres parisiens, notamment des affiches présentant la Goulue, danseuse qui inventa le french-cancan pour l’iconique Moulin Rouge.

c-tlautrec2Henri de Toulouse-Lautrec

Représentations authentiques

«J’ai tâché de faire vrai et non idéal» a dit Toulouse-Lautrec. Il étudie scrupuleusement les foules qui fréquentent les théâtres, cabarets et maisons closes. Il représente la bourgeoisie de l’époque et les milieux dépravés. Il procède de façon presque caricaturale, avec des ombres et des couleurs presque expressionnistes, soulignant les traits prononcés de cette population. Ces représentations illustrent de manière authentique la Bohème de la fin du 19e siècle, et son mode de vie décadent pour les artistes de l’époque. Le vice était son ami, et celui-ci finit par le tuer. Il mourut de la syphilis, probablement contractée par la fréquentation de prostituées, et l’alcoolisme n’arrangea pas son état de santé.

Fascination pour les femmes

Les femmes furent le sujet de beaucoup d’œuvres de Lautrec. Elles étaient omniprésentes dans son monde: danseuses, prostituées, serveuses. À cette époque, une femme de bonne famille ne sortait pas en public, encore moins de nuit. Celles que Lautrec représente ne sont que les infréquentables de jour, mais elles furent ses muses. Lautrec se prit d’affection pour quelques unes d’entre elles, dont Jane Avril, une célèbre danseuse de cabaret de l’époque. Il tomba sous son charme. Il créa pour elle quelques affiches de spectacle où l’on peut la voir sur scène, représentée avec une grande sensibilité pour les détails. Ces images sont faites pour, et illustrent, le regard masculin sur ces femmes de la nuit, les dépravées.

L’exposition nous présente plusieurs aspects de l’œuvre de l’artiste. Elle est surtout basée sur les dessins et lithographies de Lautrec, mais on y trouve également quelques photos et petits films de l’époque, ainsi que des œuvres de ses confrères et des huiles sur toiles. La musique diffusée est bien en accord avec l’époque. On regrette seulement que l’exposition ne soit pas très grande, ce qui ne nous laisse qu’un court moment, mais cependant intense, dans la Belle-Époque. 

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Objectif sur Mapplethorpe https://www.delitfrancais.com/2016/09/13/objectif-sur-mapplethorpe/ https://www.delitfrancais.com/2016/09/13/objectif-sur-mapplethorpe/#respond Tue, 13 Sep 2016 20:33:36 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=25620 Le samedi 10 septembre s’est ouvert au Musée des beaux arts de Montréal la première rétrospective majeure nord-américaine de Robert Mapplethorpe: «Focus: Perfection». Celle-ci est la plus importante depuis The Perfect Moment en 1988, qui a eu l’effet d’une tornade sur les institutions artistiques américaines. Il s’agit ici d’une première au Canada, qui n’avait jamais accueilli auparavant un tel événement dédié à l’artiste. C’est également l’unique étape canadienne de cette exposition. À travers celle-ci, on redécouvre Mapplethorpe pas à pas, avec son style si puissant et particulier.

Né en 1946 dans le Queens, Robert Mapplethorpe a grandi au sein d’une famille catholique. À la fin des années 60, il entreprend des études de graphisme publicitaire au Pratt Institute à New-York. Il les arrêta ensuite, emporté et séduit par la bouillonnante contre-culture du New-York des années 70. Ses premiers travaux sont des collages à partir d’images de magazines, ou encore des colliers et des assemblages d’objets (souvent religieux). Son mode de vie alternatif le fait grandement évoluer, notamment grâce à des rencontres, telle que celle avec Patti Smith. Devenue son amie intime, cette dernière le poussa vers la photographie. Ce fût le déclic. Son homosexualité, refoulée par son éducation, se démystifie et devient un des éléments phares de son œuvre. «Pour moi le sexe est au-delà de toute expérience connue», déclare-t-il. Il explore sa sexualité à travers de nombreuses photos de nus masculin et fut grandement reconnu pour ceux-ci,ainsi que pour ses portraits de célébrités, ses autoportraits et ses photos de fleurs, métaphore des organes génitaux et de la sexualité.

c-mapplethropeRobert Mapplethorpe Foundation

Entre ombre et lumière

L’organisation chronologique de l’exposition est voulue par Nathalie Bondil,(directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux arts de Montréal). Elle précise que le parcours est fait de sorte que tout public puisse apprécier et découvrir l’œuvre de Mapplethorpe selon sa sensibilité.

Tout d’abord sont disposés des portraits de lui réalisés par d’autres artistes, ainsi que ses œuvres les plus datées, comme des colliers, ou encore un autel qu’il a constitué, montrant l’influence du dadaïste Marcel Duchamp et de ses objets préfabriqués sur ses premiers travaux. Dans la deuxième salle, on est tout de suite projeté dans le New-York de Mapplethorpe. L’ambiance, rythmée notamment par Because the night de Patti Smith et par les portraits d’artistes de l’époque tels que Warhol ou Debbie Harry, nous y plongent. Ses premières photos, prises avec un polaroid, sont aussi présentes. On est frappé par l’omniprésence du noir et du blanc. Il y a un véritable travail sur l’ombre et la lumière, d’autant plus flagrant dans la troisième salle où sont exposés ses nus d’hommes. Celle salle aborde le thème de l’identité et la sexualité. Ses fameux portfolios X, Y et Z y sont disposés, représentant des photos d’hommes dans des scènes sadomasochistes.

Mapplethorpe travaille tel un sculpteur avec la lumière, afin de modeler des corps musclés, viriles, luisants, dans le but d’atteindre la perfection. Robert Sherman, ancien modèle iconique de Mapplethorpe, déclare au Délit: «Il était très spécifique dans ce qu’il recherchait, dans les ordres qu’il nous donnait.» Plus loin, ses photos de fleurs, elles aussi travaillées et nettes, nous ramènent à la sexualité. L’ultime salle porte sur la controverse créée par sa première rétrospective à la fin des années 80, qui créa un conflit idéologique avec certaines institutions artistiques américaines. Elles remirent en effet en question le contrôle sur la censure dans le contexte des Culture Wars.

Un message de tolérance

Cette rétrospective est accompagnée d’une série de conférences, de films et de rencontres, à but éducatif et culturel. À travers cela, le musée souhaite mettre à l’honneur la diversité, et soutenir la communauté LGBTQ à Montréal et au-delà. Cette rétrospective aborde aussi les questions de censure et de liberté d’expression. L’exposition, composée de 300 œuvres et artéfacts, est très bien conceptualisée et nous emporte directement dans l’univers de Mapplethorpe. Elle nous fait redécouvrir le génie de l’artiste, et engage une discussion sur la tolérance. 

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Festival International du Film sur l’Art https://www.delitfrancais.com/2016/03/14/festival-international-du-film-sur-lart/ https://www.delitfrancais.com/2016/03/14/festival-international-du-film-sur-lart/#respond Tue, 15 Mar 2016 04:34:45 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=25039 Mahaut Engérant

Plaisir, gloire et affaires

Le vendredi 11 mars, à l’Auditorium Maxwell-Cunnings (Musée des beaux-arts de Montréal), était projeté Jeff Koons : Diary of a Seducer. Un documentaire signé Jill Nichols qui nous présente cet artiste très controversé de la fin du 20e siècle, dans le cadre de la 34e édition du FIFA

Le film commence sur un extrait d’un épisode de Popeye, personnage iconique de la culture populaire américaine. Jeff Koons, artiste et homme d’affaires américain, a grandi plongé dans cette «pop culture» de l’après-guerre. La publicité, la télévision, la production de masse font partie intégrante de son environnement et vont grandement déterminer son style. Dans un ordre chronologique, on assiste alors à son enfance, puis ses différentes phases jusqu’à la plus importante: Celebrations (avec le très connu Balloon Dog). Plusieurs entrevues de l’artiste et d’intervenants – comme l’artiste anglais Damien Hirst – viennent ponctuer le film et une bande-son bien composée (Led Zeppelin, Patti Smith ou Lou Reed) permet également de mieux saisir et illustrer le caractère de Koons.

Entre «Readymade» et «Pop Art»

L’oeuvre de l’artiste est présentée comme un hybride entre le «Readymade» (objet préfabriqué) de l’artiste dada Marcel Duchamp et de la technique inspirée de la publicité d’Andy Warhol. Les images nous font traverser toutes les étapes de l’évolution de Koons. On remarque que ce qui persiste est la représentation, ou même utilisation, d’objet de tous les jours. Comme Fontaine de Duchamp (un simple urinoir disposé dans une galerie), Koons présente des aspirateurs, des jouets qu’il n’a pas fabriqués lui-même. Des artisans réalisent ses œuvres pour lui. L’artiste devient un patron et n’est plus un homme manuel. L’utilisation d’imagerie populaire (comme Michael Jackson, ou la Panthère Rose) rappelle Warhol et ses reproductions de célébrités.

Filmé lors de la rétrospective de Koons à New York, un visiteur déclare «je me sens vivant». En effet, Koons joue sur l’aspect excitant et séduisant dans son esthétique. Grâce à des techniques de polissage élaborées et coûteuses, il arrive à un résultat très parfait et brillant. Le rendu est clinquant et réveille les sens du spectateur ébloui. L’artiste américain maintient également sa réputation de séducteur en réalisant sa série  Made In Heaven. Il produit des photos qui le mettent en scène avec son épouse (une star pornographique italienne) dans des positions osées. De quoi nous faire réfléchir sur la limite entre l’art et la pornographie, et la question de l’humain comme objet.

Le titre du film annonce bien la couleur. En suivant son histoire et évolution au fur et à mesure de sa rétrospective, on découvre les différentes facettes de cet artiste séducteur, porté sur l’image, qui essaye de nous attirer par son style aguicheur. Son art a été tout d’abord dénigré par les critiques, puis acclamé par les foules. Jeff Koons: Diary of a Seducer nous permet vraiment de capter l’essence de l’artiste, et mieux comprendre le contexte de ses œuvres affriolantes.

Cet artiste et ce film soulèvent quelques questions: la limite entre la vie de tous les jours et l’art, de même que l’aspect commercial de l’art. Chez Koons, l’artiste devient un homme d’affaire. Les images et le montage dynamiques de Jill Nichols nous plongent réellement dans l’univers pétillant et socialement représentatif de Jeff Koons. Le FIFA est une opportunité à ne pas manquer si l’on veut se plonger en profondeur dans l’œuvre de multiples artistes. De plus, ce documentaire sur Koons est un bel hommage pour fêter le centenaire du dadaïsme, et montre son héritage à travers l’histoire de l’art. -Louise Kronenberger.


Le mythe Barthes

Roland Barthes: sa vie, son œuvre. Voilà le titre que le documentaire, projeté à la BanQ dans le cadre du FIFA, signé Chantal et Thierry Thomas, aurait pu porter. Les auteurs ont préféré emprunter à Barthes l’une de ses expressions, et le documentaire s’intitule donc «le théâtre du langage». Une composition très simple, qui suit une chronologie très classique: la naissance du Roland Barthes que l’on connaît, ses premières œuvres, des anecdotes de vie, son succès, sa mort (spoiler, il meurt à la fin).

Très didactique, le documentaire, on le sent, fait tout pour mettre le spectateur en confiance: il s’agit d’apprendre à connaître Barthes et son importance.

On y apprend qu’il aimait le quartier Saint-Germain, qu’il fumait des cigares, qu’il était émotif, ironique, drôle. On ne peut enfin qu’aimer Barthes. Mais aime-t-on l’individu Barthes, comme l’aurait fait le critique Sainte-Beuve (critique littéraire du 19e siècle qui n’étudiait les œuvres littéraires que par le prisme de la vie des auteurs. Voir le Contre Sainte-Beuve de M.Proust, ndlr), ou le structuraliste?

Mahaut Engérant

Le documentaire évite de se mesurer à Barthes et contribue quelque peu au mythe Barthes. Car rappelons-le: l’auteur est désormais sacré en littérature. Un article d’un blog du Monde intitulé… «Briller en société», lui est consacré, qui compile un top 10 des choses à savoir sur Barthes. Barthes aurait doucement ri. 

L’auteur des Mythologies est lui-même devenu… un mythe. Et c’est sur ce point précis que le documentaire manque d’audace, certes pour des raisons d’accessibilité. Mais si l’on proclame la mort de l’auteur Barthes, que reste-t-il? Qu’est-ce qu’un signe? Un signifiant? Un signifié? Tout cela reste bien flou, et le mythe Barthes continue sans danger de se balader dans Saint-Germain.

Le documentaire, ironiquement, participe plus de la méthode de l’histoire littéraire que de «l’activité structurale» (Barthes), en se concentrant – malgré la place majeure accordée à ses propres paroles – sur sa personnalité, son «personnage», son «obsession du langage» plutôt que sur ses résultats de recherche. En témoignent les coupures des entrevues, qui laissent voir son humour et sa finesse (rendant le documentaire amusant), mais coupent les phrases qui touchaient droit au sujet de ses recherches. On apprend donc que l’on aime Barthes, mais on n’est pas sûr de savoir pourquoi. -Clayton Lapoire.


Fitzgerald et Hemingway, d’encre à encre

Vendredi 11 mars, dans le cadre de la 34e édition du FIFA, l’auditorium de la Grande Bibliothèque BanQ a accueilli la projection de Fitzgerald / Hemingway: Une question de taille. Un documentaire signé Claude Ventura sur les relations houleuses de F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Les deux célèbres écrivains américains, peut-être les plus connus du 20e siècle, se sont tout d’abord rencontrés en France, où l’un et l’autre passèrent une large partie de leur existence. Hemingway fit ainsi la connaissance de Fitzgerald lors de vacances passées dans le sud du pays: alors que le premier peine encore à se faire publier et survit difficilement dans le Paris des années 1920, le second est déjà connu, déjà riche et couronne son succès avec la publication de Gatsby le Magnifique en 1925.

«D’une amitié sincère, les deux hommes passent à la détestation»

À travers une revue détaillée des nombreuses lettres échangées par les deux écrivains, le documentaire retrace l’évolution de leur relation. Alors que dans les premiers temps, Hemingway se fait corriger par Fitzgerald et demande son soutien pour se faire publier, le rapport s’inverse rapidement. De fait, alors que Fitzgerald tombe dans un alcoolisme profond, Hemingway connaît la célébrité avec ses romans, notamment L’adieu aux armes en 1929. D’une amitié sincère, les deux hommes passent à la détestation, d’abord seulement confiée à leur éditeur commun puis ouverte — surtout après les descriptions dédaigneuses de Fitzgerald par Hemingway dans certains de ses livres.

Mahaut Engérant

Le documentaire, très détaillé par les lettres et des images d’archives, aurait pu être intéressant et il le fut parfois. Malheureusement, il tombe vite dans la lecture plate des lettres, sans aucune critique, se contentant de commentaires banals dont certains frôlent l’hagiographie de l’écrivain inspiré par les muses. Retraçant chronologiquement, mais très partialement, le parcours des deux écrivains, il peut intéresser celui ou celle qui ne connaît rien aux deux auteurs et qui souhaite quelque chose de plus interactif qu’une simple page Wikipédia. Si vous cherchez une analyse de leur style, passez votre chemin, ce n’était visiblement pas le but du réalisateur Claude Ventura. -Antoine Duranton.


Fragrances d’amours et peintres mélomane

Fragonard, Les gammes de l’amour

Le réalisateur Jean-Paul Fargier a conçu un documentaire, avec le témoignage d’historiens de l’art, sur la variété des représentations de l’amour dans l’œuvre du grand artiste classique Jean-Honoré Fragonard. Malgré un succès remarquable auprès de l’académie en peintures historiques, le peintre français s’est aussi attaché  à des thèmes plus frivoles dans des décors rococo. Ce sont ces scènes d’amour et de courtoisie qui font le succès de Fragonard auprès de la cour, pour le plaisir des yeux des plus nobles.

Jean-Paul Fargier dévoile donc le côté érotique et sensible de peintures qui représentent des adolescentes au regard joueur. Des spécialistes passionnés nous racontent, avec pudeur, des anecdotes sur la vie de cour. L’exploration de la notion de courtoisie mène à un style de peinture plus privé qui nous donne des sources historiques sur la pratique de l’amour au 18e siècle. On s’amuse avec des scènes animées dans les dortoirs où Fragonard représente avec génie de jeunes adolescentes dénudées qui s’excitent devant des incidents impromptus. Certaines femmes du public rient de nervosité devant des scènes suggestives et des symboliques toujours explicites.

On retiendra de ce documentaire une morale atypique. C’est dans un esprit de légèreté que l’on comprend que l’art humoristique, moins sérieux, n’est pas une forme basse d’art. Il nous semble presque que le documentaire dévoile un  Fragonard qui élève les dessins humoristiques au niveau de la peinture historique et légitime aux yeux de l’Académie française. Le documentaire nous fait réfléchir sur des notions toujours valables concernant le jugement de l’art noble. Derrière des scènes d’amour se cache une technique artistique remarquable.

Par une liste précise des amours représentés, Fragonard, Les gammes de l’amour parvient avec succès à expliquer le génie de l’artiste, un libertin rebelle qui jouait avec les limites du contrôle sexuel. En filmant un rétrospective formelle, Jean-Paul Fargier retrace une période de révolution mue par les pouvoirs de l’amour. Plutôt divertissant.

Courtoisie du FIFA

Chagall, peintre de la musique

Le documentaire de Mathilde Deschamps-Lotthé retrace le succès d’un peintre moderne franco-russe mordu de musique. Nous sont montrés, entre autres, l’effet de la musique sur Marc Chagall tout autant que l’influence de ce dernier sur les musiciens. Sa création est une création de sens. On entend la musique dans ses peintures, une peinture aux compositions dissonantes.

C’est avec succès que les cinquante-trois minutes d’images nous montrent le travail spectaculaire de Chagall. Quand on regarde ses muraux dans les opéras, il ne manque plus que les danseurs pour remplir l’espace et la musique pour donner du mouvement. Dans des formats extraordinaires, il donne des ambiances mystérieuses aux peintures et au spectacle. Chagall donne vie au ballet et le ballet donne vie aux peintures.

«Sa création est une création de sens»

La simplicité de ses peintures aux compositions fluides nous donne l’impression de plonger dans un rêve. On retient particulièrement le mélange de mélancolie et de gaieté que Chagall transmet. C’est une fusion des sens qui pourrait représenter la sensation d’une personne touchée par la synesthésie, où les couleurs sont associées aux sons et lettres. L’artiste russe raconte: «Je veux que la couleur joue et parle seule.» Son œuvre de contraste émotif est sa signature la plus connue. Mathilde Deschamps-Lotthé montre à merveille comment les toiles sont efficaces et explique avec attachement le génie du peintre.

On regrette cependant le manque de détails plus historiques et de remarques plus académiques sur un artiste qui fut si reconnu durant sa carrière et qui eut tant de succès.  En effet, le documentaire balaye des périodes historiques qui furent sans aucun doute des éléments charnières à sa création. On peut tout de même dire que malgré cela, on adore les témoignages, presque innocents, de ses petites filles maintenant grandes, qui se rappellent du processus de production de ces majestueuses œuvres d’art.

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Méandres de musique https://www.delitfrancais.com/2016/02/02/meandres-de-musique/ https://www.delitfrancais.com/2016/02/02/meandres-de-musique/#respond Tue, 02 Feb 2016 20:00:31 +0000 http://www.delitfrancais.com/?p=24647 Le concept de Die Pod Die est simple et efficace: des séances d’écoute attentive d’œuvres avec du matériel de qualité, afin de redonner du sens à l’album en tant qu’entité. Le 24 janvier, pour cette première édition montréalaise, le Centre Phi présentait les albums Remain In Light des Talking Heads et Zubberdust! du groupe québécois Avec le Soleil Sortant de sa Bouche. Ces événements ont pour but non seulement de promouvoir l’écoute musicale de qualité mais aussi de faire découvrir la scène locale: la séance s’est ainsi terminée sur une discussion avec les membres du groupe local.

Dans un premier temps, la salle s’assombrit et le quatrième album du groupe post-punk américain est lancé sur la platine. On est immédiatement pris dans l’ambiance avec cette basse funky et ces rythmiques africaines. Le public reste assis en silence pour se concentrer sur la musique dans tous ses aspects. Puis quarante cinq minutes plus tard vient le second album. C’est un véritable moment de recueillement et de redécouverte de la musique.

Un moment de transe

Le groove de l’album des Talking Heads nous prend aux tripes. La qualité impressionnante du son ainsi que le cadre de l’événement permettent d’apprécier réellement cette œuvre dans sa totalité. On prend rarement le temps de se poser pour écouter un album du début à la fin, sans rien faire d’autre à côté; mais plongé dans le noir, confortablement installé, on ferme les yeux et on se retrouve en communion avec la musique. Les morceaux s’enchaînent et on s’enfonce dans les profondeurs de ce recueil particulièrement bien produit. La différence est nette par rapport aux débuts du groupe: le son est propre, la méthode de travail différente et les morceaux sont le résultat d’improvisations. Le producteur Brian Eno (ayant entre autres produit l’album Heroes de David Bowie) a eu une grande influence dans le résultat final, tout comme la participation d’autres musiciens tel que le claviériste de Funkadelic. On est pris par les rythmes et on se laisse emporter.

Salomé Grouard

Exploration québécoise

Après ces minutes, plongé dans cette nouvelle vague (New Wave, ndlr) africanisée, Zubberdust! commence. On sent le lien avec l’album joué précédemment: très rythmé, assez funk, et des riffs marqués. Avec le Soleil Sortant de sa Bouche est un groupe issu de la scène expérimentale et souhaitait s’en détacher en créant un aspect plus joyeux que ce qu’on trouve généralement dans le milieu. Cependant, le fait que cet album ait été joué en second, juste après les très reconnus Talking Heads, les met dans une mauvaise position. La production est beaucoup moins poussée et ça se ressent. C’est un groupe jeune issu d’un label indépendant et il est dur de rivaliser avec un groupe aussi mythique, ayant joué avec des icônes du rock comme les Ramones ou encore Blondie. Il aurait été plus judicieux de faire passer leur album en premier car la différence se fait très nette entre les deux œuvres et dévalorise le groupe montréalais. Cela n’empêche cependant pas d’apprécier l’album et de se laisser prendre dans ses rythmes et les riffs. On apprécie également  cette découverte de membres de la communauté musicale québécoise.

Cette séance d’écoute et la mise en parallèle de ces deux albums s’est révélée être une expérience très agréable. Cela change de l’écoute aléatoire sur son iPod et donne envie de se poser plus souvent pour écouter de la musique, et seulement cela. 

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