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	<title>Gilles Dry - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Adieux à part moi ‑Gilles Dry</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/adieux-a-part-moi-gilles-dry/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gilles Dry]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2014 21:45:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Spéciaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cahier Création 2014</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/adieux-a-part-moi-gilles-dry/" data-wpel-link="internal">Adieux à part moi ‑Gilles Dry</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i>J</i><i>e ne coucherai plus avec des femmes</i>. Mon affirmation rebondit sur la porte fermée.</p>
<p>C’est surprenant, j’ai joui la nuit dernière avec la jeune femme que je viens de raccompagner chez elle. Peut-être a‑t-elle été offensée que je n’aie pas eu la vigueur de la réveiller avec du désir, et que j’accepte qu’elle remette ses sous-vêtements? Oui, je l’ai laissée se rhabiller sans un geste, je n’y peux rien si le souvenir de cette soirée de la veille me fout la gerbe maintenant que l’alcool est passé. Le matin est apparu, amenant avec lui des besoins naturels plus importants à satisfaire. Je dois lui dire quelque chose, mais je l’ai déjà noyée dans mes paroles pour la séduire. Le problème c’est que ma personnalité me dégoûte, tout simplement, tandis que cette fille c’est son étalage qui lui a donné envie de moi. <i>Je te raccompagne</i>, je retrouverai bien l’usage de la parole en chemin. Devant sa porte elle pose sur moi un regard douceâtre. Je crois que je viens de lui dire ceci: <i>je ne pensais pas que je jouirais, merci</i>. Je voulais la complimenter, je n’y suis pas bien arrivé. De toute manière, la disharmonie des sons que je m’acharnais à tirer de son corps soulignait la fausseté de nos plaisirs. Nous ne recoucherons pas ensemble. Échec d’une énième tentative de sauvetage.</p>
<p>Jamais la jeune femme d’hier ne m’aurait accordé un regard si on ne nous avait pas préalablement présentés. Intrigant. Voilà ce qu’elle a pensé de moi. Assez intéressant pour donner du désir, assez laid pour que coucher avec soit une bonne action. Le travail de séduction que m’impose mon physique m’est toujours long et pénible. À tel point que je suis dégoûté avant la conclusion tant attendue par ma vanité. Oui, j’ai toujours voulu être aimé pour mon apparence physique. Non. Désiré. Je ne peux pas l’être. Mon reflet dans le miroir me témoigne mon échec chaque jour. Pas assez grand, le visage pas assez régulier. Toutes les femmes qui m’ont désiré m’ont d’abord connu, puis désiré. Et cela a fait de leur désir une fabrication, alors que j’aurais voulu qu’il soit une évidence. Toutes mes histoires sentimentales se terminent de la même manière: <i>En me disant que tu m’aimes, tu consacres une personne que je hais, moi</i>. Et c’est adieu. <i>Je ne vivrai rien avec cette femme</i>. Sa réponse ne m’intéresse pas.</p>
<p>Je suis en train de perdre mon hétérosexualité. C’est le triste constat de ma nuit d’ivrogne frigide. Je perds mon hétérosexualité mais rien ne vient la remplacer. Évidemment que les femmes me font toujours de l’effet. Mais à chaque fois la transe dans laquelle me plongent leurs charmes est plus courte. Jouir la nuit dernière ne fut que le résultat d’un mécanisme physique déclenché par frottements dans un espace étriqué. Mon visage ne changera pas. Mes gènes ne muteront pas pour que mon reflet cesse de me jeter dans la honte et le désespoir. Encore une fois ce matin en rentrant chez moi je me suis précipité dans la salle de bain. <i>J’ai couché avec une femme belle, je suis beau</i>. Je tente un regard vers le miroir. Et non. Rien n’a changé. Mon plus beau sourire de vainqueur m’est renvoyé pour ce qu’il est vraiment, une grimace. J’avais espoir hier quand le pétillement des yeux de la séduite me transformait en objet de désir. Alors je me suis cru beau dans ce jeu de regard obsédant entre les hommes attablés qui fixent avidement la femme qui m’accompagne, celle qui plonge ses yeux en moi pour mieux boire mes paroles, et moi, qui voit tout. Dans ce bar elle était mon miroir magique. Dans l’obscurité de ma chambre elle n’était plus qu’une masse opaque. Un de ces jouets moelleux qui font un bruit aigu lorsqu’on les écrase. <i>Je vais me débarrasser de ce corps que j’habite mais qui n’est pas le mien</i>. Mon miroir me renvoie un silence approbateur.</p>
<p>Allongé dans mon lit, j’entends celle qu’a ramené pour un soir mon voisin du dessus et qui crie si fort que j’ai peur que le plafond cède sous sa chevauchée que j’imagine un poil trop enthousiaste. Mourir tué par le coït d’un inconnu, c’est une fin comme une autre. Elle crie tellement fort, je ne comprends pas comment c’est possible. Je devais faire quelque chose de mal lorsque je couchais avec mes amoureuses, je le comprends maintenant, peut-être qu’il y a un angle spécial dont on ne m’a jamais parlé? Elles ne me donnent que des soupirs, des expirations presque muettes et je recueille leur souffle chaud non comme une caresse mais comme une insulte de plus à mon ego de mâle. La fille hurle et elles soupiraient, je ne dois pas être bien vigoureux. Jamais une femme ne m’a même fait l’amour les yeux ouverts, et quand leurs yeux se rouvraient enfin après les ébats, un sourire gêné se dessinait invariablement au coin de leurs lèvres. Quelle dure réalité pour elles de se réveiller auprès d’un monstre! Mon voisin, lui, j’imagine qu’il est flatté de faire une soprano de sa conquête du soir grâce à sa mâchoire carrée et son nez droit. Allongé dans mon lit j’écoute ce concert jalousement, et je rêve une dernière fois à ces capacités vocales hors normes. L’accord final est majestueux puisque le râle du baryton se mêle aux aigus.</p>
<p><i>Je me suis construit pour plaire aux femmes mais au fond d’elles-mêmes je les dégoûterai toujours</i>.</p>
<p>C’est décidé. La fenêtre de mon appartement est ouverte.</p>
<p>Je m’adresse au trottoir six étages plus bas. <i>Je ne verrai plus mon reflet</i>.</p>
<p>Je m’adresse à mon dernier interlocuteur. Et sa promesse de réponse répand un parfum enivrant.</p>
<p><i>Fracas</i>.</p>
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		<item>
		<title>Le bilan</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/04/01/le-bilan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gilles Dry]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2014 15:34:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rhétorique culturelle / Chronique</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i>Pour ma dernière chronique, je m’autorise à prendre la parole afin de faire moi-même de la rhétorique, et je tiens surtout à remercier Orelsan pour le cadre qu’il m’a inspiré. Les idées présentées ici ne sont pas celles du </i>Délit<i> ni de l’auteur, mais seulement une expression artistique.</i></p>
<p>Ma dernière chronique, et sans doute ce qui va être mon dernier mois à McGill, cela appelle un bilan, un adieu, des regrets, des larmes versées, et un vide complet, une sorte de satiété, d’être enfin un homme, un diplômé, excité à l’idée de partir dans le monde avec un bagage conséquent de savoir, un cv en béton, et finalement d’aborder avec la fougue de la jeunesse cet univers de possibilités qui s’ouvre à moi. Le sourire d’un vainqueur aux lèvres, je me vois déjà lançant ma toque en l’air, entouré de mes camarades, un bonheur indescriptible se répandant autour de nous dans cette sensation de toute-puissance, immortalisée par des photographes officiels, mes parents me regardant avec cet air de fierté et d’apaisement d’avoir enfin contraint leur jeune fils à accepter la norme.</p>
<p>Rien de tout cela ne va se produire. Je n’irai pas à ma <i>graduation</i>, mes parents ne me rejoindront pas, je ne porterai pas la toge des savants, je ne sourirai pas à la caméra, je n’accepterai pas la fin de mes études qui n’ont aucune valeur à mes yeux, je n’aurai aucun regret, je ne manquerai à personne, et je ne rentrerai pas dans la vie professionnelle, je n’accepterai pas ce déclin du cerveau de celui qui se soumet à rentrer dans la vie <i>active</i> car je ne considère pas que ma vie d’avant ait été <i>passive</i>, je n’accepterai pas le train-train de l’homme qui travaille, je ne fonderai pas une famille avec une jeune fille que j’ai rencontré à l’université et qui partage donc avec moi cette envie d’apprendre, je ne mettrai pas comme statut Facebook «a fini McGill», mais je tiens tout de même à une chose. Faire mes adieux.</p>
<p>Adieu à McGill, une université d’accueil pour Américains enfermés dans leur culture [censurée], qu’ils répandent dans le monde pour mieux nous enfoncer dans la médiocrité. Adieu aux sciences politiques, à force de tout vouloir expliquer elles ne font que se répéter, adieu à la littérature, à être étudiée elle perd tout ce qui fait sa spécificité, de mon seul plaisir solitaire, elle a fait une galère. Adieu aux «espaces sécuritaires», à tous nous protéger, ils ne font que nous infantiliser. Adieu à l’AÉFA et à l’AÉUM, cette bande d’étudiants dont tout le monde se fout, dont l’unique accomplissement est de bourrer la gueule à des premières années afin de donner le ton au reste de leurs études à l’université. Adieu à la beuh, cette drogue banalisée, qui a fait de mes amis des morts-vivants incapables de se bouger, qui bloque les sentiments en faisant de nous des moutons qui acceptent de se ranger; sans elle, la médiocrité de nos vies nous ferait nous suicider. Adieu à la musique, la joie de nos vies, qu’on a transformé en excuse pour se droguer, pour apprécier la minimale on a tous besoin de prendre de la MD. Adieu aux boîtes de nuit, ces lieux qui puent la pisse, à sortir pour choper on s’abaisse à n’être que des animaux déchaînés. Adieu à tous ces morceaux de viande périmés, ces coups d’un soir, mal habillés, à peine douchés, qui pensent se respecter en faisant de leur pulsions sexuelles une source de fierté. Adieu à tous ces étudiants qui pensent qu’être heureux c’est de se réveiller avec mal à la tête et une capote usagée. Adieu à tous ces couples avec une date de péremption, ceux que la fin des études va séparer, vous avez gâchésvotre jeunesse à vous aimer.</p>
<p>Adieu à tous les profs que j’ai déjà oublié, qui enseignent sans passion, et qui ensuite notent notre participation. Adieux aux profs de théorie politique, lire Platon suffit à vous donner la trique. Adieu aux profs qui ont cru en moi, peu nombreux, la déception se lit dans vos yeux. Adieu à celui qui cache son manque de talent dans un besoin d’affects déplacés, adieu au vieillard diminué, dont l’unique rôle est de nous dégoûter d’apprendre avant même d’avoir commencé. Adieu à tous ces étudiants qui participent en classe, penser à eux me donne la chiasse. Adieu à ceux qui font toujours les mêmes rapprochements sur le féminisme ou leurs religions de prostrés, à force de n’avoir rien à dire, ils s’inventent des personnalités. Adieu aux étudiants engagés, leur vie n’est qu’ironie, ils ont besoin de trouver hors de l’université une excuse à leurs études mal choisies. Adieu à ces étudiants qui ont passé tous leurs cours sur 9gag, continuez sur cette voie, votre vie ne changera pas tant que ça. Adieu à tous ceux qui m’ont connu, vous m’avez mérité, continuez à penser que je suis un inadapté si ça peut vous rassurer. Adieu à mon coloc qui a finalement craqué, je suis content que ça ce soit mal terminé.</p>
<p>Voilà, c’était <i>Suicide Social</i> version McGill, une vidéo suivra, bon premier avril à tous!</p>
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		<item>
		<title>Publications étudiantes</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/24/publications-etudiantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gilles Dry]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 25 Mar 2014 03:48:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rhétorique culturelle / Chronique</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i>Un peu de répit pour les enseignants cette semaine, j’ai réalisé après un bref séjour dans un de leurs bureaux toute la pénibilité du métier, et, tenant à mon diplôme, je m’excuse donc de l’étendue de ma faiblesse et espère que je perdrai au moins quelques amis pour compenser.&nbsp;</i></p>
<p>Ces derniers mois ou années, de nombreux journaux étudiants ont fleuri aux alentours de McGill, probablement grâce à la découverte de l’Internet mais aussi et plus certainement grâce à la <i>vibe</i> rétro de la publication, cet amour que l’on a pour les choses en train de disparaître, ou plutôt par ce besoin d’avoir quelque chose dans son C.V. vu l’absence d’ambition et d’intérêt qu’ont ces publications, pour la plupart en ligne, sans support papier, ne requérant aucun engagement, aucun travail d’édition et finalement rien de ce qui fait véritablement l’expérience journalistique du travailler-ensemble. Tout peut être fait depuis chez soi, et tant mieux d’ailleurs, car au moins ces gens n’ont pas à se supporter. Croyez-moi cela serait un vrai travail, une vraie expérience à mettre sur son C.V., avoir réussi à tolérer la prétention et la suffisance de ses collègues à telle ou telle publication en ligne existant actuellement, et dont la visibilité se limite à l’organisation de soirées destinées à abrutir assez l’esprit des invités pour qu’ils soient enfin à même d’apprécier leurs articles.</p>
<p>Par exemple, ces publications proposent souvent aux étudiants de publier leurs essais écrits pour des cours, avec comme condition qu’ils aient obtenu une note minimale. En effet, engagement étudiant et accepter comme jugement qualitatif la note donnée par le professeur (ou plus réalistement par l’assistant de cours), vont de paire. C’est clair, respecter les consignes et écrire ce que l’on attend de nous est un indicateur infaillible de la qualité d’une pensée, et donc de sa légitimité à être publiée. Non seulement l’étudiant est prêt à respecter ces consignes pour obtenir la note qu’il désire, mais en plus il revendique cet abaissement en se faisant publier dans un des innombrables journaux des facultés en sciences humaines ou établis par des étudiants en sciences humaines. La publication étudiante accepte d’être étudiante, ce qui revient à dire qu’elle accepte d’être dans la norme universitaire, celle du travail récompensé, de la pensée bridée et donc de l’envie de plaire, alimentant le besoin de se mettre à genoux devant les institutions de l’étudiant lambda.</p>
<p>Parler de ces publications est déjà une consécration de leur existence, or, il faut nier cette existence jusque dans ses fondements. Accepter la norme et par là prolonger la norme, ce n’est pas exister mais seulement pérenniser des institutions destinées à nous satisfaire de notre propre médiocrité. Oui, l’étudiant qui travaille pour avoir une bonne note n’est pas blâmable car il évolue dans une logique de rentabilisation de son apprentissage c’est bien connu, mais lorsque ce qui devraient être ses supports d’expression se font les miroirs des pratiques universitaires, il y a un problème.</p>
<p>Évidemment, on dira qu’il existe à McGill des journaux papiers respectables, l’un est même de langue française et son indépendance est soi-disant garantie, mais c’est plus un programme de formation journalistique qu’une tribune efficace. Le mode d’expression dans un journal se doit d’être une alternative libératrice aux contraintes universitaires, et donc également libre des problèmes humains qui prévalent dans ce genre de milieux. Tout comme les meilleurs professeurs se doivent de faire abstraction de l’élève lorsqu’ils jugent une composition, les meilleures publications doivent être régies par une équipe qui sait faire abstraction de ses sentiments propres pour garantir son intégrité et offrir ainsi aux étudiants cette possibilité d’expression. La mainmise d’un petit groupe d’amis sur ce genre de publication, comme c’est toujours le cas, souligne un problème structural qu’il est impossible de résoudre.</p>
<p>Mais oui, descendons dans la rue pour protester contre je-ne-sais-quelle action du gouvernement et continuons à vivre dans la régulation totale de notre capacité d’expression, passons notre jeunesse à genoux, on a tout le reste de notre existence pour apprendre à ramper.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Justification des études littéraires</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/03/10/justification-des-etudes-litteraires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gilles Dry]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Mar 2014 04:58:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Analyse de bribes d’informations prises par-ci par-là à McGill, dans des cours, dans des conversations, de gens cultivés et brillants, professeurs, fascinés par la chose intellectuelle.&#160; Quand je lis un roman, j’ai l’impression d’accomplir une bonne action, un peu comme quand j’aide une mamie à traverser la rue. J’ai l’impression de faire quelque chose qui&#8230;&#160;<a href="https://www.delitfrancais.com/2014/03/10/justification-des-etudes-litteraires/" rel="bookmark" data-wpel-link="internal">Lire la suite &#187;<span class="screen-reader-text">Justification des études littéraires</span></a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i>Analyse de bribes d’informations prises par-ci par-là à McGill, dans des cours, dans des conversations, de gens cultivés et brillants, professeurs, fascinés par la chose intellectuelle.&nbsp;</i></p>
<p>Quand je lis un roman, j’ai l’impression d’accomplir une bonne action, un peu comme quand j’aide une mamie à traverser la rue. J’ai l’impression de faire quelque chose qui me dépasse et qui donc me grandit. Souvent, après une séance de lecture personnelle (entre 30 et 60 pages), je me sens vraiment bien, alerte. Je sais que je viens de faire travailler mon cerveau, et que c’est <i>bien</i>. Je crois que c’est pour ça que j’ai décidé d’étudier la littérature, pour me sentir <i>bien</i> dans mes études.</p>
<p>Je ne me sens décidément pas <i>bien</i>.</p>
<p>Récemment dans un cours que je ne nommerai pas, l’enseignante annonça qu’elle allait nous faire voir un extrait de <i>L’Idiot</i> situé tardivement dans le roman mais que ce n’était pas grave pour ceux qui ne l’avaient pas lu, car, évidemment, on ne lit pas Dostoïevski pour l’histoire! Nous reçûmes cette exclamation, dite comme une vérité générale, par un rire narquois et approbateur, nos yeux pétillaient de fierté. Pauvre lecteur qui n’a rien compris! J’étais bien heureux d’avoir eu la flemme de lire avant ce cours, j’aurais perdu mon temps. Ça tombe bien, la première phrase du syllabus du cours est que «l’on ne peut pas assimiler la littérature de manière passive».</p>
<p>On ne peut pas assimiler la littérature de manière passive. Ça me rappelle quelque chose. Oui, l’enseignement de la littérature. Pourtant, annoncer d’entrée que l’on ne «peut pas», c’est un peu se justifier avant même d’avoir commencé, comme quand on débute une phrase par «franchement», ce qui suit va être nécessairement problématique. Il faut donc justifier l’enseignement de la littérature? Allons‑y!</p>
<p>D’abord, quelle différence y‑a-t-il entre la littérature, les sciences politiques, l’histoire et le reste de ce que l’on appelle les «sciences humaines», du coup? Si tout ce que l’on fait c’est étudier des textes parce qu’on est incapable de comprendre quoi que ce soit par soi-même, c’est tout mettre sur le même niveau. On renforce ses capacités d’analyse, qu’on lise Hobbes ou Tolstoï.</p>
<p>Tout de même, à la base, la lecture d’un roman ou d’un traité philosophique ne se fait pas de la même façon. Il y a l’engagement du lecteur, qui se met instinctivement dans la peau du personnage qui parle.</p>
<p>Platon (philosophe), qui mettait en scène sa philosophie en dialogues (littérature), l’avait bien compris. Malheureusement au bout d’une dizaine de dialogues avec toujours le même héros qui en plus on le sait bien, va mourir à la fin, ce n’était pas très engageant. Et puis il avait toujours raison Socrate, pas trop moyen de s’identifier à lui, même quand il perd son procès, on a plus l’impression que c’est Athènes qui perd qu’autre chose. On sent que pour Platon c’était un sacrifice trop dur de faire de la littérature pour nous faire bouffer de la philosophie.</p>
<p>Pourtant, trêve de plaisanteries, il y a une part de vérité quand on entend que l’histoire d’un roman n’est pas nécessairement ce qu’il y a d’important: tout le monde connaissait la fin du <i>Nouveau Testament</i> et pourtant sa lecture a toujours déclenché pas mal de passions. Je sais ce que le critique va me répondre: on peut mettre ça sur le dos de l’absence de choix de lecture à l’époque. L’analogie marche aussi avec la remarque sur la passivité: les gens se ruaient à l’église pour qu’on leur explique le bouquin, un peu comme nous qui allons étudier à l’université. Hélas, même à cela on peut argumenter qu’ils ne savaient pas lire alors il fallait bien qu’on leur explique le bouquin. Ensuite c’est devenu une tradition alors on n’allait quand même pas changer la formule sous prétexte qu’on pouvait tous lire la <i>Bible</i> chez soi bien au chaud. Finalement, on va surtout à l’église plus pour le côté social de rencontrer des gens qui partagent la même passion, unis dans l’amour du Christ (ou juste pour se mettre à genoux).</p>
<p>Étudier la littérature est nécessairement problématique car on doit se taper sermon sur sermon pour profiter de ce qui compte vraiment: rencontrer des gens qui comme nous aiment la littérature et donc nous ressemblent. Et si pour cela on doit lire <i>Vies Minuscules</i> et nous faire dire que telle phrase est «si belle» et telle tournure «si bien trouvée», eh bien taisons-nous, et gardons nos réflexions sur Michon pour la pause après le cours. Et puis si à la fin de mes études je n’ai pas de travail, j’aurai peut-être au moins trouvé un compagnon de route.</p>
<p>Je suis célibataire, à la recherche d’amis, et joignable au 438–929-8982. Merci.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Questions préliminaires</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2014/02/18/questions-preliminaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gilles Dry]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Feb 2014 06:07:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Culture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rhétorique culturelle - Chronique</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><i>Analyse de bribes d’informations </i><i>prises par-ci par-là à McGill, dans des cours, dans des conversations, de gens cultivés et brillants, professeurs, fascinés par la chose intellectuelle.</i></p>
<p>Qu’est-ce qui est bien, comment se faire un avis, et comment juger de la valeur de cet avis? Telles sont plus ou moins les questions qui m’ont poussé à étudier à l’université. La réponse à ces questions se manifeste dans l’individu par son opinion, chose méprisable qui a besoin d’un guide pour être fiable. Le professeur, celui qui a donc fait des études poussées, possède nécessairement non pas une simple opinion mais un jugement fiable sur la chose intellectuelle.</p>
<p>Enfin, c’est ce que je pensais avant d’arriver à McGill.</p>
<p>Depuis mon inscription, je suis assailli dans mes cours par des affirmations, des points de vue, sur ce que l’on appelle communément des objets culturels, du style «on ne lit pas Dostoïevski pour l’histoire» ou bien «la littérature ne peut pas être absorbée passivement». D’autres pratiques témoignent aussi d’une certaine vision de cette «culture», comme de faire lire un tome au milieu de la <i>Recherche</i> dans un cours de littérature sur le vingtième siècle; ou de n’avoir jamais avoir lu Djian quand on est professeur de littérature contemporaine. Bref, autant de points de vues qu’il y a d’individus étudiant ou enseignant la littérature. J’en suis arrivé à ne même plus savoir ce qu’est la culture. Une série télé peut-elle faire partie d’un patrimoine culturel indispensable à un être humain? Tupac est-il un monstre de culture? Évidemment! répond l’intellectuel à toutes ces questions, n’as-tu pas vu <i>House of Cards</i>? Ces interrogations sont devenues tellement banales qu’on cite désormais <i>50 Cents</i> en cours de littérature. Être réactionnaire, est-ce devenu une position d’avant-garde? Mais bien plus encore, ne risquons-nous pas d’asphyxier sous toute cette culture? Car si même la culture populaire est désormais de telle qualité qu’elle peut devenir inattaquable, que faire d’autre que se rouler dans le plaisir de vivre à une époque où la qualité est partout?</p>
<p>Pourquoi intellectualiser l’objet culturel? Telle est la véritable question soulevée lors de cette analyse de la rhétorique culturelle. Car les conséquences de l’intellectualisation progressive de l’intégralité des médias, grâce à laquelle une chanson de Gaga est désormais une entité analysée par les esprits les plus brillants du siècle, ne sont pas évidentes. Peut-être est-ce parce que&nbsp; certaines terres ont plus besoin d’engrais que d’autres pour fructifier que j’ai l’impression de stagner au milieu de tous ces «dans ce passage exceptionnel», ou autres «j’aime particulièrement cette scène» qui ponctuent mes cours de littérature, prononcés avec un petit trémolo dans la voix, qu’il s’agisse d’une phrase de je-ne-sais-quel auteur mythique ou d’une chanson de je-ne-sais-quelle-popstar. Autant d’affirmations creuses destinées à faire de nous une génération de prostrés acceptant de faire de plus en plus de concessions par peur d’avoir l’air intelligent. Je ne prétends pas respecter les classiques –je n’en ai pas assez lu–, ni détester les séries télés –j’en ai trop vu–; seulement vous proposer d’enterrer une bonne fois pour toute l’idée même de culture, car dix ans de jachère ne suffiraient pas à rendre nos cerveau fertiles à nouveau.</p>
<p>Car à quoi cela sert-il d’avoir un esprit critique quand tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes?</p>
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		<title>«Un verre!» dit Falstaff</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2013/11/12/un-verre-dit-falstaff/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gilles Dry]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Nov 2013 05:16:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Verdi s’allie à Shakespeare pour son dernier opéra, une comédie lyrique.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les choses qui font rire n’ont pas beaucoup changé depuis la création de <i>Falstaff </i>au Teatro Alla Scala de Milan le 9 février 1893. Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi, <i>Falstaff </i>est inspiré des <i>Joyeuses Commères de Windsor </i>de Shakespeare, qui se déroule sous le règne d’Henri IV en Angleterre. La drague, la boisson et cocufier son prochain, ressorts comiques indémodables, sont à l’honneur. La première action de Falstaff est d’ailleurs de commander une nouvelle bouteille de xérès à l’aubergiste. Le spectateur comprend tout de suite qu’il n’est pas là pour être ému ou écrasé par la puissance de l’orchestre, mais bien pour s’amuser des bouffonneries de Falstaff.</p>
<p>L’intrigue peut paraître triviale: Falstaff, Lord anglais à court d’argent, envoie deux lettres d’amour identiques aux deux femmes mariées les plus riches de la ville. Découvrant la supercherie, elles décident de se venger en l’humiliant. S’enchaînent donc des situations cocasses: Falstaff, caché dans un panier à linge, est jeté dans une rivière, et finit par porter pour la scène finale deux immenses bois de cerf, symboles démesurés du cocu.</p>
<p>Tout le monde en prend pour son grade grâce au livret satyrique d’Arrigo Boito, et les hommes sont réduits à n’être que des outils dont les «commères» se jouent pour arriver à leurs fins. Cela n’empêche pas l’opéra de Verdi d’être bien plus qu’une simple comédie. Falstaff, vieux, ivrogne, bedonnant est un personnage principal impensable pour un opéra classique. Verdi, âgé, et déjà érigé au rang des plus grands compositeurs italiens de la deuxième moitié du 19e siècle, se moque des conventions et renouvelle ce qu’il est possible de représenter lors d’un opéra.</p>
<p><i>Falstaff </i>ne cherche pas à impressionner le spectateur, mais avant tout à le divertir et cela, la production de l’Opéra de Montréal, mise en scène par David Gately, l’a parfaitement saisi. Les décors sont minimalistes, les costumes sobres et d’époque. Toute l’emphase est mise sur le jeu des acteurs qui se montent sur le dos, boivent, s’embrassent et se battent à coups de balais, tout cela rythmé par une orchestration discrète qui ne s’élève jamais au-dessus du chant des acteurs. Un ensemble excellent qui à l’air de s’amuser à jouer tout autant que le spectateur à les regarder.</p>
<p>L’opéra ne comporte aucun morceau de bravoure. Il n’y a pas un moment plus mémorable qu’un autre, tout à l’air d’être fait pour obtenir un résultat fluide. L’orchestre et les acteurs sont en symbiose tout au long de la représentation. Et c’est là le seul défaut de la mise en scène: les trois minutes d’attente entre chaque changement de décor nuisent à la fluidité de l’ensemble. Mais elles donnent au spectateur l’occasion de reprendre son souffle entre deux éclats de rire. Et rire, les spectateurs montréalais n’ont pu s’en empêcher tout au long de la représentation, ce qui constitue un excellent baromètre du succès de l’opéra.</p>
<p>«Tout dans le monde n’est que plaisanterie», chantent en chœur les personnages en clôture de l’opéra, après avoir poussé Falstaff à avouer ses méfaits. Tout est drôle qui finit bien et Falstaff accepte de bon cœur l’invitation à dîner de ceux qu’il a voulu tromper. <i>Falstaff </i>est une production qui brille dans son ensemble et par son ensemble.</p>
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