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	<title>Louis Soulard - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Coup de foudre chinois</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/04/03/coup-de-foudre-chinois/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Soulard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Apr 2013 14:26:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Exposition d'art contemporain à l'Arsenal</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’expression est tellement utilisée qu’elle en a presque perdu de son sens; néanmoins, il demeure que l’art contemporain chinois est «en plein boum». Depuis l’ouverture économique de la République populaire de Chine au reste du monde avec Deng Xiaoping à la fin des années 1970, et malgré les formes variées de censure et de répression politique, la Chine a connu une explosion de créativité en matière de production artistique et de marché de l’art. Un soudain intérêt de la part des investisseurs, collectionneurs et amateurs pour l’art contemporain chinois commence à se manifester dès le début des années 2000, avec l’émergence d’artistes tels qu’Ai Weiwei dotés d’une renommée internationale grandissante. Les ventes aux enchères en particulier sont la manifestation la plus frappante de la popularité de l’art contemporain chinois auprès d’une foule à la fois chinoise et étrangère. On assiste à un «effet de levier incroyablement rapide (moins de 10 ans) sur la cote des artistes [chinois], [qui] propulse cinq artistes chinois dans le Top10 des artistes contemporains vendus aux enchères cette année» affirme le rapport annuel ArtPrice 2012.</p>
<p>Différentes manifestations de cette popularité croissante se font sentir un peu partout dans les grandes capitales mondiales de l’art, à travers les expositions et les foires d’art contemporain, doublées d’une attention médiatique forte. Montréal ne déroge pas à la règle et propose avec <i>Coup de foudre chinois</i> à la galerie l’Arsenal la deuxième exposition consacrée à l’art contemporain chinois en l’espace de trois ans, après <i>Drapeau Rouge</i> au Musée des Beaux-Arts en 2011. Pia Copper, commissaire de l’exposition et ancienne étudiante de McGill, explique au <i>Délit</i> qu’un tel événement est «une occasion de faire venir l’art international, chinois en ce cas précis, au Canada […] Il semble qu’il y a peu d’expositions d’artistes venus d’ailleurs».</p>
<p>Montréal rattrape le temps perdu avec cette exposition, qu beaux degats i présente 37 œuvres et 17 artistes. Dans une galerie aussi impressionnante que l’Arsenal (un ancien bâtiment de chantier naval reconverti qui rappelle par bien des aspects le fameux Espace 798 à Pékin), on est frappé par la synergie qui opère entre les œuvres et leur environnement. En particulier la <i>Miss Mao</i> des Gao Brothers, gigantesque statue en acier inoxydable placée au centre de l’espace, qui amuse et interpelle par sa langue tirée, ses dents de loups et sa poitrine proéminente, et offre à l’immense salle un repère figé.On est fasciné par les photos saisissantes de Zhan Huan, le drapeau américain tissé de poils humains de Gu Wenda, et les messages politiques relativement explicites des œuvres de Chang Lei et He Yunchang. Il aurait pu paraître risqué de tenter d’aborder une thématique aussi large que l’art chinois contemporain en une seule exposition, mais parce qu’elle fonctionne davantage comme une introduction, elle est accessible à tous. Des textes explicatifs et très pertinents accompagnent les œuvres, fournissant à la fois des explications sur leur sujet, les intentions de l’artiste et le contexte socio-culturel.«On a dit que la décennie 1990–2000 était chinoise, tout comme celle de 1920–30 était Parisienne, 1960–70 New Yorkaise, 80 British etc.», explique Pia Copper. «Les artistes chinois ont démontré qu’ils avaient des choses à dire et à rajouter à l’art contemporain». Ceux-ci ont souvent un regard très critique sur leur pays d’origine, qu’il leur arrive bien souvent de quitter, et ils illustrent la plupart du temps à travers leur travail les mutations de la société chinoise contemporaine: l’exorcisation du passé à travers des images grotesques et humoristiques de Mao Zedong (comme la <i>Miss Mao</i> des Gao Brothers), les inégalités sociales qui se creusent (les photographies de Han Bing), la censure politique (celles de Zhang Huan), mais aussi les enjeux et limites de la mondialisation ou encore la politique de l’enfant unique.En plus d’être extrêmement didactique et accessible, l’exposition combine des artistes reconnus à des œuvres célèbres (notamment Gu Wenda, l’un des «pères fondateurs», Zhang Huan et les Gao Brothers, véritables stars du marché de l’art) et talents en devenir. La variété des supports illustre l’abondance et la diversité de la production artistique contemporaine chinoise. Les œuvres présentées sont toutes aussi intéressantes les unes que les autres dans le sens ou elles abordent toutes des questions culturelles, sociales, politiques et identitaires bien spécifiques. La proximité de Pia Copper avec ces artistes a facilité la mise en chantier de l’exposition: «[J’en connais] certains depuis plus de quinze ans, dont Cang Xin, d’autres depuis dix ans, comme Qiu Jie, Gao Brothers… C’est une merveilleuse occasion de réunir des générations d’artistes pour parler de ce qui se passe en Chine, autant en politique que dans la société». Certains artistes ont même créé des œuvres spécialement pour l’exposition.</p>
<p>Ce qui est formidable dans le travail des artistes chinois contemporains, c’est l’accessibilité de leurs messages et les possibilités d’interprétatios multiples. L’exposition de Pia Copper, en plus d’être déjà un grand succès auprès du public montréalais, joue sur cette accessibilité et offre une brillante introduction à la Chine et à sa situation artistique du moment.</p>
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		<title>Citoyens d’ailleurs</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/02/12/citoyens-dailleurs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Soulard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Feb 2013 06:27:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Vivre à l’étranger la majeure partie de sa vie et gérer la perte de repères culturels; enquête, depuis McGill, sur ces enfants de la mondialisation «D’où viens-tu?»&#160; La question est simple et directe, presque banale tant elle est devenue le fondement des premières rencontres. Mais pour un bon nombre de personnes, la réponse n’est pas&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2013/02/12/citoyens-dailleurs/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Citoyens d’ailleurs</span></a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Vivre à l’étranger la majeure partie de sa vie et gérer la perte de repères culturels; enquête, depuis McGill, sur ces enfants de la mondialisation</p>
<p><b>«D’où viens-tu?»&nbsp;</b></p>
<p>La question est simple et directe, presque banale tant elle est devenue le fondement des premières rencontres. Mais pour un bon nombre de personnes, la réponse n’est pas si simple et peut parfois poser de sérieux problèmes de formulation. Pour de plus en plus de personnes, pays de résidence, pays de naissance, nationalité(s) diffèrent et perdent de leur sens.</p>
<p>On a tous au moins une fois rencontré ce genre de personne sur le campus: une étudiante ayant fait le tour du monde, un autre ayant vécu aux quatre coins de la planète et fréquenté telle et telle école internationale – et qui, presque miraculeusement, est bien là, en face de nous à nous parler.</p>
<p>Bien sûr, le fait de voyager et de vivre à l’étranger, de quitter son pays d’origine pour aller vivre dans une autre région du monde n’est pas un phénomène nouveau. Mais, comme constaté dans la population étudiante à McGill, il a tendance à se banaliser. On définirait ce qu’on peut appeler les «apatrides culturels» comme une nouvelle génération de jeunes qui, au cours de leur vie, ont été amenés à vivre dans différents endroits du monde – le plus souvent avec leur famille – et qui ont, par conséquent, passé une grande partie de leur vie en dehors d’un environnement culturel constant. Qu’est-ce qui les rends si différents? Quels problèmes culturels et identitaires doivent-ils affronter alors qu’ils quittent leur terre adoptive pour l’université? Quelles peuvent être les implications à grande échelle d’un tel phénomène?</p>
<p><b>Une communauté particulière</b></p>
<p>En première année, on est surpris de constater que McGill est bien fidèle à sa réputation d’université internationale. Sur le campus, on s’habitue à entendre parler coréen, espagnol ou encore russe; les résidences sont des lieux où se mêlent une variété surprenante de nationalités.</p>
<p>On pense en particulier au nombre impressionnant de «Français» de première année à New Rez. Ils forment un mélange hétéroclite et si vous leur demandez d’où ils viennent, presque aucun ne vous répondra la France; leur pays de citoyenneté, dans lequel ils ne passent rarement plus de trois mois par an, le temps des vacances d’été, n’est pas leur chez-soi. Ils sont habitués à fréquenter les écoles internationales, parlent anglais depuis leur plus jeune âge et voyagent en avion plusieurs fois par an. Ils vous parleront de leur vie à Londres, Singapour, New York, Moscou et évoqueront leur nostalgie des pays étrangers dans lesquels, pendant plusieurs années, ils se sont construit une nouvelle vie. Ils reconnaissent eux-mêmes qu’ils ont peu de choses en commun avec des Français «de France», et, par conséquent, forment une communauté d’anciens expatriés.</p>
<p>Eva, une étudiante de deuxième année, a vécu huit ans à Singapour avant McGill. Elle avoue se sentir différente de la plupart des Français non-expatriés et a l’impression d’avoir vécu quelque chose de plus. Elle observe une forme d’incompréhension mutuelle entre elle et les étudiants qu’elle rencontre et qui n’ont pas voyagé.</p>
<p>Eva n’est pas un cas isolé. On observe à McGill que ces étudiants étrangers ayant vécu une expérience internationale commune ont tendance à former une communauté en soi sur le campus. Certains se connaissent depuis la plus tendre enfance. Alexia et Marie, deux franco-japonaises, se sont rencontrées à l’école française de Tokyo au primaire; elles se sont retrouvées quelques années plus tard au lycée français de Hong Kong, ville dans laquelle leurs pères ont été mutés pour des raisons professionnelles. La famille de Marie est ensuite partie à Séoul, celle d’Alexia à Shanghai et les chemins des deux adolescentes se sont séparés. Mais elles se sont retrouvées ici, dans la même université à Montréal. Et parce qu’il existe à McGill un grand nombre d’«apatrides» qui sont dans la même situation, Alexia et Marie fréquentent des étudiants internationaux qui, comme elles, ont vécu dans différents pays au cours de leur vie et qui comprennent mieux ce qu’elles ont vécu.</p>
<p><b>S’intégrer à McGill</b></p>
<p>Ces étudiants ont tendance à reproduire à McGill l’impression de communauté dans lequel ils ont été habitués à vivre dans leur pays de résidence. Que l’on soit Américain, Chinois ou Français, vivre à l’étranger développe un sentiment d’appartenance culturelle commun; des réseaux de contacts et d’amis sont ainsi créés. Et parce qu’on est plus susceptible de se rapprocher des personnes qui nous ressemblent, beaucoup d’étudiants dits «apatrides» restent entre eux ou fréquentent des gens qui ont vécu des expériences internationales similaires.</p>
<p>Autant dire que McGill facilite le passage du secondaire à l’université pour ces apatrides puisque l’université est composée d’un grand nombre d’étudiants venant du monde entier (20% des 38 779 étudiants de McGill viennent de l’étranger). Il existe aussi un nombre impressionnant de clubs internationaux, tels que le club des étudiants Sri Lankais, qui&nbsp; crée une communauté internationale mcgilloise semblable aux communautés multiculturelles d’expatriés que l’on peut trouver dans des villes comme Phnom Phen, Accra ou Bogotá. Montréal, de plus, reconnue mondialement pour ses communautés culturelles et sa diversité, baigne aussi dans une atmosphère de tolérance et de multiculturalisme. McGill aussi possède des organismes tels que le Service d’aide aux étudiants étrangers et le <i>buddy program</i> qui aident&nbsp; également à l’intégration dans l’environnement universitaire.</p>
<p><i>Le Délit</i> a parlé au Service d’aide aux étudiants étrangers (SAEE), qui demeure une source de référence pour un bon nombre d’étudiants internationaux. À la question des apatrides culturels, le Service a répondu qu’il organisait «des événements et des ateliers pour faciliter l’intégration d’étudiants ayant vécu à l’étranger. Le SAEE est une référence pour beaucoup d’étudiants internationaux qui viennent nous voir pour faciliter leur expérience à McGill». Cette organisation offre de l’aide au niveau de la langue et se charge d’aider les étudiants dans des processus administratifs qui peuvent être longs et difficiles. Le McGill International Students Network, de son côté, s’occupe de rassembler et de rencontrer les différentes communautés culturelles présentes sur le campus à travers des activités, clubs et associations.</p>
<p><b>A</b><b>touts et inconvénients</b></p>
<p>Cependant, ces apatrides culturels forment à eux seuls une catégorie bien spécifique d’étudiants internationaux. Contrairement à beaucoup d’étudiants étrangers qui ont vécu dans un seul pays la majeure partie de leur vie, les apatrides manquent de repères culturels bien définis.</p>
<p>Ils reconnaissent eux-mêmes sans prétention qu’ils ont eu une chance incroyable de voyager comme ils l’ont fait. Samuel, étudiant australien en échange&nbsp;à McGill,&nbsp; a vécu dans six pays différents au cours des vingt dernières années. «<i>Je me sens moins ancré dans une culture en particulier, et sans doute ainsi plus adaptable et réceptif à d’autres cultures</i>», raconte-t-il. Cette acculturation a&nbsp; tendance à développer une sensibilité accrue aux autres, la confrontation avec des gens et des sociétés différents d’eux-mêmes les ayant fait mûrir plus rapidement que d’autres. Daria, une étudiante franco-irano-américaine de deuxième année qui a vécu en Chine pendant plus de sept ans observe, elle, ce décalage: «<i>En revenant en France ou aux États-Unis, j’ai l’impression d’avoir cinq ans de plus que mes amis qui ont le même âge. C’est à la fois réconfortant de savoir que j’ai réussi à me construire en tant qu’adulte plus rapidement à l’étranger, et déprimant en même temps: tu réalises que des liens que tu avais avec des gens, des aspects de ton identité, le sentiment d’appartenir à un tout, ont disparu</i>».</p>
<p>On constate toutefois chez la plupart de ces apatrides un certain sentiment de mélancolie quant à leur manque de repères culturels, et l’analyse de Daria est valable pour beaucoup d’entre eux. La vie des apatrides culturels a de quoi faire rêver beaucoup d’étudiants en quête de dépaysement. Mais cette vie nomade est bien plus difficile émotionnellement qu’on ne pense: une désorientation continuelle, ressentir un perpétuel manque, que quelque chose est absent. «<i>On apprend à dire au revoir – à la famille restée dans le pays d’origine, aux amis qui repartent en expatriation à l’autre bout du monde; on apprend à se serrer les coudes entre nous; à accepter le manque de repères (et d’être perdu dans la traduction)</i>», relate Daria. C’est un univers où l’idée du chez-soi est relative et n’existe pas complètement; une vie passée entre plusieurs pays, ou chambres d’hôtels et aéroports deviennent des endroits trop familiers. Comment certains apatrides réagissent&nbsp;à ce manque de repères culturels?</p>
<p><b>La nouveauté ou les racines?</b></p>
<p>Les apatrides interrogés répondent différemment à la pression imposée par leur mode de vie. Face au manque de repères, à l’évidente distance qui les sépare d’un environnement culturel connu, on distingue aisément différents cas de figures. Vivre à l’étranger n’implique pas nécessairement une immersion culturelle totale&nbsp; – beaucoup d’expatriés ont tendance justement à se rattacher à leur identité culturelle dans le pays dans lequel ils vivent.</p>
<p>Camille, une franco-belge,&nbsp; a vécu la majeure partie de sa vie aux États-Unis. Elle raconte au «»Délit»»» que, malgré le fait que ses parents se soient fait beaucoup d’amis américains au début de leur expatriation, ils se sont invariablement tournés vers des francophones par la suite – le besoin, sans doute, de partager une expérience et des valeurs communes dans une culture qui n’est pas la leur.</p>
<p>Bien sûr, certains expatriés arrivent plus ou moins bien à s’adapter à leur pays de résidence et s’immergent dans la culture avec plus ou moins de facilité. D’autres, parce qu’ils ont réussi à se construire en parallèle avec cette culture adoptive, se sont adaptés et intégrés avec succès. Aldrich est né et a grandi à Manille, aux Philippines. Au début du secondaire, il est parti avec sa famille vivre à Toronto, son père ayant des opportunités professionnelles là-bas. «<i>Immigrer au Canada m’a distancié de mes amis aux Philippines. Ils pensent que le Canada m’a transformé en un Aldrich plus sophistiqué, anglophone qu’ils ont du mal à comprendre maintenant», </i>dit-il,&nbsp;<i> «Il y a des moments où j’ai l’impression d’avoir perdu mon identité, d’autres moments non: cela dépend avec qui je suis.</i>» Beaucoup d’apatrides comme Aldrich parlent d’une forme de malléabilité identitaire acquise lors de leurs voyages, le fait de pouvoir s’adapter à un auditeur, à comprendre sa différence. Le contact avec l’inconnu, qu’il soit complet ou partiel, fait évoluer et ouvre de nouvelles perspectives.</p>
<p><b>Vers une identité culturelle commune?</b></p>
<p>Beaucoup d’apatrides ont ainsi tendance à se rattacher à des comportements, des valeurs et des points de vue qui leur semblent reliés à leur(s) pays d’origine. Une forme de double point de vue est mis en place pour négocier le nouveau et le traditionnel.</p>
<p>On a tendance, en ce début de 21<sup>e</sup> siècle, à employer les termes de «mondialisation», de «culture occidentale», très largement. Mais est-ce que la crise identitaire culturelle à laquelle doivent faire face nombre d’apatrides n’est pas un phénomène qui, de plus en plus, s’applique à nous tous? Sommes-nous en train, un peu comme les apatrides, de nous diriger vers une identité occidentale commune, de «perdre» en spécificités culturelles?</p>
<p>En y regardant de plus près, on observe que des choses comme les classifications culturelles et géographiques sont en train de perdre de leur sens. Les frontières perdent leur signification dans des régions du monde comme l’Europe, où l’on se déplace d’un pays à l’autre librement; les réseaux sociaux peuvent nous connecter – en théorie – avec un grand nombre d’autres nationalités. Notre génération d’étudiants, qu’importe le pays, a grandi avec les mêmes émissions américaines, des habitudes alimentaires similaires et le sentiment d’appartenir à une culture occidentale commune. Ce qui, il y a cent ans, différenciait le jeune adulte espagnol du jeune adulte canadien est, à coup sûr, bien moindre aujourd’hui.</p>
<p>Cependant, on ne peut pas nier le fait que des différences notoires nous séparent culturellement les uns des autres. Observez, par exemple, la manière avec laquelle les montréalais attendent à l’arrêt de bus: les gens se mettent dans la file les uns après les autres, en ordre. Prenez un arrêt de bus à Paris, et vous verrez que les gens se mettent en bloc et doivent jouer des coudes pour pouvoir gagner leur place dans le véhicule. Qu’est-ce qui permet à la plupart des apatrides de ne pas être complètement perdus dans leur pays de résidence? Comment se rattachent-ils aux valeurs d’un pays dans lequel, pour la plupart, ils n’ont vécu que quelques années? L’éducation joue indubitablement un rôle déterminant. Les parents ont ce rôle de transmetteurs de codes, d’informations et de valeurs transculturelles qui permettent à l’enfant de se calquer sur un pays ou une région. Les gens que l’on fréquente, l’école à laquelle on est allé, ce qu’on y a appris sont des éléments supplémentaires qui nous conditionnent dans un certain milieu culturel.</p>
<p>Certains traditionalistes pourraient se plaindre de la perte de traditions et de valeurs, liée à la mondialisation de la culture. Au contraire, il se peut qu’au lieu de se perdre, de nouvelles se superposent à celles-ci. Les apatrides ne «perdent» pas leur identité et leur spécificités culturelles; leur confusion identitaire très certainement vient justement de la superposition de façons de faire, de comportements culturels différents qu’ils ont au cours du temps assimilées. On a la chance d’être tous exposés à la différence, particulièrement à McGill et à Montréal. Serions-nous tous en marge, dans un futur proche, de devenir des apatrides culturels?</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Beaucoup d’Amour</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/01/21/beaucoup-damour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Soulard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jan 2013 04:47:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Michael Haneke revient avec un drame poignant.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une Palme d’or à Cannes cet été, le nouveau film de Michael Haneke a été prisé par la critique américaine au cours des récents Golden Globes, où il a remporté le titre de meilleur film étranger. Michael Haneke, réalisateur autrichien, est un habitué des récompenses les plus prestigieuses de l’industrie du cinéma. Son nouveau film, le très acclamé Amour, est une production franco-germano-autrichienne mettant en vedette des acteurs français. Il est sorti sur les écrans montréalais la semaine dernière.<br>
Ce huis clos se déroule dans un appartement parisien et se concentre sur la vie quotidienne d’un couple – deux professeurs de musique à la retraite, Anne (Emmanuelle Riva) et Georges (Jean-Louis Trintignant). Leur appartement est à leur image: un piano à queue dans le salon, des étagères couvertes de livres et, de leur fenêtre, une vue en plongée sur une rue bruyante. Ils ont accompli leurs devoirs, à la fois comme parents et professeurs; ils ont transmis leurs connaissances et fait partager leur passion, en particulier à un ancien élève d’Anne qui, devenu pianiste reconnu, rend souvent visite au couple. Leur fille, Eva (Isabelle Huppert), est mariée, vit à Londres et semble avoir une vie comblée.<br>
Pendant toute la durée du film, on suit la vie du couple. Comme dans bien d’autres des films de Haneke, la temporalité est floue; les jours, les heures et les moments se succèdent chronologiquement mais sans ordre véritable; le réalisateur, en développant cet espace spatio-temporel si peu conventionnel, réussit à dérouter le spectateur qui s’immerge ainsi totalement dans l’intimité d’Anne et Georges. Les visites d’Eva et du musicien sont comme des bouffées d’air frais, à la fois pour le couple et pour le spectateur.<br>
Anne et Georges s’aiment et ont passé la majeure partie de leur vie ensemble. Cependant, dès la troisième scène, on se rend compte que leur intimité et leur quotidien sont instables. Entre les tensions accumulées au cours de leur vie et la maladie d’Anne, nous sommes témoins de moments de tendresse et de complicité entre eux; des instants d’une justesse émotionnelle rare.<br>
Amour échappe aux clichés des septuagénaires toniques et modernes véhiculés par Hollywood. Le film n’est ni une caricature, ni un documentaire, et encore moins un exposé philosophique. Amour raconte avant tout une histoire; il présente les faits plus qu’il ne les analyse. Malgré certaines scènes qui ont tendance à sortir un peu de l’axe stylistique du film, l’ensemble est une réussite et met en lumière des personnages et des situations que la culture populaire néglige ou déforme trop souvent.<br>
Haneke propose avec Amour une approche stylistique novatrice, à contre-courant des tendances cinématographiques contemporaines.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Assurance santé: mirage des réfugiés?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/11/13/assurance-sante-mirage-des-refugies/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Soulard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Nov 2012 21:03:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>GRIP-McGill met la lumière sur les problèmes reliés à une réforme dans le système de l’assurance santé aux réfugiés.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une réforme dans le système d’assurance santé accordé aux réfugiés précarise la situation des immigrants. Le GRIP-McGill (Groupe de recherche d’intérêt public du Québec à McGill) décide de mettre en lumière les nombreux problèmes que cette nouvelle régulation entraîne. </p>
<p>Le 8 novembre sur le campus a eu lieu une conférence sur les coupures aux frais de santé aux réfugiés arrivant au Canada. Cet événement a été organisé par le GRIP-McGill, une organisation gérée par des étudiants et à but non lucratif qui agit dans les domaines de la recherche, de l’éducation et de la justice sociale. Bien que le GRIP-McGill soit davantage concerné par des problèmes liés à la communauté mcgilloise ou montréalaise, cette conférence visait  à parler des effets d’une décision fédérale. </p>
<p>Le 30 juin dernier, le ministre canadien de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multi-culturalisme, Jason Kenney, annonçait des coupures dans le PFSI (Programme fédéral de santé intermédiaire). Ce programme d’assurance maladie «fournit une protection de soins de santé, limitée et temporaire, aux personnes protégées qui ne sont pas admissibles aux régimes de soins de santé provinciaux ou territoriaux et où une réclamation ne peut être faite en vertu d’une assurance maladie privée», explique le site web servicecanada.gc.com. Avant le 30 juin, l’assurance maladie complète était accessible à tous, y compris aux réfugiés dont le droit d’entrée à été refusé. </p>
<p>Autant dire que de telles coupures dans ce programme précarisent la situation des réfugiés et les mettent en danger. «Le Canada, n’est pas un pays aussi ouvert qu’il ne le paraît», affirme l’un des quatre intervenants. En réduisant l’argent versé au PFSI, l’assurance maladie accordée aux réfugiés (qu’ils soient demandeurs d’asile ou réfugiés réinstallés), au nombre de 20 000 par année au Canada, est réduite au minimum: peu de médicaments, de consultations ou d’opérations médicales de toutes sortes sont remboursés. «Les réfugiés sont déjà à leur arrivée suffisamment pauvres financièrement pour qu’on les laisse jouer à la roulette russe avec leur vie», remarque le même intervenant. </p>
<p>La conférence a commencé vers 18 heures. Une trentaine de personnes étaient présentes, en grande majorité des étudiants, plusieurs d’entre eux effectuant des recherches sur le sujet. Un grand nombre également faisaient partie du GRIP-McGill. La conférence a été ouverte par une rapide présentation par la directrice du GRIP-McGill qui a rapidement introduit quatre intervenants. Une première présentation a été effectuée par une professeure de sociologie à McGill, dans laquelle elle a rappelé le contexte de la réforme du PFSI et ses ambiguïtés administratives. Elle critique fermement l’attitude du gouvernement qui perpétue une logique du type «nous, Canadiens» contre «eux, étrangers»; en effet, les médicaments et traitements remboursés par le PFSI sont ceux qui concernent des maladies potentiellement dangereuses et transmissibles vers les Canadiens.<br>
Les deux intervenantes suivantes ont rappelé l’aspect matériel et médical d’une telle réforme: face au manque de locaux offrants des soins aux réfugiés, des cliniques bénévoles ont été créées pour aider ceux qui n’ont pas accès à l’assurance complète. </p>
<p>Le dernier intervenant, un médecin et activiste, s’est davantage penché sur les différentes manières d’expliquer ces coupures (historiquement et politiquement). Les politiques conservatrices canadiennes auraient, au fil des années, marginalisé le statut des immigrants. </p>
<p>Différentes manières de s’opposer à cette nouvelle mesure existent: une pétition écrite, qui rassemble déjà une centaine de voix, était disposée à la sortie de la salle et tous étaient invités à la signer. Elle serait envoyée au ministre dans le but de clarifier cette réforme. Un site tumblr a également été mis en place sur lequel on peut montrer son engagement à la cause. La présentation s’est terminée par un échange d’idée et des questions posées aux intervenants. Alors que tous quittaient la salle, aux alentours de 20 heures, les organisateurs se réjouissaient de voir que la pétition avait gagné une trentaine de voix supplémentaires.</p>
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		<title>Woody Allen au cinéma du Parc</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/10/30/woody-allen-au-cinema-du-parc/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Soulard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Oct 2012 16:32:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’occasion de (re)découvrir les œuvres du cinéaste sur grand écran au cinéma du Parc!</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Woody Allen est l’un de ces réalisateurs mythiques dont la filmographie échappe à tous les superlatifs. Récompensé par quelques-uns des plus prestigieux prix de l’industrie, auteur de bientôt cinquante films, acteur, réalisateur, humoriste et scénariste, il est l’une de ces légendes cinématographiques qu’on a la chance d’avoir encore parmi nous.</p>
<p>Son dernier film, <em>To Rome With Love</em>, est sorti cet été et son succès en salle démontre combien, à 77 ans, le réalisateur séduit encore le public. Sa force&nbsp; est d’avoir réussi, tout au long de sa carrière, à démontrer sa capacité à pouvoir raconter n’importe quelle histoire: des comédies aux influences burlesques (<em>Take the Money and Run</em>), des histoires d’amour (<em>The Purple Rose of Cairo</em>), des drames intimistes (<em>Interiors</em>) et même de la science-fiction (<em>Sleeper</em>).</p>
<p>Le cinéma du Parc nous donne ainsi l’opportunité de nous immerger à nouveau dans l’univers du réalisateur. «C’est la première fois en Amérique du Nord, rappelle Raphaël Dostie, organisateur de la rétrospective, que l’intégrale des films de Woody Allen est montrée dans une salle de cinéma.» L’événement a commencé il y a déjà plus de deux semaines; «nous voulions montrer les films en ordre chronologique pour que le spectateur observe l’évolution du style du réalisateur et comment il a su se réinventer au cours des décennies» rapporte l’organisateur dans une entrevue avec <em>Le</em> <em>Délit</em>. «Une telle rétrospective favorise une large audience; ses films sont si différents les uns des autres qu’ils peuvent toucher tout le monde». Ce type de rétrospective est en effet l’occasion de voir des films qui ne sont plus montrés dans les salles obscures. Bien que la plupart des films soient projetés en format numérique, certaines copies en 35 mm ont été acquises spécialement pour l’occasion.<br>
L’accessibilité aux films est favorisée, dans le cadre de la rétrospective, par une programmation quotidienne: ils sont souvent montrés deux, voire même trois fois. Cela signifie qu’à presque n’importe quelle heure de l’après-midi ou de la soirée on peut décider d’aller se détendre devant l’un de ces films. Vous n’avez plus d’excuses pour ne pas y aller! «Comme nous l’avions escompté, la rétrospective est pour l’instant un succès», se félicite Raphaël Dostie. «Nous sommes contents de proposer aux spectateurs une alternative au Festival du Nouveau Cinéma qui a lieu au même moment à Montréal. Et de voir que Woody Allen plaît encore au public.»</p>
<p>Je peux vous l’assurer, voir un film dans les conditions originales de projection n’a rien à voir. Des films que je connaissais par cœur sont alors éclairés d’une nouvelle lumière; ils apparaissent plus profonds, plus denses. Les dilemmes intérieurs des trois sœurs de <em>Hannah and her sisters</em>, l’absurdité et les fous rires provoqués par <em>Play it again Sam</em>, le traitement délicat et ironique des intellectuels complexés de <em>Manhattan</em>.<br>
L’univers du réalisateur est certes varié, mais des similitudes demeurent. Derrière les blagues et les situations amusantes se trouve une véritable réflexion sur les intellectuels, New York et les grandes questions de la vie.</p>
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		<title>Romney et la presse étrangère</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/10/30/romney-et-la-presse-etrangere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Soulard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Oct 2012 16:31:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.delitfrancais.com/?p=15492</guid>

					<description><![CDATA[<p>Romney divise la presse internationale et cumule les erreurs diplomatiques.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les élections américaines sont toujours pleines de surprises. Tous les quatre ans, un candidat précédemment inconnu des médias étrangers, qu’il soit démocrate ou républicain, se lance dans la course à la présidence. Il y avait eu Robert Dole en 1996 et John McCain en 2008. Le républicain Mitt Romney est le «petit nouveau» de 2012. Il est ainsi l’objet de toute l’attention médiatique, non seulement dans son pays, mais aussi dans le reste du monde.</p>
<p><strong>Erreurs diplomatiques</strong></p>
<p>Lors de ses déplacements à l’étranger, le candidat républicain à la Maison-Blanche multiplie les erreurs diplomatiques.</p>
<p>Cet été, en visite à Londres, il se déclare mitigé face à la capacité de la ville à recevoir les Olympiques, déclarant&nbsp;à <em>NBC</em>: «Il y avait quelque chose d’un peu déconcertant. L’histoire selon laquelle la forme de sécurité privée n’avait pas assez d’effectifs, la supposée grève des agents d’immigration. Ce n’est évidemment pas quelque chose d’encourageant». Et le premier ministre britannique de rétorquer&nbsp;au quotidien britannique <em>The Telegraph</em>: «Évidemment, c’est plus facile si les Jeux Olympiques se tiennent au beau milieu de nulle part». (Romney a participé à l’organisation des Olympiques d’hiver à Salt Lake City en 2002, ndlr).</p>
<p>Ce qui est devenu une anecdote amusante reflète néanmoins les tensions créées par le gouverneur du Massachusetts, dans un pays qui demeure l’allié politique par excellence des États-Unis.</p>
<p><strong>Opinions divisées</strong></p>
<p>Les trois débats précédant les élections américaines du 6 novembre sont désormais passés.</p>
<p>Les deux candidats à la présidence divisent l’opinion populaire américaine et mobilisent les foules à l’étranger. Sans doute parce que l’élection américaine de novembre déterminera l’avenir des relations diplomatiques entre les États-Unis et les pays étrangers.</p>
<p>L’entrain international suscité par la candidature d’Obama en 2008 n’est pas aussi prononcé quatre ans après&nbsp;– le bilan d’Obama est certes mitigé – mais une question se pose en ces temps de crise: quel est le candidat le «moins pire»&nbsp;pour diriger les États-Unis? De l’intérieur, les esprits restent indécis ainsi que le démontrent les sondages actuels: 47.2 % pour Obama, 47.2% pour Romney (<em>Huffington Post</em>, 26.10.12).</p>
<p><strong>Vision binaire</strong></p>
<p>Un article récent du <em>New York Times </em>présente une critique virulente de la conception de la politique internationale de Romney. Selon l’article, la vision du monde du candidat manque de contrastes et semble raviver des conflits passés. Romney considère encore la Russie comme l’ennemi numéro 1 dont l’Amérique doit se méfier. Il ravive un élan patriotique, voire nationaliste, en rapportant qu’il diminuerait le nombre de délocalisations en Chine et ne laisserait pas le pays «s’écrouler comme la Grèce» (une expression utilisée à plusieurs reprises durant les trois débats).</p>
<p>Romney entend redonner à l’Amérique le pouvoir stratégique, militaire et politique qu’elle possédait durant la Guerre froide; Romney effectue une association d’idées pour le moins déconcertante: sa nostalgie de l’Amérique de l’après-guerre le mène à penser qu’un monde divisé en deux blocs est préférable.</p>
<p>En définissant la lutte au Moyen-Orient comme une guerre «contre les ténèbres», il réhabilite les techniques de propagandes employées par les États-Unis durant la Guerre froide – la division du monde en deux blocs, partagé entre le côté des «méchants» et celui des «gentils». Hélas pour lui, même les «gentils» dont il se sent si proche semblent douter de lui.</p>
<p>L’impopularité dont il souffre au Royaume-Uni après son apparition cet été n’est pas qu’un cas isolé. Le candidat a réussi à se mettre à dos la majeure partie des médias étrangers. En Russie, on craint un retour de tensions diplomatiques. Une déclaration du candidat lors d’une entrevue donnée à <em>CNN</em> en 2011 a donné le ton général de l’idée qu’il se faisait de la politique extérieure: «La Russie est notre ennemi géopolitique numéro un. Les Russes se rangent toujours derrière les pires acteurs politiques de ce monde».</p>
<p>De quoi faire resurgir les fantômes enterrés de la Guerre froide. En Russie, on applaudissait au contraire les efforts de collaboration entamés par Obama.</p>
<p><strong>La Chine à dos</strong></p>
<p>Romney s’est mis la Chine à dos d’une manière similaire. En déclarant la guerre au «<em>made in China</em>», au taux de change du yuan et en critiquant la politique sociale de Beijing, le candidat a établi la vision d’un 21ème siècle purement américain d’où la Chine est exclue. Des déclarations si ouvertes démontrent un clair manque de tact en matière de diplomatie. «Essayez de tenir tête à la Chine, gouverneur Romney», avertissait Barak Obama, moqueur, durant l’un des débats.</p>
<p><strong>Obama toujours populaire dans le monde «occidental»</strong></p>
<p>Dans le monde dit «occidental», en Europe, au Canada, en Australie,&nbsp; la candidature d’Obama en 2008 est encore dans tous les esprits et était le symbole d’un renouveau américain. Obama représentait la fin de l’ère Bush et d’un pays qui entendait dominer l’Occident.</p>
<p>Quatre ans plus tard, Obama semble être encore la meilleure option possible. Les médias grecs et espagnols ont déjà pris le candidat républicain en grippe. En parlant de la Grèce, Romney affirme&nbsp;lors d’un meeting de campagne dans l’Ohio: «Nous ne prendrons pas le chemin de la Grèce. Nous allons faire en sorte que l’Amérique redevienne l’Amérique».</p>
<p>Le candidat a tendance à voir dans l’Europe un modèle socialiste en contradiction avec sa politique néo-libérale et conservatrice. Le journal espagnol <em>El Pais</em> (Madrid) rappelle que Romney, en critiquant les politiques économiques d’alliés historiques des États-Unis, ne fait ainsi que se les mettre à dos.</p>
<p><strong>Seul allié: Israël?</strong></p>
<p>Le seul pays semblant trouver grâce aux yeux du candidat est Israël. «Je réaffirmerai nos liens historiques avec Israël et notre engagement total pour sa sécurité», a‑t-il affirmé lors d’un discours à l’Institut militaire de Virginie.</p>
<p>Mais c’est là le seul pays du Moyen-Orient avec lequel il entend s’allier. Romney multiplie des déclarations dans lesquelles il mentionne la capacité des États-Unis d’intervenir au Moyen-Orient pour «réorganiser la région» à tout moment. Des déclarations qui sonnent creuses selon le <em>Daily Star</em> de Beyrouth – d’une part parce qu’il est candidat et parce qu’il n’affiche aucune proposition claire par rapport à la situation.</p>
<p>Des discours, que des discours? Des promesses ou déclarations que le candidat républicain à la Maison Blanche adoucira certainement s’il est investi. Reste que selon les médias internationaux, sa vision d’un monde dominé par les États-Unis ne fait pas l’unanimité.</p>
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		<title>Duel en mer de Chine</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2012/10/16/duel-en-mer-de-chine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louis Soulard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Oct 2012 16:32:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand les relations sino-japonaises se dégradent de jour en jour...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Des manifestations sans précédent ont éclaté en Chine après l’annonce de la volonté du gouvernement de racheter des îles revendiquées par les deux parties. Les tensions entre les deux géants asiatiques ne font que grandir depuis plusieurs mois, des tensions à la fois politiques, économiques et culturelles.</p>
<p>En tant qu’Européens ou Nord-Américains, on a souvent tendance à considérer l’Asie comme un tout, un ensemble assez flou et exotique qu’on pense vaguement connaître à travers les films de Jackie Chan et les mangas. On parle de cuisine asiatique, de personnes asiatiques sans vraiment comprendre les nuances que ce terme englobe. Alors que je m’installais à Shanghai en 2009, une connaissance&nbsp; me dit: «Oh, trop cool, tu vas pouvoir manger des sushis!». Bien qu’il y ait en effet un grand nombre de restaurants japonais à Shanghai, ce n’est pas vraiment ce qui caractérise la gastronomie locale. Je m’amusai de sa remarque, non pas parce que c’était particulièrement drôle, mais parce que nous nous imaginions ledit ami dire à un Japonais que les sushis étaient chinois. Comment le Japonais aurait-il réagi alors? Aurait-il été profondément offensé, ou aurait-il juste méprisé ce petit Français qui connaît si peu la cuisine asiatique? En cette période de crise sino-japonaise, le Japonais l’aurait sans doute très mal pris. Les relations politiques et culturelles entre les deux pays semblent en effet se dégrader de jour en jour, et particulièrement depuis ces derniers mois. Lumière sur des tensions géopolitiques aux répercussions sans précédent.</p>
<p><strong>Le&nbsp;contexte</strong></p>
<p>La cause de toutes ces turbulences réside en premier lieu dans la revendication d’un archipèle, appelé Diaoyu (côté chinois) et Senkaku (côté japonais), entre la Chine et le Japon. La dispute autour de ces deux îles remonte à 1895, date à laquelle les îles seraient passées, avec Taïwan, sous contrôle japonais. En 1952, les Américains réquisitionnent Senkaku sans la moindre protestation de Beijing. Ce n’est qu’à partir de 1972, lorsque les îles sont restituées au Japon, que la Chine commence à grincer des dents. Et, depuis, la tension autour de leur propriété n’a cessé de croître: d’abord en 1994, lorsque la convention des Nations Unies détermine une limite de souveraineté de 200 milles au large des côtes; une régulation qui était sensée limiter les conflits entre les deux puissances. Le problème demeure, étant donné que les îles se trouvent à égale distance d’Okinawa (Japon) et du littoral chinois. Depuis début 2012, différents incidents n’ont fait que détériorer les relations sino-japonaises – vous aurez peut-être entendu parler de ces manuels japonais qui, en 2005, minimisaient les conséquences de l’invasion japonaise des années 1930, et qui ont été la cause d’importantes manifestions en Chine.</p>
<p>Début 2012, les débats sont ravivés autour des îles. La Chine n’est pas seulement en plein boom économique, elle cherche aussi des points stratégiques pour augmenter son influence. En Avril 2012, le gouverneur de Tokyo se mêle à la discorde et menace de racheter les îles. Comme toujours, les querelles diplomatiques entre les deux pays sont largement médiatisées, s’ajoute par conséquent un entrain populaire considérable. Dès avril, la Chine commençait à s’ébranler et quelques manifestations eurent lieu dans des villes du nord du pays (Mandchourie) en particulier, où l’invasion japonaise de 1931 est encore vivante dans la conscience collective. Enfin, le 11 Septembre dernier, les îles sont officiellement rachetées par l’Etat japonais, provoquant des manifestations dans une vingtaine de grandes villes chinoises.</p>
<p>Il faut rappeler que la Chine et le Japon ont une histoire bien particulière et les relations des deux pays n’ont jamais été franchement amicales. Particulièrement du côté chinois, où les blessures de l’Histoire sont encore perceptibles&nbsp;: l’anniversaire de commémoration de l’incident du Moukden de 1931&nbsp; a été marqué par des manifestations anti-japonaises plus violentes que jamais. Malgré une normalisation des relations en 1972, leurs relations demeurent dominées par une méfiance mutuelle. L’importance accordée aux îles peut nous sembler, de notre point de vue occidental, incompréhensible, voire même risible – <em>The Economist</em> a d’ailleurs publié une couverture titrant: «<em>Could China and Japan go to war over these?</em>». Mais Diaoyu-Senkaku sont bien plus que des îlots inhabités et sont la source d’enjeux importants pour les deux puissances.</p>
<p><strong>Les&nbsp;enjeux</strong></p>
<p>Cette querelle historique révèle des conflits qui durent depuis des siècles et qui pourraient être liés à l’impérialisme des deux pays. Les frontières des pays de l’Asie de l’Extrême-Orient ont été sujets à un nombre incroyable de changements au cours des siècles passés. La soif d’impérialisme des deux puissances dominant cette région – la Chine et le Japon – se reflète dans les expansions et revendications territoriales, et chacune semble vouloir donner tort à l’autre. Au Japon, le premier ministre Yoshihiko Noda explique que les îles font «partie intégrale du Japon» et qu’il «ne pourrait pas y avoir de compromis». Un discours similaire s’applique de l’autre côté de la mer de Chine.</p>
<p>Les îles Diaoyu-Senkaku ne sont pas seulement un symbole fort pour les deux pays; elles sont aussi riches d’un potentiel économique. Bien qu’il soit difficile d’y habiter compte tenu de leur dénivelé et de leur petite superficie, les eaux les entourant sont très poissonneuses et pourraient contenir un important nombre d’hydrocarbures. Pour la Chine, la possession des îles aurait été un élément de stratégie socio-politique majeur: l’accès à la mer du pays est problématique, dans le sens où la côte de la mer de Chine est encerclée de morceaux de terre, d’îles ou de pays alliés aux États-Unis avec qui les relations sont conflictuelles (la Corée du Sud au nord, les Philippines au sud, Okinawa et Taiwan au centre). Cet encerclement limite les agissements maritimes et économiques de la Chine et favorise ainsi sa surveillance; la possession des îles aurait déverrouillé un accès plus facile au Pacifique pour les chinois.</p>
<p><strong>Les&nbsp;réactions&nbsp;de&nbsp;la&nbsp;communauté&nbsp;internationale</strong></p>
<p>Les pays étrangers demeurent majoritairement neutres au débat. Les pays européens de l’ouest comme la France restent prudents et sont déterminés à ne pas se mêler aux débats, par peur de voir leurs relations commerciales se dégrader par un débat qui demeure régional. De son côté, l’ONU s’inquiète des tensions et invite les deux pays à «arrêter leurs provocations». La position des États-Unis est plus ambigüe; Washington a davantage intérêt, comme les pays européens, à rester en retrait. Bien que la première puissance mondiale soit liée par un traité d’alliance avec le Japon, elle ne s’engage pas officiellement en sa faveur et craint un conflit futur entre deux de ses plus importants partenaires commerciaux. «Notre objectif est que les États-Unis et la Chine établissent le plus important partenariat bilatéral du monde», a déclaré Leon Panetta, le chef du Pentagone en visite à Beijing fin septembre. La présence des États-Unis dans la région Asie-Pacifique est en tout cas renforcée; Pékin désapprouve et demande à Washington de ne pas intervenir.</p>
<p><strong>Un&nbsp;conflit&nbsp;qui&nbsp;mobilise&nbsp;les&nbsp;populations</strong></p>
<p>Les tensions entre Tokyo et Beijing ne demeurent pas uniquement diplomatiques, bien au contraire. Les difficultés de communication entre les deux puissances s’illustrent avant tout dans les attitudes respectives du peuple face à cette crise diplomatique. Les médias, dans les deux pays, ont pris l’affaire très à cœur et n’ont pas hésité à en faire à plusieurs reprises leurs sujets de couverture. Le magazine pékinois <em>Zhongguo Xinwen Zhoukan</em> titrait par exemple «Ne pas céder un pouce de terre»; <em>Sukan Asahi,</em> journal japonais, répliquait par un «Non à cet égoïsme qu’ils appellent «patriotisme». Les différentes provocations de l’un et l’autre ne manquent pas d’être rapportées dans des articles propagandistes qui nourrissent l’ardeur des manifestants.</p>
<p>En Chine, les manifestations ont commencé dès l’annonce du gouverneur de Tokyo de racheter les îles. Les mouvements de foule n’ont fait qu’accroître depuis, et ont véritablement commencé à attirer l’attention de l’international en septembre. L’annonce de l’achat des îles a été l’élément déclencheur d’une vague de protestations systématiques et incontrôlables. Elles étaient principalement localisées devant les consulats japonais de grandes villes chinoises (Changsha, Shenyang, Xi’an, Qingdao comptent parmi les plus violentes) et devant l’ambassade de Beijing. Voitures de marques japonaises brûlées, incendies, usines nippones saccagées.</p>
<p>Midori Maki-Larrieu, expatriée japonaise à Shanghai, témoigne de l’impossibilité d’accéder au consulat du Japon le 18 septembre, date marquant la commémoration de l’incident du Mukden, témoignant de l’intensité des manifestations. Midori confiait au <em>Délit</em> le fait que l’école japonaise de Shanghai ait dû fermer ses portes pendant deux jours, et qu’un certain nombre de femmes dont les maris travaillent pour des entreprises japonaises ont été forcé de quitter la Chine dès le 15 septembre. Elles n’avaient aucun moyen de savoir quand elles allaient pouvoir y revenir. La plupart des grandes villes chinoises ont été touchées. La fureur anti-japonaise ne s’exprimait pas uniquement par des rassemblements violents; des supermarchés, hôtels et autres magasins japonais ont été pris pour cible par la foule et saccagés. Les produits japonais sont toujours à 100% contrôlés à la douane et ont même tendance à être boycottés – nourriture, voitures, livres, etc.</p>
<p>L’implication du gouvernement chinois n’est pas totalement innocente. C’est en effet le ministère de la Culture qui a rapidement ordonné de retirer les livres japonais des rayons de librairies; la propagande a interdit la diffusion de toute indication de marque japonaise dans les médias de masse; Beijing a mis du temps à prendre des mesures concrètes contre les manifestations qui ont touché tout de même plus d’une vingtaine de villes en Chine.</p>
<p>Hu Jintao, l’actuel président du parti communiste, a laissé implicitement comprendre pendant la semaine suivant la déclaration d’achat des îles par le Japon, aux leaders des associations manifestantes qu’ils avaient son feu vert. D’autres membres du parti auraient même encouragé, guidé et organisé les révoltes. Xi Jinping, futur chef du parti communiste qui se prépare à relayer Hu Jintao, semble avoir disparu des médias pendant cette période de crise. Les liens renforcés entre le parti et l’armée, organe ultra-conservateur, ont renforcé le mouvement anti-japonais. Celle-ci n’a pas hésité, semble-t-il, à attiser la ferveur des manifestants et à pousser à un patriotisme excessif.</p>
<p>Il est évident que ces manifestations et les nombreux boycotts ont été encouragés par le gouvernement pour déstabiliser l’économie japonaise. Rappelons que la Chine est un des premiers partenaires commerciaux du Japon, et que cette situation est extrêmement déstabilisante pour Tokyo. Le gouvernement chinois a rappelé la population au calme dès le 17 septembre.</p>
<p><strong>Regain de nationalisme</strong></p>
<p>Ce «patriotisme raisonné» – terme employé par Beijing pour calmer les foules – n’a cependant pas freiné la montée d’un nationalisme excessif chez beaucoup de Chinois. Durant les manifestations, des posters de Mao étaient brandi en masse par les protestants. C’est là un phénomène inhabituel depuis l’ouverture du pays aux échanges en 1979, qui peut être interprété comme un regain d’influence de l’extrême-gauche nationaliste. Le nationalisme chinois a pour source un certain nombre d’influentes associations et blogs sur Internet, dont l’Alliance des patriotes chinois. Son fondateur, résidant à Beijing, souligne le fait que le conflit sino-japonais remonte bien plus loin que la question des îles. «Nous exigeons seulement que le gouvernement japonais […] demande pardon pour la guerre, comme l’a fait le gouvernement allemand» (Source : <em>South China Morning Post</em>, interview de Lu Yunfei).</p>
<p>Il est intéressant de noter que la montée du patriotisme s’effectue également au Japon. Bien que le pays est était habitué, depuis les années 2000, à un régime conservateur et relativement nationaliste et que le Japon est pétri d’un grand patriotisme en général, on assiste à une poussée d’un sentiment de fierté nationale encore plus grand. Des manifestations anti-chinoises, plus pacifiques, ont également eu lieu dans quelques villes japonaises. L’attitude de la population japonaise face à cette crise est plus calme que celle de leurs voisins. La presse japonaise met l’accent sur une chronologie qui n’est pas partagée par les deux pays – le fait que l’île ait appartenu au Japon depuis la fin du 19ème siècle et que son administration, depuis 1972, ait toujours été primairement japonaise -, et, en Chine l’impact de la presse dans la conscience collective opère comme un lavage de cerveau.</p>
<p>Quelques figures publiques renommées, comme le romancier Haruki Muramaki, ont cependant participé à calmer les ardeurs nationalistes. Dans un article publié dans un quotidien japonais, l’auteur de renommée internationale dénonce l’hystérie des deux pays et les appelle à repartir sur des bases de communication sereines. Il fait remarquer les dérives nationalistes qu’un conflit d’une trame si risible a provoqué des deux côtés. Il finit en demandant à ses compatriotes de ne pas contre-attaquer. Un argument similaire est repris par le japonais et sinophile Yoshikazu Kato, qui explique que le problème des deux pays est le manque de communication. Alors qu’ils sont des partenaires commerciaux majeurs, que la nature de leur relation est également décisive sur le plan international, il est impensable que les relations politiques soient en si grande dégradation, quarante ans après la normalisation de leur relation.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Un&nbsp;futur&nbsp;ambivalent?&nbsp;&nbsp;</strong></p>
<p>Selon la japonaise Midori Maki, une amélioration des relations entre les deux pays, de sa perspective chinoise, est difficile à imaginer avant longtemps. Bien que la situation des manifestations semble se calmer depuis ces derniers jours, le sentiment général d’hostilité entre les deux pays n’est pas atténué. Le 3 octobre, des banques chinoises ont annulé leur participation aux réunions du FMI et de la Banque Nationale à Tokyo, boycottant ouvertement ce sommet de la plus haute importance. Et ces tensions culturelles ne sont pas seulement valables en Asie.</p>
<p>La présidente de l’association des étudiants Japonais de McGill m’a raconté qu’un vendeur de magasin d’origine chinoise l’a prise à part en lui disant quelque chose comme «vous n’avez pas honte de ce que vous avez commis pendant la Seconde Guerre mondiale?». A quoi elle répondit qu’elle n’avait rien avoir avec les crimes de guerre commis par les Japonais à l’époque; d’une perspective japonaise, la solution serait de mettre le passé de côté et de reprendre les relations sino-japonaises sur des bases nouvelles, de confiance et d’amitié. Pour les Chinois, une revendication demeure: comme le disait le fondateur de l’Alliance des patriotes chinois, le gouvernement du Japon doit s’excuser publiquement pour les évènements tragiques de 1931–1945. Il y a un détail que j’ai trouvé rassurant, en allant à une soirée de l’association japonaise de l’université. Chinois, Coréens, Taiwanais et Japonais se côtoyaient, certains d’entre eux étant les meilleurs amis du monde, et les <em>clashs </em>culturels qui avaient lieu dans leurs pays respectifs semblaient être à mille lieues de leurs préoccupations. Quand je demandai à certains d’entre eux ce qu’ils en pensaient, ils me regardèrent avec étonnement et me dirent: «on est tous amis ici!».</p>
<p><a href="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/10/S-map.tif" data-wpel-link="internal"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-14946" title="Carte Mer de Chine" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2012/10/S-map.tif" alt></a></p>
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