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	<title>Bianca Annie Marcelin - Le Délit</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Tue, 16 Mar 2021 12:42:37 +0000</lastBuildDate>
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	<item>
		<title>Face à face avec l’Histoire: Reconstruire l’imaginaire collectif (3e partie)</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/03/09/face-a-face-avec-lhistoire-reconstruire-limaginaire-collectif-3e-partie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bianca Annie Marcelin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Mar 2021 14:13:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Mois de l’Histoire des Noir·e·s]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour conclure le Mois de l’Histoire des Noir·e·s, Amélia, Hülya et Bianca vous présentent la dernière partie de la série d’articles sur Haïti.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/03/09/face-a-face-avec-lhistoire-reconstruire-limaginaire-collectif-3e-partie/" data-wpel-link="internal">Face à face avec l’Histoire: Reconstruire l’imaginaire collectif (3e partie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lorsqu’Haïti fait les manchettes dans nos médias traditionnels, la perle des Antilles troque son surnom pour la République des ONG. On y expose, notamment, la recrudescence de la violence des gangs et des enlèvements, la crise humanitaire, la déliquescence des institutions démocratiques. Les dernières semaines n’ont pas fait exception; c’est aujourd’hui la <a style="user-select: auto;" href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1770845/plusieurs-milliers-manifestants-contre-retour-dictature-haiti" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">contestation populaire</a> du mandat du président Jovenel Moïse qui est d’actualité. </p>



<p>Il importe de se retrouver face à face avec l’histoire pour comprendre la constante frustration de ce peuple broyé par les rouages de multiples crises politiques, sociales et économiques. Cette colère est d’une part dirigée vers les chefs d’État, mais aussi vers l’entièreté d’un système qui produit et reproduit continuellement ces types de gouvernement. Il faut également redéfinir l’imaginaire collectif autour de ce pays pour nuancer les étiquettes qui lui sont trop souvent injustement apposées. </p>



<p>→ Voir aussi : <em><a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/face-a-face-avec-lhistoire-haiti-au-quebec-1ere-partie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">L’histoire de la diaspora haïtienne au Québec</a></em> </p>



<p><strong>Kreyol ayisyen</strong></p>



<p>Haïti, pour nous, est un pays avec une langue riche. Le créole haïtien est l’une des langues créoles les plus parlées dans l’<a href="https://www.researchgate.net/profile/Arthur-Spears/publication/338675782_Haitian_Creole/links/5e2338c9a6fdcc101574f1e8/Haitian-Creole.pdf?origin=publication_detail" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">hémisphère occidental</a>. Le créole s’est développé principalement dans les plantations de canne à sucre d’Haïti à partir des contacts entre les colon·ne·s français·es et les Africain·e·s asservi·e·s. C’est une langue qui possède de nombreuses racines, dont la <a href="https://www.researchgate.net/profile/Arthur-Spears/publication/338675782_Haitian_Creole/links/5e2338c9a6fdcc101574f1e8/Haitian-Creole.pdf?origin=publication_detail" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">langue indigène taïno</a> parlée par les tous·tes premier·ère·s habitant·e·s du pays, la population autochtone Taïnos. Bien que le créole soit complètement différent de cette langue indigène, certains mots, comme Ayiti, sont restés dans le lexique.</p>



<p>Aujourd’hui, le créole haïtien a une orthographe officielle et il est reconnu comme langue co-officielle <a href="https://www.researchgate.net/profile/Arthur-Spears/publication/338675782_Haitian_Creole/links/5e2338c9a6fdcc101574f1e8/Haitian-Creole.pdf?origin=publication_detail" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">depuis 1987</a> avec le français. Il est important de noter que le créole haïtien est une langue distincte et complexe, pas seulement une <em>sous-langue </em>bâtarde du français, malgré la similarité de leur vocabulaire. De plus, le français n’est pas la seule influence du créole; ses racines s’étendent également aux langues africaines. En effet, la morphologie et la syntaxe du créole haïtien semblent provenir de langues d’Afrique de l’Ouest telles que des langues benue-kwas, de la famille des <a href="https://fmuniv.edu/wp-content/uploads/2014/09/History_of_haitian_review_of_higher_education.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">langues nigéro-congolaises</a>. D’autres langues, en particulier les langues bantoues comme le kikongo, pourraient avoir influencé de manière significative la grammaire haïtienne. Le créole, étant continuellement en évolution, a plus récemment été influencé par le contact à diverses langues comme l’espagnol et l’anglais. L’occupation américaine en Haïti entre 1915 et 1934 a, entre autres, provoqué un choc entre ces langues, ce qui a permis au créole d’évoluer.</p>



<p><em><strong>Exemple de mots en créole ayant des racines espagnoles et anglaises:</strong></em></p>



<p>chita<em> = </em>sienta<em> en espagnol (asseoir)</em></p>



<p>kòb<em> = </em>cobre<em> en espagnol (cuivre, expression vieillie désignant de la monnaie)</em></p>



<p>kabicha<em> = </em>cabecear<em> en espagnol </em>(sieste)</p>



<p>bokit = bucket <em>en anglais</em> (seau)</p>



<p>biznis = business <em>en anglais </em>(mes affaires, dans le sens «&nbsp;se mêler de mes oignons&nbsp;»)</p>



<p>blakarout = blackout <em>en anglais </em>(panne d’électricité) </p>



<p>Bien que le français en Haïti ait toujours été la langue officielle, il n’est parlé que par une petite élite bilingue. Il existe une expression populaire en créole haïtien «&nbsp;<em>kreyòl pale kreyòl konprann</em>&nbsp;» qui se traduit littéralement «le créole parle, le créole comprend». Elle signifie que l’orateur destine ses paroles à ceux qui comprennent, autrement dit, aucune traduction ne sera utile ni proposée. Mais ce qu’elle suggère également, c’est que le créole haïtien est la langue du peuple. Contrairement au français, tous les Haïtien·ne·s parlent le créole et le comprennent en Haïti. C’est entre autres pour cette raison que, vers la fin du vingtième siècle, il y a eu une poussée vers l’introduction du créole haïtien dans des contextes historiquement réservés au français. Son utilisation dans les écoles a été établie en 1979. De plus, l’<a href="https://akademikreyol.net/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Akademi Kreyol Ayisien,</a> fondé en 2014, est un organe institutionnel formé de 55 académicien·ne·s qui assure la protection du créole haïtien. Ainsi, bien que le français et l’anglais bénéficient malheureusement toujours d’un statut privilégié, cette nouvelle institution joue un rôle de premier plan dans la déstigmatisation du créole ainsi que dans sa valorisation.</p>



<p><strong>Symbole de liberté et de la libération noire</strong></p>



<p>Haïti, pour nous, en raison de la révolution de 1804, est à la fois le symbole de la libération des Noir·e·s et le catalyseur de nombreuses autres révoltes dans le monde. La contribution d’Haïti s’étend jusqu’en Europe avec l’aide que ce pays des Antilles a apportée à la Grèce lors de la <a href="http://www.mhaiti.org/billet/haiti-et-lindependance-de-la-grece-1822" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">révolution de 1821 contre l’Empire ottoman</a>. C’est en étant le premier pays à reconnaître l’indépendance de la Grèce, en fournissant 25 tonnes de café, qui seront vendues pour l’achat d’armes, et en envoyant une centaine de soldats qu’Haïti soutient les efforts des révolutionnaires grec·que·s.</p>



<p>→ Voir aussi : <em><a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/face-a-face-avec-lhistoire-elles-ces-revolutionnaires-2e-partie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-wpel-link="internal">Les femmes qui ont fait la révolution haïtienne</a></em> </p>



<p>Simon Bolivar, leader et révolutionnaire latino-américain, est venu aux Cayes, en Haïti, en 1815, pour demander l’aide du gouvernement haïtien afin de libérer plusieurs pays de l’Amérique du Sud de l’<a href="https://www.jacobinmag.com/2016/01/haiti-revolution-toussaint-louverture-cuba-aponte-rebellion-jacobins/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">emprise espagnole</a>, soit la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie et le Venezuela. Bolivar a promis à Alexandre Pétion, alors président d’Haïti, qu’en échange de l’aide qu’il recevrait d’Haïti, il déclarerait l’esclavage illégal dans les pays naissants. <a href="https://www.telesurenglish.net/analysis/Haiti-The-Price-of-Liberation-20141231-0006.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>El Libertador : Writings of Simon Bolivar</em>,</a> un recueil de lettres publiques et privées de Bolivar publié en 2003, révèle que la perle des Antilles a non seulement fourni des ressources matérielles, mais a également servi de modèle aux nations sud-américaines affranchies. C’est le cas, par exemple, du premier gouvernement bolivien, dirigé par Bolivar, qui a organisé son premier gouvernement en calquant le modèle haïtien. Dans le même ordre d’idée, la constitution vénézuélienne a été fondée sur celle d’Haïti.</p>



<p><strong><em>Ayiti</em> ou terre des hautes montagnes</strong></p>



<p>Haïti, pour nous, c’est le pays le plus montagneux des Caraïbes. Deux bandes montagneuses séparent le territoire de l’archipel au nord et au sud. Ce relief lui vaut adéquatement son nom en taïno, <em>Ayiti</em>, signifiant «terre des hautes montagnes» ou «la montagne dans la mer». L’une de ces montagnes abrite un monument qui s’inscrit dans le patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982: <a href="http://www.mhaiti.org/billet/la-citadelle-henri" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La Citadelle</a>. Elle est située dans le Cap-Haïtien au pied d’une montagne qui s’élève à plus de 900 mètres d’altitude. C’est la plus grande forteresse de ce type dans l’hémisphère ouest. Il aurait fallu près de dix ans et pas moins de 20 000 personnes pour la construire. Le site qui abrite la Citadelle, le Parc Historique, est principalement un lieu culturel et touristique important aujourd’hui.</p>



<p><strong style="user-select: auto;">Terre d’accueil pour des réfugi</strong><strong>é·e·s </strong><strong style="user-select: auto;">juif·ve·s</strong> </p>



<p>Haïti, pour nous, c’est le pays qui a contribué à sauver plusieurs familles juives persécutées en Allemagne sous le régime du Troisième Reich peu avant la Seconde Guerre mondiale. Alors que l’idéologie nazie se répandait en Europe, les communautés juives étaient de plus en plus victimes des mesures d’exclusion. À la suite de l’annexion de l’Autriche, l’Europe a dû gérer une hausse des déplacements de ces populations, et c’est dans ce contexte que le président américain Franklin Roosevelt a organisé <a href="https://www.cairn.info/revue-cahiers-d-etudes-africaines-2019-1-page-149.htm" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une conférence intergouvernementale en 1938</a> à Evians, en France. Réunissant une trentaine de pays, cette conférence avait pour but de discuter de l’immigration des réfugié·e·s juif·ve·s. Haïti et la République Dominicaine ont été les deux seuls pays à se porter volontaires pour accueillir ces réfugié·e·s. Animé par les valeurs et les principes de la révolution de 1804, le gouvernement haïtien souhaitait aider les Juif·ve·s à échapper au nazisme; il a proposé d’accueillir 50 000 réfugié·e·s et de créer une zone de peuplement sur l’île de la Gonave.</p>



<p>Cette généreuse ambition a toutefois été freinée par une forte contestation du gouvernement américain; pour des raisons qui restent encore floues aujourd’hui, le secrétaire d’État américain s’oppose à l’établissement d’un si grand nombre de réfugié·e·s. En 1939, le président haïtien de l’époque, Sténio Joseph Vincent, fait passer <a href="http://africultures.com/ce-fameux-jour-ou-haiti-accueille-des-juifs-deurope-persecutes-13999/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un décret-loi</a> pour faciliter l’immigration des réfugié·e·s juif·ve·s. Il a accordé la citoyenneté et la nationalité haïtienne à quelques 300 réfugié·e·s juif·ve·s. Malgré la place discrète qu’occupe ce pan du récit collectif des Haïtien·ne·s et des Juif·ve·s dans l’histoire haïtienne, elle démontre une fois de plus la solidarité du peuple haïtien avec les populations soumises et persécutées.</p>



<p><strong>L’union fait la force</strong></p>



<p>Haïti, pour nous, c’est un rappel que l’union fait la force. Un récent exemple de mobilisation est incarné par le militantisme du producteur de films haïtiano-canadien Gilbert Mirambeau Jr. Ce producteur est à l’origine du <em style="user-select: auto;">hashtag</em> <a style="user-select: auto;" href="https://www.delitfrancais.com/2019/10/01/crise-politique-en-haiti/" data-wpel-link="internal"><em style="user-select: auto;">#KotKobPetwoKaribea</em></a> («Où est l’argent de Petro Caribe?») ainsi que d’un mouvement de dénonciation de la corruption des gouvernements haïtiens. Plus récemment, plusieurs personnalités haïtiano-québécoises et d’autres nationalités ont signé <a style="user-select: auto;" href="https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/595514/il-faut-cesser-de-soutenir-jovenel-moise-en-haiti" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plusieurs</a> <a style="user-select: auto;" href="https://journalmetro.com/opinions/tribune-libre/2614265/haiti-le-canada-doit-cesser-tout-appui-au-gouvernement-de-jovenel/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">lettres ouvertes</a> dénonçant le refus du gouvernement actuel de Jovenel Moïse de quitter ses fonctions à la suite de la fin de son mandat le 7 février 2021 dernier. Solidarité, espoir et mobilisation sont des mots qui sont depuis toujours au cœur d’Haïti et de sa diaspora qui brille sous toutes ses formes. Nous espérons que ces articles ont pu contribuer à la construction d’un nouvel imaginaire autour de notre beau pays.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/03/09/face-a-face-avec-lhistoire-reconstruire-limaginaire-collectif-3e-partie/" data-wpel-link="internal">Face à face avec l’Histoire: Reconstruire l’imaginaire collectif (3e partie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Une poétique de la résistance et de la joie</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/une-poetique-de-la-resistance-et-de-la-joie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bianca Annie Marcelin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Feb 2021 13:54:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
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		<category><![CDATA[prix des libraires]]></category>
		<category><![CDATA[recueil]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un entretien avec Lorrie Jean-Louis, auteure de «La femme cent couleurs».</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/une-poetique-de-la-resistance-et-de-la-joie/" data-wpel-link="internal">Une poétique de la résistance et de la joie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Dans le cadre du <em>Mois de l’Histoire des Noir·e·s</em>, Bianca Annie Marcelin et Laura Doyle Péan, passionné<em>·</em>e<em>·</em>s de littérature, rencontrent et mettent en relation deux générations d’auteur·e·s haïtiano-québécois·es<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span></strong> pour voir comment chacune envisage son rapport à la littérature.&nbsp;Cet entretien avec Lorrie Jean-Louis est le premier article du dossier.</p>



<p>Depuis l’âge de 10 ans, Lorrie Jean-Louis écrit. Bien qu’elle n’ait jamais pensé devenir auteure,<strong> </strong><span class="has-inline-color has-edito-color"></span>et qu’elle peine à se définir de la sorte, son recueil de poésie<em> La femme cent couleurs</em> est présentement en lice pour le Prix des Libraires. Libraire, bibliothécaire et diplômée d’une<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>maîtrise en littérature, elle gravite dans le milieu littéraire depuis un bon moment et sa pratique devance de loin la publication de ce premier recueil de poésie. Mais Lorrie, tout comme le personnage de son recueil, la femme cent couleurs, refuse les étiquettes, qui entravent ses pas dans sa marche vers la liberté. Nous l’avons donc laissée se présenter elle-même avant de débuter l’entrevue.</p>



<p><strong>Lorrie Jean-Louis (LJL):</strong><em> </em>À ce jour, je n’ai pas de définition de moi-même. Être est un <em>work-in-progress</em>. C’est dynamique. Si on m’avait posé la question hier, peut-être que j’aurais dit « voilà, je suis une femme vaillante, dès que la neige tombe, je vais la pelleter », puis aujourd’hui je suis paresseuse et je bois du lait au chocolat sans arrêt. Je dirais que je suis quelqu’un de perspicace. J’aime la complexité.</p>



<p><strong><em>Le Délit</em> (LD): </strong><em>Cette conception de la construction perpétuelle de l’identité influence-t-elle votre rapport à l’édition et à la publication, qui ont toutes deux un caractère très permanent? Avez-vous eu de la difficulté à laisser partir votre texte, lui trouver une finalité, arrêter de le retravailler?</em></p>



<p><strong>LJL:</strong><em> </em>J’ai toujours écrit. Mais je n’ai envisagé la publication qu’à deux moments. Le rapport à l’écriture est tellement ancré en moi que je ne peux pas dire l’avoir changé pour que <em>La femme cent couleurs</em> soit publié. Quand j’écrivais les poèmes qui sont dans le recueil, je ne savais pas où ça allait, c’était pour moi. J’écrivais, j’écrivais, et c’est une amie qui m’a dit «donne-moi ton manuscrit». Jusqu’à ce que mon amie me le dise, il n’y avait pas d’horizon d’auteure. Quand j’ai commencé à rassembler tout ce que j’avais écrit dans l’idée de remettre un texte qui serait un manuscrit, il m’a paru évident que ça allait être [publié] chez Mémoire d’Encrier. Le texte ne pouvait pas aller chez un autre éditeur, parce que c’est dans le créneau de Mémoire d’Encrier. C’est précisément la voix de <em>La femme cent couleurs</em> que Mémoire d’Encrier, je pense, recherche. Ça me paraissait clair. Franchement, ça n’a pas eu d’effet sur mon écriture.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Vous connaissiez déjà très bien le milieu de l’édition avant de faire publier votre premier recueil. Pensez-vous que des défis additionnels se présentent devant les jeunes auteur.e.s qui n’ont pas d’expérience, ou du moins pas la même expérience que vous avec ce milieu?</em></p>



<p><strong>LJL:</strong> Ma connaissance du milieu du livre a fait en sorte que je saisis bien ce que ça veut dire un créneau, c’est-à-dire que si tu publies chez VLB [maison d’édition québécoise généraliste], tu ne publies pas chez Agone [revue marseillaise engagée]. Qu’est-ce qui est publié chez Agone, qu’est-ce qui est publié chez VLB, je connaissais assez le milieu pour savoir ça.</p>



<p>[Ne pas venir du milieu du livre] peut poser effectivement des défis additionnels, mais ce sont des défis prévisibles, donc, à mon sens, pas de réels défis. Quand une personne fait un travail d’écriture, elle fait nécessairement un travail de lecture important. Quelqu’un qui lit beaucoup va un peu savoir dans quels eaux se mettre les pieds. Si la personne a pour projet de se faire publier, mais qu’elle n’a jamais lu les livres de l’éditeur où elle voudrait être publiée, son travail n’est pas assez avancé. Il s’agit d’une question d’honnêteté intellectuelle. On écrit, on aimerait que les gens s’intéressent à ce qu’on écrit, mais il faut lire. Il faut vraiment lire. La meilleure façon de se préparer pour une personne qui est loin de ce domaine-là, c’est de lire. Si elle lit, elle saura. Elle saura, tout simplement. Ce n’est pas comme si, quand on est auteur·e,<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong>on doit connaître le milieu de l’édition. Tous les auteurs et toutes les auteures<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"></span></strong> ont un parcours différent.</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Vous parlez beaucoup de l’importance de lire lorsqu’on écrit. Quels livres lisiez-vous lorsque vous écriviez </em>La femme cent couleurs<em>?</em></p>



<p><strong>LJL: </strong><em>Le partage du sensible: esthétique et politique</em> de Jacques Rancière, publié aux éditions La Fabrique. Je lisais aussi Michelle Petit, une anthropologue qui travaille précisément sur la lecture, sur la passation, sur plusieurs aspects qui sont vraiment très riches au niveau de la complexité de la lecture. Ça me paraissait très important de comprendre la démarche dans laquelle je m’engageais professionnellement si je travaillais avec des lecteurs ou des lectrices en milieu de bibliothèques publiques.<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong></p>



<pre class="wp-block-verse has-text-align-left">Je touche le sol je gravite autour d’un point
encore imprécis
dense

le chant de la terre
délicat
les feuilles tombent&nbsp;
quand elles n’ont plus de poids

La femme cent couleurs, Lorrie Jean-Louis</pre>



<p><strong>LD: </strong><em>Parlons un peu de votre style d’écriture. Comment le décririez-vous?&nbsp;</em></p>



<p><strong>LJL</strong>: Je dirais que ce qui se dégage de mon écriture est la simplicité. Je perçois le langage comme un outil qui a beaucoup de force, mais il faut savoir l’utiliser. La difficulté dans l’acte d’écrire réside dans la manière dont on utilise et place les mots. Je pense que par respect pour les lecteurs et les lectrices, on ne doit pas gaspiller leur attention. C’est quelque chose de très important pour moi, de ne pas gaspiller l’attention de la personne qui prend la peine de me lire.&nbsp; Alors si on veut dire quelque chose, il faut bien le dire. L’écriture est un outil essentiel, mais ce n’est pas un outil simple.&nbsp;</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Il faut dire que votre écriture est très ressentie et un désir de liberté se dégage de votre poésie. Quel est votre rapport à l’écriture et à la liberté?</em></p>



<p><strong>LJL</strong>: J’écris parce qu’il y a une absence. Le regard dans lequel je me place quand j’écris se déplace. Quand j’écris, je ne sais pas si ça comble effectivement quelque chose, mais ça m’équilibre. Lorsque c’est moi qui écrit, c’est moi qui décide. Ça me procure beaucoup de liberté.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Je dirais que je travaille à être libre. Depuis la publication de mon recueil, j’estime que je ne peux plus cacher mon écriture comme avant. Je dois assumer mon écriture. La liberté vient avec beaucoup d’amour et c’est parce que je suis aimée que je me permets cette liberté-là. J’écris avec toute ma personne et j’ai toujours été une personne qui refuse catégoriquement qu’on me dise quelque chose que je ne pense pas. J’écris parce que j’existe. Je veux que la personne qui lise soit exactement où j’étais, qu’elle voie ce que je vois, sente ce que je sens. Avec l’écriture, je travaille continuellement avec les moyens que j’ai.&nbsp;</p>



<p><strong>LD:</strong><em> Quel est le rapport de la femme cent couleurs à la liberté?&nbsp;</em></p>



<p><strong>LJL</strong>: La femme cent couleurs prend des risques que, moi, je ne prendrais pas. La femme cent couleurs ne veut pas qu’on lui mette des chaînes. Elle va les refuser. C’est une femme qui veut être libre et qui va toujours travailler à sa liberté.&nbsp;</p>



<p>Dans l’amitié, il y a une sorte de manipulation par le secret parfois. Moi, je n’ai pas peur de tout dire avec mes poèmes.&nbsp; C’est une pudeur inutile parce que la femme cent couleurs est constamment en mouvement et en déplacement. La femme cent couleurs, c’est comme un indice, et au moment où la personne le trouve, je me trouve déjà ailleurs. Ce n’est pas le secret qui est intéressant, mais ce que le secret ne dit pas de lui-même.&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong>LD:</strong> <em>Comment est-ce que la voix de la femme cent couleurs s’inscrit dans la lutte contre la colonisation?</em></p>



<p><strong>LJL</strong>: Dans un univers où la structure est coloniale, il faut tout remettre en question. Les colons sont arrivés, ont pris possession du territoire, ont tué les membres des Premières Nations… Quand tout ça arrive, ce n’est pas pour la joie, c’est pour ordonner les choses, accumuler des richesses. La joie n’a jamais été considérée dans les plans coloniaux. Quand tu trouves la vie en toi, tu te dois de résister. Il y a de la joie dans le recueil parce que la femme cent couleurs veut être bien et pour ce faire, elle doit se défendre et résister. La façon qu’elle a trouvée pour résister, c’est la poésie. La joie occupe une grande place dans la résistance selon moi.&nbsp;<br>Au fond, la résistance, c’est de dire non. Cela revient à dire « <em>vous allez pas me défigurer, vous allez pas me faire ça et je dis non »</em>. À chaque fois qu’on dit non, on dit oui à autre chose. C’est à ce moment-là qu’il y a la célébration, la joie. C’est une célébration continue parce que si je refuse un discours, c’est nécessairement au profit de quelque chose de plus beau et de plus joyeux. Dans la mesure où l’horizon de la femme cent couleurs est la liberté, c’est sûr qu’elle va refuser les mouvements coloniaux et racistes d’emblée. Elle sait pertinemment que ces mouvements-là existent pour l’emprisonner. </p>



<pre class="wp-block-verse">Brûlons les marques de nos embâcles ce soir
trahissons les lignes
je tiens une aubergine
dansons l’espérance
asseyons notre folie
dépeçons les comptines
fermons le rouge
ouvrons le pourpre

La femme cent couleurs, Lorrie Jean-Louis</pre>



<p><strong>LD: </strong><em>À la lecture de certains de vos poèmes, on ressent une quête de légèreté, ou du moins un désir d’envol. Était-ce un effet recherché?</em></p>



<p><strong>LJL</strong>: Quelqu’un m’a dit que lorsqu’il a lu mon recueil, il a trouvé cela très aérien. C’est quelque chose que j’ai moi-même découvert en écrivant. Je n’ai pas nécessairement un programme clair quand j’écris. Pour les poèmes de <em>La femme cent couleurs</em>, il y en a où<strong><span class="has-inline-color has-actu-color"></span></strong> oui, j’avais une idée de ce que je voulais vraiment travailler, mais pour plusieurs autres poèmes, non.&nbsp;</p>



<p>Pour moi, la distance qu’on est capable d’avoir avec les choses est nécessaire dans la mesure où lorsqu’il y a un problème et qu’on est collé sur ce problème, il arrive qu’il soit difficile de bien voir le problème. C’est en reculant qu’on peut mieux le voir, ou constater l’importance de le considérer à partir d’un autre point de vue. Plus tu es capable de t’éloigner, plus tu trouves les ressources pour comprendre la situation. L’éloignement est nécessaire pour comprendre et se déprendre [de ce qui nous emprisonne]. Dans ce mouvement-là, on fait l’expérience de la légèreté. Dans certaines situations, il n’y a aucun autre moyen de comprendre que de s’éloigner, que de monter afin de bien voir toutes les choses qui sont autour de soi. Ce mouvement permet aussi de ne plus être prisonnière de ce qu’on essaie de mesurer.</p>



<p>Pour atteindre cet éloignement et cette légèreté, la répétition est importante afin d’arriver à bien habiter le mouvement. C’est un exercice, et un peu comme le sport ou la danse, il faut beaucoup pratiquer. On répète et on recommence. Dans mon cas, la répétition se fait par l’esprit [avec mes poèmes].</p>



<p><strong>LD: </strong><em>Pour finir, quels sont les conseils que vous donneriez à une personne qui veut améliorer sa pratique d’écriture?</em></p>



<p><strong>LJL</strong>: Il faut lire et écrire beaucoup. Quand je dis qu’il faut lire, il faut lire pour lire et lorsque je dis qu’il faut écrire, il faut écrire pour écrire.&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"> Je viens de mes origines
 mes origines viennent de la mer
 la mer boit tout

 je n’arrête pas d’arriver
 moi l’étrangère
 noctambule des marées

 j’arrive

 je ne finis pas
 je commence
&nbsp;
 je suis fatiguée
 la mer me recrache toujours 

La femme cent couleurs, Lorrie Jean-Louis</pre>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/une-poetique-de-la-resistance-et-de-la-joie/" data-wpel-link="internal">Une poétique de la résistance et de la joie</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<item>
		<title>Face à face avec l’Histoire: Elles, ces Révolutionnaires (2e partie)</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/face-a-face-avec-lhistoire-elles-ces-revolutionnaires-2e-partie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bianca Annie Marcelin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Feb 2021 13:50:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[femmes]]></category>
		<category><![CDATA[femmes noires]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[révolution]]></category>
		<category><![CDATA[révolution haïtienne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En l’honneur du Mois de l’Histoire des Noir·e·s, Amélia, Bianca et Laura vous présentent des femmes révolutionnaires marquantes de l’histoire d’Haïti. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/face-a-face-avec-lhistoire-elles-ces-revolutionnaires-2e-partie/" data-wpel-link="internal">Face à face avec l’Histoire: Elles, ces Révolutionnaires (2e partie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lorsque Christophe Colomb accoste sur ce qu’il appelle l’île d’Hispaniola en 1492, le pays est déjà peuplé d’une dizaine de milliers d’habitants, appartenant aux peuples Taïnos et Arawaks. Ces deux peuples sont presque aussitôt réduits en esclavage. En une vingtaine d’années, les difficiles conditions de travail ainsi que les nombreuses maladies apportées par les colonisateurs déciment la très grande totalité de la population. Pour remplacer cette main-d’œuvre, les colonisateurs amènent de force des Noir·e·s d’Afrique vers les Antilles; c’est le début de la traite esclavagiste.</p>



<p>Puis, en 1777, le traité d’Aranjuez trace officiellement la frontière entre le territoire espagnol et le territoire français de l’île; la France obtient la souveraineté d’Haïti, alors appelée Saint-Domingue. À cette époque, il y a environ 500 000 esclaves contre 70 000 personnes libres, dont 30 000 affranchi·e·s anciennement esclaves. La tension monte dans la colonie haïtienne alors que la révolution américaine se déroule sur le même continent ainsi que la révolution française dans la métropole. Dans la nuit du 14 août 1771, des esclaves se réunissent lors d’une cérémonie qui animera leur désir de révolte. Cet événement déclencheur de la révolution est communément appelé la cérémonie de Bois-Caïman. Dans la nuit du 22 au 23 août 1791, ces esclaves passent à l’action; le début du soulèvement des esclaves se traduit par la prise de possession des campagnes. En 1793, l’affranchissement général des esclaves est proclamé. Napoléon Bonaparte tentera de réinstaurer l’esclavage, mais son armée est vaincue le 18 novembre 1803 lors de la bataille de Vertières. L’indépendance est proclamée et célébrée le 1<em>er</em> janvier 1804; Haïti devient la première république noire libre.</p>



<p>Parmi les révolutionnaires haïtien·ne·s, les noms de Toussaint Louverture et de Jean-Jacques Dessalines sont ceux qui reviennent le plus souvent. Cependant, la naissance de la nation haïtienne n’aurait pas eu lieu sans l’apport de nombreuses femmes, souvent occultées dans le récit de la révolution. Nous allons vous dresser les portraits de quelques-unes d’entre elles.&nbsp;</p>



<p><strong>Victoria Montou, dit Tante Toya (17**-1805)</strong></p>



<p>Qui aurait été le père fondateur d’Haïti sans la femme qui a joué le rôle de sa mère? Après la capture de Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines devient le leader de la révolution haïtienne. À la suite de la mort de sa sœur à un très jeune âge, l’éducation de Dessalines a été prise en charge par sa tante, Victoria Montou dite <em>Gran Toya</em>. Elle contribue grandement à la construction du personnage qu’est devenu Dessalines, comme ce dernier le reconnaîtra publiquement. Elle se charge de son éducation en lui enseignant entre autres la culture africaine et les idées révolutionnaires.&nbsp;</p>



<p>Au cours de sa vie, Gran Toya était esclave sur l’habitation de Henri Duclos avec son neveu, qu’elle considérait comme son meilleur ami. Considérant cette relation trop dangereuse, Duclos la transfère à l’habitation Déluger où elle mène une révolte d’une cinquantaine d’esclaves. Vaincue, elle sera faite prisonnière. En 1805, lorsque Dessalines est nommé premier empereur de la République, elle est par le fait même nommée Duchesse impériale. Peu après l’établissement de l’empire, la santé de Toya se détériore, et elle ne pourra pas être sauvée par le médecin de famille de Dessalines.<strong><span class="has-inline-color has-edito-color"> </span></strong></p>



<p><strong>Suzanne «Sanite» Belair</strong> <strong>(1781–1802)</strong></p>



<p>Suzanne Belair, dite Sanité, est une esclave affranchie qui a activement participé à la révolution haïtienne. Elle est considérée comme étant l’une des quatre héroïnes les plus importantes et symboliques de l’indépendance d’Haïti. Elle apparaît d’ailleurs sur les billets de 10 gourdes.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1000" height="496" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/image-1000x496.png" alt class="wp-image-42185" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/image-1000x496.png 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/image-330x164.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/image-768x381.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/image.png 1024w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Banque de la République d’Haïti</span> Billet commémoratif à l’effigie de Suzanne Belair</figcaption></figure></div>



<p>Née à Verrette à l’Artibonite en 1782, Sanité est sergente puis lieutenante dans l’armée de Toussaint Louverture. Elle combat aux côtés de l’homme qu’elle aime et épouse en 1796<strong> </strong>Charles Bélair, neveu de Louverture et sergent dans son armée. Avec lui, elle dirige une révolte avec la population de sa ville natale. Elle dirige ses troupes contre l’armée du général français Leclerc, qui est chargé de rétablir l’ordre dans la colonie de Saint-Domingue. C’est à l’issue d’un combat avec les forces coloniales françaises qu’elle est capturée. Son époux se rend en espérant pouvoir assurer la liberté de sa femme, mais en vain. Ils sont jugés et sont tous deux condamné·e·s à mort pour avoir encouragé l’insurrection. Au départ, Charles Bélair est condamné à être fusillé et Sanité à être décapitée, peine moins sévère en raison de son sexe. Or, elle exige de recevoir le même sort que son mari, voulant mourir en tant que soldat. Les colonisateurs n’eurent d’autre choix que de se plier devant sa bravoure; elle meurt fusillée en 1802.</p>



<p><strong>Henriette Saint-Marc (17**-1802)</strong></p>



<p>Née d’une mère esclave et d’un père fonctionnaire blanc, <a href="https://face2faceafrica.com/article/this-prostitute-was-hanged-by-the-french-in-1802-for-spying-for-the-haitian-revolutionary-army" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Henriette Saint-Marc</a> est une espionne et une fidèle alliée de l’armée des révolutionnaires haïtien·ne·s. Son origine métissée lui confère un début de vie relativement modeste tout en lui permettant la liberté. À cette époque, les enfants métis·ses pouvaient jouir de plus de liberté étant donné que leurs pères étaient souvent fortunés. Il·elle·s pouvaient, notamment, posséder une propriété et avoir accès à l’éducation.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Vers la fin des années 1700, Henriette vit à Port-au-Prince, là où la guerre se poursuivait entre les Français et les insurgés. Femme d’une grande beauté, elle entretient plusieurs liaisons avec des soldats français ainsi que des hauts fonctionnaires français. Son charme lui permet de gagner une certaine réputation en tant que prostituée et d’accéder à l’élite française ainsi qu’à des informations privilégiées. Entre 1800 et 1802, Henriette révèle à Toussaint Louverture toutes les informations qu’elle reçoit des Français. En plus de voler des documents, des armes et de la poudre à canon pour les insurgé·e·s de l’Arcahaie, elle séduit des Français pour les attirer dans des pièges.</p>



<p>En 1802, essuyant défaites après défaites, les Français finirent par suspecter Henriette d’aider l’armée des insurgé·e·s et d’être à l’origine de plusieurs disparitions. Elle est alors arrêtée et pendue. La contribution d’Henriette lors de la révolution haïtienne ainsi que son courage font d’elle une révolutionnaire qu’il fallait craindre.</p>



<p><strong>Marie-Claire Heureuse Bonheur (1758–1858)</strong></p>



<p><a href="https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/haitiennes/chapter/marie-claire-heureuse-bonheur-infirmiere-1758-1858/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Marie-Claire Heureuse Bonheur</a> est une révolutionnaire haïtienne et la femme de Jean-Jacques Dessalines. Lors du siège de Jacmel, elle convainc Dessalines de venir en aide aux blessé·e·s et à ceux·celles qui étaient ravagé·e·s par la famine en raison de la guerre. Elle rassemble également nombre de femmes et de filles afin de venir en aide aux insurgé·e·s en délivrant des provisions alimentaires, des médicaments et des pansements.&nbsp;</p>



<p><strong>Catherine Flon</strong> <strong>(17**-18**)</strong></p>



<p>Filleule de Jean-Jacques Dessalines, <a href="https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/haitiennes/chapter/catherine-flon-couturiere/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Catherine Flon</a> est une révolutionnaire haïtienne à l’origine de la confection du premier drapeau le 18 mai 1803 lors du Congrès de l’Arcahaie. Lors de cette journée, Dessalines arrache la partie blanche du drapeau tricolore français qu’il considérait comme le symbole de la race blanche.&nbsp;</p>



<p>Il existe deux versions de la création du drapeau. La première veut que chaque couleur du tricolore français représente l’une des trois classes qui existaient en Haïti : les Noir·e·s, les Métis·ses et les Blanc·he·s. N’utilisant que ses cheveux comme fils, Catherine Flon aurait réuni le bleu et le rouge afin de symboliser l’union des Noir·e·s et des Métis·ses.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1000" height="600" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/Haiti-drapeau-1000x600.png" alt class="wp-image-42190" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/Haiti-drapeau-1000x600.png 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/Haiti-drapeau-330x198.png 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/Haiti-drapeau-768x461.png 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/Haiti-drapeau.png 1280w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Wikimédia</span> Drapeau haïtien adopté en 1820</figcaption></figure></div>



<p>La seconde version rapporte que Dessalines avait vu sa fille en sang après avoir été maltraitée par un colon. Il aurait déchiré sa jupe bleue et pris son foulard rouge avant de prononcer : « Jamais, plus jamais, un Français ne frappera nos filles. Liberté ou la mort ». Catherine réunit alors ces deux morceaux de vêtements, ce qui donne lieu au premier drapeau.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«<em>Se youn nan fanm vanyan ki te patisipe nan revolisyon pou endepandans Ayiti. Youn nan pi gwo zèv li te reyalize, se drapo a li te koud. Drapo sa se senbòl fyète nou»</em></p><cite><a href="https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/haitiennes/chapter/catherine-flon-couturiere/" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Fritz-Gérald Louis</a></cite></blockquote>



<p>Traduction: «Elle est l’une des femmes courageuses qui ont participé à la révolution pour l’indépendance d’Haïti. L’une des plus grandes actions qu’elle a accomplies a été le drapeau qu’elle a cousu. Ce drapeau est un symbole de notre fierté.»</p>



<p>L’apport des minorités d’origines haïtiennes, qu’elles soient femmes ou non-binaires, ne se limite pas à la Révolution, mais découle dans toutes les sphères de la société. La Révolution haïtienne est une plaque tournante pour l’Histoire et nous espérons qu’avec cet article, les noms des révolutionnaires à retenir ne se limiteront pas à ceux de Toussaint Louverture ou de Jean-Jacques Dessalines. La nation haïtienne ne serait pas ce qu’elle est sans la contribution de tous et toutes.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/16/face-a-face-avec-lhistoire-elles-ces-revolutionnaires-2e-partie/" data-wpel-link="internal">Face à face avec l’Histoire: Elles, ces Révolutionnaires (2e partie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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		<title>Face à face avec l’Histoire: Haïti au Québec (1ère partie)</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/face-a-face-avec-lhistoire-haiti-au-quebec-1ere-partie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bianca Annie Marcelin]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Feb 2021 13:50:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Diaspora haïtienne]]></category>
		<category><![CDATA[Haiti]]></category>
		<category><![CDATA[Immigration]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=41762</guid>

					<description><![CDATA[<p>En l’honneur du Mois de l’Histoire des Noir·e·s, Amélia, Bianca et Laura vous présentent l’histoire de la diaspora haïtienne au Québec. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/face-a-face-avec-lhistoire-haiti-au-quebec-1ere-partie/" data-wpel-link="internal">Face à face avec l’Histoire: Haïti au Québec (1ère partie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’influence d’Haïti au Québec et à Montréal est indéniable. Il suffit pour s’en apercevoir de porter un regard sur les nombreux symboles qui sillonnent la culture québécoise. Regardons le parc Toussaint-Louverture qui rappelle un personnage historique important pour la communauté haïtienne, mais également pour l’Histoire. Écoutons le créole qui s’immisce dans le joual québécois : <em>bagay, lakay, patnais.</em> Et maintenant, découvrons l’origine de ces ancrages de la culture haïtienne dans le paysage québécois.</p>



<p><strong>Première vague: dictature et exil politique (1960–1970)</strong></p>



<p>L’histoire de l’immigration haïtienne au Québec débute avec l’instauration du duvaliérisme en Haïti. Voulant mettre fin au règne des «&nbsp;Mulâtres&nbsp;», François Duvalier, surnommé «&nbsp;Papa Doc&nbsp;», accède à la présidence de la République lors des élections de 1957, candidat choyé par l’armé. Dès son entré en poste, il amende la Constitution haÏtienne et s’auto-proclame président à vie. Il instaure dès lors un régime autoritaire à l’aide de sa propre&nbsp;Gestapo, les «&nbsp;tontons macoutes&nbsp;».</p>



<p>C’est donc ce contexte politique très répressif que fuient, au début des années 1960, les quelques milliers d’Haïtien·ne·s qui arrivent au Québec en tant que réfugié·e·s politiques. Cette première vague d’immigration, aussi appelée «l’exode des cerveaux», est principalement composée de professionnel·le·s, d’enseignant·e·s, de médecins, d’avocat·e·s et d’infirmier·ère·s. Leur immigration est facilitée par des réformes apportées au système d’immigration au Canada: en 1962, la discrimination raciale, qui était alors l’une des caractéristiques principales de sélection des immigrations, <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/politique-dimmigration-1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a été éliminé</a> par le gouvernement fédéral.&nbsp;</p>



<p>Ces nouveaux·elles arrivant·e·s s’installent en grande majorité dans la métropole montréalaise, situation qu’ils·elles croient temporaire, ne se doutant pas que la dictature durera plus d’une trentaine d’années. De profonds changements sont alors en train de s’opérer dans la société québécoise, alors en pleine Révolution tranquille. Le besoin de main d’œuvre spécialisée est fort à cette époque où les systèmes de santé et d’éducation sont en pleine transformation. Ces services étaient jusqu’alors contrôlés par l’Église. Étant francophones, ces Haïtien·ne·s intègrent rapidement le marché de l’emploi, leurs diplômes et leurs compétences étant reconnus sans difficulté. La perte inestimable de ces intellectuel·le·s pour Haïti marque un gain important pour la société québécoise. Avec la création du Ministère de l’Éducation et d’institutions d’enseignement laïques, bon nombre d’enseignant·e·s haïtien·ne·s participent <a href="https://carrefour-education.qc.ca/sites/default/files/Fichier-Texte/histoire-des-noirs_version-finale_web.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">activement à la scolarisation</a> des Québécois·e·s.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«C’est en 1966, au courant de la première vague, qu’est arrivé mon grand-père, Maurice Péan, bientôt suivi par sa femme, Irène François, et leurs enfants. Fonctionnaire auprès du gouvernement Magloire, avant la prise de pouvoir par les Duvaliers, et fervent opposant du régime, il fait partie de ces intellectuel·le·s qui, menacé·e·s par les tontons macoutes, ont dû fuir le pays. Après un détour par les États-Unis, il s’est installé à Jonquière, où il a enseigné pendant le reste de sa vie, tout en entretenant le rêve (vain) de retourner s’établir en Haïti un jour»</p><cite>Laura Doyle Péan</cite></blockquote>



<p class="has-text-align-left">Dans les années qui suivent le début de la dictature en Haïti, François Duvalier se proclame président à vie et assure la succession de la présidence à sa famille. En 1971, à l’âge de 19 ans, Jean-Claude Duvalier prend le pouvoir&nbsp;à la suite du décès de son père. «Baby Doc» effectue quelques changements par rapport au régime précédent, mais l’insécurité et la violence prévalent tout de même.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1000" height="750" src="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/IMG_20200429_121942-1000x750.jpg" alt class="wp-image-41909" srcset="https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/IMG_20200429_121942-1000x750.jpg 1000w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/IMG_20200429_121942-330x248.jpg 330w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/IMG_20200429_121942-768x576.jpg 768w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/IMG_20200429_121942-1536x1152.jpg 1536w, https://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2021/02/IMG_20200429_121942-2048x1536.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"><figcaption><span class="media-credit">Laura Doyle Péan</span> Située dans le quartier Petite-Bourgogne, sur la rue Dominion, cette murale en créole n’est qu’un des nombreux signes de la présence haïtienne à Tiohtià :ke (sur l’île de Montréal).</figcaption></figure></div>



<p><strong>Seconde vague: instabilité et quête d’un meilleur avenir (À partir des années 1970)</strong></p>



<p>Poussé par une recrudescence de la violence, une deuxième vague d’Haitien·ne·s quittent le pays. Cette nouvelle vague se distingue de la première par sa composition. Ce sont principalement des ouvrier·ère·s, moins scolarisé·e·s et moins qualifié·e·s, qui viennent s’installer et combler les besoins de main-d’œuvre dans les secteurs de la manufacture et des services.&nbsp;Ils·elles vont devoir affronter de nombreux défis.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«C’est au début de la seconde vague que mon grand-père, Nicrèle Charles, arrive seul à Montréal à la recherche d’un avenir meilleur pour sa famille. Il travaille alors dans l’industrie du textile et de la broderie. Sa famille le rejoindra graduellement au cours des années qui suivent; ma mère arrivera à Montréal en 1978»</p><cite>Amélia Souffrant</cite></blockquote>



<p class="has-text-align-left">Ces nouveaux·elles arrivant·e·s subiront une intégration plus difficile que celle de la première vague. Étant peu qualifié·e·s, ils·elles reçoivent de faibles salaires et travaillent de longues heures souvent sans sécurité d’emploi. La discrimination raciale dans un marché du travail déjà exigeant dresse d’autres obstacles à l’intégration de ces immigrant·e·s. Les traitements discriminatoires dont sont victimes les Haïtien·ne·s au sein de l’industrie du taxi sont&nbsp;dénoncés dans le rapport d’enquête de la Commission des droits de la personne et mènent d’ailleurs à la création du <a href="https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/taxi-crises-et-racisme-dans-les-annees-1980" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Bureau du taxi en 1987</a>. Au cours de cette deuxième vague, des organisations voient le jour afin de lutter contre les injustices que subissent les Haïtien·ne·s, facilitant ainsi leur intégration. C’est ainsi que sont fondés La Maison d’Haïti et le Bureau de la communauté haïtienne de Montréal (BCHM) en 1972. Ils offrent, entre autres, <a href="https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/la-maison-dhaiti-45-ans-dhistoire" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">des services</a> d’accueil, d’accompagnement et d’interprétation. La communauté doit faire face à <a href="http://www.mhaiti.org/media/communaute-haitienne" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">de nombreux défis</a>: «précarité de statut, pauvreté, fragilisation des familles, taux élevé de monoparentalité, décrochage scolaire, violence, délinquance, etc.»</p>



<p class="has-text-align-center">«Vous croyez que c’est simple,<br>quand on vient d’un pays d’été<br>où tout le monde est noir,<br>de se réveiller dans un pays d’hiver<br>où tout le monde est blanc»</p>



<p class="has-text-align-center">Dany Laferrière, <em>Chronique de la dérive douce</em></p>



<p>À ce sujet, l’une des première mobilisations de la communauté haïtienne et de la Ligue des droits de l’homme permettra la régularisation de plusieurs sans papiers qui ont vu leur visa de touriste expirer. En 1973, à la suite de la décision du gouvernement fédéral de retirer la possibilité de demander le statu de résident permanant, c’est entre 25 000 et 30 000 immigrant·e·s qui sont menacé·e·s d’expulsion. Cette situation soulève l’indignation au Québec auprès de la société civile et du gouvernement québécois qui font pression auprès du gouvernement fédéral. Sommé de répondre à ce problème, celui-ci adopte plusieurs mesures, dont l’<a href="https://www.erudit.org/fr/revues/haf/1996-v50-n2-haf2369/305507ar.pdf?fbclid=IwAR3s2SMTvKDL0Im1pXEvSVXY8BqYJYeOMFp8jrlzcGGEM9CSmeu0dI_Uowg" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Opération Mon Pays</a> qui permettra aux Haïtien·ne·s de réguler leur statut. Puis, de plus en plus de législations en matière d’immigration favorisent la réunification des familles, ce qui accordera un plus grand capital social à ces immigrant·e·s de la deuxième vague.</p>



<p>En 1986, la dictature des Duvaliers tombe finalement. La chute du régime ne marque pas pour autant la fin de l’instabilité politique et de l’insécurité dans un pays fragilisé par les sanctions économiques imposées par des puissances coloniales, notamment la <a href="https://lenouvelliste.com/article/211786/dette-de-lindependance-28-milliards-de-dollars-a-rembourser-par-la-france-a-haiti" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">dette d’Indépendance</a>, équivalente à 28 milliards de dollars, que la France lui avait imposé en 1825.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Le Canada continue donc d’attirer des immigrant·e·s. Ils·elles sont toujours en quête d’un meilleur avenir et ne prévoient pas nécessairement rentrer en Haïti, contrairement aux immigrant·e·s de la première vague. À partir des années 1990, l’immigration haïtienne sera principalement composée de travailleur·se·s qualifié·e·s.</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Ma famille et moi sommes arrivées en 2002. À l’époque, ma mère travaillait comme pharmacienne en Haïti. Elle a été «&nbsp;recrutée&nbsp;» pendant son travail par une agente d’Immigration Canada. Elle a dit à ma mère que le Canada était à la recherche de personnes comme elles, qualifiées et avec une famille afin de venir s’installer dans leur pays. En l’espace de quelques jours, mes parents ont pris la décision de s’installer à Montréal avec la certitude qu’ils pourraient ainsi offrir un meilleur avenir à leurs enfants»</p><cite>Bianca Annie Marcelin</cite></blockquote>



<p class="has-text-align-left">C’est dans un contexte de grande fragilité sociale que survient le séisme du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince. <a href="https://www.lapresse.ca/international/dossiers/seisme-en-haiti/201004/22/01-4273229-haiti-le-seisme-a-fait-entre-250-000-et-300-000-morts.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">Le séisme</a> de magnitude 7.0 emporte plus de 250 000 personnes et en blesse 300 000 autres. Cette terrible catastrophe amène une autre vague d’immigrant·e·s qui bénéficieront du programme de parrainage du Canada ainsi que d’autres mesures facilitant leur immigration. Entre 2010 et 2015, environ 5 500 personnes arrivent au Canada via des programmes spéciaux créés par les gouvernements québécois et canadiens. En 2016, on dénombre près de 143 165 personnes issues de la communauté haïtienne vivant au Québec, province qui accueille près de 90% de cette <a href="https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2016/dp-pd/dt-td/Rp-fra.cfm?APATH=3&amp;DETAIL=0&amp;DIM=0&amp;FL=A&amp;FREE=0&amp;GC=0&amp;GID=0&amp;GK=0&amp;GRP=1&amp;LANG=F&amp;PID=112450&amp;PRID=10&amp;PTYPE=109445&amp;S=0&amp;SHOWALL=0&amp;SUB=0&amp;THEME=120&amp;Temporal=2011&amp;VID=0&amp;VNAMEE=&amp;VNAMEF=" target="_blank" rel="noreferrer noopener external" data-wpel-link="external">communauté au Canada</a>.&nbsp;</p>



<p>Plusieurs de ces personnes, de même que des travailleurs et travailleuses d’autres origines, demeurent dans une situation d’immigration précaire, attendant une décision quant à leur demande d’asile ou demeurant au pays sans statut. Cette situation a été exacerbée par la pandémie et la présence policière accrue. Le programme spécial mis en place en décembre 2020 pour permettre aux demandeuses et demandeurs d’asile ayant prodigué des soins directs aux patient·e·s durant la première vague de la pandémie de régulariser leur statut <a href="https://journalmetro.com/actualites/montreal/2594582/distribution-soupe-joumou-pour-travailleurs-essentiels-immigrants/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a été</a> dénoncé par plusieurs organismes, dont la Maison d’Haïti et le BCHM, comme étant trop limité. Au début de la pandémie, ces deux groupes s’étaient joints à environ 150 organismes membres de la Table de concertation au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) pour appeler le gouvernement fédéral à régulariser toutes les personnes sans-statut vivant au Canada, et des mobilisations à cet effet continuent encore.</p>



<p>Cette plus récente contribution indispensable à la bonne gestion de la pandémie démontre à nouveau l’inestimable apport des communautés haïtiennes à la société québécoise.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2021/02/09/face-a-face-avec-lhistoire-haiti-au-quebec-1ere-partie/" data-wpel-link="internal">Face à face avec l’Histoire: Haïti au Québec (1ère partie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
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