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	<title>Gabriel Carrère - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Fri, 12 Feb 2021 19:51:09 +0000</lastBuildDate>
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		<title>Agora étudiante : pour ou contre l’écriture inclusive?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/agora-etudiante-pour-ou-contre-lecriture-inclusive/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Gabriel Carrère]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 13:15:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Débat]]></category>
		<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[académie française]]></category>
		<category><![CDATA[agora]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écriture inclusive]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Huit étudiantes et étudiants prennent position sur l'écriture inclusive.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/agora-etudiante-pour-ou-contre-lecriture-inclusive/" data-wpel-link="internal">Agora étudiante : pour ou contre l’écriture inclusive?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Note sur la forme</h2>



<p class="has-drop-cap">Dans le cadre de cette édition spéciale portant sur l’écriture inclusive, nous nous sommes questionnés sur la meilleure formule à employer pour aborder cet enjeu. Selon <a rel="noreferrer noopener" href="https://www.delitfrancais.com/apropos/principes/" target="_blank" data-wpel-link="internal">sa déclaration de principes</a>, <em>Le Délit</em> doit <em>&nbsp;</em>«donner une voix» aux <a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.mcgill.ca/about/fr/info-eclair" target="_blank" data-wpel-link="external">7 589 francophones de McGill</a>. À cette prémisse s’ajoute également le devoir d’encourager «le dialogue et l’expression de points de vue différents dans un contexte de respect et de reconnaissance des droits individuels et collectifs et de non-discrimination». </p>



<p>Comme l’agora dans les cités-États grecques, ce journal devrait être un espace où chacun et chacune<em> </em>pourrait exprimer librement son point de vue, sans discrimination à l’égard des opinions défendues. C’est donc pour cette raison que nous avons opté pour une formule qui permettrait la dissidence et la pluralité des points de vue.<strong> </strong>Dans cette «agora» où&nbsp;huit personnes sont intervenues, trois textes sont en faveur de l’écriture inclusive, trois sont en désaccord avec et deux restent en retrait, dans la zone du «ni pour, ni contre».</p>



<p>Ce format n’est bien sûr pas parfait: la brièveté des textes, nécessaire pour rendre possible la parution d’autant d’opinions différentes au sein d’une même édition, ne permet pas de détailler en profondeur une prise position sur l’enjeu abordé. En ce sens, il est fort possible que certaines interventions laissent le lecteur et la lectrice sur leur faim. Alors, rien ne l’empêchera de nous contacter afin de faire paraître une lettre en guise de réponse, que ce soit à un texte en particulier, à l’ensemble d’un camp ou à tous autres aspects de l’agora. Après tout, cette agora n’est pas une finalité, mais bien un simple extrait d’un discours plus grand que cette menue édition.</p>



<p><em>Gali Bonin et Rafael Miró</em></p>



<hr class="wp-block-separator">



<p></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<h2 class="wp-block-heading">Les textes</h2>
</div></div>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0579.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Le mythe du masculin comme genre neutre</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Raphaëlle Décloître</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>On entend parfois que la langue française n’aurait pas besoin de l’écriture inclusive (que l’on perçoit souvent, et à tort, comme une féminisation<em> </em>de la langue) dans la mesure où le masculin pourrait faire office de genre neutre – ce qu’on appelle le masculin générique. D’une part, la langue française ne possède pas de neutre à proprement parler : dans le passage du latin au français, le neutre (un troisième genre, distinct du masculin et du féminin) s’est progressivement fondu dans le masculin, auquel il ressemblait relativement. Le masculin, depuis le bas latin, est donc pleinement un masculin.&nbsp;</p><p>***</p><p>D’autre part, la valeur de neutralité du masculin n’est tenable qu’en contexte pluriel&nbsp;puisqu’au singulier, le genre suit le sexe dans la désignation d’une personne particulière. La pratique du générique pluriel peut toutefois introduire une confusion, comme le souligne l’<a href="http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26532333" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">OQLF</a>: face à une appellation de personnes au masculin, il faut faire un effort de décodage supplémentaire pour déterminer s’il s’agit d’un masculin générique (censé désigner aussi les femmes) ou d’un masculin à valeur spécifique ne désignant que les hommes.&nbsp;</p><p>***</p><p>Au-delà de la marge d’erreur, il va sans dire qu’à l’heure d’une lutte accrue en faveur de l’égalité, l’emploi du masculin pluriel à valeur neutre n’est pas souhaitable&nbsp;: le genre grammatical affecte l’interprétation du discours, de sorte qu’étendre en toutes circonstances le «cas non marqué» est une maladresse sociale. Le masculin, même générique, reste un masculin, et son emploi ne neutralise pas la langue. En outre, les causes de sa prévalence (soutenue, sans surprise, par la réactionnaire Académie française) ne trompent personne&nbsp;: le masculin serait le «genre noble» et les femmes devraient être honorées de s’y ranger, car le pouvoir qu’elles ont acquis «<a rel="noreferrer noopener external" href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1998/07/31/la-querelle-du-neutre_3663177_1819218.html" target="_blank" data-wpel-link="external">se dit grammaticalement au masculin</a>». Les femmes seraient donc effacées ou promues par le masculin —&nbsp;c’est bien le cas de le dire: il n’y a rien de neutre<em> </em>dans cette logique.&nbsp;</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0580.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Délire idéologique, dédale grammatical</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Ana Popa</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>À l’école primaire, on m’a appris que «le masculin l’emporte sur le féminin». <br>On m’y a aussi appris qu’une blanche vaut deux noires. La musique serait-elle vecteur de racisme?</em></p><p>***</p><p>Le fait même qu’une personne puisse être contre l’écriture dite «inclusive» en choque visiblement certains. Cette prise de position ne revêt pas d’un manque de tolérance, mais d’un refus de céder à la fantaisie bien-pensante voulant que la langue française marginalise, <em>invisibilise</em> qui que ce soit et que la féminisation abusive des mots pourrait changer les mentalités en faveur des femmes.&nbsp;</p><p>***</p><p>«Le masculin l’emporte sur le féminin.» Voilà d’où semble partir cette lubie. On nous a martelé pendant de longues années qu’en français, il y a deux genres, le masculin et le féminin, et qu’au pluriel, c’est toujours le masculin qui l’emporte. Or, il existerait un troisième genre: le neutre.&nbsp;</p><p>***</p><p>Si je vous dis que dans ma chambre, «il fait froid», je ne vous parle évidemment pas d’un homme qui serait venu baisser le thermostat. Ce «il» impersonnel n’appartient pas au genre masculin, mais plutôt au genre neutre. Il en va de même pour un pluriel à la suite d’une énumération combinant des éléments féminins et masculins: ce «masculin» qui dérange tant serait en fait neutre. La neutralité nous convient-elle ou tenons-nous absolument à être spécial‑e?&nbsp;</p><p>***</p><p>L’écriture inclusive n’a rien d’inclusif. Telle qu’employée le plus communément, elle exclut les personnes qui ne s’identifient ni au genre masculin ni au genre féminin. Elle constitue également, de par sa graphie tronquée,&nbsp;une entrave à la lecture de personnes atteintes de dyslexie ou de divers troubles cognitifs et rend généralement les textes inaccessibles par l’écoute pour les personnes non&nbsp;voyantes.&nbsp;</p><p>***</p><p>On se plaît à s’autoproclamer <em>woke</em>, à dénoncer sans discernement, à se féliciter d’avoir accompli quelque exploit imaginaire. Face à l’iniquité, la langue peut être une arme précieuse.&nbsp;&nbsp;<br>Utilisons-la à meilleur escient.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG_0581-e1602549333420.jpg);background-position:59% 7%;min-height:577px;aspect-ratio:unset;"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Les anonymes dans la foule</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Elissa Kayal</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Bien que je ne sois pas activement contre l’écriture inclusive et que je comprenne sa valeur de contrepoids historique, je ne lui accorde pas autant d’importance que la grande majorité des personnes qui la revendiquent. L’inclusivité langagière est nécessaire, mais je crois qu’elle est faussement appliquée dans sa forme actuelle. Un groupe nominal collectif, selon moi, n’a pas le mandat de représenter une entité ou une individualité sociale: il se doit d’exister dans sa généralité la plus simple et évidente, de transmettre clairement le signifié qu’il porte. Un groupe nominal collectif, d’ailleurs, ne pourra jamais être entièrement inclusif.&nbsp;</p><p>***</p><p>Pour cette raison, il m’importe peu qu’il soit masculin ou féminin, tant et aussi longtemps que le sens véhiculé n’est pas encombré — ce qui peut arriver, surtout dans des textes scientifiques ou philosophiques dont la lecture est déjà assez ardue. Certaines stratégies d’écriture inclusive, moins invasives, répondent mieux à cette tâche bien pragmatique.</p><p>***</p><p>Le plus grand danger encore, c’est de penser que l’enjeu de l’inclusivité langagière se résume simplement à une histoire d’écriture inclusive grammaticale. Personnellement, le seul plaisir que me procurent «le·la spectateur·rice» ou «les étudiant·e·s» est le fait que l’on sait toujours accorder nos groupes nominaux et nos participes passés. L’écriture inclusive est inclusive seulement dans le sens qu’elle répond à un sexisme historique: au-delà de cette perspective, pratiquement, elle n’est qu’inclusivité de décor. Aujourd’hui, il ne suffit pas d’ajouter des points et des <em>e</em>, des spectatrices et des étudiantes dans une foule anonyme. Parlons de femmes, parlons d’individus, nommons-les.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0579.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">L’écriture végane</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Béatrice Gaudet</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p> L’écriture inclusive, c’est comme le véganisme. Quelque publications sur Instagram rassurent les gens qu’il vaut mieux qu’on soit plusieurs véganes imparfait·e·s que seulement quelques véganes irréprochables. C’est mon cas: je suis loin de toujours utiliser l’écriture inclusive. J’ai commencé à l’utiliser dans un travail que personne ne lirait sauf le professeur. Ensuite, je l’ai utilisée dans mes textos, avec des ami·e·s qui savaient déjà c’était quoi. Maintenant, je l’utilise dans mes <em>stories</em> Instagram, dans mes travaux, et quand je parle. Certaines personnes avec qui j’en ai parlé m’ont dit qu’iels n’aimaient pas ça, que ça alourdissait les phrases, que ce n’était pas naturel. Pourtant, ces mêmes personnes ont appris l’orthographe française, qui comporte elle aussi son lot de lettres apparemment inutiles et superflues. C’est sûr que c’est dur de dire «iel·s» à voix haute; je ne me sens pas mal de lui préférer le «y» québécois. L’important c’est d’essayer, même si ce n’est pas parfait.&nbsp; </p><p>***</p><p>L’écriture inclusive, c’est comme le véganisme. Il y a des malaises, comme la première fois que tu dis à ton grand-père que tu ne mangeras pas de steak ce dimanche ou que tu remets un travail à un·e professeur·e qui dit «l’homme avec un grand H» dans ses cours. Mais tu peux toujours revenir en arrière, boire un peu de lait de vache dans ton café ou oublier de dire «celles et ceux» pendant une semaine. C’est normal de se donner du lousse parce qu’on se sent paresseux·ses. Il faut choisir ses batailles. </p><p>***</p><p>J’ai lu mon premier livre rédigé en écriture inclusive cet été. Après avoir lu l’introduction, j’étais fatiguée mentalement. Moi, une personne déjà vendue à la cause depuis longtemps, je trouvais que les terminaisons féminines et les nouveaux pronoms freinaient ma lecture. Le lendemain, j’ai commencé le premier chapitre. Au final, c’était juste l’introduction qui était plate, écriture inclusive ou pas. Au fil des pages, l’orthographe s’est effacée pour laisser place au message du texte. La seule chose qui ne s’est pas effacée, c’est la présence des femmes.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0580.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">L’écriture exclusive</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Gabriel Carrère</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La vocation de la langue n’est pas de représenter, et encore moins d’être politique, mais de permettre de s’exprimer. C’est donc un outil, dont le premier objectif est d’être efficace, lisible et compréhensible: dans toutes les langues, les mots les plus couramment utilisés («oui», «merci») ont tendance à être courts et facilement prononçables. Ce qui compte avec un outil, c’est l’utilisation qu’on en fait: la phrase «les hommes et les femmes sont égaux», bien qu’écrite au genre neutre, n’est pas sexiste. Faire un procès en sexisme aux règles d’accord classiques est un peu facile.&nbsp;</p><p>***</p><p>Il existe donc en français un genre neutre: dans le cas d’un groupe de genres divers, par commodité, on écrit au plus court — c’est-à-dire au genre neutre, qui prend la forme du masculin. On reproche à ce genre d’être «invisibilisant» pour les femmes. En réalité, il l’est pour tout le monde! Car, bien souvent, le genre des sujets d’une phrase nous importe peu. La phrase «les Montréalais sont accueillants» n’a pas pour autre objet que de louer l’hospitalité des habitants de Montréal. Et, sans effort, le lecteur comprend que la phrase désigne toute personne s’identifiant comme Montréalaise. Surcharger la phrase de points médians n’apporterait donc rien, et rendrait la lecture indigeste. Le genre neutre est exhaustif: il englobe tout, là où l’écriture inclusive exclut et crée une dichotomie entre masculin et féminin. Quid des identités de genre plurielles?</p><p>***</p><p>C’est, enfin, une mesure qui complexifie une langue française déjà mal maîtrisée: en France, le classement PISA pointe du doigt l’inquiétant niveau de français des élèves de primaire, en baisse constante depuis 30 ans, et ce, particulièrement au sein des milieux les plus modestes. En imposant l’écriture inclusive dans la langue, les militants de cette cause ajoutent un peu plus à la discrimination culturelle subie par les milieux les moins favorisés. Et que dire de l’impact de ces néologismes sur les personnes atteintes de dyslexie, ou malvoyantes? L’écriture inclusive, alors qu’elle est défendue par la gauche (universitaire et bourgeoise, certes), exclut donc en ce sens les plus vulnérables.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG_0581-e1602549333420.jpg);background-position:52% 95%;min-height:541px;aspect-ratio:unset;"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Toutes les écritures inclusives ne se valent pas</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Rafael Miró</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Il est indéniable, à mon avis, que la langue française, tel qu’elle a évolué depuis le 17<em>e</em> siècle, invisibilise les femmes et les personnes de genre non conforme. Il est également indéniable que l’écriture inclusive, comme toute modification linguistique, n’est pas sans conséquence, puisqu’elle rend l’usage et l’écriture de la langue plus compliqués et, par là même, moins accessible.</p><p>***</p><p>Un très grand nombre de stratégies d’écriture inclusive ont été développées depuis les années 1970, surtout au Québec où l’on a longtemps été à l’avant-garde de cette réflexion. Certaines sont moins invasives et rébarbatives que d’autres. Par exemple, pour parler des spectateurs d’un concert en évitant la règle du masculin qui l’emporte, on peut utiliser «les spectateurs et les spectatrices», «les spectateurs(rices)», «les spectateurs-rices» ou tout simplement dire «le public». Ces formes ont l’avantage d’être faciles à apprendre et à lire pour tout le monde, même pour celles et ceux qui ont quitté les bancs d’école depuis longtemps.&nbsp;</p><p>***</p><p>Depuis quelques années, la forme utilisant les points médians s’est implantée en France, où la plupart des gens viennent d’être initiés à l’enjeu de l’écriture inclusive; elle tend désormais à s’importer au Québec. Or, parmi toutes les formes d’écriture inclusive qui existent, celle-ci est l’une des plus difficiles à bien utiliser, et, très franchement, l’une des moins esthétiques. Puisqu’elle prend la forme d’une nouvelle règle grammaticale, elle a tendance à être utilisée de manière intégrale et sans compromis, c’est-à-dire que les adjectifs (égaux·les) les déterminants (le·a) les pronoms (ceux·celles-là) et même les participes-passé-employés-avec‑l’auxiliaire-avoir-mais-placés-devant-le-complément-direct doivent toujours être «médiantés», ce qui n’est pas sans difficulté pour les non-initiés.</p><p>***<br>Cette forme n’est pas nécessairement plus inclusive que les autres. Il est cependant certainement plus difficile d’apprendre à l’écrire et à la lire. Outre le simple désagrément, qui finit bien par s’estomper avec le temps, cette complexification inutilement élevée de la langue contribue à rendre le français et son orthographe encore plus élitistes et inaccessibles qu’ils ne le sont déjà. Rappelons-nous qu’en dehors de notre bulle universitaire,<a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1122453/alphabetisation-litteratie-carte-quebec-canada-ocde" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> près de la moitié des personnes au Québec</a> éprouvent des difficultés à lire ou à écrire. Si l’on veut généraliser l’usage de l’écriture inclusive et vraiment mettre fin à l’invisibilisation de la femme dans la langue française, il faudrait penser à la garder le plus simple possible, afin de véritablement inclure tous les membres&nbsp;de notre société.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0579.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Des jugesses et des autrices</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Laurence Casavant-Nault</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Jugesse, médecine, archière&nbsp;: aujourd’hui tous considérés comme vieillis, ces mots désignaient pourtant des femmes exerçant la profession de juge, médecin et archer entre les 12<em>e</em> et 15<em>e</em> siècles. L’exclusion subséquente des femmes de la scène professionnelle publique a mené à la modification du sens même de la version féminine d’un métier afin qu’elle ne désigne que la femme de celui qui exerce.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p><p>***</p><p>Avec l’inclusion des femmes au sein de divers métiers qui leur étaient autrefois hors d’atteinte, on a assimilé dans de nombreux cas le féminin d’un emploi à son masculin générique. Lors de la dernière décennie, la France s’est divisée quant à l’expression «&nbsp;Madame le ministre&nbsp;», puisque le langage commun voulait que «&nbsp;Madame la ministre&nbsp;» fasse uniquement référence à l’épouse d’un ministre: hors de vue l’idée qu’une femme occupe une telle position! L’Académie française a finalement consenti en 2019 à tolérer l’emploi du féminin pour les noms de métiers, cinq ans seulement après avoir qualifié cette proposition de «<a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/690019/bataille-autour-de-la-feminisation-des-titres-en-france" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">véritable barbarisme</a>» et de «<a href="http://www.academie-francaise.fr/actualites/declaration-de-lacademie-francaise-sur-lecriture-dite-inclusive" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">péril mortel pour la langue française</a>». Le masculin qu’on dit aujourd’hui «neutre» a aussi servi à discriminer les femmes: en 1915, la Cour d’appel du Québec rejette la demande d’une Mme Langstaff désirant passer les examens du Barreau sous prétexte que le terme «avocat» exclut la femme de facto.&nbsp;</p><p>***</p><p>La langue française s’est souvent montrée intraitable en ce qui concerne toute modernisation: depuis quatre siècles, l’Académie française se pose en véritable cerbère de sa précieuse orthographe. Pourtant, les changements apportés par les Immortels à la langue de Molière via les éditions ponctuelles de son dictionnaire visent à mettre fin à une anomalie, à une incohérence, ou, simplement, à une hésitation. Ne serait-il donc pas cohérent que le langage exprime avec justesse la réalité moderne où la femme est tout aussi apte que l’homme à être désignée par le terme auteur? L’utilisation d’autrice vient ici mettre fin à l’hésitation (auteur ou femme-auteur?) avant même qu’elle naisse, simplifiant effectivement la langue tel que le veut le mandat de l’Académie.</p><p>***</p><p>Bien que le masculin générique demeure toujours la règle d’accord en ce qui a trait à un groupe mixte, désigner une femme par son titre contribue à raffermir sa place en tant qu’être distinct: non plus un professeur qui s’avère ne pas être un homme, mais bien une professeure évidemment femme. Le langage étant l’artisan de nos pensées, c’est avec une simple féminisation de ces termes réappropriés que l’on affirme la légitimité de la femme sur la scène publique via une langue qui a trop souvent occulté ce deuxième sexe.</p></blockquote>



<div class="wp-block-cover has-background-dim" style="background-image:url(https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2020/10/IMG-0580.jpg)"><div class="wp-block-cover__inner-container is-layout-flow wp-block-cover-is-layout-flow">
<h3 class="has-text-align-center has-large-font-size wp-block-heading">Dénaturer la langue</h3>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size">Marie de Santis</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Depuis toute petite, j’ai développé un grand amour envers le français, principalement en dévorant des classiques. J’ai pu m’extasier devant les soliloques de Proust, le lyrisme de Hugo et la prose lancinante de Duras. En plus d’apprendre bien des choses fondamentales, j’ai pu constater la richesse de la langue française, de sa grammaire, de son vocabulaire et de ses attributs. Il s’agit d’une plateforme tellement riche, expressive et somptueuse, mais qui demeure suffisamment stricte dans ses règles pour assurer un niveau de sophistication extraordinaire qui la rend unique.&nbsp;</p><p>***</p><p> Alors que je participais au Prix littéraire des collégiens en 2019, il m’a été donné de lire un ouvrage rédigé à l’aide d’écriture inclusive, <em>Querelle de Roberval</em>. Bien que j’appréciais l’intrigue, la construction générale du roman et sa qualité stylistique, j’étais systématiquement et brutalement coupée du caractère agréable de l’expérience par les apparitions sournoises du point médian. Cela conférait à l’ouvrage un air de texte administratif, réduisait sa fluidité et lui apportait une lourdeur non nécessaire. En tant que lectrice féminine, je me suis sentie bien plus irritée qu’incluse.&nbsp;</p><p>***</p><p>Le français est une langue musicale&nbsp;: scinder des mots avec des outils de ponctuation censés servir à toute autre chose réduit son esthétisme de manière draconienne. De façon plus importante, le français est une langue fondamentalement intelligente&nbsp;: on commet une grave erreur en ignorant que les mots, bien que dotés d’une personnalité grammaticale féminine ou masculine, restent sémantiquement neutres. Sacrifier la latitude créative et tout le potentiel qu’elle génère au profit d’un politiquement correct servant à nettoyer la langue d’un supposé sexisme qui ne lui est en aucun cas inhérent me paraît être désastreux pour le milieu littéraire, et pour le bien-être de notre langue en tant que tel.</p></blockquote>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2020/10/13/agora-etudiante-pour-ou-contre-lecriture-inclusive/" data-wpel-link="internal">Agora étudiante : pour ou contre l’écriture inclusive?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Christiane Taubira : «&#160;Il faut accepter que les idées puissent venir du peuple »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gabriel Carrère]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Nov 2018 15:50:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entretien avec Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice française.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2018/11/06/il-faut-accepter-que-les-idees-puissent-venir-du-peuple/" data-wpel-link="internal">Christiane Taubira : «&nbsp;Il faut accepter que les idées puissent venir du peuple »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">A</span><span class="s1">ncienne Garde des Sceaux, à l’origine la loi de 2013 ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe en France, Christiane Taubira était invitée à Montréal pour intervenir dans le cadre d’une conférence organisée conjointement par les rédactions des journaux <i>Le Monde </i>et <i>Le</i> <i>Devoir</i>, le 26 octobre dernier. Celle qui, déjà, en 2001, avait fait voter une loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité, était amenée à se prononcer sur les réformes sociétales – dont l’approche française, jugée plus conflictuelle, interroge le Québec. Aujourd’hui, sa parole est presque davantage littéraire que médiatique&nbsp;: amoureuse du verbe et d’éloquence, elle publiait en juin dernier <i>Baroque Sarabande</i>, livre-hommage aux ouvrages et écrivains qui ont façonné sa réflexion et son engagement politique. </span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Pour ne pas participer, selon ses termes «&nbsp;au vain bruit de fond qui accompagne l’actualité quotidienne et chasse impitoyablement la précédente&nbsp;», ses entretiens à la presse française sont rares. Cette économie médiatique semble cependant porter ses fruits&nbsp;: approchée par trois mouvements politiques français de gauche pour en prendre la tête en vue des élections Européennes de mai 2019, cette fausse retraitée de la vie politique a trouvé une place de choix en dehors de l’exercice du pouvoir. Et, comme au cours de son engagement, ne laisse personne indifférent&nbsp;: en marge de la conférence, les jeunes et les moins jeunes (mais surtout les jeunes) se pressent pour admirer celle que Léa, 20 ans, décrit comme un «&nbsp;modèle&nbsp;»&nbsp;: «&nbsp;Elle a encaissé les coups pour que notre société soit plus juste&nbsp;! Elle et Simone Veil sont mes deux exemples en politique.&nbsp;»</span></p>
<p class="p2"><span class="s3">La vie politique, Christiane Taubira ne s’en tient donc jamais très loin. Comme pour mieux occuper un espace laissé vide, au sein d’une gauche française dont elle juge la situation «&nbsp;désespérante&nbsp;». </span></p>
<p class="p4"><span class="s4"><b>Entretien</b></span></p>
<p class="p5"><span class="s5"><b>Le Délit (LD) </b><i>: Vous participiez ce vendredi 26 octobre à une table ronde ayant pour intitulé «&nbsp;</i>Réformes sociétales&nbsp;: consensus Québécois, dissensus Français<i> ». Trouvez vous aussi que la France est difficilement réformable&nbsp;?</i></span></p>
<p class="p2"><span class="s5"><b>Christiane Taubira (CT)&nbsp;</b>: Je ne dirais pas les choses de cette façon. La France a connu des réformes importantes. Et le peuple Français est un peuple extrêmement exigeant, car de plus en plus instruit et cultivé, notamment grâce aux progrès de l’éducation et de l’information, ainsi qu’à la démocratisation de l’accès à la culture, aux loisirs, ou aux voyages… Les citoyens ont de plus en plus d’éléments de compréhension du débat public, et sont donc plus que jamais poussés à y participer. </span></p>
<p class="p2"><span class="s5">Il faut donc que la politique s’adapte à cette évolution : plutôt que d’imposer envers et contre les individus une vision du bien dans la société, il faut accepter que les idées puissent également venir du peuple. Et lorsque je parle de «&nbsp;peuple&nbsp;», ce n’est pas par démagogie, ou pour dire que celui-ci a toujours raison. Mais je crois qu’on doit le traiter avec respect&nbsp;: accepter de l’entendre, de lui donner raison quand c’est le cas – et être capable de lui dire lorsqu’il a tort. Il faut également être pédagogue. Lorsque l’on explique de manière intelligible les enjeux d’une réforme, que ces enjeux sont conformes à nos valeurs, à nos principes, à nos exigences de solidarité et de libertés fondamentales, et que l’on est certains que c’est pour le bien commun, alors on peut agir. Et réformer. </span></p>
<p class="p2"><span class="s2">Il ne s’agit donc pas de faire de la politique contre les gens, en les méprisant et en ignorant leurs revendications et exigences d’explications. Mais il s’agit, après avoir fait preuve de pédagogie, d’avoir le courage de réformer. </span></p>
<p class="p2"><span class="s5"><b>LD</b><i>&nbsp;: Au Québec comme en France, dans le cadre du débat sur la prohibition du voile intégral dans la sphère publique, une ligne de fracture se dessine dans l’idéologie féministe&nbsp;: certains voient le voile comme un instrument d’oppression de la femme&nbsp;; d’autres, au contraire, défendent la liberté de la femme de s’habiller comme elle le souhaite. Où vous situez-vous&nbsp;?</i></span></p>
<p class="p2"><span class="s5"><b>CT</b>&nbsp;: Il y a deux débats de natures différentes&nbsp;: l’un concerne le voile, l’autre, le voile intégral. Et en France, la loi de 1905 est la matrice à partir de laquelle on conçoit les relations entre l’État et les citoyens ou les structures privées. En 2004, il y a eu un débat au sujet d’une loi&nbsp;</span><span class="s1">visant à interdire le port du voile (non-intégral) dans les établissements scolaires publics français. En tant que parlementaire, j’ai voté contre ce texte de loi, pour deux raisons&nbsp;: soit l’on considère que le port du voile est un danger pour la société&nbsp;; auquel cas il n’y a aucune raison de se limiter à la sphère de l’école. Soit il y a des arrière-pensées derrière ce projet de loi – et je pense qu’il y en avait. Je l’ai très clairement exprimé à la tribune de l’Assemblée nationale. Je ne me suis pas abstenue&nbsp;: j’ai voté contre ce texte de loi, d’autant que la commission Stasi (commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité, mise en place par le président français Jacques Chirac en 2003, <i>ndlr</i>) avait déjà travaillé à ce sujet, et que le débat avait été posé. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Plus tard, en 2010, il y a eu le débat sur la prohibition du voile intégral dans l’espace public. Pour d’autres contraintes, je n’ai pas pu prendre part à ce scrutin. Mais le voile intégral pose question dans notre société&nbsp;: dans l’espace public, où chacun se croise et se rencontre, je pense qu’il est nécessaire de pouvoir se voir. </span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Ceci étant dit, il n’est pas question de laisser le dernier mot aux intolérants, aux islamophobes, ou à ceux qui, pour des raisons malsaines et inavouées, n’accepteraient pas la diversité dans la société. C’est pour cela qu’il faut s’interroger sur les intentions derrière chaque débat.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LD</b><i>&nbsp;: Depuis un an, on assiste à une libération de la parole des victimes de harcèlement sexuel, notamment à travers le hashtag #BalanceTonPorc. À cause d’un tribunal qui se joue d’abord sur la scène médiatique, n’est-on pas passé à un système où l’accusé est publiquement présumé coupable, au mépris des droits de la défense&nbsp;?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s3"><b>CT</b>: Ce mouvement est fondé et légitime. Il est également planétaire, parce que nous vivons à une époque d’omniprésence des réseaux sociaux, du web, et donc d’une circulation et d’une amplification considérable de toute parole individuelle, qui peut rapidement devenir une parole globale. C’est un fait de l’époque. Mais le harcèlement et les agressions sexuelles sont également une réalité. Et j’ai foi en nos sociétés démocratiques, et je fais confiance aux vrais États de droit. Je souhaite par principe que toute situation soit traitée par une institution judiciaire, et que les personnes mises en cause soient en situation de se défendre&nbsp;; et donc que la présomption d’innocence puisse </span><span class="s1">prévaloir.</span></p>
<p class="p1">Dans la réalité, il y a incontestablement des abus, de la délation, et des dérapages. Mais il y a cela dans tous les grands mouvements politiques, sociaux, et culturels&nbsp;! Il faut le déplorer&nbsp;: ce sont des scories. Mais le déplorer ne doit pas conduire à délégitimer l’ensemble de ce mouvement. Il est temps de mettre un terme à cette oppression massive qui pèse sur les femmes qui, quelles que soient leurs qualités personnelles, compétences et qualifications, sont souvent placées en situation de vulnérabilité vis-à-vis des gens de pouvoir. Pour nous tous, il faut mettre un terme à cette société où, parce que l’on est un homme, on domine&nbsp;! Et même pour les hommes, est-ce une culture vraiment saine&nbsp;? Arrivons à des sociétés réellement démocratiques, où chaque personne est prise pour ce qu’elle est, et pour ce qu’elle vaut.</p>
<blockquote><p><span class="s5">Il est du devoir de l’Union européenne de construire une réponse à cette crise. Elle en a les moyens. Seulement, ses dirigeants, aussi bien les technocrates raisonneurs que les gouvernants démagogues et lâches, tous indifférents à la situation de détresse des réfugiés, sont assez peu allants pour mettre en place des dispositifs d’accueil.</span></p></blockquote>
<p class="p1">J’entends qu’il y a de la délation, des abus… Il y en a, incontestablement&nbsp;! Mais je n’entends pas – et c’est grand dommage – parler de ces femmes qui ont le courage de prendre la parole, et que l’on ne croit pas, ou à qui l’on répond que le délai de prescription est passé.</p>
<p class="p1"><b>LD</b><i>&nbsp;: Pour répondre à de tels cas, le système judiciaire a‑t-il besoin d’être réadapté ?</i></p>
<p class="p1"><b>CT</b>&nbsp;: Ce serait au système judiciaire de s’adapter lui-même s’il s’avérait dépassé par les évènements, c’est donc à lui de répondre. Le harcèlement et les agressions sexuelles tombent sous la qualification juridique de «&nbsp;délit&nbsp;» ou de «&nbsp;crime&nbsp;», et doivent donc être punis par nos lois. Il faut que l’institution judiciaire soit en capacité d’apporter des réponses satisfaisantes à ces victimes. Et si la justice s’en montre capable, il n’y a aucune raison que des individus éprouvent le besoin d’abuser du mouvement <i>#MeToo</i>, de mentir, ou de diffamer… Et s’ils le font, ils pourront être poursuivis. Mais pour pouvoir les poursuivre, faisons fonctionner la justice, et exécutons le droit.</p>
<p class="p1"><span class="s5"><b>LD</b><i>&nbsp;: Vous avez publié en juin 2018 une tribune dans </i>Le Journal du Dimanche<i> (</i>JDD<i>) – votre «&nbsp;J’accuse&nbsp;» au sujet de l’Aquarius (qui a sauvé 629 migrants de la mer, et a été bloqué dans les eaux entre l’Italie et Malte, faute de vivres) – où vous déplorez l’inaction de l’Union Européenne. Avec le recul des années, jugez-vous que la politique de la France a été à la hauteur&nbsp;depuis le début de cette crise migratoire ?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s5"><b>CT</b>&nbsp;: Non, incontestablement, y compris par le gouvernement auquel j’ai participé. En tant que Garde des Sceaux, j’ai d’ailleurs fait des déclarations à ce sujet-là, qui n’étaient pas en conformité avec la ligne du premier Ministre. Et effectivement, à cette époque-là, déjà et encore, les pouvoirs politiques n’ont pas été à la hauteur. </span></p>
<p class="p1"><span class="s5">Nous montrons une incapacité à comprendre les évènements, et à les qualifier pour ce qu’ils sont&nbsp;: une période de circulation humaine particulièrement importante, liée à un désordre du monde auquel nous participons,&nbsp;ou aux changements climatiques, qui entraînent par exemple la disparition de territoires insulaires entiers. Et nous avons des responsabilités dans la guerre en Syrie, dans l’incapacité à arrêter les exactions de Bachar el-Assad et les massacres qu’il commet contre son peuple. Nous avons été incapables d’agir contre cela. Nous en avons dans le chaos libyen. Cette situation est aussi liée à l’impuissance de la communauté internationale, qui, à travers l’ONU, fait montre d’une impotence généralisée. Et, au lieu d’essayer de combattre cette impotence, nous faisons — très lâchement — le choix minable de traiter les réfugiés comme des bouc-émissaires.</span></p>
<blockquote><p><span class="s5">La situation de la gauche française est très franchement désespérante.</span></p></blockquote>
<p class="p1"><span class="s5">Individuellement, les pays ne sont pas en situation d’affronter ces défis. Mais nos responsabilités sont lourdes. Et nous ne pouvons nous en exonérer en ignorant ceux qui viennent frapper à notre porte. Je refuse de m’y résoudre. </span></p>
<p class="p1"><span class="s5">Il est du devoir de l’Union européenne de construire une réponse à cette crise. Elle en a les moyens. Seulement, ses dirigeants, aussi bien les technocrates raisonneurs que les gouvernants démagogues et lâches, tous indifférents à la situation de détresse des réfugiés, sont assez peu allants pour mettre en place des dispositifs d’accueil.</span></p>
<p class="p1"><span class="s5"><b>LD</b><i>&nbsp;: La gauche française, qui présentera près de 7 listes aux élections européennes, est aujourd’hui plus divisée que jamais. Rêvez-vous d’une union des Gauches, ou même d’en prendre la tête&nbsp;?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s5"><b>CT</b>&nbsp;: Moi, je ne rêve pas&nbsp;la politique. Je la fais dans l’action. Et, en effet, la situation de la gauche française est très franchement désespérante. Mais l’union est un combat&nbsp;: elle ne tombe pas du ciel, et je n’ai pas une vision messianique de la politique. Je crois en revanche à la responsabilité humaine, et notamment à celle des personnages politiques.</span></p>
<p class="p1"><span class="s5">Or, l’état actuel de cette famille politique démontre très clairement que les différents partis de gauche n’ont pas été en mesure de faire l’analyse de ce qu’il s’est passé sur les trente dernières années, et plus particulièrement en 2017. Sa responsabilité est très lourde. D’où vient cet état de fait, celui de la gauche en état de déliquescence aujourd’hui&nbsp;? </span></p>
<p class="p1"><span class="s6"><b>LD&nbsp;</b><i>: Du quinquennat Hollande&nbsp;?</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s6"><b>CT</b>&nbsp;: Pas seulement. Le gouvernement Jospin avait déjà rompu avec plusieurs principes de gauche&nbsp;; la présidence Mitterrand avait aussi bifurqué sur un certain nombre de choix politiques fondamentaux. Sans pour autant les dédouaner, l’important n’est pas de pointer un individu ou un autre… Ce qui compte, c’est de savoir si nous sommes en capacité d’analyser sérieusement et honnêtement ce qu’il nous est arrivé, de jauger notre responsabilité collective dans l’état actuel de la gauche. Et de nous ressaisir. Manifestement, on n’en voit pas encore les signes. Pourtant ce monde inégalitaire et violent a plus que jamais besoin des idéaux d’égalité, de solidarité et d’émancipation.</span></p>
<blockquote><p><span class="s5">Moi, je ne rêve pas&nbsp;la politique. Je la fais dans l’action.</span></p></blockquote>
<p class="p1"><span class="s1"><b>LD</b><i>&nbsp;: Dans sa chanson </i>Le Monde ou Rien,<i> le groupe PNL écrit&nbsp;:</i></span></p>
<p class="p5"><span class="s1"><i>«&nbsp;On est voués à l’enfer, l’ascenseur est en panne au paradis. C’est bloqué, ah bon&nbsp;? Bah j’vais bicrave dans l’escalier&nbsp;»</i></span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><i>Le duo fait ici comprendre que la vente de drogue est, pour beaucoup de jeunes issus de quartiers défavorisés, le seul moyen d’accéder à l’ascenseur social, qui ne fonctionne plus en France. Face à cela, que peut le politique&nbsp;? </i></span></p>
<p class="p1"><span class="s1"><b>CT</b>&nbsp;: Assurer l’État de droit partout&nbsp;: garantir l’égalité, l’accès à l’éducation, ainsi que le bon fonctionnement des pouvoirs publics. Quand on voit qu’il existe des quartiers où il n’y a plus de bibliothèques, plus de services sociaux, plus d’éducateurs de rue… Et qu’il y a des établissements où l’on envoie des enseignants, qui ne sont parfois même pas volontaires, ou qui sont inexpérimentés…. Et lorsqu’ils sont volontaires, expérimentés ou non, ils se retrouvent démunis et en manque de moyens. Cette question constitue une obligation pour les pouvoirs publics. Et cette obligation est contenue dans la devise républicaine.</span></p>
<p></p><figure class="wp-caption aligncenter" style="max-width: 1368px">
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			<span class="media-credit"><a href="https://www.delitfrancais.com/author/admin/?media=1" data-wpel-link="internal">Webmestre, Le Délit</a> | Le Délit</span>		</figcaption>
	</figure>

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		<title>Hollande à Montréal</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gabriel Carrère]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Oct 2018 18:41:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Montréal]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Actualité internationale]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’ancien président français a participé à une conférence organisée par le CORIM. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">C’</span><span class="s1">est sous la pluie que l’ancien chef de l’État français a achevé, le vendredi 21 septembre, une visite de deux jours au Canada. En visite à Ottawa la veille, dans le cadre d’une rencontre avec le Premier ministre du Canada Justin Trudeau, il était le lendemain à la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), dans le but d’intervenir lors d’une conférence ayant pour thème «&nbsp;Le monde d’aujourd’hui&nbsp;» — laissant une carte blanche à l’ancien dirigeant français.&nbsp;</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Pauline Marois, Première ministre du Québec de 2012 à 2014 au Parti québécois, a ouvert ce rendez-vous, que son discours aux accents souverainistes a placé sous le sceau de l’entente franco-québécoise. Preuve de l’aubaine médiatique que constitue pour ces anciens de la vie politique ce type d’invitation, près de 400 spectateurs étaient réunis dans cet hôtel du centre-ville. Les invités étaient visiblement séduits par la tête d’affiche.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Tout au long de son discours,<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>une attention toute particulière est portée aux problématiques internationales qui ont jalonné son quinquennat, comme pour vanter en creux son bilan. Le thème du terrorisme islamiste est ainsi abordé, tout comme le rapport de force instauré par Vladimir Poutine en Crimée, lequel est vu par l’ancien locataire de l’Élysée comme une «&nbsp;menace&nbsp;» justifiant de la part des Européens «&nbsp;qu’ils donnent plus de moyens pour leur défense&nbsp;», dans l’optique de se prémunir face au «&nbsp;tableau de chasse&nbsp;impressionnant&nbsp;» du président russe.</span></p>
<p class="p2"><b>Politique internationale</b></p>
<p class="p2"><span class="s3">Puis, dans un registre davantage politique, il pourfend les «&nbsp;populistes&nbsp;», responsables, selon lui, du «&nbsp;désordre et de la division&nbsp;» qu’en France comme ailleurs, le monde de 2018 connaît. Parfaitement à son aise sur les questions de relations internationales, Hollande n’hésite pas à taquiner son homologue Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, lorsque ce dernier se déclare être en faveur d’une politique de défense européenne commune&nbsp;: « Bon, quand le chef d’État du Luxembourg lance un appel à l’union des défenses européennes, il a une autorité qu’on lui reconnait […].&nbsp;» Ou encore, il plaisante sur Donald Trump, dont il critique la position isolationniste sur la mise en place de l’accord de Paris&nbsp;: «&nbsp;Sur ce sujet, je n’ai pas compris qu’il était possible de le séduire&nbsp;», avant d’ajouter&nbsp;: «&nbsp;Vous me direz, c’était au téléphone, il ne me voyait pas.&nbsp;» </span>François Hollande, en effet, sait séduire. La salle, comble, semble conquise par les propos de celui qui apparaît pleinement profiter de sa liberté de parole retrouvée. Car, dans la petite salle de conférence de presse dédiée à la quinzaine de journalistes présents pour l’occasion, le ton est donné par l’attachée <span class="s1">de presse de l’ex-président, qui instruit les journalistes de ne pas formuler de questions touchant à la politique nationale française. Qu’importe, une question suffira à détourner François Hollande de cette discipline, qui digressera alors vers le sujet interdit.</span></p>
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